L'Illustration, No. 3691, 22 Novembre 1913

Part 4

Chapter 43,528 wordsPublic domain

EXPOSITIONS.--_Paris:_ Grand Palais, Salon d'automne.--Musée des Arts décoratifs (107, rue de Rivoli): oeuvres de Mathurin Méheut.--Galerie Georges Petit (8, rue de Sèze), la gravure originale en couleurs (clôture le 27 _novembre_).--Galerie Haas et Gross (4, rue Édouard-VII), oeuvres de Romney.--Galerie Boutet de Monvel (8, rue Tronchet), céramiques de Lachenal; les peintres de Bretagne.--Galerie Devambez (43, boulevard Malesherbes), exposition des Amis de l'eau-forte.

COURS ET CONFÉRENCES.--Le cours public de photographie en vingt leçons, professé par M. Ernest Cousin à la Société française de photographie (51, rue de Clichy), s'ouvrira le _26 novembre_, à 9 heures du soir et se continuera tous les mercredis à la même heure.--Salle Gaveau (45, rue La Boétie), _Visions d'art_, de M. Gervais-Courtellemont: le _24 novembre_, à 9 heures du soir: _Visions des Indes_, causerie de M. Gervais-Courtellemont.

--Ecole des Hautes études sociales (rue de la Sorbonne) le lundi à 4 h. 15: _Feuilleton parlé_, de M. Camille Le Senne.

--Au Théâtre Femina (avenue des Champs-Elysées), les lundis à 5 heures, conférences de M. Henry Bidou, du journal des _Débats_, sur le _Dix-septième siècle_.--Université des _Annales_ (51, rue Saint-Georges), à 5 heures, le _24 novembre: L'Amour de soi_, par M. Émile Faguet; le _25, Marie de Médicis_, par M. Henry Roujon; le _26, le Théâtre romantique_, par M. Jean Richepin; le _27, Au Pays de Lorraine_, par M. Maurice Barrés; le 28, _Une promenade à Boulogne_, par M. Gabriel Fauré; le 29, _Comment chante-t-on_, par M. Reynaldo Hahn.

CONCERTS.--Au théâtre des Champs-Elysées, le _26 novembre_, en soirée, concert avec le concours de M. Vincent d'Indy et Georges Enesco; le 27, à 3 heures, Hôtel du Foyer (34, rue Vaneau), concert Chaigneau.--Salle Gaveau (45, rue La Boétie), le _28 novembre_, réouverture des concerts de la Société G. S. Bach.--Eglise de la Sorbonne, le _30 novembre, le Messie_, de Haendel.--Salle Malakoff (56 bis, avenue Malakoff), les lundis, à 9 heures du soir, concerts de la Société des Concerts Rouge; les vendredis, à 4 heures, musique de chambre.

L'EXPOSITION DE CHIENS DE LUXE.--Le _23 novembre_, clôture de l'exposition de chiens de luxe et d'agrément ouverte depuis le _21 octobre_, rue La Boétie, 87.

SPORTS.--_Courses de chevaux: le 22 novembre_, Vincennes; le 23, Auteuil; le 24, Saint-Ouen; le 25, Enghien; le 26, Vincennes; le 27, Auteuil; le 28, Saint-Ouen; le 29, Vincennes; le 30, Auteuil (prix la Haye-Jousselin, prix de Normandie).--_Automobile_: à Londres, Hall de l'Olympia, Salon de l'automobile.--_Courses à pied: le 30 novembre_, à Colombes, épreuve du critérium du comité de Paris.--_Cyclisme: le 30 novembre_, au Palais des sports, course de 24 heures à l'américaine.

LES LIVRES et LES ÉCRIVAINS

CONVERSIONS LITTÉRAIRES

Les conversions sont à la mode; je veux dire les conversions littéraires. Il n'y a pas trois semaines, M. Louis Bertrand nous donnait un _Saint Augustin_ qui est un véritable acte de foi chrétienne. Et voici que Mme Juliette Adam, en un livre retentissant: _Chrétienne_[1], abdique les «erreurs» contenues dans un ouvrage précédent et également sensationnel. En d'autres termes, l'auteur de _Païenne_ se sépare des dieux du paganisme. Car le paganisme de Mme Adam n'était point le paganisme qui nie. C'était le paganisme qui croit, le paganisme grec peuplé de dieux et d'artistes, animé de rites et fleuri de fêtes. Cette évolution spirituelle de l'éminente femme est indiquée, phase par phase, dans les différentes préfaces des éditions successives de _Païenne_. L'histoire de la conversion de son héroïne, Mélissandre de Noves, nous est contée dans le nouveau livre, sous la forme épistolaire. C'est un échange, par lettres, d'idées et de sensations d'art, entre Mélissandre, délivrée d'un odieux mariage, et son fiancé Tiburco Gardanne, peintre et philosophe, qui, après avoir adopté le paganisme pour demeurer l'ami de la païenne, ne va pas tarder à redevenir chrétien pour mériter la main de la chrétienne. Cela ne se fait pas instantanément. Il n'y a d'instantané que la conversion du père de Mélissandre, auquel vin extraordinaire directeur de conscience, le colonel de Noves, «superbe figure de Detaille», un soldat dont les seuls maîtres de tactique furent «Xénophon et Jeanne d'Arc», ordonne de se confesser. La conversion de Mélissandre et de Tiburce n'est point ainsi menée tambour battant et au commandement militaire. Le colonel leur donne un an pour réfléchir, méditer, comparer. Et Tiburce s'en va vivre ce délai à Athènes, ce qui nous vaut de jolies pages sur la Grèce, sur ses dieux et sur ses sages. Vous aimerez cette évocation de la philosophie antique. Vous admirerez, avec votre expérience des réalités d'aujourd'hui, ce disciple de Pythagore, Zaleucus, proposant que celui qui entreprendrait d'annihiler une loi ancienne et d'en présenter une nouvelle «serait introduit dans l'assemblée du peuple la corde au cou, que là il décrirait les inconvénients qu'il trouvait à la loi qu'il voulait proscrire, et les avantages qui reviendraient à celle qu'il voulait établir. Que, s'il avait raison, il serait honoré comme le père de la patrie, dont aucun danger n'avait pu refroidir le zèle, mais que, s'il avait tort, il serait étranglé sur l'heure comme un perturbateur du repos public».

[Note 1: Edition Plon, 3 fr. 50.]

Bref, par Pythagore, et par Platon qui, dès avant le Christ, fut un demi-chrétien, Tiburce est ramené au christianisme en même temps que Mélissandre obéit aux voix non plus de ses déesses, mais de ses «saintes», sainte Julie, Jeanne d'Arc «la Salvatrice», et les saintes Maries de la Mer. La païenne est devenue chrétienne. Nous ne sommes pas très surpris. Nous ne sommes pas très émus, car cette conversion, toute cérébrale, intéresse trop exclusivement notre esprit pour ne pas être un peu étrangère à notre âme.

ALBÉRIC CAHUET.

LE HAMAC POUR NOS SOLDATS

L'idée de donner à nos troupiers des hamacs au lieu de lits a valu à _L'Illustration_ des communications et des observations intéressantes.

Je voudrais à ce sujet citer l'opinion d'un officier qui apporte à l'appui de notre thèse un argument des plus sérieux.

On sait, dit cet officier, comment sont logés nos soldats dans les forts en temps de paix et en temps de guerre.

En temps de paix beaucoup couchent dans des casemates assez obscures, humides, munies de couchettes à deux étages.

L'aération est presque nulle et la literie est plongée dans une humidité perpétuelle contre laquelle on ne peut presque rien, étant donné la difficulté de la sortir tous les jours. Bien, au contraire, ne serait plus simple avec le hamac.

En temps de guerre ce serait pire encore.

Beaucoup de nos forts comportent un casernement de guerre souterrain, composé d'un bloc de béton armé, dans lequel sont disposées des chambres de 56 hommes. Ces chambres reçoivent l'air et la lumière d'un couloir aboutissant au fossé du fort.

Elles renferment des lits de camp sur lesquels on placerait paillasses et matelas. Un espace libre très restreint, laissé au milieu de la chambre, est le seul endroit où 56 hommes pourraient dérouiller leurs muscles pendant un siège qui peut durer des mois et des mois!

Si on substituait à ces lits de camp des hamacs, qui chaque matin seraient roulés et entassés dans un coin de la chambre, on aurait une vaste salle, tout à fait dégagée, où les hommes pourraient courir en rond, jouer et lutter contre le froid et l'ennui.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

LA VANILLE FRANÇAISE ET LES JOURNAUX ALLEMANDS.

Les journaux spéciaux destinés aux restaurateurs et aux hôteliers de nationalité allemande établis dans notre pays mènent, depuis quelque temps, une campagne dont le caractère tendancieux ne saurait être méconnu, et qui a pour but de substituer partout la vanille de Togo à celle des colonies françaises. A les en croire, les plantations de Bourbon, des Comores, de la Guyane et de la Guadeloupe auraient à peu près complètement disparu. Toutes les gousses vendues en France sous ces diverses dénominations d'origine seraient récoltées à Tahiti et auraient seulement l'odeur de la vanille, avec un goût voisin de celui de l'héliotrope. Pour leur donner la saveur que réclame la clientèle, les commerçants français seraient contraints de les «givrer» de vanilline, c'est-à-dire de les enrober d'une couche pulvérulente d'un produit chimique. Au contraire, la vanille allemande récoltée à Togo possède toutes les qualités et toutes les perfections. Il est donc à la fois logique et sage de la préférer aux vanilles des colonies françaises.

Ces assertions--il est à peine nécessaire de le dire--sont d'une fausseté complète. Les importations de gousses de vanille récoltées dans nos possessions d'outre-mer sont en augmentation croissante et jouissent, à juste titre, de toute la sympathie des connaisseurs. Par contre, les vanilles allemandes de Togo ont un goût rude et grossier qui les fait impitoyablement refuser par les véritables gourmets.

Quant au prétendu «givrage» artificiel, rien de plus facile que le mettre en évidence. En détachant avec l'ongle un cristal du givre blanc qui couvre naturellement les gousses et en le posant sur la langue, on doit sentir immédiatement un goût prononcé de vanille; dans le cas contraire, on a très probablement affaire à de l'acide benzoïque. D'autre part, quand on regarde à la loupe une gousse de vanille, on voit facilement si les cristaux existant à sa surface ont la forme d'aiguilles implantées perpendiculairement: ce sont alors des cristaux naturels. S'ils paraissent accolés à la surface, au lieu d'être pour ainsi dire piqués en elle, on peut être certain qu'ils ont été frauduleusement ajoutés.

C'est ce qu'on constate bien souvent en examinant avec soin les vanilles allemandes de Togo, dont, malheureusement, le givrage est bien souvent artificiel.

NOTRE PREMIÈRE ESCADRE DANS LE LEVANT.

La première escadre française, commandée par l'amiral Boué de Lapeyrère, poursuit en ce moment dans la Méditerranée orientale une croisière dont l'importance s'affirme plus haute et plus complète à mesure que se multiplient les témoignages de sympathie partout prodigués à nos marins. Entreprise, ainsi que l'a déclaré le ministre de la Marine, «au lendemain de la paix de Bucarest, qui a été facilitée par l'attitude du gouvernement de la République envers les peuples balkaniques soutenant chacun leur intérêt national», elle montre, fort à propos, notre pavillon dans le Levant, «où, disait encore M. Pierre Baudin, la France compte des amitiés fidèles et d'autant plus précieuses qu'elles ont reçu l'épreuve du temps». Après avoir fait escale en Égypte, la première escadre s'est dirigée vers Vourla, dans le golfe de Smyrne, d'où elle doit, à la fin de ce mois, gagner les côtes grecques, pour s'y rencontrer avec une force navale anglaise imposante.

Ce long voyage aura débuté sous les plus heureux auspices: le séjour de nos cuirassés dans les eaux égyptiennes a laissé au Caire et à Alexandrie une impression profonde, que nous traduisent les récits de nos correspondants. L'autorité personnelle de l'amiral Boué de Lapeyrère, le renom séculaire dont jouit en Orient notre pavillon, ont contribué à l'éclat de cette visite, si favorable à nos intérêts et à notre prestige.

A Alexandrie, la série des fêtes auxquelles donna lieu la présence de nos marins s'est brillamment terminée, le 2 novembre, par une belle cérémonie: la pose de la première pierre du nouveau lycée français, qui doit remplacer l'ancien, devenu trop petit pour le nombre croissant de ses élèves. L'amiral Boué de Lapeyrère la présidait, ayant à ses côtés Mme de Reffye, femme de notre consul, qui avait accepté d'être la marraine du futur établissement; et l'assistance comprenait, outre les contre-amiraux Nicole et Lacaze, et les commandants des cuirassés, de nombreuses personnalités de la colonie française. Un détachement de 250 matelots, accompagné de la musique des équipages, assurait le service d'honneur.

Après les discours prononcés par M. Toutey, membre du Conseil supérieur de l'Instruction publique et directeur du lycée, par M. Fouchet, gérant de l'agence de France au Caire, et par l'amiral Boué de Lapeyrère, le procès-verbal de la cérémonie fut enfermé dans un étui que l'on plaça dans la pierre, scellée par le commandant en chef de notre première escadre.

LE RAFFINAGE DES HUILES D'OLIVE.

L'importance que tend à prendre l'industrie du raffinage des huiles d'olive inquiète sérieusement tous les propriétaires de la région de l'olivier. Cette industrie consiste à traiter les résidus de fabrication de façon à les rendre propres à la consommation; grâce au bas prix de ces résidus, on peut vendre l'huile raffinée à un prix fort inférieur au cours des huiles naturelles.

Les syndicats de producteurs demandent des mesures propres à empêcher la confusion, dans le commerce, entre les huiles des deux catégories; mais la chimie se déclare impuissante dans la circonstance. Depuis plusieurs mois, le service de la répression des fraudes a cherché en vain des méthodes d'analyse permettant de résoudre la question; des procédés, au premier abord satisfaisants, ont été reconnus inefficaces.

Or, la nouvelle industrie peut créer une concurrence désastreuse à l'oléiculture nationale. Car, si les résidus représentent à peine 5% de la fabrication provençale, dans les autres pays la proportion des résidus et des mauvaises huiles est énorme. Jusqu'ici ces huiles n'ont trouvé de débouchés en France que pour les usages industriels; désormais, elles nous arriveront de l'étranger toutes raffinées.

Dans ces conditions, il semble que, seule, une réforme du tarif douanier pourrait conjurer la crise.

UN EXPRESS REMORQUÉ PAR UN MOTEUR À PÉTROLE.

Chaque jour voit réaliser un progrès dans la construction des moteurs à pétrole de grande puissance, et il semble que ces moteurs ne tarderont pas à faire une concurrence sérieuse aux machines à vapeur. Appliqué depuis quelque temps à des navires de plusieurs milliers de tonnes, le nouveau mode de propulsion vient d'être essayé en Allemagne pour le remorquage d'un train express.

Un moteur du type Diesel, développant une force de 1.000 chevaux, actionne une machine chargée de remorquer un train express sur la grande ligne de Berlin à Magdebourg. Lors des premiers voyages d'essai, on a effectué le parcours Winterthur-Romanshorn à la vitesse moyenne de 70 kilomètres à l'heure; sur certaines sections du trajet, la vitesse a atteint 100 kilomètres.

Extérieurement, la locomotive Diesel ne rappelle en rien l'aspect des locomotives à vapeur; elle n'a pas de cheminée et elle ressemble assez, comme lignes générales, aux derniers modèles d'automotrices électriques.

LA CANTATRICE ET LE LION. C'est à une transposition moderne du mythe d'Orphée que volontiers ferait songer la singulière photographie reproduite ci-dessous... Orphée, par les sons de sa lyre, charmait les animaux féroces, qui lui faisaient une docile escorte: ainsi Mlle Emmy Destinn, la célèbre cantatrice allemande que les Parisiens ont applaudie il y a quelques années, semble-t-elle, par ses chants, apprivoiser le plus redoutable des fauves, asservi au pouvoir d'une voix magnifique. Et ce tableau imprévu, renouvelé des Grecs, suscitera, pendant longtemps sans doute, l'émotion des foules,--car il s'intercale dans un _film_ sensationnel, récemment exécuté pour un cinéma de Berlin.

La fantaisie d'un auteur de scénarios, d'imagination fertile, a voulu que Mlle Emmy Destinn vînt chanter devant un lion, dans sa cage même.

Nonchalamment étendue sur le piano, la bête formidable se prêta de fort bonne grâce à l'étrange concert. Et, pour se faire entendre à pareil auditoire, la voix de la cantatrice n'en fut ni moins ferme, ni moins assurée que de coutume.

VALEUR FERTILISANTE DES PLUIES D'ORAGE.

Les pluies d'orage ont une valeur fertilisante. L'ammoniaque qui existe couramment dans l'atmosphère est ramené sur la terre végétale par les pluies et surtout les pluies d'orage qui constituent ainsi un puissant moyen d'amendement. On admet qu'un litre d'eau de pluie contient en moyenne 0,0008 gramme (huit dix-milligrammes) d'ammoniaque. Cette donnée permet de faire soi-même les calculs qui s'imposent pour apprécier l'importance de «l'engrais» que constitue une bonne averse.

LES COQUILLES D'HUÎTRES DANS LA CONSTRUCTION.

Que faire des coquilles de l'huître, après en avoir absorbé le contenu? Sans doute, dans les régions pauvres en calcaires, dans les pays granitiques comme les Vosges, par exemple, et d'autres encore, on peut avec avantage donner les coquilles écrasées, mises en poussière, aux poules ou bien aux champs, et leur fournir le calcaire nécessaire. Mais ailleurs?

Ailleurs, on peut imiter l'exemple donné par un architecte de Galveston et employer les écailles à faire un béton avec lequel on construit une maison.

La maison construite à Galveston a été faite avec un ciment composé de 4 septièmes d'écaillés, 2 septièmes de sable et un septième de ciment.

Coûtant meilleur marché que le béton ordinaire et que la brique, il a le grand avantage de ne laisser pénétrer aucune humidité.

L'immeuble, qui a cinq étages, a nécessité 26.423 mètres cubes de béton, où sont entrés 11 millions d'écaillés d'huîtres. Galveston offre des facilités particulières au point de vue de la matière première: il s'y trouve des bancs d'huîtres gigantesques.

On aurait de la peine à se procurer la quantité d'écaillés voulue, ailleurs, semble-t-il, même en organisant un service de ramassage spécial dans les boîtes à ordures, service qui, du reste, coûterait plus qu'il ne rapporterait, probablement.

CEUX QUI VIVENT DE L'ALCOOL.

On parle toujours, et beaucoup, en France, de la lutte contre l'alcoolisme, qui est un des facteurs les plus redoutables de la dégénérescence de la race et de la dépopulation.

Mais combien devrait être formidable l'effort nécessaire pour entreprendre cette lutte, dans laquelle on se heurterait à des intérêts énormes et à des intéressés innombrables.

D'après M. L. Jacquet, il n'y a nulle exagération à accepter que le rendement annuel de la production de l'alcool, joint aux transactions commerciales des spiritueux tant en exportation qu'en vente au détail, atteint et même dépasse trois milliards et demi de francs.

Ce budget de l'alcool est monstrueux, et voici quelle est la population qui y est intéressée:

Viticulteurs 1.600.000 Cidriers 1.075.000 Marchands en gros ou entrepositaires 34.000 Distillateurs de profession 16.000 Distillateurs ambulants 18.000 Débitants au détail 480.000 Assujettis divers 115.000 Bouilleurs de cru 1.300.000 Personnel employé par les marchands de gros et distillateurs. 300.000 Personnes salariées par les récoltants 500.000 Tonneliers, verriers, bouchon etc 400.000

Soit 5.838.000 personnes, non compris les entrepreneurs de transport, camionneurs, etc.

Ainsi donc il est permis de dire qu'en France la moitié des électeurs tirent profit de l'alcool.

Encore n'est-il pas, ici, tenu compte des agriculteurs, producteurs de betteraves, dont l'intérêt pour l'alcool n'est pas douteux.

LE GÉNÉRAL VITTORIANO HUERTA

_(Voir notre gravure de première page.)_

La figure--désormais historique--du général et président actuel du Mexique, Vittoriano Huerta, est assez énigmatique. Elle apparaît, du moins, comme telle parce qu'elle est peu connue, surtout en France. La situation de Huerta semble également peu compréhensible. Au point de vue purement objectif, en effet, et en dehors de toute préoccupation politique, voici un homme qu'on représente comme le dictateur du Mexique et qui, en réalité, est tenu en échec, sur plusieurs points du territoire mexicain, par les insurgés.

Or, l'homme et sa vie s'expliquent, en somme, d'un seul mot: Huerta est un Indien. Il se vante, lui-même, d'être un Aztèque pur sang. Sa physionomie physique, et morale, est profondément marquée du sceau de sa race. Quelqu'un qui l'a approché de très près ces derniers temps, M. Edwin Emerson, a noté, chez lui, les traits caractéristiques de l'Indien: l'intrépidité devant le danger; l'astuce et la fourberie; l'orgueil patriotique de la race,--et aussi, hélas! la cruauté. D'indéniables atrocités commises envers les prisonniers de guerre, après le combat, pèsent autant que la mort du président Madero, trahi par lui, et celle de son frère Gustave, sur la conscience de Vittoriano Huerta. Quant à son impuissance actuelle contre les insurgés, il ne faut pas s'en étonner si l'on songe que Huerta a eu à peine l'occasion d'apprendre son métier de général, et n'a commandé que rarement des forces militaires importantes.

Vittoriano Huerta a aujourd'hui soixante ans. Il est entré, à dix-sept ans, à l'Académie militaire de Chapultepec, d'où il sortit second lieutenant dans le corps des ingénieurs. Capitaine en 1879, il crée et organise l'état-major général. Il travaille, en excellent astronome et mathématicien, à l'établissement de la carte de l'état-major. Colonel en 1890, il réprime la révolte des Indiens Yaquis et reçoit les étoiles de général. Désormais, il va jouer un rôle. Et alors s'étale, ici, dans toute son effronterie, un trait caractéristique de l'Indien, et si accentué chez Huerta: l'impudence de la vantardise.

Veut-on savoir ce qu'il pense des Américains, et de ces États-Unis qui entendent mettre fin, aujourd'hui, à sa carrière? Voici un témoignage, resté jusqu'ici inédit en France. Ce sont les propos, à peu près textuels, échappés au général Huerta, à la fin du banquet que lui offrait, l'année dernière, la ville de Mexico, au moment de son départ pour le front de bataille dans l'État de Chihuahua.

«Si les États-Unis allaient un jour intervenir?» lui disait-on. Et Huerta s'indigna:

«Je n'ai pas peur des Gringoes!... Aucun Mexicain n'en a peur. Sans la trahison du président Santa-Anna, qui se vendit aux Américains en 1847, nous aurions battu les Yankees, comme sûrement nous les battrons la prochaine fois! Qu'ils passent seulement le rio Bravo! Nous les renverrons chez eux la tête en sang.--Nous autres, Mexicains, nous ne craignons personne. N'avons-nous pas battu les Espagnols? et les Français, les Autrichiens, les Belges, et tous les aventuriers étrangers venus chez nous à la suite de Maximilien?... Il n'existe, d'ailleurs, que deux nations, à côté de notre vieux peuple aztèque. Ce sont l'Angleterre et le Japon. Les États-Unis sont une olla-podrida de peuples... Un de ces jours, l'Angleterre, le Japon et le Mexique marcheront ensemble, et ce sera la fin des États-Unis.»

L'année dernière, le président Madero envoyait Huerta contre l'insurgé Orozco et ses rebelles. Après le premier combat victorieux--où il y eut en tout, des deux côtés, 200 morts et blessés--le général Huerta, dans un bulletin de victoire plus qu'enthousiaste, déclarait que c'était «la plus terrible bataille qui ait été livrée, dans l'hémisphère américain, depuis cinquante ans!» Et Vittoriano Huerta reste, pour ses partisans, le «Héros de Bachimba», où le 13 juillet 1912, il défit Paschal Orozco --avec 10.000 hommes contre 3.500--après un duel d'artillerie de dix heures--qui tua _quatorze_ rebelles.