L'illustre comédien, ou Le martyre de Sainct Genest

Chapter 6

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Anthenor. Genest. Luciane.

ANTHENOR.

Hé bien, s'est-il rendu ce rebelle courage?

LUCIANE.

Aussi peu qu'un Rocher qui battu de l'orage Mesprise les assauts, & de l'onde & du vent, Et paroit à nos yeux plus ferme que devant.

GENEST.

Cette comparaison n'est pas mal assortie, Mon coeur & le Rocher ont de la sympathie, Car si l'un par les vents ne se peut esmouvoir, Les souspirs ont sur l'autre aussi peu de pouvoir.

ANTHENOR.

Ha, mon fils! si ce coeur te permets de connoistre Que celuy qui te parle est l'autheur de ton estre, Fust-il cent fois plus ferme, & plus dur qu'un Rocher, Cette obligation a droit de le toucher.

GENEST.

Ouy, je vous dois le jour, je vous dois ma naissance, Et ce corps pour ce droict vous doit obeissance: Mais l'esprit qui m'anime, & que je tiens des Cieux Est un noble tribut que je ne dois qu'aux Dieux.

ANTHENOR.

Mais à ce Dieu puissant...

GENEST.

Qui n'est qu'une chimere Qu'autrefois vous blasmiez.

ANTHENOR.

Qu'à present je revere.

GENEST.

Dites plutost un Dieu que vous avez resvé.

ANTHENOR.

Un Dieu par qui tout vit, & tout est conservé, Et qui pour te donner une immortelle vie Voulut bien qu'icy bas elle luy fust ravie.

GENEST.

Pour moy? je desadvoue un si puissant effort, Et ne tiens pas ma vie un effet de sa mort.

ANTHENOR.

Horrible impieté! detestable blasphéme!

GENEST.

Mais qu'on peut effacer avec l'eau du Baptéme.

ANTHENOR.

Ouy, mon fils, vien m'y suivre.

GENEST.

Ha! ne me pressez pas.

ANTHENOR.

Quoy d'un si beau sentier tu retires tes pas?

GENEST.

Ouy, je m'en veux tirer comme d'un precipice, Où vous avez dessein qu'avec vous je perisse.

ANTHENOR.

Mais plutost où je veux te sauver avec moy.

GENEST.

Ayez soing de vous seul, & me laissez.

ANTHENOR.

Pourquoy?

GENEST.

Parce qu'importuné de vos contes frivoles Je me lasse d'ouyr tant de vaines paroles.

ANTHENOR.

Hé bien, puis que ma voix ne te peut esmouvoir, Cessant de m'escouter, cesse aussi de me voir: Va, Monstre, je suivray la loy que tu me donnes, Et t'abandonneray comme tu m'abandonnes.

LUCIANE.

Mon frere!

ANTHENOR.

Laissez-là cet objet odieux Implorer à loisir le secours de ses dieux: Ils vont en un haut poinct eslever sa fortune, Et vostre affection le choque, & l'importune.