L'illustre comédien, ou Le martyre de Sainct Genest
Chapter 14
Aristide. Anthenor.
ARISTIDE.
De quelle foudre est mon ame frappée, Quoy donc pour une plainte à ma bouche eschappée, Et quelques sentimens d'une juste pitié Qu'exigeoit de mon coeur une longue amitié, Luciane, bons Dieux, me traitte de perfide? Attendez, belle ingratte, attendez Aristide, Et son coeur arraché que vous blasmez à tort Vous fera voir au moins mon amour par ma mort. Mais je l'appelle en vain, allons, allons la suivre, Et la desabusons, ou bien cessons de vivre. Allons.
ANTHENOR.
Ha! moderez ce transport qui vous nuit, Laissez, laissez passer ce torrent qui s'enfuit: Son orgueil s'enfleroit par vostre resistance, Et porteroit son cours à plus de violence: Souffrez que sa fureur se puisse reposer, Vous verrez ces grands flots d'eux mesme s'appaiser, Et faire succeder à ce facheux orage Un calme dont l'effet vous plaira davantage Provenant d'un esprit vaincu par la raison Que par mille transports produits hors de saison.
ARISTIDE.
Ha! tu ne connois pas combien cette inhumaine A l'humeur orgueilleuse, insensible & hautaine, On ne la dompte pas ainsi facilement; Ce mespris serviroit à son ressentiment, Et luy feroit sans doute un certain tesmoignage De tout ce qu'elle croit à mon desavantage. Allons donc, aussi bien avec cette fureur, Ne veux-je point paroistre aux yeux de l'Empereur, Le voila, passons viste.
ANTHENOR.
Allons.