L'Illustration, No. 3694, 13 Décembre 1913

Part 3

Chapter 33,145 wordsPublic domain

Le lendemain 3 décembre, au Reichstag, en d'éloquentes protestations, M. Fehrenbach, député du centre, après avoir parlé du préjudice moral énorme causé par ces incidents à l'empire, affirma que «si jamais L'autorité militaire devait l'emporter sur l'autorité civile, c'en serait fini de l'Allemagne»; et M. von Calker, député national-libéral et professeur à l'université de Strasbourg, déclara que tous les résultats obtenus par la politique de réconciliation en Alsace-Lorraine étaient désormais «fichus». La réponse embarrassée du chancelier, l'attitude dédaigneuse du ministre de la Guerre, accrurent l'irritation très générale de l'assemblée, et, le 4 décembre, dans ce pays au régime presque absolu, et dont le peuple est le plus militariste du monde, on vit les nationalistes et les centristes s'allier aux radicaux et aux socialistes pour exprimer à une immense majorité (293 voix contre 54), à propos des incidents militaires de Saverne, leur méfiance envers le chancelier de l'empire.

A DONAUESCHINGEN: LES TÊTE-A-TÊTE DANS LE PARC

Il a été dit, et par les personnages les plus autorisés, que le chancelier avait reçu des dépêches de l'empereur ordonnant d'accorder certaines satisfactions à la population de Saverne et que, las ou malade, il avait négligé de communiquer ces documents au Reichstag. Mais il apparaît surtout que le chancelier, qui eût pu refuser de répondre aux interpellateurs sur des actes qu'il ne contresignait pas: les ordres du cabinet militaire, accepta de défendre la mauvaise cause et laissa les coups s'abattre sur lui pour ne point découvrir son souverain. Le chancelier perdit la bataille. Mais l'empereur, demeuré théoriquement en dehors de la querelle, pouvait esquisser, dès lors, le geste d'apaisement et, de fait, au château de Donaueschingen--où il villégiaturait, comme en 1908, chez son ami, le prince de Fürstenberg--après avoir eu une conversation, dont le détail serait bien intéressant pour l'histoire, avec M. de Bethmann-Hollweg, le comte de Wedel, statthalter d'Alsace-Lorraine, et le général von Deimling, Guillaume II décida que «la garnison de Saverne serait transférée jusqu'à nouvel ordre aux champs de manoeuvres de Bitche et de Haguenau».

L'ordre de départ, parvenu dans la journée du 5 au colonel von Reutter, fut tenu secret hors de la caserne, mais on devina, à l'émotion des femmes d'officiers et de sous-officiers, les préparatifs du grand déplacement. Le chef de gare fut avisé d'avoir à former d'urgence deux trains spéciaux.

Et le samedi C décembre, à deux heures de relevée, par un temps gris et glacial, les bataillons du 99e évacuèrent Saverne, tristement, malgré la musique, qui jouait des airs appropriés: «Je suis Prussien», «L'Allemagne avant tout», etc. Le colonel, escorté de quatre gendarmes, avait précédé ses hommes à la gare. Le lieutenant von Forstner ne parut point dans le défilé du départ. Et, dans les avenues ruisselantes, à peine quelques «Wackes», corrects et silencieux, regardaient la «petite garnison» qui, dans la boue froide et sous la neige fondue, s'en allait...

ALBÉRIC CAHUET.

SEPT ÉPISODES D'UNE GRANDE VICTOIRE FRANÇAISE EN BOXE ANGLAISE

LE MATCH CARPENTIER-WELLS

Si le match sensationnel qui, cette semaine, a mis aux prises, à Londres, Georges Carpentier et Bombardier Wells, a suscité en France l'intérêt toujours accordé aux rencontres de cet ordre, il n'est pas exagéré de dire qu'il a eu, pour nos voisins, l'importance d'un événement national, où la réputation britannique, en matière de boxe, était engagée. Il offrait au champion anglais, battu à Gand, en juin dernier, par Carpentier, qui, précédemment, avait triomphé tour à tour de Young Josephs, de Jim Sullivan et de Bandsmann Rice, l'occasion d'une revanche solennelle; et il a, au rebours des espérances ardemment manifestées de l'autre côté du détroit, consacré la science pugilistique, le sang-froid, l'audace du Français.

Le combat a eu lieu, lundi dernier, sur le ring du National Sporting Club, devant une assistance fort élégante et choisie; il suffit d'indiquer que le prix des places allait de 75 à 250 francs. Nos photographies évoquent les péripéties de la lutte, qui fut singulièrement rapide. Carpentier, plus brillant que jamais, impatient de vaincre, la conduisit avec prestesse, prenant immédiatement l'offensive, harcelant son adversaire dans un incessant corps à corps. Un «doublé» à l'estomac ébranlait bientôt Bombardier Wells, qui, durement atteint, se repliait sur lui-même; Carpentier, après s'être un peu reculé, le frappait au menton, et l'abattait d'un dernier coup à l'estomac. En 73 secondes, le champion d'Angleterre, plus âgé de cinq ans que le nôtre, et plus lourd de 10 kilos, avait été mis _knock out_.

Après un moment d'étonnement, de consternation légitime, les spectateurs, sportsmen avant tout, acclamèrent le vainqueur, qui dut apparaître au balcon du club, salué par une foule enthousiaste.

PARIS-LE CAIRE EN AÉROPLANE

Pauvre Daucourt! Après des prodiges de courage et d'endurance, ayant dû braver trop souvent des conditions atmosphériques qui lui faisaient courir les plus grands dangers, il avait presque franchi le massif du Taurus. Malgré le bris de son appareil, il pouvait espérer qu'aucun autre Français volant dans son sillage--pas plus Bonnier que Védrines--ne planerait avant lui au-dessus des Pyramides. Mais les gardiens de son monoplan, qu'il aurait été facile de réparer, l'ont laissé brûler; et, malgré son désir ardent de ne pas arrêter un si bel effort, la Ligue nationale aérienne, dont les ressources sont limitées, renonce à l'envoi d'un nouvel appareil. Le transport en grande vitesse, par chemin de fer, de Paris à Eregli, coûterait près de 20.000 francs!

Nous avons reçu de M. Roux, compagnon de voyage de Daucourt, de nouvelles notes accompagnées de photographies, les dernières sans doute. Nous reprenons ce journal de route à Podima, dernière escale des voyageurs avant Constantinople. (Nous renonçons à publier les vues prises au-dessus de la Corne d'Or et du Bosphore; embrumées, elles donnent une idée trop vague de ce panorama merveilleux.)

Le 8 novembre, après déjeuner, escortés par tous les habitants de Podima, nos compatriotes descendent vers la plage, et bientôt le monoplan s'envole. Le vent arrière est assez fort; pendant une centaine de mètres, il rabat l'appareil à 10 mètres à peine au-dessus de l'eau. On monte ensuite, assez rapidement, le long de la côte, et, au bout de dix minutes, on vogue à 1.000 mètres au-dessus du lac Derkos.

«... La nature du terrain reste la même; collines recouvertes par endroits de petits bois ou de broussailles fort peu propices à un atterrissage.

» A 3 h. 1/2 nous allons droit sur Hademkeuiet nous distinguons parfaitement la mer de Marmara. A notre gauche émerge peu à peu de la brume, sur une étendue telle que nous doutons d'abord, la ville si impatiemment désirée et qui termine la première partie de ce long voyage.

» Stamboul, Péra, Scutari, ne forment à nos yeux qu'une immense agglomération très blanche et très confuse de palais et de mosquées aux minarets élancés. Nous dominons à la fois la mer Noire, le Bosphore et la Marmara. Par-dessus tout cela un soleil clair, mais dont l'automne adoucit l'éclat. Nous oublions toutes les difficultés vaincues par la ténacité de Daucourt, et nous jouissons d'un spectacle merveilleux que n'ont jamais contemplé les empereurs de Byzance.

» Un grand hangar se détache nettement sur le sol, au milieu du champ d'aviation de San Stefano. Daucourt arrête le moteur et, sans bruit, nous descendons en une glissade folle vers le point désigné qui marquera notre dernier atterrissage sur la terre d'Europe. Alors c'est l'enthousiasme de plusieurs centaines de compatriotes et d'amis ottomans qui crient «Vive la France», comme si tout le génie de notre race était représenté par l'arrivée de ces quelques morceaux de bois et de toile auxquels nos ingénieurs ont donné les ailes et le coeur d'acier qui les animent. On acclame notre pays: c'est la seule récompense que nous avions désirée.

» Mme Bompard, qui était venue trois jours de suite nous attendre à San Stefano, est la première à nous accueillir. Elle s'ingénie à rendre des plus agréables notre court séjour à Constantinople; c'est sous sa conduite que nous visitâmes Stamboul et ses merveilles.»

Mais que de tristesses en ce beau pays:

«... Toute la campagne environnant Constantinople est encore encombrée de camps où couchent sous la tente, malgré la saison avancée, des milliers de réservistes non libérés ou même des malades en observation. Le spectacle le plus désolant est, sans contredit, le défilé interminable des voitures sur la route d'Andrinople. Les pauvres gens qui avaient fui en Asie à l'approche des Bulgares repassent maintenant le Bosphore et reviennent chez eux sans espoir de trouver leur foyer encore debout. Car la Thrace est si dévastée que dans nombre de villages les neuf dixièmes des maisons sont complètement détruites.»

M. Roux s'étend longuement sur l'influence que nous possédons à Constantinople, sur la diffusion de notre langue dans toutes les classes de la société, sur l'estime et l'amitié que les Turcs manifestent pour la France.

On en jugera, d'ailleurs, par la lettre suivante que lui remit Djemal bey, au moment du départ:

«Le soussigné, gouverneur militaire de Constantinople et commandant par intérim le premier corps d'armée, colonel Djemal bey, présente M. Daucourt et son compagnon, M. Roux, qui ont entrepris le raid Paris-Constantinople-Le Caire, à tous les fonctionnaires civils et militaires et à tous les officiers chargés du maintien de l'ordre. Ce sont deux héros qui se sacrifient pour la science, et ces deux courageux et intrépides Français sont des amis sincères des Ottomans. Sur quelque point de l'empire qu'ils se trouvent, qu'on leur donne toutes facilités, et qu'on leur complète tout ce qui leur manque. J'ordonne donc à tous les agents 'de la force publique qu'on leur accorde aide et protection avec les égards dignes d'eux.»

Nos voyageurs quittent San Stefano le 15 novembre à 3 heures du soir, escortés jusqu'à Scutari par deux aviateurs ottomans:

«... Cette fois nous passons à faible hauteur et sur Stamboul même. Les ruines des anciens murs de Byzance se détachent nettement, et, si le spectacle est moins grandiose que celui qui s'offrit à notre arrivée, par contre nous distinguons la ville dans ses moindres détails. Pendant que nous approchons de la côte d'Asie, je me retourne souvent pour voir encore Constantinople qui fuit dans la brume. Voici les îles des Princes, puis le golfe d'Ismid; de chaque côté se dressent les premières montagnes d'Anatolie, fort irrégulières, au milieu d'une campagne très cultivée, du moins près de la mer.

» A 3 h. 15 nous passons encore au-dessus d'un camp d'un millier de tentes; un peu plus tard, nous laissons sur notre gauche Ismid, l'antique Nicomédie, et nous apercevons dans le port trois vieilles frégates datant au moins d'un demi-siècle. Nous devons éviter que la nuit nous surprenne dans les défilés de Biledjik, et, à 1 heures, nous atterrissons à Ada-Bazar, dans un mauvais champ labouré. C'est la cohue habituelle jusqu'à ce que le gouverneur Haliss bey nous emmène dans sa voiture à l'hôtel. Nous trouvons ici comme partout le même accueil charmant et l'hospitalité turque légendaire.

» Haliss bey a mis un landau à notre disposition, et nous ne sortons que suivis par deux officiers qui assistent à tous les dîners où nous sommes conviés. Nous préférerions flâner à pied, mais le temps épouvantable qui nous retient ici nous oblige à prendre la voiture, et les rues sont si mal pavées que nous devons nous cramponner aux portières pour ne pas tomber les uns sur les autres.»

Nos compatriotes prennent contact avec la population arménienne au cours d'un dîner que leur offre Aram Nigorossian, directeur de l'École centrale, sous la présidence de l'archevêque d'Ismid, Mgr Stepannos. Et, durant leur séjour forcé à Ada-Bazar, on rivalise de zèle pour leur faire comprendre la question arménienne.

L'arrivée de l'aéroplane a, d'ailleurs, produit une grande sensation dans toute la province.

«...Des paysans viennent de très loin pour voir notre Borel qui fait triste figure sous la pluie au milieu de la boue dont il aura grand'peine à sortir. Nous avons recouvert le moteur, l'hélice et le fuselage avec de grandes bâches, mais les ailes sont submergées d'eau depuis trois jours. A quelques pas, sous une petite tente, s'abritent, faisant un peu de feu pour se réchauffer, les trois soldats qui gardent notre appareil.

» Nous ne voyons toujours pas les sommets des montagnes que nous devons survoler, tant les nuages sont bas. Impossible de partir dans de telles conditions. Le vent n'est rien en aviation à côté du brouillard, surtout en pays de montagnes, car nous pouvons nous trouver subitement dans la brume et perdre la direction. A la vitesse de 100 kilomètres à l'heure, il sera impossible au pilote d'éviter à temps le premier obstacle, montagne ou forêt, qui se dressera tout à coup devant nous.»

Enfin, le 24 novembre, le temps se lève; le monoplan s'envole vers Konia où il est attendu depuis trois jours.

LE RAID PARIS-LE CAIRE DE DAUCOURT ET ROUX INTERROMPU A BOZANTI PAR LA DESTRUCTION DE LEUR APPAREIL.

«... Le Père Gaudens, supérieur des Assomptionniste est à la tête de sa fanfare et de ses trois cents élèves, les écoles turques forment elles-mêmes un cortège pittoresque. Les banques, les boutiques, toutes les maisons sont fermées. Le grand _Tcherili_, descendant des sultans heldjacides, chef religieux des derviches tourneurs, et qui a conservé la prérogative de ceindre le sabre du sultan le jour du couronnement, est venu au-devant de nous avec une délégation de derviches tourneurs et de hodjas. Nous sommes reçus par M. de Tcherkavsky, consul de Russie, qui remplit les fonctions de consul de France et de six autres nations. Ici, encore, tout le monde parle français.»

Le lendemain, à dix heures, départ aux accents de la _Marseillaise_ et de l'hymne russe joués par les élèves du père Gaudens. Les voyageurs aperçoivent bientôt à l'horizon la ligne neigeuse qui dessine les hauts sommets du Taurus. Laissant à gauche le mont Kara Dagh, isolé sur le plateau, ils passent au-dessus de la ville de Karaman, et, à midi, ils descendent à Eregli.

«... On nous raconte des choses bien amusantes. En nous apercevant au loin, des femmes arméniennes se mettent à genoux et chantent des cantiques en se frappant la poitrine. Un vieux prêtre turc fend la foule en s'écriant: «Je veux voir les hommes qui descendent du ciel.» Un fonctionnaire morigène le populo qui l'entoure: «Voilà comment sont les Français; ils travaillent, ils aiment la science et ils aiment à voler comme les oiseaux. Vous, vous êtes paresseux et c'est pourquoi vous ne savez encore que marcher comme les animaux.»

M. Roux quitte alors son compagnon pour gagner Adana en chemin de fer et en voiture. Daucourt veut monter à 3.000 mètres pour franchir le Taurus; comme il est déjà chargé de 160 litres d'essence, il lui est impossible de garder son passager.

A la station de Kiilek, M. Roux apprend la chute de l'aviateur. Ce dernier le rejoint le lendemain à Adana, ayant fait la route, partie à cheval, partie sur une autodraisienne mise à sa disposition par un Allemand aimable, M. Hausba, ingénieur en chef de la ligne de chemin de fer.

Daucourt raconte ainsi son accident:

Le ciel étant brumeux autour d'Eregli, il demanda télégraphiquement à plusieurs stations des renseignements sur l'état atmosphérique. Les uns lui signalèrent le vent du sud, d'autres celui du Nord. Le temps devenant plus clair vers midi, il partit et s'éleva graduellement à 2.500 mètres. En approchant de Bozanti, les nuages enveloppaient les sommets autour de lui et il dut songer à descendre. Le vent soufflait en sens contraire de deux vallées se coupant à angle droit; pris dans une véritable tornade, obligé d'atterrir sur un petit espace encombré d'arbres, il arriva au sol avec une vitesse telle que son aile gauche coupa le sommet d'un arbre, et l'entraîna avec l'appareil qui s'arrêta une vingtaine de mètres plus loin, assez endommagé.

Mieux qu'aucune description, les photographies montrent les difficultés de l'atterrissage sur cet étroit espace de terre semé de cailloux, piqueté d'arbres, encerclé de tous côtés par les montagnes. On ne peut cependant qu'admirer la chance ou l'habileté de Daucourt pour avoir trouvé un sol relativement si favorable dans la région extraordinairement abrupte des _Portes de Cilicie_. Ces défilés sauvages ne se trouvent point au coeur du Taurus; ils sont situés sur le versant sud, dans les derniers contreforts du massif, sur la route de Bozanti à Adana, dont M. Roux fit une partie en voiture.

Comme nous le disions en commençant ce compte rendu, et comme l'indiquent nos photographies, le monoplan était fort réparable,--en trois jours, nous écrit M. Roux. Mais les gendarmes chargés de le garder pendant la nuit se firent remplacer par un paysan qui, probablement, alluma du feu pour se réchauffer et s'endormit. Car ce pauvre homme fut lui-même surpris et fort maltraité par l'incendie. Et, vers 8 heures du matin, on vint annoncer au malheureux pilote que son appareil achevait de brûler. Il fut d'autant plus navré qu'il avait cédé, en quelque sorte malgré lui, à l'insistance des gendarmes, auxquels il eût préféré un homme de confiance payé par lui-même.

* * *

Quels que soient les regrets, fort compréhensibles, des deux intrépides voyageurs qu'une vulgaire question matérielle empêche d'achever leur raid magnifique, ils pourront se vanter, l'un et l'autre, d'avoir fait preuve d'une valeur et d'une habileté exceptionnelles; et, s'ils doivent renoncer à la joie de se voir acclamer à Jérusalem et au pied des Pyramides, ils garderont un doux et glorieux souvenir de leur randonnée sur cette terre d'Asie Mineure où, les premiers, ils ont fait descendre du ciel les couleurs françaises.

Nous avons dit à plusieurs reprises à quel point Daucourt et son compagnon étaient frappés du degré que, du Bosphore au Taurus, atteint la culture française» La petite pièce de vers que nous recevons d'Adana en est la preuve la plus éloquente, la plus agréable à accueillir, que nous puissions souhaiter. L'auteur, M. Hrand Sarian, fut boursier du gouvernement ottoman à Paris. On n'en est pas moins délicieusement surpris de voir un habitant de la lointaine Adana exprimer dans le plus pur français et avec toute la chaleur communicative de l'âme orientale ses sentiments pour la France:

A DAUCOURT

Nous sommes les gradins de l'antique Orient, Que gravit chaque jour le beau soleil levant; De la Turquie il porte un salut à la France, Qui laisse en notre coeur si douce souvenance!

Nous sommes les enfants de ce vieux Paradis Dont les livres anciens ont savamment décrit Les vastes horizons et l'opulente flore, Où les yeux pleins de rêve ont besoin de se clore...

C'est là que, tout léger, Daucourt descend des cieux Après avoir frôlé la demeure des dieux! Soyez le bienvenu, héros qui portez l'âme

De cette Nation que la pensée enflamme De se lancer toujours, ivre de liberté, Vers le Progrès sans fin, but de l'Humanité.

HRAND SARIAN. _Adana, 26 novembre 1913._

* * *

Tandis que Daucourt était en panne à Bozanti, ses deux émules, Védrines et Bonnier, partis de Paris après lui, et plus favorisés par le temps, semble-t-il, parvenaient sans incident à Constantinople, ayant suivi une voie un peu différente.

Védrines arrivait à Sofia le 3 décembre à 8 heures du soir, ayant couvert en trois heures l'étape Belgrade-Sofia (380 kilomètres). Le lendemain, au champ d'aviation militaire, il recevait la visite du roi Ferdinand qui s'entretint longtemps avec lui.

Vingt-quatre heures plus tard Védrines rejoignait Bonnier à Constantinople. Les deux aviateurs se préparent à partir ensemble pour le Caire, «non comme des rivaux, mais unis dans l'amour de la France». Du Caire, Védrines, qui voyage seul, se propose d'atteindre l'Australie par Bombay et Singapore.

Bonnier emmène à bord son mécanicien; nous espérons recevoir de lui des clichés faisant suite à ceux de M. Roux.