L'illustre Olympie, ou Le St Alexis: Tragedie
Chapter 1
HONORIUS, SOSIMENE, ARISTANDRE.
SOSIMENE.
Certes une vertu si rare & si sublime Montre combien, Seigneur, vous estes magnanime, Et combien aux grands coeurs doit estre cher & doux L'honneur & le bon-heur d'estre estimez de vous, Aprez cette action, & cet effort extreme Que vostre Esprit royal a fait contre soy-mesme, Apres ce grand combat que vous avez rendu Quel Empire, Seigneur, ne vous sera point deû? Vaincre les nations c'est faire peu de chose, De ces Evenemens la fortune dispose, Et les plus valeureux succombent quelquefois Par un trait de malheur soubz de honteuses loix: Mais quiconque eslevé dans un degré suprême Peut vaincre ses desirs & regner sur soy-mesme, Triompher de l'amour & de ses passions Il peut facilement dompter les nations, Et quoy que la fortune ou projette, ou conspire, De tout cet Univers ne faire qu'un Empire.
HONORIUS.
Quiconque songe moins à ses sujets qu'à soy, Est indigne du Rang & du tiltre de Roy, Comme ce nom sacré nous tire du vulgaire Tout ce que nous faisons doit passer l'ordinaire, Tout doit estre royal, tout illustre, tout grand, Tout juste, & tout en fin digne de nostre sang. Un Monarque qui veut signaler sa memoire Doit estre seulement amoureux de sa gloire, Et pour cet interest qu'il doit seul regarder Aux services des siens prest de tout accorder: J'estois (je le confesse) amoureux d'Olympie, Ses aimables attraits m'avoient l'ame ravie, Et ses hautes vertus qui peuvent tout charmer Avoient porté mon coeur & mes yeux à l'aimer. Mais quand j'ay sur ce poinct ma raison consultée, Quand en d'autres liens je l'ay veue arrestée, Quand j'ay consideré les soins d'Euphemien, Le zele de son fils, mon amour, & le sien, La mutuelle ardeur qui bruloit ces deux ames, Ne nous opposons pas à de si belles flames, Ay-je dit, & faisant un effort genereux, Pour un coeur que je cede, acquerons nous en deux.
ARISTANDRE.
Quoy qu'ayent fait pour l'Estat, & le Fils, & le Pere, Olympie est pour eux un assez grand salaire, Sans que vous adjoûtiez en cette occasion À vos rares bontez tant de profusion: Songez que vostre espargne est tantost espuisée Par les guerres sans fin où Rome est exposée, Et qu'un Prince prudent ne doit pas oublier Tous ses autres sujets pour un particulier.
HONORIUS.
Quoy que vous me disiez, vous n'avez rien à craindre, Et mon peuple aura peu de sujet de se plaindre, Si le noble mespris que je faits des tresors Me fait mesme aux vivans recompenser les morts. Il me souvient amis, quel estoit ce grand homme, Qui prodigua son sang pour le salut de Rome, Quand le superbe Attale eut dessein de m'oster Du Trône où son orgueil l'invitoit de monter: C'estoit, vous le sçavez, le pere d'Olympie, Il m'en laissa le soing quand il laissa la vie, Et je l'ay du depuis eslevée en ma Cour Avec beaucoup de zele & beaucoup plus d'amour, Luy donnant un Espoux je luy tiens lieu de pere, Et par cette raison un illustre douaire Me doit envers la fille acquitter aujourd'huy Du service important que j'ay receu de luy.
ARISTANDRE.
Seigneur.
HONORIUS.
C'est assez dit, il suffit Aristandre? Qu'on ne m'en parle plus. Mais que viens-je d'entendre? D'où procede ce bruit? Dieu? qu'est-ce que je vois?