L'illustre comédien, ou Le martyre de Sainct Genest
Chapter 3
Genest. Pamphilie. Luciane. Anthenor. Aristide.
GENEST.
Amys, c'est à ce coup qu'il faut que nos esprits Devant un Empereur se disputent le prix, Et que chacun de nous amoureux de la gloire Tasche sur son Rival d'emporter la victoire. Cet employ glorieux peut changer nostre sort, Combattons ses rigueurs par un illustre effort, Et par une action qui ne soit pas commune Acquerons pour amis Cesar, & la Fortune. Ce bon heur aujourd'huy ne depend pas de nous, Vous sçavez comme moy ce qu'on attend de vous, Et sans beaucoup resver il nous sera facile De reduire en effects les advis de Rutile.
ANTHENOR.
Mais quelle Histoire enfin peut servir de sujet Et propre & convenable à ce rare projet?
ARISTIDE.
Celle d'Ardaleon, ou celle de Porphire, Qui tous deux bien aymez des maistres de l'Empire, Furent par les Chrestiens tellement abusez Qu'ils suivirent des voeux qu'ils avoient mesprisez, Et par une folie à nulle autre seconde Se rendirent l'opprobre & la fable du monde.
LUCIANE.
Tous deux ont exercé nostre profession.
PAMPHILIE.
Et le baptesme fut la premiere action Qui flattant de ces fous la ridicule envie Leur fit perdre à tous deux & les biens & la vie.
GENEST.
Des principes pareils ont souvent chez les grands Produit à leurs autheurs des succez differents, Nous pouvons profiter icy de leur exemple, Et les suivre au Theatre, & non pas dans le Temple Où leur aveuglement leur fit trouver dans l'eau, Le funeste poison qui les mit au tombeau. Mais sans chercher si loing le secours d'une Histoire Qui nous pourroit charger l'esprit & la memoire: Nous pouvons rencontrer dans nostre propre sort, De quoy plaire à Cesar qui nous prisera fort Si par un trait adroit & de haute industrie, Il sçait que nous aurons quitté nostre Patrie, Nos parens & nos biens pour venir en ces lieux, Loing de ses ennemis rendre hommage à ses dieux. Voicy donc quel sera l'ordre de ce mystere, Il faudra qu'Anthenor represente mon Pere: Et que par un flatteur, quoy que faux entretien, Il feigne qu'il me veut aussi rendre Chrestien. Ma soeur qui me portoit à cette loy prophane Avoit, vous le sçavez, de l'air de Luciane, Qui sçaura je m'asseure en cette occasion, Imiter son humeur & son affection. Aristide d'ailleurs pour vaincre sa folie, Se dira parmy nous frere de Pamphilie, Et me conjurera par l'esclat de ses yeux, De ne la point trahir, aussi bien que nos Dieux. Voila sur ce sujet tout ce qui vous regarde, Le reste. Mais que veut Aquillin, & ce Garde?