L'illustre Olympie, ou Le St Alexis: Tragedie
Chapter 18
ALEXIS, OLYMPIE, PHILOXENE.
ALEXIS _à part_.
Que je crains cet abord! C'est icy qu'il faut faire un genereux effort, C'est icy qu'il faut vaincre un aimable adversaire; J'ay bravé les assauts des valets de mon pere, J'ay veu d'un oeil égal leur haine & leur mespris, Leurs malices n'ont pas esbranlé mes esprits; Mais contre cet objet si rare & si fidelle Ma vertu perd courage, & mon ame chancelle. Ciel, escoute mes voeux, preste moy ton secours.
PHILOXENE _à Olympie_.
Quoy donc, voulez vous estre insensible tousjours? Voulez vous à jamais d'un coeur opiniâtre Adorer qui vous fuit, fuir qui vous idolâtre? Ah Madame, prenez de plus justes desseins, Alexis est absent, & vos souspirs sont vains: Oubliez cet ingrat, oubliez ce rebelle, Il est traistre envers vous, & je vous suis fidelle, Vous serez juste, en fin si vous l'abandonnez En faveur de mes feux.
OLYMPIE.
Que vous m'importunez! Laissez moy Philoxene, ou changez de langage.
PHILOXENE.
Quoy, je vous importune?
ALEXIS.
Ah l'illustre courage.
PHILOXENE.
Ouy, je connois assez que je suis malheureux, J'en vois, j'en vois l'arrest dans cet oeil rigoureux, Au lieu de l'adoucir ma presence l'irrite, Avec beaucoup d'amour j'ay trop peu de merite, Et moy pour mon malheur je descouvre en ce jour Tout le merite en vous Madame, & point d'amour.
OLYMPIE.
Je n'ayme point de vray cette cajollerie, Voulez vous m'obliger, laissez moy je vous prie.
PHILOXENE.
Hé bien, je vay partir, recevez mes adieux; Mais au moins pour un peu tournez vers moy les yeux, Et ne refusez pas à ma douleur profonde Ce que la courtoisie accorde à tout le monde, Je ne demande plus ny pitié ny secours, Et mon espoir finit avecque ce discours.
S'en est fait, malgré mon attente Mon amour va ceder à la rigueur du sort: Ma flâme vous déplaist, hé bien; vivez contente. Moy je vay courir à la mort, Je vay par mon trespas complaire à vostre envie, Et finir vos mespris par la fin de ma vie.
Dés lors que je vis vos attraits Et vos yeux si sçavans en l'usage des charmes Tout blessé que j'estois j'en adoray les traits, Ma franchise mit bas les armes, Et jamais toutesfois ces superbes vainqueurs Ne se sont desarmez des traits de leurs rigueurs.
Jamais cette ardeur non commune Dont encor aujourd'huy je combas vos mespris, N'ont pû changer le cours de ma triste fortune. Tousjours le desdain fut mon prix, Et tousjours vos rigueurs seront la recompence Que vostre cruauté promet à ma constance.
Mais puisque cet ingrat amour Qui soubsmit ma franchise aux loix de vostre empire, Consent avecque vous que je perde le jour, De peur d'alleger mon martire Avecque vos rigueurs je vay quitter ce lieu, Et je vous dis, Madame, un eternel adieu.
Mars qui connoit bien que vos charmes Ne se disposent pas à faire mon bon-heur, Me commande aujourd'huy d'aller prendre les armes Pour mourir dans le lit d'honneur, Et je vay satisfaire à cette noble envie Si l'on peut vous laisser sans qu'on laisse la vie.
Adieu donc celeste beauté, Beaux yeux pleins de rigueurs autant que de merveilles, Graces qui sans ma flâme & ma fidelité Seriez aujourd'huy sans pareilles; Objet si peu sensible à ma tendre amitié, Du moins en ma faveur escoutez la pitié.
Soit que Mars parmy les batailles Me fasse succomber soubs l'effect de ses coups, Ou qu'ailleurs le destin fasse mes funerailles; Sçachez que je mouray pour vous, Et le dernier souspir qui finira ma vie Parlera de l'amour que j'eus pour Olympie.
OLYMPIE.
Et le dernier soûpir qui m'ostera le jour Fera voir qu'Alexis a toute mon amour.