L'Illustration, No. 3694, 13 Décembre 1913

Part 4

Chapter 43,667 wordsPublic domain

A côté des grandes transformations qu'elle impose dans le costume féminin, des révolutions de l'élégance qu'elle édicté, la Mode se plaît parfois à de menus changements, qu'il convient de considérer sans gravité; et ses légers caprices introduisent, de temps en temps, une nouveauté imprévue dans ce qu'on pourrait appeler les accessoires de la toilette, le manchon, le sac, l'épingle à chapeau, voire le lacet du soulier et la couleur du bas de soie. Aujourd'hui, ils s'en prennent à la voilette. On ne faisait guère attention à elle, tant elle se portait généralement discrète et fine, à moins qu'elle ne se portât point du tout. Et voilà qu'elle prétend cacher une partie du visage, le menton, la bouche et le nez, pour laisser seulement apparaître les yeux, à la manière turque... Il y a quelque deux ans, _L'Illustration_ a montré, par un dessin, que les jeunes femmes de Constantinople tentaient, à la faveur d'idées plus libres, d'abandonner le traditionnel _yachmah_. Les Parisiennes vont-elles adopter le voile auquel avaient voulu renoncer les «désenchantées» de là-bas? La scène qu'a croquée notre collaborateur L. Sabattier à la sortie de la Madeleine, un dimanche matin--car celles qui suivent cette mode musulmane n'en sont pas moins bonnes chrétiennes--indique que, si l'essai en a été fait, il est encore timide, et suscite quelques étonnements. La voilette nouvelle a contre elle d'être funeste aux sourires qu'elle dissimule. Et c'est là, sans doute, pour les Parisiennes, un défaut d'importance.

CE QU'IL FAUT VOIR

PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER A PARIS

Je suis retourné au Salon d'automne pour y visiter cette Exposition _d'Ensembles décoratifs _dont on a beaucoup parlé, et je voudrais d'abord vous signaler une opinion bien intéressante que j'ai recueillie en en revenant. Cela se passait à table, chez des amis, qui avaient parcouru, eux aussi, dans la journée, les «ensembles décoratifs» de l'avenue d'Antin. Soudain un des convives, architecte de talent, s'écria:

--Tout de même, ne trouvez-vous pas qu'il y a quelque chose de changé dans les moeurs de ce temps-ci? Nous sommes plus artistes, cela est incontestable. Nous décorons notre logis autrement que ne faisaient nos pères; avec plus de fantaisie, avec plus d'audace, avec plus d'amour. Dans le choix des bibelots, des meubles, des étoffes, dans l'arrangement surtout de ce décor domestique, nous osons des choses que pas un Français, il y a vingt ans, n'eût osées. Et qu'est-ce que prouve ce souci d'introduire dans la décoration de nos «intérieurs» plus de pittoresque et d'imprévu qu'autrefois, si ce n'est que nous aimons notre foyer, qu'il nous plaît d'y vivre davantage...

--Ou d'y vivre moins, fit une dame âgée en souriant.

--Je ne vous comprends pas, madame, dit l'architecte.

La dame âgée répondit:

--Monsieur, savez-vous rien de plus lassant pour les yeux que le spectacle de la _fantaisie_, en ameublement aussi bien qu'en toilette? Et ne conviendrez-vous pas qu'une robe, intéressante par certaines audaces de coupe, de couleur et d'arrangement, cesse vite de l'être si, au bout d'un temps très court, une autre robe ne l'a point remplacée? Une femme élégante--j'entends une femme dont l'élégance est faite de _fantaisie_--est condamnée à ne jamais porter la même toilette trois fois de suite... Et, de même, je pense que l'excentricité d'un ameublement n'est supportable qu'à condition qu'on ne s'en donne ni trop souvent ni trop longtemps de suite le spectacle à soi-même. Or, on ne peut changer de mobilier comme on change de robe. On cherche donc d'autres décors quand on a «assez vu» celui-là. Et c'est pourquoi, monsieur, j'ai la conviction que les amateurs qui ont commandé tels de ces «intérieurs» un peu... hardis que nous avons vus tout à l'heure au Salon d'automne sont, au total, des raffinés qui restent chez eux le moins possible.

Ainsi parla la dame âgée. Elle eût pu se montrer plus sévère encore, à mon avis: déplorer, par exemple, que l'architecture décorative s'arroge le droit de «renouveler» à ce point la forme de certains sièges qu'il devienne impossible à d'honnêtes gens d'y demeurer assis cinq minutes sans danger de crampe. Elle eût pu demander s'il n'y a pas quelque imprudence aussi à introduire trop de joie dans le décor d'un logis qui tôt ou tard, ainsi que tous les logis humains, devra bien encadrer de la tristesse. Et comme alors les murs auront l'air ridicule!

N'importe. Allez vous promener aux «ensembles décoratifs» de l'avenue d'Antin. Qu'on adore ou qu'on déteste cet art-là, c'est un spectacle à voir. Et c'est au moins matière à philosopher...

* * *

Ne pas oublier non plus, ce mois-ci, les grands magasins. Le mois des Etrennes est pour eux un mois de triomphe, et ils viennent d'en commencer l'Exposition.

J'entends par étrennes les plus belles de toutes, les seules qui comptent aux yeux du parrain et de la marraine dignes de ce nom: les étrennes des enfants; les Jouets! Je ne dis pas que les plus beaux soient les plus amusants. Je crois même le contraire, et que l'âme de l'enfant réclame des jeux simples. Un jouet luxueux et savant l'émerveille; mais il en est un peu de ces chefs-d'oeuvre comme des boudoirs et des salles à manger dont je parlais tout à l'heure: on admire... et puis, quand on a bien admiré, on cherche à reposer ses yeux et son esprit sur quelque chose de simple, de «pas fort»... Le joujou _savant_ (et follement cher, bien entendu) semble avoir été inventé pour augmenter l'attachement de nos fils aux jeux de la balle, des quilles et de saute-mouton!

Mais il reste nous. Il reste les grandes personnes, dont les Expositions de jouets vont délicieusement amuser, pendant un mois, les badauderies. Mais n'attendez pas que ces collections précieuses soient «désassorties»; n'attendez pas surtout les cohues d'après-midi, qui vont commencer. Le matin, jusqu'au quinze ou vingt décembre; voilà le moment propice, et l'heure exquise...

* * *

Un étranger m'écrit: «Je connais de Paris ses monuments, ses théâtres, et, assez bien aussi, ses boulevards. C'est _la Rue_, maintenant, que je voudrais mieux connaître; je veux dire ces coins de Paris dont ne parlent point les guides, mais qui ont leur originalité, leur pittoresque à eux, et qui nous instruisent à leur manière.»

Rien de plus juste. Et c'est pourquoi la Fête foraine ne doit jamais être considérée par l'étranger comme un spectacle négligeable. Elle a une valeur de renseignement; elle est une des écoles où l'on «apprend» Paris.

Les marchés aussi peuvent être comptés au nombre des meilleures de ces écoles-là. Marchés aux fleurs, aux chevaux, à la ferraille; marchés de comestibles,--quotidiens ou hebdomadaires; marchés annuels, qui sont des foires (pains d'épice ou jambons); marchés couverts; marchés en plein vent. Il y en a qu'il faut voir au printemps; d'autres que la saison présente encadre d'une tristesse si opportune, si harmonieuse, pourrait-on dire, que le spectacle en devient beau! J'en ai eu l'impression, dimanche dernier, en allant flâner vers onze heures du matin, dans la brume, autour de la «barrière d'Italie». C'est la porte de Paris par où l'on passe pour aller à Fontainebleau, et c'est par là que Napoléon, en 1815, rentra dans Paris. Mais les gens qu'on rencontre là le dimanche matin ne semblent point impressionnés par la majesté d'un tel souvenir. A côté de la grille d'octroi, contre la pierre même des fortifications, s'aligne l'étalage hebdomadaire des parapluies à trois francs, deux francs, trente sous... des parapluies «non réclamés» que revend à bas prix la préfecture de police et dont quelques-uns semblent, ma foi, les «occasions» les plus avantageuses du monde! Au delà s'étend la longue route boueuse et plate qui mène à Ivry, et sur un côté de laquelle s'élèvent les pauvres échoppes du marché de dimanche. Boniments, cris des marchands, mélopée d'une négresse en prière qui dit la bonne aventure, romances sur la guitare, roulements de tambour du montreur de «rats géants»; et puis, à droite, la rue Blanqui,--un chemin tracé dans la boue de la zone militaire, et que bordent des taudis en planches. C'est la «foire aux puces», quelque chose d'innommable: un marché où s'étalent--par terre--des déchets, des débris de tout: de la ferraille, des papiers, des loques, que vendent des pauvres, et qu'achètent d'autres pauvres. Une foule joyeuse grouille autour de tout cela; et sur ces musiques, sur ces cris, sur ces odeurs, sur ces loques, décembre étend un ciel sale et froid,--le ciel _qu'il faut_! non, vraiment, ce n'est pas laid. Et c'est presque effrayant.

UN PARISIEN.

AGENDA (13-20 décembre 1913)

EXPOSITIONS.--Grand Palais: Salon d'automne.--Galerie Georges Petit (8, rue de Sèze): la «Société internationale»; la «Comédie humaine».--Galerie Devambez (43, boulevard Malesherbes): exposition de la Société des peintres graveurs français.--Galerie des Artistes modernes (19, rue Caumartin): exposition des objets d'art appliqué de la Société 1'«Éclectique».--Galerie Brunner (11, rue Royale), les Peintres et les Graveurs de Paris.

CONFÉRENCES.--Société des Conférences (184, boulevard Saint-Germain), le _17 décembre_, à 2 h. 1/2: _la Littérature française aux États-Unis_, par M. J.-H. Hyde; le _19 décembre_, à la même heure: _Madame de Staël à Berlin_, par M. le comte d'Haussonville.--Conférences alsaciennes-lorraines (184, boulevard Saint-Germain), le _17 décembre_, à 8 h. 1/2 du soir: _la Terre exquise de Lorraine et d'Alsace_, par M. Émile Hinzelin.--7, rue Chateaubriand (conférences Chateaubriand), le _20 décembre_, à 3 heures: _les Primitifs italiens, Giotto_, par M. André Michel.--Université des _Annales_ (51, rue Saint-Georges), à 5 heures: le _15 décembre, Leurs enfants_, par M. André Lichtenberger; le _16, la Première du Cid_, par M. Gaston Rageot; le _17, Un poème en prose_, par M. Jean Richepin; le _18, Au pays de la fantaisie_, par Mme Rosemonde Gérard.

FÊTE DE BIENFAISANCE.--LE 20 _DÉCEMBRE_, AU CHÂTELET, MATINÉE DE BIENFAISANCE donnée par la Société de secours mutuels «les Prévoyants du théâtre».

L'EXPOSITION DE L'AÉRONAUTIQUE.--Au Grand Palais, jusqu'au _25 décembre_, exposition internationale de l'Aéronautique.

SPORTS.--_Courses de chevaux: le 14 décembre_, Auteuil; le 15, Saint-Ouen; le 16, le 18 et le 21, Vincennes (trot).--_Boxe: le 20 décembre_, à Luna-Park, match Sam Langfort-Joe Jeannette.

LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS

LES PRIX LITTÉRAIRES

Deux grands favoris, à peu près sur la même ligne, se disputaient, cette année, le prix Goncourt. On donnait à égalité M. Alain Fournier, l'auteur du _Grand Meaulnes_[1], et M. Léon Werth, Fauteur de la _Maison Hanche_[2]. Or, le jour du vote, le 3 décembre, il advint qu'un outsider, M. Marc Elder, qui avait obtenu une seule et intermittente voix pendant les dix premiers tours, réussit à réunir six suffrages au onzième tour. Ce fut, assure-t-on, un vote de conciliation. Le livre couronné s'intitule: le _Peuple de la mer_[3]. Il nous conte, en un tryptique au rude et impressionnant relief, la vie des pêcheurs de Noirmoutier.

Au lendemain de la réunion des académiciens Goncourt, le jury féminin du _Prix Vie Heureuse_ a désigné son lauréat pour 1913: Mme Camille Marbo, l'auteur de la _Statue voilée_[4].

LES BEAUX LIVRES

Le mois de décembre est le mois des beaux livres. Il y a, dans les vitrines de Noël, une floraison d'hiver étincelante, une véritable joaillerie de couleurs niellées et marquetées d'argent et d'or. Nous aimerons toujours le faste du livre et, devant les étalages flamboyants, nous nous arrêtons, malgré l'hiver, pour la joie de nos yeux, comme jadis au temps du collège, après la journée de classe. Les volumes d'art pour les étrennes des grandes personnes, et les romans d'aventures et les albums pour les étrennes des enfants, mêlent dans les expositions des libraires les séductions de leur présentation riche. Nous mettrons un peu d'ordre dans la confusion jolie de l'étalage, et, tandis que nous parlerons ici des livres de nouvel an pour lecteurs de tous âges à partir de l'adolescence, nous signalerons dans _La Petite Illustration_ accompagnant ce numéro les nouveautés de la librairie enfantine.

Présenté sous une délicate couverture blanc et or, fastueuse comme une chape pontificale, un important ouvrage de cet érudit des choses italiennes, M. Emmanuel Rodocanachi, nous convie à suivre, depuis l'antiquité jusqu'à nos jours, l'histoire, minutieusement documentée et pompeusement illustrée, des _Monuments de Rome_[5]. C'est une savante reconstitution de la vie grandiose et tragique de la pierre romaine qui connut le triomphe des merveilleuses cérémonies impériales et l'outrage des invasions barbares avant que de subir les destructions du moyen âge lorsqu'on employa les colonnes des anciens temples dans la construction des églises et les assises des monuments antiques dans celle des forteresses. D'excellents chapitres nous disent les travaux projetés et réalisés par le grand pape Sixte-Quint, et les vicissitudes auxquelles furent soumis les grands vestiges au dix-septième siècle. Et de très complètes monographies sont consacrées aux Obélisques, au Mausolée d'Auguste, au Panthéon, aux Thermes de Dioclétien, aux Arcs de triomphe, au Palatin et au Colisée.

La librairie Hachette, à qui l'on doit l'édition de cet ouvrage, publie encore, à l'occasion des etrennes, d'autres très beaux livres, richement illustrés. Dans l'un d'eux, M. Seymour de Ricci réunit en album sur le _Style Louis XVI: Mobilier et Décoration_, plus de 450 modèles[6]. L'ensemble des modèles ainsi présentés constitue un enseignement de premier ordre et il n'est plus absolument besoin de visiter les trésors du Louvre, de Versailles, de Windsor et de la Wallace Collection, pour acquérir la connaissance complète de ce qu'est l'art admirable du style Louis XVI. C'est, en quelque sorte, la généalogie même du style Louis XVI qui se trouve décrite ici.

Note 1: Edit. Émile-Paul, 3 fr. 50.-- Note 2: Edit. Fasquelle, 3 fr. 50.-- Note 3: Edit. Oudin, 3 fr. 50.-- Note 4: Edit. Fayard, 3 fr. 50.-- Note 5: Hachette, 20 fr., rel., 25 fr.-- Note 6: Même librairie, 25 fr.

Mais voici, traduit et adapté par M. Gaston Migeon, conservateur au musée du Louvre, _l'Art en Chine et au Japon_, d'Ernest Fenellosa [7]. M. Fenellosa fut l'Occidental qui, le premier, a passionnément interrogé les arts anciens de la Chine et du Japon et en a compris le haut idéalisme, le sens intime, les prodiges d'exécution. Son ouvrage, qui paraît après sa mort, peut être considéré comme un testament intellectuel. Les sujets d'illustrations, par leur variété, constituent l'une des plus belles et des plus riches collections l'art chinois et japonais qui aient été publiées jusqu'ici.

_Whistler, sa vie, son oeuvre et son temps, traduit et adapté de l'ouvrage original de E. et J. Pennel,_ avec 2 planches en couleurs, 12 planches en héliogravure et 64 planches en noir hors texte[8]; _l'Oeuvre de Murillo_, ce sont encore de nouvelles très agréables éditions de la maison Hachette qui ajoute aussi à sa délicieuse série _Ars Una_[9] un opportun volume de M. Max Rooses, conservateur du musée Plantin d'Anvers, sur les _Flandres_.

Un délicieux volume: la _Route des Dolomites_[10], prend place parmi les belles éditions J. Rey, la grande maison dauphinoise du livre. Nous l'avons dit, et nous devons le répéter: parmi tous les efforts tentés par le régionalisme, la décentralisation de l'édition (le livre provincial fait en province) est l'un des plus intéressants, car il dirige une industrie nationale dans des voies nouvelles et fertiles en heureuses surprises pour le public. Le public, d'ailleurs n'est pas ingrat et il a récompensé par la faveur de son accueil les initiatives et les sacrifices que la maison J. Rey n'a pas hésité à faire en employant de véritables missions photographiques à réunir les éléments d'illustration de ces riches et intelligents volumes: _Au pays de Jeanne d'Arc, Aux pays de Napoléon, Aux lacs italiens, Au pays de saint François d'Assise, la Route des Alpes, la Route des Pyrénées_.

C'est M. Gabriel Paure, le plus charmant et le mieux averti des cicérones sur les routes italiennes, qui nous conduit aujourd'hui sur la _Routedes Dolomites_, d'Innsbruck à Vérone, de Bosen à Cortena d'Ampezzo, au lac de Misurina, et à Cadore, dans le pays du Titien. L'itinéraire est d'une rare séduction, et ses beautés en sont rendues sensibles à nos yeux par les panoramas, les scènes, groupes et types qui ajoutent leur vérité documentaire à la chanson harmonieuse du texte.

Deux très belles publications qui nous arrivent en même temps et qui se complètent l'une l'autre seront accueillies avec faveur car elles s'offrent à documenter le goût, très vif, en ce moment, que l'on manifeste pour les jardins et pour les villas. Nous faisons tous plus ou moins les rêves de l'amateur de jardins. L'un des souhaits les plus constants de notre vie tourmentée par l'agitation moderne est de prendre quelque repos en un morceau de paradis terrestre, un paradis de verdure, de fleurs et d'eau, créé souvent par les fantaisies de notre imagination, et selon la mesure si variable de nos moyens. Un livre qui s'intitule: _Des divers styles de jardins, modèles de grandes et petites résidences; l'art décoratif des jardins; jardins européens et orientaux_[11], nous charme avant même que de s'ouvrir. Cet ouvrage, paru sous les deux signatures de MM Marcel Pouquier et A. Duchêne, nous donne avec ses 16 hors texte et ses 300 illustrations, si heureusement choisies, une histoire enchantée des jardins, depuis le moyen âge jusqu'à nos jours et nous livre une série de précieux modèles dans le style des seizième, dix-septième et dix-huitième siècles, français, anglais, italiens, orientaux, arabes, chinois, hindous, japonais, persans, avec les divers motifs de décoration pouvant s'adapter aux résidences actuelles.

Note 7: Hachette, 35 fr.-- Note 8: Même librairie, 25 fr.-- Note 9: Même librairie, le vol. 7 fr. 50.-- Note 10: Edit. J. Rey, de Grenoble, broché, 25 fr., relié, 38 fr.-- Note 11: Émile. Paul, éditeur, 40 fr.

L'autre album, consacré aux villas, et si moderne en son aspect et en son enseignement, est édité avec le grand luxe de ses 54 planches avec plans, coupes, etc., par l'éditeur Charles Massin[1]. Cet ouvrage traite plus spécialement, comme l'indique son titre, des _Villas normandes et anglaises_. Nous avons pu constater, pour la joie de nos yeux, combien, des deux côtés de la Manche, les constructions anglaises et normandes rivalisent de pittoresque récent et confortable. On trouvera dans le recueil paru d'hier des reproductions à grande échelle des types les plus caractéristiques des deux pays. C'est un trésor de matériaux pour l'organisation de la vie heureuse, une source riche «d'idées» à suivre, à réunir, à combiner, pour édifier le palais familial de nos rêves d'été.

Note 12: Librairie générale de l'Architecture et des Arts décoratifs, prix: 55 fr.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

L'INVENTEUR DE LA SIMILIGRAVURE.

C'est une erreur fort répandue que la photogravure typographique ou similigravure, souvent appelée «simili américaine», a débuté aux États-Unis. L'invention est française, et la chambre noire qui servit en 1885 à M. Edouard Cannevel pour obtenir le premier cliché photographique à points inégaux permettant de réaliser la photogravure typographique vient d'entrer au Conservatoire des arts et métiers.

Le principe de l'appareil réside dans l'interposition d'une trame quadrillée transparente entre l'objectif et la plaque sensible. Il est aujourd'hui le seul appliqué dans le monde entier, et son oeuvre vulgarisatrice est immense.

M. Edouard Cannevel disposait de faibles ressources; il fit ses recherches avec un appareil de fortune, et il fabriquait lui-même ses trames en photographiant des rayures imprimées sur indienne. Les résultats furent excellents. Mais l'invention venait trop tôt. Il n'y avait alors ni papier, ni encre, ni machines pour imprimer des reliefs si peu appréciables. Le papier couché n'était pas né, et nos papiers à journaux actuels sont des papiers de luxe à côté de ceux de l'époque.

D'autre part, personne en France ne réussit à graver une trame sur verre. Plus tard seulement un Américain trouva le moyen d'exécuter ces trames de façon merveilleuse, d'où le nom de similigravure américaine donné à un procédé essentiellement français dont les progrès de l'imprimerie et de l'industrie du papier allaient bientôt assurer la vulgarisation. Le conseil général de la Seine-Inférieure et diverses sociétés savantes votèrent de petites subventions à l'inventeur. Mais M. Cannevel dut abandonner la lutte; et il assiste aujourd'hui au triomphe colossal d'une invention qui est sienne, qui enrichit ou fait vivre des milliers de personnes, et qui ne lui rapporta aucun profit.

DE QUAND DATE LE PAIN.

Le pain est un mets de très grande antiquité: mais l'homme ne l'a pas toujours connu. Il serait sans doute difficile sinon impossible de dire quand et où se fit le premier pain: mais on sait de source certaine que le pain était déjà connu de l'homme néolithique, et que les habitants des palafittes en particulier en faisaient usage.

Ces populations, occupant des habitations bâties sur pilotis, dont les vestiges sont abondants sur le rivage de plusieurs lacs suisses, étaient agricoles et sédentaires. Elles possédaient déjà des animaux domestiques et des plantes alimentaires, et probablement cultivées, dont certaines pouvaient avoir une origine fort lointaine et être venues de contrées très distantes.

Parmi les plantes, il y avait le blé, qui était déjà connu et apprécié au début de la période néolithique; il y avait même plusieurs blés. L'un d'eux est encore cultivé dans la Gruyère: c'est le _blé mottu_ qui croît aussi spontanément dans le Caucase. En vient-il? Un autre est le froment égyptien, encore cultivé en Suisse sous le nom de _nouette de Lausanne_. Et il faudrait citer encore l'orge, l'amidonier, le petit épeautre, l'épeautre, le seigle, le millet, etc.

De ces grains, que nous utilisons encore pour faire du pain et des produits similaires, les habitants des palafittes faisaient du pain. On a retrouvé, à de nombreux exemplaires, des meules à broyer le grain, en pierre, en grès, en granit, accompagnées de leurs broyeurs. Ces outils devaient servir à broyer les grains en farine, et la farine à faire du pain. On n'en peut douter: le pain des palafittes est bien connu et authentique.

Ce n'était pas le pain actuel... La farine servait à faire des galettes arrondies, cuites sur des pierres ou de l'argile, et ce pain rustique, dont on a retrouvé plusieurs morceaux, était emmagasiné dans des vases. Les probabilités sont qu'on le consommait après humectation, pour le ramollir un peu. On remarquera qu'à l'époque de la découverte les indigènes des Canaries opéraient de façon sensiblement pareille.

INCUBATION NATURELLE ET INCUBATION ARTIFICIELLE.

Les agriculteurs ou les éleveurs de volailles ne sont point toujours d'accord sur la valeur respective de l'incubation naturelle et de l'incubation artificielle. Les expériences de M. Brechemin, sans résoudre définitivement la question, y apportent du moins une contribution intéressante.

Trois dindes et trois poules furent mises en concurrence pendant les mois de mars, avril et mai, avec une couveuse artificielle. Les 242 oeufs fécondés soumis à l'incubation naturelle donnèrent 158 poussins; les 243 oeufs fécondés confiés à la couveuse en donnèrent 209.

On continua l'expérience en appliquant à chaque groupe un système d'élevage différent, la nourriture étant identique. Les poussins confiés aux poules et aux dindes furent parqués à l'air libre sur une surface de 4.000 mètres carrés. Trois mois après l'éclosion, il n'en restait plus que 75, soit une perte de plus de 50%.