L'illustre Olympie, ou Le St Alexis: Tragedie

Chapter 10

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CLITOPHON, ALCIPE, MEGISTE.

MEGISTE.

Quelle fortune Alcipe à la nostre est pareille?

ALCIPE.

En l'estat où je suis, je doute si je veille, Et j'ay bien de la peine en cette occasion De ne point prendre tout pour une illusion.

CLITOPHON.

Mais aussi n'est-ce pas un charme qui nous trompe? Sommes nous bien certains que toute cette pompe, Et que ces vestemens qui nous semblent si beaux Ne soient pas en effet d'effroyables lambeaux? Non, mes attouchemens d'accords avec ma veue, M'asseurent puissamment qu'elle n'est pas deceue, Et cet or par son poids persuade à ma main Qu'en cette occasion nostre espoir n'est pas vain.

MEGISTE.

Agreable rencontre! & bien-heureux eschange!

ALCIPE.

Certes, cet accident me semble bien estrange, Et remplit mon esprit d'aise & d'estonnement.

CLITOPHON.

Si nous sommes heureux, il n'importe comment. Pour moy je suis d'advis sans tarder davantage Qu'en changeant de destin nous changions de courage, Et que nous nous rendions par quelques beaux effets Dignes de tant de biens que le Ciel nous a faits.

MEGISTE.

C'est bien dit, Clitophon, allons prendre les armes, L'Empereur des Romains a besoin de gens-d'armes, Allons nous enroller dessoubs ses estendars, Il vaut mieux s'exposer à ces nobles hazards, Que de tramer icy dans une ame craintive Une vie ennuyeuse, importune & oysive.

ALCIPE.

Puisque nous sommes tous resolus à ce poinct, Suivons ce beau projet, & ne differons point.

_Fin du Second Acte._

ARGUMENT DU III. ACTE.

Olympie continuant ses regrets sur l'absence de son Alexis, est interrompue par l'Empereur, Philoxene, & Polidarque, qui se persuadans que cet éloignement l'obligeroit à changer en leur faveur, trouverent en cette genereuse Fille une constance admirable, & une vertu sans exemple; en la derniere Scene de cet Acte, Alexis s'estant embarqué pour aller en Edesse, ville de Sirie, est rejetté par la tempeste au port d'Ostie, où ayant fait naufrage, il fait dessein de retourner à Rome, & de chercher en faveur de son déguisement une retraitte en la maison de son pere mesme.

ACTE III.

SCENE PREMIERE.

OLYMPIE _dans sa Chambre_.

Arbitre des feux de mon ame, Et de mes inclinations, Toy qui vois tant de Nations Sous ton Char éclatant de lumiere & de flâme: Beau Principe de la clarté, Grand Astre de qui la beauté A des traits de l'objet que mon ame revere, Soleil qui malgré moy nous redonnes le jour, Confesse qu'il n'est rien d'égal à ma misere, Et qu'il n'est point d'ardeur pareille à mon amour.

Tout me cherit, un Prince m'aime, Un empereur m'offre ses voeux, Je suis insensible à ses feux, Et d'un oeil de mespris je vois son Diadéme; En vain il me presse & me suit, J'adore un ingrat qui me fuit, Qui tout cruel qu'il est ne sçauroit me déplaire: Bel Astre dont l'esclat nous redonne le jour, Confesse donc que rien n'esgale ma misere, Et que tout est de glace au prix de mon amour.

Alexis en quelle contrée Fais tu reluire tes appas? Amour adresses y mes pas, Permets que ton flambeau m'en descouvre l'entrée; Cher Espoux, encore une fois, Souffre que j'entende ta voix, Et qu'enfin ton bel oeil & m'enflâme & m'esclaire: Et tu confesseras avec l'Astre du jour, Qu'il n'est rien dessous l'un & sous l'autre Hemisphere Qui puisse aucunement esgaler mon amour.

Ah qu'avecque raison je puis nommer cruelle, L'injuste region qui chez toy te recelle, Qui détruit mon bonheur pour establir le sien, Et se rend aujourd'huy superbe de mon bien: Si me voeux sont permis, que l'ombre soit maudite, De qui premier ouvrit un passage à la fuite, Qui sceut franchir les Monts, & qui premierement Osa tenter les flots d'un perfide Element. Autresfois lors que Rome estoit en sa naissance, Et n'avoit pas si loin estendu sa puissance, Le Tybre & sept Côtaux que l'on voit à l'entour, Bornoient tous ses Estats, son Empire, & sa Cour. La ville estoit à peine à soy mesme connue, Sa curiosité ne passoit pas sa veue, Et le Senat sans faste & sans ambition, N'estoit point la terreur d'une autre Nation. Pleût au Ciel, Alexis, que ce superbe Empire Fust encore en l'estat que je viens de descrire, Et que sans dominer tant de peuples divers, Nos murs luy tinssent lieu de tout cet Univers. Avec toy, cher Espoux, un petit toict de chaume Me seroit plus aimable, & plus cher qu'un Royaume, Et mon ambition borneroit son espoir Au seul contentement de t'aimer & te voir. Cruel, pourquoy fuis tu? que t'a fait ta patrie, Où chacun te cherit avec idolatrie? Que t'a fait ton Espouse, un Pere, & tes Parens, Leurs trespas te sont-ils si forts indifferens? Que sans estre touché de l'ennuy qui les presse, Tu puisses consentir qu'ils meurent de tristesse? Ah change de dessein, c'est par eux que tu vis, Et c'est d'eux que tu tiens ce que tu leur ravis; Ils t'ont donné le jour & l'esprit qui t'anime, Ils ont dessus ta vie un pouvoir legitime; Et quelques sentimens que tu puisses avoir, Rien ne peut t'exempter d'un si juste devoir. Reviens donc Alexis, contente leur envie, À toute ta maison rends la joye & la vie, Le repos à mon coeur, l'espoir à mon amour, La lumiere à mes yeux, & le lustre à la Cour.