L'illustre Olympie, ou Le St Alexis: Tragedie

Chapter 11

Chapter 111,101 wordsPublic domain

HONORIUS, PHILOXENE, POLIDARQUE.

HONORIUS, _surprenant Olympie_.

Mais vous mesme suivez une si juste envie, Redonnez nous la joye, adorable Olympie, Vos voeux à nos desirs, l'espoir à nostre amour, La lumiere à nos yeux, & le lustre à ma Cour.

OLYMPIE.

Que dites vous Seigneur, & quelle est vostre attente, La joye est un effet d'une ame plus contente, Et vous n'ignorez pas qu'un Espoux rigoureux Emporte avec mon coeur, mon espoir & mes voeux. Ne retombez donc plus en vostre erreur premiere, Vostre esprit à vos yeux a rendu la lumiere Qu'amour pensoit couvrir d'un funeste bandeau Pour vous mieux obliger à suivre son flambeau: Au reste vostre Cour me semble trop illustre Pour emprunter de moy son éclat & son lustre, Elle tire de vous son premier ornement, Et tout à vostre exemple y paroist noblement: La grace, la valeur, l'honneur, la courtoisie, Ont dans vostre Palais leur demeure choisie, Et par vos qualitez le vice combatu, Montre que c'est l'escole où s'apprend la vertu, Il n'est donc pas besoin que cette infortunée Aux regrets, aux souspirs, aux pleurs abandonnée Du bruit de ses malheurs trouble un calme si doux, La pompe est mal seante à qui perd un Espoux, Et vostre majesté blâmeroit ma conduite, Si je pouvois jamais oublier son merite.

HONORIUS.

Madame, avant sa fuitte & son esloignement Je l'ay crû comme vous adorable & charmant; Mais depuis son depart une si haute estime, Et pour vous, & pour moy seroit illegitime: Mon esprit desormais a quitté son erreur, Et loing de le cherir il vous doit faire horreur. Souvenez vous qu'apres vous avoir abusée D'un espoir decevant, il vous a mesprisée, Et que par une insigne & lâche cruauté Il joint l'ingratitude à la deloyauté. Quel pretexte, Madame, authorise sa fuitte, A-t'il pû soupçonner vostre rare conduitte? De quoy se peut-il plaindre? & par quelle raison Pense-t'il envers vous couvrir sa trahison? Non, non, rien ne sçauroit le deffendre du blâme D'avoir si lâchement abandonné sa femme, Et vous seriez sans coeur si vous luy conserviez La foy qu'il a receue, & que vous me deviez: Revoquez, revoquez un don si favorable, Il s'en rendit indigne en se rendant coupable, Et dés qu'il fit dessein de vous laisser ainsi, L'ingrat vous enseigna de le quitter aussi. Croyez moy, quittez le, faictes un choix plus juste, Donnez à vostre amour un objet plus auguste, Et puis qu'il a voulu luy-mesme se bannir, Chassez en desormais jusques au souvenir.

OLYMPIE.

Que je rompe, Seigneur, le beau noeud qui nous lie? Que j'oublie Alexis, ô Ciel! que je l'oublie? Quoy donc pour estre absent, est-il moins mon Espoux? Ah s'il sort de mon coeur, que le Ciel en couroux Fasse esclatter sur moy les carreaux de la foudre Pour punir ce coupable & le reduire en poudre: Non non, n'attendez pas ce lâche changement, Mon amour doit durer plus que le firmament, Et faire que ma flâme aujourd'huy sans seconde Subsiste encore entiere apres celle du monde. Alexis est absent, mais malgré sa rigueur L'esloignement des yeux n'est pas celuy du coeur, Un coeur comme le mien a tousjours mesme zele, Qu'il me soit desloyal, je luy seray fidelle, Qu'il soit cruel, ingrat, inconstant, inhumain, Tousjours sur mon esprit il sera souverain: Et sans considerer s'il fait tort à ma flâme Je l'aimeray tousjours, puis que je suis sa femme.

POLIDARQUE.

Vous l'aimerez, Madame? ô Ciel que dites vous? N'est-il pas lâche, ingrat, cruel?

OLYMPIE.

Mais mon Espoux.

POLIDARQUE.

Vostre espoux? quel espoux! est-il digne de l'estre, Puis qu'il vous a trahie?

OLYMPIE.

Il ne fut jamais traistre, Et vous m'obligerez de parler autrement.

POLIDARQUE.

Ce que je dis pourtant n'est pas sans fondement, Et sa fuitte Madame, est sans doute une marque.

OLYMPIE.

Qui comme moy peut estre abuse Polidarque.

POLIDARQUE.

On ne se trompe pas quand l'effect est si clair, Mais vostre esprit se plait soy-mesme à s'aveugler, Et croiroit témoigner un excez de foiblesse S'il renonçoit si tost à l'erreur qui le blesse.

PHILOXENE.

Le temps vous apprendra...

OLYMPIE.

Qu'on se travaille en vain, Si l'on croit que jamais je change de dessein.

PHILOXENE.

Serez vous donc injuste, & si peu raisonnable Que de nous preferer un Rival si coupable, Un Amant qui vous quitte, & qui vous fait mourir? Quoy donc quand il vous hait, devez vous le cherir! Et ne croyez vous pas commettre une injustice Quand vos facilitez recompensent le vice? Ah Madame, sortez de cet aveuglement, Et ne souspirez plus pour un indigne Amant, Accordez vos desirs aux desirs d'un Monarque: Regardez Philoxene, ou voyez Polidarque, Ils sont pour vous tous deux pleins d'ardeur & de foy, Et la vostre en l'un d'eux peut obliger un Roy.

OLYMPIE.

Je sçay ce que je dois aux desirs d'un grand Prince Au rang que vous tenez dedans cette Province; Et je ne doute pas que par vos qualitez, Vous ne puissiez ravir les plus rares beautez, Mais malgré ce pouvoir & ce merite extreme Je sçay que je me dois encor plus à moy-mesme, Et que mon Alexis ayant receu ma foy, Rien plus ne me sçauroit affranchir de sa loy; Dés lors que je jouis du bien de la lumiere, Mon ame à ses vertus se donna toute entiere: Et vostre arrest, Seigneur, ne fit que confirmer La resolution que j'avois de l'aimer. Je l'ayme donc en fin, & mon amour est telle Que mon coeur malgré luy la veut rendre eternelle Pour donner un exemple à la posterité De constance, d'honneur, & de fidelité. S'il me cherit encor, une amour si durable Le rendra quelque jour à mes voeux exorable: Et s'il ne m'aime plus, en cette affection Il trouvera sa peine, & sa punition; Car les saintes ardeurs d'une si belle flâme Luy mettent chaque jour mille regrets en l'ame, Et ma fidelité luy fera ressentir Les peines qu'aux grands coeurs donne le repentir.

HONORIUS.

Cette erreur qui vous plait vous rend opiniâtre, Et sa force s'accroit plus on veut la combatre; Mais si jamais le Ciel permet à la raison De guerir vostre esprit de ce mortel poison, Vous vous verrez reduite à ce malheur extreme De vous plaindre, mais tard, de vous mesme à vous mesme, Et de vous repentir d'avoir tant souspiré Pour un ingrat qu'à tort, vous m'avez preferé, Mais comme vos ennuis auront usé vos charmes, Nos voeux si mal traittez se riront de vos larmes, Et vostre passion mesprisée à son tour Vous verra sans amant, & nos coeurs sans amour.

OLYMPIE.

N'importe.

HONORIUS.

Adieu cruelle.

POLIDARQUE.

Adieu belle inhumaine.

OLYMPIE.

Adieu.

PHILOXENE.

Souvenez vous que je suis Philoxene, Que je vous ayme enfin.

OLYMPIE.

J'ay bien d'autres soucis.

PHILOXENE.

J'espere tout du temps.

OLYMPIE.

Et moy tout d'Alexis, Luy seul est tout le soing & l'espoir d'Olympie; Et j'attens de luy seul ou la mort ou la vie.