L'Illustration, No. 3730, 22 Août 1914
Chapter 2
RUSSIE.--A Moscou, cérémonie religieuse au Kremlin; procession impériale à la cathédrale Ouspensky, et réception à la salle Saint-Georges, où le tsar atteste, solennellement, que c'est contre ses intentions que la «tempête militaire» s'est abattue sur son peuple pacifique.
_Mercredi, 19 août._--Un communiqué officiel du ministère de la Guerre déclare qu'il est établi, d'après les documents saisis sur les blessés, les morts et les prisonniers, que toute la responsabilité des atrocités commises en Alsace-Lorraine par les troupes allemandes, doit retomber sur le commandement. Elles ont été méthodiquement ordonnées.
Nous continuons à progresser dans la Haute-Alsace. Nos troupes débouchent sur la Seille, occupant tour à tour Château-Salins et Dieuze, puis, à la fin de la journée, Delme et Morhange. Enfin Mulhouse est repris.
A Florenville (Belgique), on signale une rencontre de cavalerie heureuse pour les nôtres.
BELGIQUE.--La reine des Belges et ses enfants, ainsi que le gouvernement et le corps diplomatique, quittent Bruxelles pour Anvers, considérée comme imprenable. Bruxelles demeure bien défendue.
Des forces allemandes très importantes franchissent la Meuse entre Liége et Namur.
LA LETTRE DU TAMBOUR
(_Voir notre gravure de première page._)
L'étape a été dure. On marche vers le front. On a hâte d'y être. On y sera tout à l'heure... En attendant, on se repose. On bavarde gaiement, ou l'on sommeille à côté des faisceaux. Le tambour, lui, s'est dit qu'il avait mieux à faire que de bavarder ou de dormir, et que, puisqu'il est un des rares hommes de la compagnie qui ait une table à écrire à sa disposition, c'est bien le moins qu'il en profite. Et il s'est assis devant sa table à écrire... C'est la «caisse» qui n'a jamais «battu» que des rassemblements et des marches, et qui, dans quelques heures peut-être, battra la charge heureuse, la victorieuse course à l'ennemi.
Pour l'instant, ce ne sont pas les baguettes d'ébène qu'y promène la main du petit soldat; mais un bout de crayon, qui va faire aussi, lui, d'utile besogne, puisqu'il aura porté un instant de réconfort et de joie aux coeurs de «ceux qui sont restés», et qui pleurent.
La lettre du tambour, pourtant, n'en dira pas long, car la consigne, n'est-ce pas, est d'en raconter le moins possible... Il ne faut pas dire où on va. Il ne faut pas dire d'où l'on vient; ni ce qu'on fait; ni en quel lieu l'on s'est arrêté... Et c'est l'orgueil du petit troupier qui va se battre de penser qu'il y a là un secret sacré que la patrie lui confie, et que chacun doit garder pour soi.
Alors quoi dire?... Des choses vagues. «Tout va bien. Ni malade ni blessé. Nous sommes contents...» Puis, des compliments à ceux-ci, un bon baiser à ceux-là... Et ici s'évoquent des images très douces. Ces êtres chers vers lesquels va sa pensée, le petit tambour les _voit_. Pendant un instant son jeune visage est devenu grave. Un peu d'émoi fait hésiter sa main... Et à-Dieu-va! Dans cinq minutes, le billet au crayon, sans timbre d'origine, prendra le chemin du pays, et c'est _en avant_ que s'élancera la pensée, redevenue joyeuse, du petit tambour!
LE PREMIER TROPHÉE
Lundi matin, à 9 h. 45, le colonel Serret, ancien attaché militaire de France à Berlin, se présentait au ministère de la Guerre, en automobile, accompagné d'un officier de l'armée active et de deux sous-officiers de gendarmerie: il venait remettre au gouvernement le premier drapeau pris aux Allemands, le drapeau du 132e d'infanterie, enlevé--au prix de quels prodiges de vaillance!--par les soldats du 1er bataillon de chasseurs à pied, à l'affaire de Sainte-Blaise, Alsace.
Quelques instants après, ce trophée guerrier flottait à une fenêtre de l'hôtel du ministère de la Guerre, au-dessous du drapeau tricolore. Et, la nouvelle de son arrivée se répandant comme une traînée de poudre, la foule accourait, d'heure en heure plus dense, pour le contempler.
Il est, comme tous les drapeaux d'infanterie de l'armée allemande, d'un fond blanc, sur lequel se détache, de la couleur des épaulettes et parements du régiment dont il était l'enseigne--ici, en rouge framboise cerné d'étroites bandes noires--la Croix de Fer, la décoration militaire fondée en 1813 pour récompenser ceux qui avaient servi contre la France, et réformée en 1870, après notre défaite encore. Au centre de cette croix, dans un champ circulaire que surmonte la couronne impériale, un aigle au vol, brandissant dans ses serres la foudre et le glaive, surmonté d'une banderole avec cette devise: _Pro Gloria et Patria_. Aux quatre angles, le chiffre couronné de Wilhelm II. Et la soie de cet étendard est lourde et superbe, et les broderies en sont opulentes. Des franges d'or scintillent aux trois bords libres, et le chiffre de l'Empereur encore surmonte la hampe.
Tout le jour, des curieux bien sages, presque recueillis, défilèrent, en rangs pressés, devant cette enseigne captive. Le soir elle fut présentée au président de la République, et passa la nuit à l'Elysée dans la chambre de l'officier de service. Le lendemain matin elle était conduite aux Invalides, où elle ne sera qu'un trophée de plus, perdu dans la masse de ceux qui flottent autour du dôme glorieux. Une compagnie de la garde républicains lui faisait escorte.
Dans la cour d'honneur du noble hôtel de Mansart, le général Niox attendait, le drapeau du 132e allemand. Le sous-officier qui l'avait apporté le remit au doyen des dix invalides encore hospitalisés, Pierre Dumont, un ancien combattant de Crimée, d'Italie, et aussi de 1870-1871,--étrange retour de fortune, pour ce vaincu d'autrefois dont l'émotion dut être intense quand, fièrement dressé sur son unique jambe, il présenta le drapeau ennemi qui fut courtoisement salué par tous les assistants.
La musique joua la _Marseillaise_. Le public clairsemé qui assistait à cette cérémonie cria: «Vive l'armée! Vive la France!» Puis, sur un geste du gouverneur des Invalides, le cortège se remit en route vers la Chapelle, à la suite du trophée, qui fut placé dans la galerie, devant le grand orgue. Et les officiers et soldats présents défilèrent devant lui.
_Phot. Stevenan._
L'ARRIVÉE EN FRANCE ET LA VISITE A PARIS DU GÉNÉRAL FRENCH.
OU SONT LES AUTOBUS
LEUR MILITARISATION POUR LE RAVITAILLEMENT DES TROUPES EN VIANDE FRAICHE
La disparition des autobus, qui a été une des premières conséquences de la mobilisation générale, a quelque peu désorienté la population parisienne; on s'aperçoit aujourd'hui du rôle énorme qu'ils jouaient dans la capitale.
Les Parisiens ne sauraient cependant se plaindre de cette disparition, car les autobus que nous devons à la maison Schneider et à son ingénieur M. Brillié vont jouer dans notre armée, pendant la guerre qui vient de commencer, un rôle de premier ordre. Ce n'est point qu'ils soient destinés à transporter du personnel, tout au moins d'une façon habituelle; leur emploi ne présenterait en effet dans ce cas qu'une importance assez faible, car les 1.000 autobus de la Compagnie Générale des Omnibus ne peuvent contenir que 35.000 voyageurs, soit au maximum 30.000 hommes armés et équipés. Leur rôle est bien autrement important. Ils sont destinés à assurer jusqu'au front la ravitaillement en viande fraîche de tous les corps de troupe.
La voiture à viande existait bien avant que l'on pût songer à utiliser les autobus. Le modèle réglementaire comporte une carrosserie où la viande peut rester suspendue à des crochets comme dans un magasin de boucher et où elle se trouve convenablement aérée grâce à des ouvertures munies de toiles métalliques, le tout constituant une sorte de _garde-manger_. Mais ces voitures présentaient une contenance assez faible et ne pouvaient se déplacer qu'assez lentement au trot d'un attelage de deux chevaux. Il leur fallait aller chercher fort loin la viande qui y séjournait alors pendant de longues heures et dont la conservation se trouvait assez souvent compromise malgré toutes les précautions.
On ne savait d'autre part comment faire pour transporter la viande dans de bonnes conditions depuis les centres d'abatage jusqu'aux points de distribution aux corps de troupe. L'emploi obligé de la traction animale limitait à 25 ou 30 kilomètres la distance qui pouvait séparer ces divers points et il fallait par suite déplacer _tous les jours_ le centre d'abatage et le troupeau pour les maintenir à portée des corps. La besogne devenait extrêmement pénible: le personnel, devant chaque jour accomplir une étape avant de se mettre au travail, n'était bientôt plus en état de remplir sa tâche; quant au troupeau qui devait lui aussi faire son étape journalière, il dépérissait rapidement et ne fournissait qu'une viande médiocre. Enfin, le renouvellement même du troupeau, qui se fait en général sur place en utilisant les ressources locales, devenait très difficile pour le service des subsistances qui passait la majeure partie de son temps à se déplacer pour suivre les troupes.
Pour toutes ces raisons on songea, dès les débuts de l'automobile, à assurer le transport de la viande fraîche au moyen de la traction mécanique. On ne pouvait guère songer à constituer dans les magasins un approvisionnement de voitures à viande automobiles qui, tout en étant d'un prix fort élevé, se seraient bientôt détériorées en magasin. On se contenta d'expérimenter quelques modèles d'essai, pour se rendre compte des conditions à réaliser et l'on chercha un moyen d'utiliser les véhicules existant dans l'industrie. Les premières expériences ayant donné des résultats très satisfaisants, on eut l'idée de recourir à la Compagnie Générale des Omnibus qui venait de construire ses premières voitures automobiles (autobus à impériale).
La transformation de ces autobus en voitures à viande était relativement facile. Le ciel de la voiture étant extrêmement solide et la voiture formant un long couloir, on n'avait qu'à suspendre la viande à des crochets attachés à des barres de fer disposées à peu près comme l'étaient les mains courantes des omnibus.
Il suffisait de fixer solidement ces barres de fer, en étayant au besoin le ciel de la voiture, en raison de la longue portée des barres, de démonter les sièges pour dégager l'intérieur de la voiture, d'installer une porte munie d'un grillage métallique, de remplacer également par du grillage métallique les glaces mobiles d'aération, enfin de doubler intérieurement la carrosserie avec des feuilles de zinc jusqu'à une certaine hauteur pour rendre facile l'entretien de la voiture.
Un certain nombre d'autobus ainsi transformés figurèrent aux grandes manoeuvres à plusieurs reprises. Ces essais donnèrent les meilleurs résultats et eurent pour conséquence l'adoption du système expérimenté.
L'autobus sans impériale, qui a remplacé l'autobus à impériale, a un plafond plus léger; d'autre part, son compartimentage intérieur est assez compliqué. La transformation est moins facile, mais elle permet d'arriver au même résultat. Cette transformation a été exécutée par les soins de la Compagnie Générale des Omnibus qui avait passé avec l'Etat un traité l'obligeant à conserver en magasin, en temps de paix, toutes les matières premières nécessaires. Les travaux de transformation ont été terminés en temps utile pour tous les corps d'armée mobilisés.
L'autobus étant aménagé comme nous l'avons indiqué plus haut, l'utilisation devient très simple.
La viande en quartiers est suspendue à des crocs fixés au ciel de la voiture, comme dans un étal de boucher, sans que les quartiers se touchent. Dans ces conditions un autobus ne peut guère transporter plus de 1.800 kilogrammes de viande abattue, alors que le même véhicule transportait précédemment trente-cinq voyageurs, plus le chauffeur et le conducteur, soit au total environ 2.600 kilogrammes de Parisiens sur... pied (37 personnes de 70 kilogrammes).
Ce chiffre de 1.800 kilogrammes représente 3.600 rations de viande fraîche, à raison de 500 grammes par ration. Un autobus transformé renferme ainsi un peu plus que la viande nécessaire chaque jour à un régiment d'infanterie comprenant normalement 3 bataillons de 1.000 hommes.
Il suffirait donc, à la rigueur, d'une douzaine d'autobus par corps d'armée et, avec 250 autobus, nos vingt corps de première ligne se trouveraient suffisamment pourvus. Mais le service des petites unités serait mal assuré, les trains régimentaires auraient à accomplir des parcours exagérés et enfin on ne pourrait point parer aux accidents imprévus. Aussi a-t-on à peu près doublé les effectifs précédents, tout en conservant un certain nombre d'autobus pour le transport des blessés et peut-être pour certains transports rapides de personnel combattant.
Le centre d'abatage du troupeau est en principe installé à une station tête d'étapes (terminus de la voie ferrée). On y abat la viande à loisir, on l'y laisse ressuer et on l'expédie ensuite par autobus en des points de rendez-vous fixés par le commandement. De là les officiers d'état-major, désignés à cet effet, dirigent les autobus sur les points de _distribution_ où la viande est délivrée aux officiers d'approvisionnement qui l'emportent dans les voitures à viande réglementaires à traction animale, dont nous avons parlé plus haut, ou dans de simples fourgons. Un autobus pouvant facilement faire 100 à 120 kilomètres par jour, soit un parcours correspondant à six étapes, peut s'éloigner du centre d'abatage de 50 à 60 kilomètres, ce qui correspond à deux ou trois étapes. Le centre d'abatage n'a donc besoin de se déplacer que tous les deux ou trois jours au maximum quand les troupes marchent tous les jours dans la même direction.
Ajoutons que là où le réseau de routes est en bon état les autobus peuvent apporter la viande jusque dans les cantonnements, ce qui évite aux trains régimentaires des fatigues excessives et épargne à la viande des transbordements fâcheux.
Les autobus vont donc contribuer grandement à la défense du pays. Il ne faut pas oublier, en effet, qu'à la guerre il est trois choses que l'on doit faire _tous les jours_: marcher, manger et se reposer; parvenir à faire ces trois choses dans de bonnes conditions est souvent plus difficile que de faire la quatrième qui est de se battre et, de plus, on ne se bat pas tous les jours.
Quand les Parisiens reverront leurs autobus, comme les carrosseries en seront hors de service, ils auront alors le plaisir de les voir remplacer par des carrosseries plus larges et plus confortables que la Compagnie Générale des Omnibus a adoptées en principe il y a quelques semaines. A quelque chose malheur est bon.
SAUVEROCHE.
La terre d'Alsace n'est qu'un vaste champ funèbre, où sont couchés les vaillants dont le courage, vainement, se dépensa pour la défendre et la conserver à la patrie chère à son coeur. La plaine y est jonchée de sépultures à profusion: ici, un tumulus où dorment pêle-mêle des phalanges de héros inconnus; là, quelque stèle dressée au chevet d'un tertre verdoyant; plus loin, une dalle où la mousse efface lentement un nom; des croix de bois dans chaque guéret... Or, depuis quarante-quatre ans ces pauvres morts vaincus dormaient d'un sommeil trouble. Les lourdes bottes du conquérant barbare martelaient la terre où ils reposent; des trompettes hostiles sonnaient au-dessus de leurs têtes comme dans un cauchemar. Et voici que le rêve infiniment doux commence. Des pas plus alertes se pressent, loin encore, mais se rapprochent, sur la route et dans les glèbes; des fanfares plus allègres ont déchiré l'air estival, éveillant dans les profondeurs des tombeaux de longs échos; et sur leurs couches ont tressailli à ces appels belliqueux tous ceux qui tombèrent dans l'inoubliable et fatale guerre, autour du drapeau tricolore. Tous ceux fauchés à Woerth, à Froeschwiller, à Morsbronn, fantassins, cavaliers, cuirassiers épiques, frémissants d'espoir, sont prêts à se dresser à l'appel des clairons de France, ainsi qu'on voit, dans la _Revue nocturne_ de Raffet, les grenadiers et les dragons de l'autre épopée, afin de se mêler, à l'heure du défilé triomphal, aux libérateurs de leurs tombes, aux vainqueurs de demain!
LES VICISSITUDES DE LA GUERRE.
LA BATAILLE DE HAELEN
Le sol de la vaillante Belgique, sur lequel s'est produite la première attaque allemande, la première entreprise contre une place forte, Liége, aura eu aussi l'honneur de voir se dérouler un des premiers combats sérieux en rase campagne. Il s'est livré le mercredi 12 août, entre Diest et Haelen, et a mis en présence une quinzaine de milliers d'hommes.
C'est sur ce champ de bataille que furent prises, au lendemain de la sanglante rencontre, les photographies que nous donnons ici,--les premières photographies de la grande guerre.
M. Paul Erio a envoyé de Belgique au _Journal_ un très vivant récit de la bataille de Haelen,--ou de Diest. C'est à lui que nous emprunterons les éléments principaux de ce bref commentaire.
Nos amis belges avaient en face d'eux les cavaliers qui viennent de dragonner si sauvagement, pillant et massacrant tour à tour, dans le Limbourg et le Brabant, autour de Jodoigne, Tirlemont, Hasselt, Louvain, et, parmi eux, les funèbres hussards de la Mort, de Dantzig, que commanda naguère le kronprinz: leurs exactions sont maintenant châtiées.
Mercredi matin, les Allemands quittaient Hasselt, déclarant aller tout droit à Bruxelles. Malheureusement pour eux, il y avait sur la route ce «quelqu'un d'inattendu» dont parle le poète.
Ils partirent sans même s'éclairer, tellement ils étaient sûrs d'eux, à travers une contrée pourtant accidentée. Ils arrivèrent ainsi jusqu'à Haelen. Mais à peine le premier peloton de uhlans pénétrait-il dans ce village, qu'il y était accueilli par un feu intense. Le peloton entier fut fauché: les cyclistes armés de la mitrailleuse portative Hotchkiss venaient de se révéler, et le premier coup qu'ils portaient était terrible, prouvant que leur corps était aussi redoutable qu'ingénieusement organisé: «Un seul chargeur suffit à balayer la route», disait le lendemain le capitaine de la compagnie. Le combat commençait.
Les cyclistes résistèrent magnifiquement. Leurs officiers les commandaient avec le même calme que s'ils eussent été à l'exercice. Le flegme belge n'a rien à envier au flegme britannique, cette élégante possession de soi-même et ce dédain superbe des contingences.
Les Allemands s'étaient vite rendu compte que ceux qui se dressaient devant eux étaient peu nombreux. Ils lancèrent leur cavalerie en trombe: «On nous envoya au feu comme à la manoeuvre, comme s'il n'y avait pas de balles dans les fusils», devait déclarer plus tard un de leurs officiers blessés. Le vieux maréchal de Haeseler, qui commandait autrefois à Metz, fit à Guillaume II lui-même, un jour que le kaiser s'était senti d'humeur à jouer à la guerre, la même observation.
Les deux mitrailleuses de la compagnie cycliste entrèrent en action; les impétueux cavaliers aussitôt se replièrent. Alors, l'agresseur fit donner le canon. Une pluie de mitraille écrasa le petit bourg, criblant les rues, les maisons, l'église. Bien abrités, habilement dissimulés, les cyclistes tinrent bon, jusqu'au moment où ils se virent près d'être débordés par le nombre: à 200, ils avaient maintenu en respect 6.000 ennemis. Ils se replièrent,--non sans que deux d'entre eux fussent allés, sous le feu, faire sauter le pont de Haelen. Ils avaient admirablement rempli leur rôle.
Les troupes belges massées en arrière se démasquèrent alors. Ce fut, de part et d'autre, une canonnade terrible. Mais on fit une constatation intéressante, et que les communiqués de notre ministère de la Guerre ont signalée déjà, dans les escarmouches qu'ont eues nos propres troupes, c'est que l'effet des obus allemands était presque nul. Aurait-on donc calomnié la maison Krupp, quand on l'accusa d'avoir vendu aux pauvres Turcs des projectiles pour l'exportation?
Le tir des Belges était, au contraire, d'une précision merveilleuse: on en eut la preuve à l'heure de la retraite, où un seul canon ennemi continuait de tirer, les autres étant sans doute en mauvais point.
L'avantage se manifesta bientôt nettement du côté des Belges. Quelque flottement se fit sentir chez les Allemands, dont la cavalerie, tenue sous le feu des canons de nos alliés, était immobilisée; ce fut surtout un duel d'artillerie.