L'illustre Olympie, ou Le St Alexis: Tragedie

Chapter 2

Chapter 2584 wordsPublic domain

POLIDARQUE, HONORIUS, PHILOXENE, ARISTANDRE, SOSIMENE, & suitte.

POLIDARQUE.

Deux Rivaux, mais Subjets du plus juste des Rois, Ouy vous voyez Seigneur, vous voyez, grand Monarque, Philoxene à vos pieds, avecque Polidarque, Tous deux plains de respect, tous deux victorieux, Mais tous deux aujourd'huy l'un de l'autre envieux, Nostre rang est égal, nos charges sont pareilles, Et mes exploits, Seigneur, égalent ses merveilles: Car si pour cet Estat il a bien combatu, J'ay pour vous l'agrandir signalé ma vertu, D'une pareille ardeur nous avons fait la guerre, Son bras est une foudre, & le mien un tonnerre: Un semblable succez a suivy nos combats, Alaric est vaincu, Stilicon est à bas, Et nous avons tous deux en cette concurrence, Et les mesmes desirs, & la mesme esperance. Tous deux sommes amis, & tous les deux Amans Tous deux ont mesme coeur & mesmes sentimens, Et tous deux, grand Monarque, attendent d'Olympie, Et de vostre faveur, ou la mort, ou la vie.

HONORIUS.

Ce que vous demandez n'est plus en mon pouvoir.

PHILOXENE.

Ah Seigneur, regardez le prix de nostre espoir: Voyez de ce costé le Sceptre & la Couronne, Que portoit Alaric, que mon Rival vous donne: Et si malgré l'éclat d'un don si precieux Vous daignez devers moy tourner un peu les yeux, Vous verrez un objet peut-estre moins aimable, Mais bien plus important & plus considerable, Puis qu'avecque le sang de ce grand ennemy, J'ay rendu desormais vostre Trône affermy. Ouy voilà Stilicon, ce superbe, ce traistre, Qui vouloit envahir l'Empire de son Maistre, Et qui par ma valeur justement abatu Est contraint de baiser les pas de la vertu: Voyez ces deux presens, regardez l'un & l'autre, Il vous donne un Empire, & je sauve le vostre, Et nous ne demandons pour prix de nos travaux Que l'amour d'Olympie.

HONORIUS.

Adorables Rivaux, Je vois, je vois assez, & j'ay dans la memoire Tant d'efforts signalez de valeur & de gloire, Que vous avez tousjours heureusement produits Malgré tant de mutins que vous avez détruits. Ouy, ouy, je vous dois tout; mais cette recompance Est plus en mes desirs que dedans ma puissance. Vous voulez Olympie; elle n'est plus à moy, Alexis la possede, il a receu sa foy, Elle s'est à ses voeux elle-mesme donnée, Et j'en ay ce matin accordé l'Himenée: Mais Princes genereux apres tant de hauts faits Il est juste qu'aussi vous soyez satisfaits; Vous qui me presentez ce Sceptre, & cette marque, Que portoit cy-devant un indigne Monarque, Prenez les de ma main, & leur rendez l'esclat Qu'Alaric a terny par son lâche attentat. Et vous à qui je dois mon Estat & ma vie Qu'un rebelle sujet m'eust sans doute ravie, Entrez, puis qu'autrement je ne puis m'acquiter Au Trône où la raison vous permet de monter. Occupez.

PHILOXENE.

Ah Seigneur! Excusez nostre audace, Ou bien si nostre offence est indigne de grace, Adjoûtez, grand Monarque, à ce chef odieux Celuy d'un temeraire & d'un ambitieux: Mais qui dans ses desirs n'a jamais fait paroistre Qu'il eust aucun dessein sur le rang de son maistre.

POLIDARQUE.

Ouy commandez, Seigneur, qu'on nous prive du jour, Et donnez nous la mort pour un crime d'amour, Aussi bien Alexis possedant Olympie Avecque nostre espoir, faut-il perdre la vie.

HONORIUS.

Non, vivez: le destin vous doit estre plus doux, Vous aimiez Olympie, & j'aimois comme vous, À tous trois mesme objet a fait nostre esperance, Une mesme rigueur fait nostre recompance; Et puis qu'en vain tous trois nous avons combatu Consolons nous tous trois par la mesme vertu, Et témoignons au Ciel que nos ames bien nées Attendent de ses soins nos bonnes destinées.