L'Illustration, No. 3732, 5 Septembre 1914

Chapter 2

Chapter 23,503 wordsPublic domain

Ce bulletin est double, de façon à pouvoir servir également pour le scrutin normal, et pour l'_accession_ à laquelle on recourt quand l'élection traîne en longueur. Dans ce cas, chaque cardinal déclare ou bien n'accéder à personne, ou bien se rallier à un candidat différent de celui pour lequel il a voté d'abord et qui a obtenu précédemment un certain nombre de suffrages. On additionne les voix ainsi recueillies avec celles du scrutin ordinaire, et, si un cardinal en a les deux tiers, il est proclamé pape. Le nom du candidat est inscrit au milieu du bulletin, entre le nom du votant et une devise (_signa_) personnelle, et le papier est déposé dans un calice après avoir été plié de façon que la bande médiane reste seule visible.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

TRAINS SANITAIRES PERMANENTS.

Les transports d'évacuation des blessés de guerre se font au moyen de trains sanitaires permanents ou improvisés, pour les grands blessés dont le transport nécessite beaucoup de soins et de ménagements, et de trains ordinaires pour les malades dont l'état moins grave permet la station assise.

Les trains sanitaires permanents, les seuls qui nous occupent aujourd'hui, sont organisés dès le temps de paix. Leur installation a fait l'objet d'études nombreuses et approfondies de la part du service de santé de l'armée, ce qui permet l'évacuation des grands blessés dans les meilleures conditions d'hygiène et de confort.

Ces trains constituent de véritables hôpitaux roulants. Chacun comprend vingt-trois wagons. Un wagon est spécialement réservé à la chirurgie (instruments, objets de pansement, appareils à fractures, etc.), à la pharmacie et à la lingerie. Seize wagons sont consacrés aux blessés, avec 8 lits par wagon, soit au total 128 blessés par train. Un wagon est réservé aux officiers, au nombre de quatre: un médecin major, médecin chef du train; un médecin aide-major, un pharmacien major, un officier d'administration affecté au train comme gestionnaire. Un autre wagon est destiné aux infirmiers (28 y compris les gradés). Trois voitures sont réservées à la cuisine, à la dépense et aux provisions; ces voitures sont particulièrement bien aménagées, rien n'a été négligé pour que la préparation des aliments puisse être aussi parfaite qu'il est possible pour des hommes blessés et malades; un cuisinier de métier, assisté de deux aides, tous trois prévus dans le personnel, sont préposés à cet office. Mieux que toutes les descriptions, nos photographies montrent quel soin a été apporté à l'installation et au bon fonctionnement de ces services importants. Le vingt-troisième wagon sert pour mettre les débarras et le combustible. Tous les wagons communiquent entre eux par des plates-formes qui permettent au personnel de circuler d'un bout à l'autre du train.

On le voit par ce court résumé, le service de santé de notre armée a assuré dans les meilleures conditions l'évacuation des blessés.

PRISONNIER DE MARQUE.

Cent ans après Waterloo, le descendant direct du généralissime prussien, Leberecht von Blücher, prince de Wahlstadt, a trouvé le moyen de se faire prendre par les gendarmes anglais dans des circonstances fort peu dramatiques.

Le prince de Blücher avait acheté, voici quelque dix ans, un des îlots de l'archipel anglo-normand, Herm, entre Guernesey et Sercq. Il y avait fait construire un somptueux château. Avec une morgue bien prussienne, il ne manquait jamais une occasion d'insulter, et même d'outrager les touristes qui débarquaient sur les rivages de _son_ île, qu'ils fussent Français ou Anglais.

Les autorités militaires de Guernesey l'avaient donc «à l'oeil». Jusqu'au dernier moment, l'héritier du vainqueur de Waterloo avait conservé l'espoir que l'Angleterre, l'ancienne alliée de la Prusse, contemplerait en spectatrice le terrible conflit que l'Allemagne voulait et préparait. Il ne se décida à boucler ses malles qu'au reçu d'un télégramme de Berlin. Mais il était trop tard.

La nuit de la déclaration de guerre, soit une heure après l'expiration du délai imposé à l'Allemagne pour l'évacuation de la Belgique, des agents de police de Guernesey débarquaient à Herm, envahissaient le château et arrêtaient le prince au saut du lit. Triste aventure pour le descendant d'un héros national!

Herm, notons-le en passant, est le seul coin d'Europe où vivent en liberté des marsupiaux. L'île appartenait précédemment à un riche Australien qui y acclimata deux couples de kangourous, dont la progéniture s'est multipliée.

L'abbé WETTERLÉ.

Parmi les nombreux Alsaciens qui, en dépit des tracasseries et des menaces allemandes, ne cessèrent d'employer tout leur énergie à maintenir l'idée française aux pays annexés, il n'en fut guère de plus écouté, de plus influent peut-être, que l'abbé Wetterlé, député d'Alsace-Lorraine au Reichstag et directeur, à Colmar, du _Nouvelliste d'Alsace-Lorraine_.

Tous les Français ont été heureux d'apprendre que l'abbé Wetterlé a réussi à échapper à la vindicte allemande. Il quitta Colmar le 25 juillet, et atteignit Bâle le lendemain, passant inaperçu devant les autorités prussiennes, grâce au costume civil qu'il avait échangé contre l'habit ecclésiastique, et sous lequel le représente notre gravure, à son arrivée sur le sol français, à Pontarlier.

Comment Fonctionnent Les Services De L'intendance Militaire.

La mobilisation des vivres précède, accompagne et suit la mobilisation des hommes. C'est une organisation formidable et admirable; il faut sans à-coup assurer quotidiennement la subsistance de 2 millions 1/2 de bouches. Toutes nos régions ne sont pas également riches; la production, la concentration du vivre doivent donc s'opérer selon des plans aussi précis que la formation et la concentration des troupes. Ce service est assuré par trois groupes d'officiers parfaitement distincts: les officiers d'administration, les intendants, et les contrôleurs d'armées.

Les officiers d'administration, véritables «fourmis de l'armée», qui portent au col et au képi la petite étoile d'or, amassent et entretiennent l'approvisionnement colossal où, quotidiennement, puisent les convois bien clos et bien gardés qui vont ravitailler nos armées. A chaque courrier arrivent des ordres dont l'exécution est immédiate; on expédie, le jour même, les centaines de mille de rations de pain, les innombrables caisses de conserves, les fourrages et le bétail demandés. Les officiers aux petites étoiles sont en même temps chargés des réquisitions et de la fabrication, réquisition de farine, de bétail, fabrication du pain, des conserves, etc. Depuis le début de la guerre ces réquisitions se font avec une facilité émouvante: le paysan donne tout ce qu'il a pour l'armée, il ne discute plus. On doit en théorie établir avec lui une estimation à l'amiable, mais il s'en rapporte entièrement aux officiers: «Vous savez mieux que moi, dit-il, ce que vous déciderez sera bien.» Et c'est partout ainsi.

Les intendants forment, dans l'armée, une élite intellectuelle. Leur recrutement est très sévère. Le plus grand nombre est passé par l'Ecole polytechnique ou par l'Ecole d'état-major. Certains, et non les moins appréciés, sortent du corps même des officiers d'administration. Docteurs en droit presque tous, ils sont, après un concours spécial très ardu, devenus les «fonctionnaires» galonnés d'argent, qui «décident». C'est sous leurs ordres que les officiers aux étoiles «exécutent», la décision demeurant séparée de l'exécution. En général, les intendants--commandants, colonels, généraux--sont les officiers de l'armée les plus jeunes de leurs grades. La plupart, actuellement, sont aux frontières avec tout un état-major d'officiers d'administration. Quelques-uns seulement sont demeurés dans leurs régions respectives et sur ces derniers pèsent les plus gros fardeaux et les plus lourdes responsabilités.

Au-dessus des intendants il y a les «hommes noirs», les contrôleurs de l'armée, personnages tout-puissants qui, dans cette grande agitation, continuent d'examiner avec le calme le plus parfait et la plus lucide minutie toutes les comptabilités. Parfois même, quand c'est nécessaire, ils «suppléent» les intendants...

C'est grâce à cette organisation d'élite qu'il y a partout, dans notre armée, abondance de vivres. Les hommes, depuis le front jusqu'aux dépôts les plus éloignés, sont confortablement nourris après avoir été solidement vêtus de neuf.

Balles explosives et balles dum-dum.

Une question qui a toujours soulevé dans les guerres du passé d'interminables controverses est celle des balles explosives. Ces balles avaient été jadis créées pour faire sauter les caissons de munitions d'infanterie ou d'artillerie, chargées en poudre noire, et l'armée bavaroise notamment en fit usage jusque vers 1870. On fut, par la suite, amené à employer ces balles contre les troupes, parce que l'on espérait arrêter ainsi plus facilement des assaillants déterminés en leur causant des blessures plus graves. Mais l'expérience a montré depuis longtemps que l'usage des balles explosives constituait une cruauté parfaitement inutile et, par la convention de Genève, toutes les nations civilisées se sont mises d'accord pour en interdire l'emploi en temps de guerre. Ces balles sont, du reste, devenues incapables de faire sauter les munitions chargées avec la poudre sans fumée. Aussi, à l'heure actuelle, ne se sert-on plus des balles de ce genre que pour abattre les grands fauves à courte distance (balles Pertuiset pour la chasse à l'éléphant, à l'hippopotame, au lion, etc.).

Elles ont d'ailleurs l'inconvénient d'exiger l'emploi d'armes à feu de très gros calibre; elles sont assez dangereuses pour le tireur qui les utilise et leur précision est plutôt aléatoire dès que la distance se rapproche d'une centaine de mètres. En fait, elles ont complètement disparu de l'armement de tous les pays qui ont seulement conservé les _grenades_ à main.

La balle dum-dum n'a rien de commun avec la balle explosive.

Jusqu'en 1890, la seule balle employée a été la balle en plomb pur ou en plomb durci, de forme cylindro-ogivale, et sans enveloppe métallique. Cette balle, d'un calibre généralement voisin de 11 millimètres, avait une puissance vulnérante et surtout une puissance d'arrêt (_stopping-power_) très largement suffisantes. Son expansion dans le corps de l'homme atteint produisait d'ailleurs très souvent des effets analogues à ceux des balles explosives.

Mais à partir de 1890 environ, lorsque toutes les armées du monde eurent adopté une arme à feu de petit calibre (8 millimètres) tirant une balle de plomb durci avec enveloppe de maillechort ou d'acier, on s'aperçut que la puissance vulnérante des nouvelles balles avait singulièrement diminué. A l'heure actuelle, un blessé qui a eu le poumon, ou l'abdomen, traversé par une balle de 8 m/m (et surtout par une balle de 6 m/m-5 comme la balle italienne ou la balle japonaise) guérit très souvent avec une facilité déconcertante, d'où le nom de balle _humanitaire_ donné à ce projectile vers 1895. En outre la _puissance d'arrêt_ des nouvelles balles est devenue tout à fait insuffisante dans le combat rapproché contre des adversaires fanatisés; on a constaté à mainte reprise dans l'Inde, en Afrique, aux Philippines, qu'un indigène traversé par une balle conservait souvent assez de force pour venir _zigouiller_, avant de mourir, l'Européen qui l'avait blessé.

C'est cette constatation, faite pour la première fois par les Anglais, au Tchitral qui a amené ceux-ci à fabriquer les balles dites balles _dum-dum_, du nom de la fabrique hindoue où on les confectionnait.

Les premières balles _dum-dum_, car il existe un grand nombre de modèles différents de ces projectiles, possédaient leur enveloppe en maillechort fendue en croix à la partie avant, ce qui permettait au noyau de plomb intérieur de s'épanouir dans la blessure, comme le faisaient en 1866 ou en 1870 les balles en plomb nu de 18 m/m ou de 11 m/m alors en usage. Mais ces balles se déformant dans le canon ou dans l'air tiraient fort mal. On leur substitua bientôt des balles analogues à la balle _express_ inventée aux Etats-Unis pour la chasse aux grands animaux.

La nouvelle balle _dum-dum_ présentait à l'avant un trou cylindrique borgne qui avait pour effet de produire une sorte d'éclatement du projectile au moment où il rencontrait le but. Les cipayes anglais de l'Inde emportèrent en Chine pendant la campagne de 1900 des munitions de ce modèle. Cette balle ne tire pas très bien; il faut, pour lui rendre sa précision, boucher le trou qu'elle présente à l'avant soit avec de la cire, soit avec une petite capsule de cuivre mince.

Enfin, on a employé des balles de plomb de petit calibre avec enveloppe métallique interrompue à l'avant. L'armée suisse a eu longtemps des balles de ce genre et la Société française des munitions fabrique, pour les sociétés de tir, une balle analogue, dite balle de _stand_ qui présente une très grande précision.

On a bientôt reconnu, toutefois, que, dans les guerres _européennes_, l'emploi des balles _dum-dum_ était assez peu justifié et ne constituait guère qu'une cruauté inutile, comme jadis celui des balles explosives.

Par un article spécial de la convention de La Haye, toutes les puissances du monde se sont interdit l'emploi dans les guerres régulières, de toutes les balles à enveloppe fendue ou interrompue.

Il n'est pas bien certain, toutefois, que certaines puissances n'aient point continué à se servir de ces projectiles dans les opérations coloniales où l'on se bat le plus souvent à courte distance et où il est indispensable de pouvoir arrêter net l'adversaire fanatisé qui vous menace. C'est là une précaution parfaitement légitime; aussi la balle _express_ est-elle d'un usage courant avec les revolvers ou les pistolets automatiques, armes de défense rapprochée. L'usage de cette balle est non moins légitime contre les apaches et l'on trouve un peu partout des cartouches de revolver ou de pistolet automatique munies de balles _express_, c'est-à-dire de balles _dum-dum_; ces munitions sont presque toujours d'origine américaine ou anglaise.

L'usage n'en est pas moins sévèrement interdit dans la guerre actuelle par une convention à laquelle ont adhéré toutes les puissances.

LE CANAL DE PANAMA EST OUVERT

Le gouvernement américain avait préparé une fête internationale pour célébrer l'inauguration du canal interocéanique. Les événements d'Europe ont réduit le brillant programme aux proportions d'une cérémonie purement locale, selon l'expression du communiqué. Le 16 août, un navire du ministère de la Guerre des Etats-Unis, l'_Ancon_, a franchi les écluses de Gatun en l'espace de soixante-dix minutes; plusieurs navires de commerce les franchirent derrière lui. Le canal était désormais ouvert officiellement au commerce.

Quelques jours auparavant, le 3 août, le paquebot _Cristobal_ avait inauguré officieusement la nouvelle voie maritime en passant des eaux de l'Atlantique dans celles du Pacifique. Nos deux photographies représentent cette inauguration «avant la lettre».

Il est réconfortant, à l'heure où la France a été amenée à faire oeuvre de guerre, de constater que toute la presse américaine vient de rendre ardemment hommage, en cette occasion, au génie français, initiateur de cette gigantesque oeuvre de paix.

LES RELIEFS DU SOL ET LE MOUVEMENT DES ARMÉES

Les mouvements des armées se trouvent en quelque sorte déterminés par les formes du terrain où elles opèrent, et les lignes de défense, comme les points d'attaque, sont pour ainsi dire marquées d'avance par les reliefs et les dépressions du sol. Il nous paraît donc utile de présenter à nos lecteurs un tableau sommaire des lignes topographiques directrices du théâtre de la guerre. Cette esquisse leur permettra de saisir la raison des directions prises par les armées, et d'apprécier la valeur des diverses positions qui auront été occupées.

Si l'on examine une carte de l'Europe centrale et occidentale, au Nord des Alpes, on remarque deux zones parallèles, absolument distinctes. C'est d'abord, une longue traînée de larges îlots montagneux: les monts de Bohême; le vaste complexe de reliefs et de plateaux que coupe le Rhin, de Bâle à Coblenz, et qui comprend, sur la rive gauche du fleuve, les Vosges, l'Hunsrück et l'Eifel que prolonge l'Ardenne; enfin, en France, notre massif central. Au Nord et à l'Ouest de ces reliefs, le sol s'abaisse et c'est une suite de vastes plaines: l'Allemagne du Nord, la Hollande, le bassin de Bruxelles et, en France, le bassin de Paris.

Sous ce dernier nom, les géographes et les géologues désignent non pas les environs immédiats de Paris, ni même l'ensemble des régions drainées par la Seine et ses affluents, mais toute la région relativement déprimée comprise entre l'Ardenne, les Vosges, le versant Nord du Plateau central et le massif armoricain. Ce vaste territoire, qui renferme en quelque sorte le coeur de la France, n'est ouvert ni vers le Nord-Est, ni vers l'Est, du côté de la frontière allemande, comme on l'affirme trop souvent. Au contraire, les épisodes géologiques qui ont affecté cette partie de la France y ont créé, du côté de l'Allemagne, trois lignes de défense naturelle. Dans la région orientale du bassin de Paris les affleurements des assises de différents âges plongent vers l'intérieur de la dépression en formant comme une série de cuvettes emboîtées les unes dans les autres. Les bords extérieurs de ces cuvettes s'étant trouvés soumis à de puissantes érosions dans le cours des âges géologiques, il en est résulté une série de falaises tournées vers l'Est, et le Nord-Est, des «auréoles», pour employer le vocabulaire géologique.

C'est ainsi que les affleurements jurassiques engendrent une première ligne de hauteurs: plateaux et collines de Langres, de Bassigny, du Barrois, «côtes de Meuse» et Woëvre. En arrière de ce redan, l'auréole crétacée dessine au-dessus de la Champagne humide, de Vitry-le-François jusqu'à Chaumont-Porcien, une seconde falaise, flanquée en avant par le massif de l'Argonne dont le nom évoque les glorieux souvenirs de 1792. Enfin, à l'Ouest de cette enceinte naturelle, les dépôts tertiaires de la Champagne pouilleuse forment une troisième ligne de défense, avec la falaise de l'Ile de France et la montagne de Reims.

L'importance militaire de ces «auréoles» géologiques est attestée par l'emplacement de nos places fortes. Verdun, Toul et Langres sont assis sur l'auréole jurassique; les forts de Reims sur l'auréole tertiaire. Flanquées à l'Est par les Vosges, et au Nord par l'Ardenne, renforcées par de nombreuses fortifications et garnies de nombreuses troupes pleines d'ardeur, ces trois lignes de défense naturelle présentent à l'adversaire un front solide; aussi les Allemands ont tenté de le tourner par le Nord. De ce dernier côté, en effet, les lignes de circonvolution du bassin de Paris présentent deux brèches dangereuses.

La première, relativement étroite, est produite par une extension de l'auréole jurassique à travers le Luxembourg, au milieu de l'Ardenne. La vallée de la Chiers, affluent de droite de la Meuse, Longwy et Stenay en déterminent la situation. Par cette brèche, il est possible de tourner les «côtes de la Meuse» et l'Argonne, puis de déboucher dans la vallée de l'Aisne. C'est la route suivie par les Prussiens en 1792. De nouveau, en 1914, ils ont voulu utiliser cette trouée, et dans ce dessein ils ont envahi le Luxembourg. Une fois maîtres de la capitale du Grand-Duché, ils ont tenté de s'infiltrer par la vallée de la Chiers.

Beaucoup plus large est la seconde brèche. Au pied des versants Nord-Ouest et Ouest de l'Ardenne s'ouvre un long et profond sillon, occupé d'abord par la Meuse, puis par la Sambre, et qui aboutit dans la haute vallée de l'Oise. Etranglée, de Liége jusqu'en amont de Charleroi, cette dépression s'élargit à mesure que l'on avance vers le Sud-Ouest et conduit finalement dans la Thiérache et dans les plaines du Nord de la France. De ce côté, pas le moindre obstacle naturel. Tout au contraire, un terrain facile, se prêtant au déploiement des armées, et leur offrant d'abondantes ressources. Aussi bien, désespérant de pouvoir forcer nos lignes de défense de l'Est, l'état-major allemand a choisi cette trouée comme ligne d'invasion. Elle était, il est vrai, protégée par la neutralité de la Belgique, mais les barbares tudesques ne sont pas gens à se laisser arrêter par de vains scrupules et ils acheminèrent leurs colonnes à travers l'Ardenne belge pour gagner le plus rapidement possible la large porte ouverte vers l'Oise et vers Paris. Alors que le grand état major de Berlin avait simplement prévu une promenade militaire, il a rencontré devant lui d'admirables troupes qui ont infligé à l'aigle prussienne un premier échec et lui ont imposé un arrêt devant les forts de Liége. Mais alors, l'ennemi, fidèle à ses principes stratégiques, s'est efforcé de déborder l'armée belge en lançant des masses de cavalerie sur la rive gauche de la Meuse, à travers le Luxembourg et le Brabant.

Aujourd'hui le théâtre des opérations s'étend sur quatre régions naturelles différentes. A l'extrême gauche, sur la rive gauche de la Meuse, c'est le Brabant, le Limbourg et l'Hesbaye, pays de plaines accidentées de vallonnements; puis vient l'Ardenne, un bloc de plateaux doucement incliné vers le Nord-Ouest, relevé au contraire du côté de la France, pays de forêts et de marais; plus loin, en avant de Nancy, le plateau de Lorraine, région de plaines boisées, sillonnée de rivières et d'étangs; s'appuyant au Donon, enfin, la crête des Vosges sur laquelle nous nous maintenons et d'où nous pourrons redescendre en Alsace.

CHARLES RABOT.

LES VOLONTAIRES ÉTRANGERS

Parmi tant de spectacles réconfortants auxquels nous assistons depuis un mois, il en est un qui semble les résumer tous: c'est l'empressement des volontaires de toutes nationalités à s'enrôler sous notre drapeau. Cet empressement atteste à la fois la justice de notre cause, la sympathie qu'elle impose, l'espoir qu'elle inspire. A Paris, seulement, près de 30.000 étrangers ont demandé à servir la France. On a choisi d'abord les plus valides et on en a formé plusieurs groupes, sans distinction de nationalité, qui, une fois habillés et équipés, seront exercés au métier militaire, puis dirigés sur le front. Notre photographie représente le départ d'un train où sont réunis des Belges, des Suisses, des Italiens, des Hongrois, des Polonais, des Russes, des Serbes, prêts à combattre pour un même idéal.

Le jeune engagé:

--Et dépêchez-vous, caporal, de m'apprendre l'exercice... je veux arriver là-bas avant que ce soit fini.

--C'est chic, ma croix sur ma capote de mobilisé...

--Oui, mais on va maintenant la gagner à la bataille.

[Texte manquant.]

Le mot d'ordre des Anglais:

--Celui du Duc de Fer: mes enfants... tenir jusqu'au dernier...

--Tu as bien compris la consigne...--Oui, caporal...--Répète un peu. --Tenir ici jusqu'à ce que les Russes arrivent...