L'Illustration, No. 3740, 7 Novembre 1914

Part 2

Chapter 23,306 wordsPublic domain

J’étais de la fête et c’est une des plus belles fêtes de ma vie. Jamais je n’ai vu plus de grandeur dans pareille simplicité, jamais semblable cérémonie n’avait revêtu pour moi une telle signification! Et jamais, non plus, le drapeau ne m’avait paru plus clair, plus gai, plus crâne, plus beau, plus chérissable que sur cette route, au milieu de ces cultures, dans cette plaine, au-dessus de laquelle, inlassablement, depuis trois semaines, court le métal porte-destin.

* * *

Pour atteindre l’endroit qu’avait choisi le colonel, il fallait descendre à l’orée d’un boqueteau et franchir un joli petit espace dénudé que les poilus de là-bas connaissent bien et qu’ils n’abordent jamais sans grommeler: «Attention au fou!»

Mais vous ignorez ce qu’est le _fou_? C’est un Boche qui est perché sur un arbre et qui tire sur tout ce qui s’agite de ce côté. Ils sont peut-être plusieurs: n’importe! On prononce en entendant le sifflement d’une balle: «Encore des nouvelles du fou!» Il serait, d’ailleurs, parfaitement injuste de ne pas reconnaître que le fou est un excellent tireur; le soir de ce jour-là, nous avons rencontré un soldat qui pouvait l’affirmer, preuve au bras,--et la preuve était chaude.

Nous étions bien une vingtaine qui devions traverser la région exploitée par ce maniaque et il y aurait eu, pour lui, un joli tableau à faire; mais il faut croire que le perché mangeait sa soupe ou qu’il ne voulait pas troubler notre fête. Nous passâmes par petits groupes, à peine inquiétés par quelques mouches, qui sont nombreuses cette année; à 200 mètres de là, le piquet d’honneur avait pris les armes.

On aurait dit que chaque homme avait conscience du bon tour qu’on jouait aux voisins. Les visages étaient épanouis, les yeux avaient des éclairs malicieux; on s’amusait, allons!

Le colonel, lui aussi, prenait du bon temps. Pourtant, c’était le moins insouciant; il aurait été si désolé qu’il y eût de la casse! De temps à autre, l’oreille tendue, il levait les yeux vers la cime des arbres...

Une brindille se détacha d’une branche et tomba.

Enfin, la compagnie sortit de la tranchée, s’aligna et, aussitôt, un commandement éclata:

--Présentez... arme!

A cet instant, le drapeau apparut sur la route.

On ne vit plus que LUI et je m’imaginai que, là-bas, tout près, on devait suivre le jeu de son étoffe dans le vent. Il me semblait immense, il me semblait éclatant: il était immense, il était éclatant et l’officier qui le portait ne le diminuait pas.

Coupait-on encore du bois à la cime des arbres?... Nous ne nous en préoccupions plus.

Une bordée de notre 75 nous calotta. Nous nous trouvions dans la ligne de tir et le son nous arrivait, sec et dur, à croire que nous avions la batterie à 100 mètres et que nous en recevions le souffle.

Et, pendant que le canon continuait à cogner, la parade se déroula, sans hâte, sans bravade, strictement, gravement et gaillardement, à la française! Le petit aide-major que l’on décorait était peut-être celui qui dissimulait le mieux son émotion; il se tenait devant le drapeau, sans plus de gêne que s’il se fût trouvé dans son laboratoire... J’avais oublié de vous informer que c’était un agrégé de Nancy, un _intellectuel_, comme l’on disait. Lorsque le drapeau défila, il lui adressa un beau salut de la main gauche, à la manière d’un vieil invalide qui est bien empêché de saluer de l’autre main; il n’avait plus du tout l’air d’un intellectuel.

* * *

Ensuite, le colonel, qui nous avait priés à déjeuner, nous introduisit dans la salle à manger qui est de construction et de style 1914: trois marches pour y pénétrer, des murs uniformément bruns--terre de Sienne, si vous voulez--un plafond aux poutres apparentes sur fond de gerbes de blé, assez haut pour permettre au plus bel homme du régiment de se tenir debout sans courber la taille... Coquetterie: la table, à la nappe blanche immaculée, était parée de fleurs.

Voyez-vous, il y a des détails qu’on ne trouve que chez nous et qui sont la marque de notre âme.

Ces fleurs, sur cette table, dans une tranchée perdue au milieu des champs de betteraves et des labours, loin de tout jardin, citait la plus délicate joie des yeux pour excuser le plus détestable des menus. Elle assaisonna le plus délicat des repas de guerre et je me souviendrai de ce poulet Marengo avec autant de gratitude que je me rappellerai le corton dont on l’arrosa.

Par un bienheureux hasard, la batterie qui était devant nous annonçait chaque service et, quand nous en fûmes au dessert, les gros canons se mirent de la partie.

Alors le colonel se leva et porta un toast, très court, très noble...

C’est vraiment une jolie figure que cet homme-là! Dans le labyrinthe de ses taupinières, sur sa route ou sur le banc de terre de son «bureau», parmi ses hommes ou parmi ses officiers, il apporte partout une bonne grâce limpide et aisée, une politesse mesurée, un souci d’élégance de parfait homme du monde, mais tout cela marié à quelque chose de discrètement strict et de martial qui chasse toute pensée de frivolité. Ce matin d’octobre, quand, debout et le verre en main, il articula le mot _France_, il me parut que le mot, qui avait tremblé dans sa gorge, nous frappait en pleine poitrine.

Les circonstances y étaient pour leur part, bien sûr,--et le décor aussi. Mais le ton et l’homme y étaient pour la leur. C’était un _gentleman_ qui s’exprimait,--et mieux: un _gallant gentleman_.

Je ne vous ai pas encore entretenu de ses poilus! Je voudrais vous en parler comme il en parle lui-même; ce serait rendre hommage aux meilleurs soldats de France, à ceux de ce régiment et à ceux des autres corps, à tous ceux qui vont au feu sans forfanterie, carrément, gaiement, et à tous ceux qui, entre deux charges, se sont organisés, dans leurs galeries souterraines, une existence de petits propriétaires troglodytes,--chasseurs à l’affût toujours en éveil, silencieux, joyeux et passionnés trappeurs.

GASTON CHÉRAU.

(_A suivre._)

IMAGES DE GUERRE MODERNE

LE GÉNÉRAL GALLIÉNI FAIT VISITER AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE LE CAMP RETRANCHÉ DE PARIS

_Voir l’article, page 339._

LE ROI ALBERT, LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE ET LE GÉNÉRAL JOFFRE A FURNES

_Voir la gravure de première page et l’article, page 339._

DEUX ENGAGÉS DE LA GUERRE DE 1914

Ces deux soldats fraternellement unis, et pourtant si dissemblables, ont une bien belle histoire. La voici:

Dès les premiers jours d’août, quand éclata la guerre, le père D..., un fils d’Auvergne, devenu petit commerçant dans la banlieue de Paris, parut se transformer. Vieux sang ne saurait mentir. Il se souvenait de son service militaire, au Tonkin, et aussi qu’il avait eu un oncle tué à Reichshoffen. En dépit des objections des autorités et de son épouse, il réussit à fonder une garde civique. Des individus à mine équivoque rôdaient par le pays. Le fusil de chasse à l’épaule, le père D... aperçut un jour un promeneur suspect. Par trois fois, il le somma vainement de montrer ses papiers. Alors coup de feu à chevrotines... Le père D... s’approcha. L’homme était à terre. Dans ses poches, des statistiques, des plans de forts. Le maire, le commissaire spécial furent mandés. On se transporta au domicile du personnage. On trouva un uniforme de capitaine de la landwehr et l’ordre de rejoindre son régiment à Paris! Le vieux chasseur fit un cran à sa ceinture: il avait tué son premier _Boche_.

Mais ce n’était là qu’un préambule. Une obsession tourmentait le père D... Il en avait bien touché un mot à son épouse, mais la digne femme avait poussé les hauts cris. Et ses affaires, et ses enfants, et elle-même! La guerre! A cinquante ans! Mais il était fou!

Un jour, enfin, il n’y tint plus et se présenta au bureau de recrutement. On était peu disposé à l’écouter; mais il montra tant d’éloquence qu’on finit par accepter ce vétéran à la barbe plus blanche que grise, au nez orné d’une paire de lunettes.

Vers la mi-septembre, le père D... se trouvait sur le front. C’est ici que l’épopée commence. Simple soldat à son arrivée au régiment, il était promu caporal huit jours après, sergent dix jours plus tard. Désirait-on des volontaires pour un coup de main? C’était toujours le père D... qui de sa voix caverneuse répondait le premier: «Présent!» Signalait-on là-bas, dans la tranchée, un tireur _boche_ trop adroit? C’était lui qui se chargeait de le descendre. Le régiment donnait-il tout entier à l’attaque? C’était encore lui qui se glissait au premier rang. Il fut, avec son colonel, un brave entre les braves, le merveilleux entraîneur de son régiment. Ce vieil homme, par son humeur endiablée, son insouciance, son courage, donnait l’exemple à tous. Les jeunes recrues lui demandaient conseil et ne redoutaient rien tant que son blâme. Les trembleurs n’osaient se montrer devant lui. Au fait, depuis qu’il était là, il n’y avait plus de trembleurs!

Voilà que l’assaut est ordonné contre une position qui domine ces profondes carrières à sangliers où les Allemands se retranchent. La nuit tombe. La tâche sera rude. Le colonel s’est porté en avant. En tête des éclaireurs, il aperçoit le père D..., le corps plié, le fusil à la main, l’œil aux aguets...

--Encore toi!

--Toujours moi, mon colonel.

--A ton âge! Mais tu n’es pas à ta place, ici!

--Vous non plus, mon colonel!

--Tais-toi! Je te fais adjudant!

... Beaucoup sont demeurés sur le plateau jonché déjà de tant de cadavres! Mais la position a été enlevée à la baïonnette. Hélas! le vieux sergent n’aura pas vu la victoire. A 1.200 mètres de la ligne de tranchées, il a tiré le premier coup de fusil sur une ombre imprudente. La tache noire s’est effondrée. Les obus, les fusils, les mitrailleuses ont riposté. Un shrapnell a décoiffé d’abord le père D..., effleurant son crâne. Le sang coule et l’aveugle:

--Hardi! les enfants. Et, si je tombe, ne perdez pas la direction. Le groupe d’arbres, à gauche du croissant de la lune!

Il n’avait pas achevé qu’une balle lui brisait l’avant-bras droit. Il tomba.

--Veux-tu bien me laisser là! A gauche du croissant, je te dis!

Il n’est plus bon à rien pour aujourd’hui... Rampant à travers les betteraves, il a pu réussir à regagner la crête du plateau où des ambulances l’ont recueilli.

Dans le train de blessés, le père D... a retrouvé sa bonne humeur:

--Une fracture, les gars! une simple fracture! Le sang est bon. D’ici vingt jours, tout ça sera raccommodé. Comme adjudant, plus de fusil à porter. J’aurai quand même plaisir à en descendre encore quelques-uns. La musique des «boîtes à singe» et du «moulin à café» commence à me manquer!

En style de guerre 1914 on désigne sous ces vocables l’obus et la mitrailleuse.

A chaque station, le père D... baise galamment les mains des demoiselles de la Croix-Rouge qui lui offrent de bonnes choses... Mais une ombre passe sur son visage... Il soulève son képi et grattant, de son geste familier, cette dure caboche auvergnate que les obus allemands n’ont pu entamer:

--Tout de même, qu’est-ce que va dire ma femme quand je rentrerai à la maison?...

Dans l’hôpital où est maintenant le père D... se trouve un autre engagé volontaire, mais de la plus jeune génération, celui-là. Il n’a que dix-sept ans. On appelle l’un le «vieux», et l’autre le «gosse». Ce «gosse», enfant de Lorraine, a aussi quelques exploits à son actif. Un Prussien qui avait réussi, un jour, à gagner nos lignes afin de se faire capturer, assura que nombre de ses camarades l’imiteraient volontiers. Le gamin, qui parle l’allemand, s’offrit pour l’accompagner jusqu’à la tranchée d’où il s’était échappé. Au crépuscule, le plan fut exécuté. Devant la tranchée que nul officier ne surveillait à cet instant, Français et Allemand vantèrent les charmes de la captivité. Plus de coups de schlague, une bonne nourriture, finie la corvée! Dix-huit lâches se laissèrent convaincre et abandonnèrent leur poste pour les suivre... Le cortège désarmé se mit en marche... Mais bientôt les autres Allemands, revenus de leur surprise, ouvraient le feu... Une batterie entra même en action:

--Je franchissais nos lignes avec mes dix-huit prisonniers et mon guide, raconte le «gosse», quand j’entendis siffler un obus. J’ai trop d’expérience pour ne point connaître à l’avance où un obus va tomber. Celui-là nous arrivait en plein dessus. Alors, je poussai brusquement mon guide devant moi... Pfuitt! Boum! C’était un bon diable, ce _Boche_... Il m’avait été utile... Mais que voulez-vous? Il a tout pris!

Lui en fut quitte pour une forte contusion. A l’hôpital, les majors, le voyant surmené, voulurent le rendre pour un mois aux jupes de sa mère. Mais le «gosse» n’entendit pas de cette oreille. Dans quelques jours, avec le «vieux», il retournera au front.

LES CONTINGENTS CANADIENS DE L’ARMÉE BRITANNIQUE OPÉRANT EN FRANCE

_Il y aura, en des temps plus calmes, tout un véritable «romancero» à écrire sur le rôle de l’automobile et la vie des chauffeurs en campagne. Il sera fertile en péripéties émouvantes, et neuves, surtout, et pleines d’imprévu. Que de rencontres étranges ainsi, au coin d’un bois, au détour d’une route, où l’homme du volant dut rivaliser de sang-froid avec son compagnon, son garde du corps! Que de traits élégants où l’esprit français, fertile en ressources, triompha de la lourdeur ennemie et où, grâce à un coup de volant décisif, à l’allumage brusque des phares électriques qui effraie les chevaux, ou enfin à quelques adroits coups de fusil, furent sauvés la voiture et ceux qui la montaient!_

LA CAVALERIE LÉGÈRE DES ARMÉES ALLIÉES

Si les aviateurs des diverses armées alliées accomplissent chaque jour des prouesses, ces exploits n’ont en général pour témoins que les bataillons ennemis; les nôtres les connaissent seulement par le rapport ou... par les journaux. Pourtant, il n’est pas un soldat du front qui ne rêve d’assister à un combat aérien, prêt à applaudir aux derniers tournoiements de l’avion allemand blessé à mort. De ces rencontres il n’a encore été pris, il ne sera peut-être pris aucun cliché. Des indications et un croquis fournis par un spectateur du combat que nous avons déjà mentionné (numéro du 24 octobre) ont du moins permis d’en représenter très exactement la phase finale. C’était à Jonchery, près de Reims. Un avion allemand, du type «Aviatik», après avoir survolé nos troupes, se préparait à regagner son camp. Aussitôt, le sergent Frantz et le soldat Quenault s’envolent sur un biplan armé d’une mitrailleuse. Arrivé à une grande hauteur, l’appareil français attaque son adversaire de flanc: bientôt le moteur de celui-ci explose, déterminant l’incendie de l’appareil qui s’abat lourdement dans les lignes françaises. Des deux côtés les soldats étaient sortis de leurs tranchées pour mieux suivre les péripéties du drame. Tandis que les débris de l’ «Aviatik» achevaient de flamber près de deux corps carbonisés, ils virent le biplan français descendre majestueusement, en décrivant de grands orbes autour du brasier.

LA CAMPAGNE SERBE CONTRE L’AUTRICHE

_Phot. de notre correspondant, S. Tchernoff._

LA QUATORZIÈME SEMAINE DE GUERRE

29 OCTOBRE-4 NOVEMBRE

La bataille continue avec une violence croissante sur tout l’immense front de la mer du Nord à la plaine d’Alsace; mais entre la Lys et la mer se joue sans doute la partie décisive. Si ardente que soit la mêlée dans beaucoup de régions, nulle part autant d’hommes ne sont aux prises; nulle part autant de races humaines ne participèrent à une guerre; nulle part aussi une telle accumulation de moyens d’attaque et de défense n’a encore été constatée. La bataille du droit et de la civilisation contre la barbarie a recruté des soldats jusque parmi les peuplades variées de l’Inde, les Arabes et les Berbères de l’Afrique du Nord, les nègres de l’Afrique occidentale. Les navires de l’Angleterre et de la France prennent une part considérable et glorieuse aux combats sur la terre ferme; l’aviation y participe par des flottes aériennes plus considérables et plus agissantes que celles jusqu’ici mises en ligne. Lorsqu’on connaîtra par le détail tous ces événements qui nous sont à peine révélés, les fictions les plus extraordinaires de Jules Verne et de ses imitateurs paraîtront bien dépassées.

Toute la semaine, les Allemands ont déployé une activité confinant à la furie. Ce n’est pas seulement vers Dunkerque et Calais qu’ils ont voulu percer: leurs opérations contre Arras paraissaient menacer Boulogne; en Picardie, ils voudraient trouer dans la direction d’Amiens; sur l’Aisne, on dirait qu’ils veulent retourner vers l’Ourcq et la Marne; par l’Argonne, la Meuse et la Woëvre, ils tentent d’envelopper Verdun; enfin du côté de la Seille, ils poussent de nouvelles pointes sur Nancy. Chaque jour les communiqués employaient les mêmes termes: «Violentes attaques sur tout le front.» Ces attaques ont été presque partout infructueuses, malgré l’effrayante consommation d’hommes qu’elles ont demandée à l’ennemi. C’est à plus de 200.000 que le colonel Repington, du _Times_, évalue le nombre des soldats sacrifiés par le commandement allemand depuis un mois. Cette semaine particulièrement sanglante s’est achevée par des symptômes de victoire qu’a soulignés la visite du président de la République à nos vaillantes troupes et par l’excursion sur le front même de la bataille, accomplie par M. Poincaré en compagnie de l’admirable roi des Belges.

LA BATAILLE DES FLANDRES

Les Allemands ont d’abord porté leur principale action sur les bords de l’Yser, entre l’embouchure du petit fleuve et Dixmude. Grâce à des masses sans cesse renouvelées ils avaient pu franchir le cours d’eau, et même dépasser le chemin de fer en occupant Ramscappelle et Perwyse. Les troupes belges ont eu recours à la mesure suprême des inondations: rompant les digues de l’Yser, tendant les barrages, nos amis ont amené le flot insidieux dans la plaine basse des polders. En même temps, aidés par nos troupes, ils enlevaient les villages occupés, et, sur les chaussées dominant les eaux, ont refoulé les colonnes ennemies du côté opposé, en leur infligeant des pertes considérables. Aux dernières nouvelles, Belges et Français avaient à leur tour traversé la rivière et se portaient vers la route d’Ostende à Dixmude où déjà serait parvenue à Leffinghe une colonne qui longea les dunes, tandis qu’une autre occupa Lombaertzyde le 3 novembre. Nous sommes donc près d’Ostende.

Devant cette difficulté de se diriger vers la frontière française par le littoral, devant l’inondation qui gagne chaque jour, l’ennemi a porté son effort vers le Sud, contre la ville d’Ypres. Ne pouvant aborder celle-ci par le Nord, ayant été chassé de Dixmude réduit en cendres et se trouvant en présence de forces alliées victorieuses occupant, entre Ypres et Roulers, les bourgs de Langemarck et de Parschendaele, il a dû se diriger sur un front étendu entre Roulers et Menin, où il a engagé de nombreux corps d’armée; depuis lors, c’est au Sud-Est et au Sud d’Ypres que la bataille a lieu; elle fut particulièrement ardente entre le canal d’Ypres à la Lys et le ruisseau de la Douve, autour du village de Messines, situé à mi-chemin d’Ypres et d’Armentières. Les positions ou points d’appui ont été pris et repris plusieurs fois; Anglais et Français ont rivalisé d’ardeur dans la résistance contre le flot allemand et dans les contre-attaques. Les nouvelles du 4 novembre disaient que nous avions maintenu notre front sur tous les points et que malgré des alternatives d’avance et de recul, nous étions en progrès. Sur le reste du théâtre flamand d’opérations, c’est-à-dire dans la Flandre française, autour des villes populeuses de Lille, Roubaix, Tourcoing, Halluin et Armentières, le silence a été complet, mais quelques indications furent fournies sur les combats livrés par les troupes britanniques aux abords de la Bassée. Les Allemands ont dirigé contre nos alliés de violentes attaques, à l’aide de forces très supérieures en nombre. Un moment obligés de reculer, les Anglais ont repris vigoureusement l’offensive, repoussé l’ennemi et repris position en avant des points d’où ils avaient été chassés. Toutes les attaques qui eurent lieu depuis dans cette direction sont restées infructueuses. Il en fut de même jusqu’à Arras, par les plaines de Lens et de Vimy.

A Arras, qui reste occupé par nous, l’ennemi a fait de violentes tentatives les 1er, 2 et 3 novembre; tout en continuant le bombardement de la malheureuse cité, il a cherché à parvenir au cœur de celle-ci; mais nous tenions bon dans les villages de la banlieue immédiate et les faubourgs; partout l’assaillant a été repoussé.

PICARDIE ET CHAMPAGNE