L'Illustration, No. 3689, 8 Novembre 1913

Part 3

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Elle est, en revanche, très pittoresque, la petite cité où repose dans l'éternité le très grand saint Moulai Idriss Ier, descendant d'Ali, gendre du prophète Mahomet, qui, traqué en Orient par les kalifes, se réfugia au Maroc et y fonda un véritable empire.

* * *

Située sur la crête allongée d'un mamelon au pied duquel coule une petite rivière, Meknès offre au touriste les admirables vestiges des monuments qui en firent la gloire au dix-huitième siècle et lui valurent le surnom de Versailles marocain. Souvenirs du fastueux règne de Moulai Ismaël, le grand ancêtre des chérifs, descendants du Prophète, venus du Tafilelt, et dont la dynastie règne encore aujourd'hui au Maroc.

Sur un mamelon parallèle à celui qui porte la ville arabe, s'étagent les bâtiments de la ville militaire, le camp, animé du mouvement des batteries, du va-et-vient des tirailleurs sénégalais et de leurs noires épouses, du ronflement des auto-mitrailleuses, de toutes les manifestations d'une vie bruyante qui contraste avec le silence de la vieille cité islamique.

Ce devait être une jolie réplique de l'Alhambra de Grenade, ce palais de Moulai Ismaël dont on peut admirer, aujourd'hui encore, les portes monumentales, chefs-d'oeuvre de la céramique marocaine. On sait qu'au Maroc les revêtements de faïences polychromes ne sont pas faits de carreaux de dimensions diverses, comme en Asie Mineure, à Damas ou en Perse, mais composés de menus morceaux de faïence découpés et savamment juxtaposés, selon le caprice du dessin; le temps fond dans sa patine ces petits cubes multicolores, leur donne ce charme un peu sévère spécial aux monuments marocains, cette douce harmonie de vieilles tapisseries, si différente des habituelles décorations de céramiques orientales, toutes vibrantes de l'éclat des vives couleurs...

--_A suivre._--GERVAIS-COURTELLEMONT.

LE PRIX NOBEL DE MÉDECINE

L'Académie de Stockholm vient de rendre un nouvel hommage à la science française en décernant le prix Nobel de médecine au docteur Charles Richet, professeur de physiologie à la Faculté de médecine de Paris.

Fils d'un des plus grands chirurgiens du dernier siècle, l'éminent lauréat a su entourer d'un nouveau prestige le nom paternel. Né à Paris en 1850, il se révéla de bonne heure comme un chercheur original, avide d'appliquer son intelligence exceptionnelle aux travaux les plus divers. Après avoir travaillé dans le laboratoire de Berthelot, il publie un _Dictionnaire de physiologie_ qui est resté le modèle du genre; puis il occupe ses loisirs en assumant la direction de la _Revue scientifique_.

Une série d'études techniques sur des questions jusqu'alors à peine entrevues le placent bientôt au premier rang et, en 1887, il se voit appelé à occuper la chaire de physiologie de la Faculté de médecine. Quelques mois plus tard, en participation avec notre collaborateur le docteur Héricourt, il démontre que le sang des animaux vaccinés contre une infection peut, si on le transfère à un autre animal, conférer à ce dernier un certain degré d'immunité. C'était le point de départ de la méthode sérothérapique qui a donné depuis de si brillants résultats. Plus récemment, Charles Richet formulait les premières règles de l'anaphylaxie, ou sensibilisation progressive de l'organisme aux substances toxiques issues des albuminoïdes. Il ouvrait ainsi à la thérapeutique une branche nouvelle d'une importance considérable.

Dans ses divers ouvrages, le docteur Richet n'apparaît point seulement comme un savant de haute envergure, il se révèle encore écrivain de race; par l'ampleur et la précision du style, tels morceaux de son _Essai de psychologie générale_ rappellent, les plus belles pages d'Ampère. Depuis plusieurs années, il faisait partie de la Société des Gens de lettres.

On applaudira d'autant plus au choix de l'Académie suédoise qu'en choisissant un grand physiologiste elle a, en même temps, distingué une des plus belles intelligences de notre époque.

UN GRAND COMPOSITEUR VIRTUOSE

Une soirée musicale tout à fait sensationnelle, une véritable solennité, attirait, jeudi, à la salle Gaveau, une admirable chambrée: le maître Camille Saint-Saëns y faisait au public ses adieux comme virtuose du piano et de l'orgue. Il y avait des années déjà qu'il ne s'était plus fait applaudir au concert. En faveur d'une oeuvre intéressante que nous avons présentée naguère à nos lecteurs, le _Cercle national pour le soldat de Paris_, fondé par M. René Thorel, il avait consenti à donner une fois encore--et la dernière, a-t-il affirmé--ce régal à ses admirateurs.

Il n'est pas un amateur de musique qui ne sache qu'avant d'être le compositeur aux nobles inspirations, à la facture impeccable, Camille Saint-Saëns avait été un prestigieux exécutant. Il n'avait pas dix ans quand il se révéla pianiste précoce, étonnant d'intelligence et de sûreté. Plus tard, musicien déjà célèbre, auteur de maint chef-d'oeuvre, il tint longtemps, après l'orgue de Saint-Merri, église populaire, celui de la Madeleine, paroisse ultra élégante, et cela par goût pur, et alors que sa gloire n'avait plus rien à y gagner. Car, au contraire de son émule Ernest Reyer dont la haine pour le piano fut proverbiale, et peut-être un peu légendaire, toutes les prédilections de l'auteur de _Samson et Dalila_ vont aux instruments à clavier. Il les anime en artiste incomparable. A leur intention, il a écrit des compositions déjà classiques autant que ses admirables symphonies, et dont il a exécuté trois, au cours du concert de jeudi. Ceux qui l'ont applaudi en cette soirée n'oublieront ni le style grave de ces pages, ni la merveilleuse interprétation qu'en donna le maître.

De la retraite lointaine où il est allé abriter ses lauriers, un autre pianiste incomparable, un magicien, Francis Planté, exprimait son regret de ne pouvoir joindre ses applaudissements à ceux qui allaient fêter son grand ami: «Applaudir alternativement Saint-Saëns comme pianiste et comme organiste, écrivait-il, est une rare et merveilleuse aubaine pour notre publie parisien... Tout Paris sera là; je l'envie et je voudrais être avec lui.»

C'est une joie, hélas! que «Tout Paris» ne retrouvera plus et qui sera réservée désormais à de rares et heureux intimes du grand musicien.

UNE MONTAGNE INGÉNIEUSEMENT ET PATIEMMENT OUVRAGÉE.

Les rizières en gradins de l'île Luçon, dans l'archipel des Philippines.

_C'est d'une des parties les plus sauvages, et jusqu'à ces derniers temps les moins connues, de l'île Luçon, dans l'archipel des Philippines, que nous vient l'extraordinaire image reproduite ici, dont l'étonnant aspect ferait croire, tout d'abord, à quelque immense amphithéâtre naturel aux innombrables gradins... La région où a été pris ce cliché est habitée par une peuplade barbare, les Bontoc Igorots, encore rebelles à toute civilisation, mais, par un curieux contraste, la nécessité a fait d'eux les plus ingénieux et les plus patients des agriculteurs. Pour mettre en valeur la contrée montagneuse où ils vivent, ils ont inventé un procédé sans doute unique au monde, tout à la fois primitif et compliqué: sur les flancs de leurs montagnes, ils construisent des étages de terrasses, reliées entre elles par des canaux d'irrigation, qui assurent un débit d'eau égal et régulier. Et ils réussissent ainsi à transformer en champs fertiles, où pousse principalement le riz, les falaises les plus escarpées._

LE PRIX DE LA VIE DANS NOS GARNISONS DE L'EST

_L'augmentation considérable des forces disposées le long de notre frontière de l'Est, la création de garnisons nouvelles, le brusque développement de celles qui ont reçu un surcroît de troupes, ont posé, de façon pressante, des questions d'ordre économique étroitement liées à l'organisation de la défense nationale. Dans notre numéro du 18 octobre, nous avons montré, en signalant l'arrivée du 16e bataillon de chasseurs à Labry, l'effort accompli, en trois mois, pour loger nos soldats: quelle va être, d'autre part, la situation matérielle des officiers et des sous-officiers dans ces grandes villes militaires de l'Est,--que vient précisément de visiter, pour une rapide enquête, depuis Mézières jusqu'à Lunéville et Baccarat, une sous-commission de la Chambre, composée de MM. Cochery, Combrouze et Albert Thomas? L'article suivant, que nous envoie M. Georges Servant, donnera sur ce point d'utiles précisions:_

Nous ne pouvons, ici, faire porter l'étude des conditions nouvelles où se trouvent, dans l'Est, nos officiers et sous-officiers sur tous les centres militaires répartis le long de la frontière: elle entraînerait une documentation considérable et, sans doute, peu diverse. Pour faire ressortir les résultats d'une brève enquête, nous avons choisi, en manière d'exemples, trois centres voisins, qui, malgré la différence numérique de leur population, présentent des caractères semblables. Verdun, c'est la grande ville forte, garnison ancienne dont on double presque le contingent; Etain, c'est la petite ville campagnarde; Labry, c'est le simple village, deux garnisons nouvelles où l'apport des troupes a transformé complètement la vie.

Tout d'abord, il faut constater qu'une grande partie des difficultés présentes vient du retard apporté dans la construction des casernes; et la première cause en est la lenteur avec laquelle la Chambre a discuté le vote des crédits nécessaires. Le délai dans lequel les travaux devaient être exécutés ayant été réduit au minimum, les exigences des entrepreneurs ont augmenté: ne leur fallait-il pas prendre des équipes plus nombreuses et, pour hâter l'exécution des marchés, utiliser des moyens plus rapides mais aussi plus coûteux? L'afflux considérable des ouvriers, la plus-value de la main-d'oeuvre ont encore fait croître le prix de la vie, et tout a concouru ainsi à compliquer la situation que les troupes allaient trouver à leur arrivée.

A Verdun, le contingent militaire n'atteindra heureusement son chiffre définitif que dans quelques mois: la garnison de 16.000 hommes en comptera 25.000. De cette augmentation de forces devait nécessairement naître la difficulté de procurer aux nouveaux officiers et sous-officier--les premiers au nombre de 120 par régiment, les seconds au nombre de 30 à 40--les logements indispensables. Si, malgré les retards, les casernes ont pu être à peu près terminées, comment l'industrie privée eût-elle pu arriver à construire ceux-ci? Verdun, déjà pleine de soldats, se voit envahie par les nouveaux arrivants, qui prennent ce que leurs prédécesseurs n'avaient pas voulu; les propriétaires profitent de cet état de choses anormal, augmentent leurs prix et vont jusqu'à les doubler.

Dans un faubourg, une chambre non garnie se paie 50 francs par mois. Un officier a pour 275 francs par an un véritable taudis, un autre paie 300 francs une demeure d'où le confort est absent,--et ceci loin du centre, dans un endroit incommode et dont les abords sont vraiment indignes d'eux.

Les sous-officiers ne sont pas mieux partagés. Nous en connaissons un qui, avec sa femme et un enfant, se loge dans deux misérables pièces pour 23 francs par mois; un autre occupe, pour 300 francs par an, trois pièces dans une petite maison en planches. Heureusement, l'autorité militaire s'est préoccupée de leur sort. Deux grands pavillons, pouvant abriter chacun douze ménages, ont été construits pour eux par les soins du génie; les appartements comprennent tous une vaste chambre à deux fenêtres, une salle à manger, une cuisine et un cabinet de débarras.

Etain, petit bourg de la plaine de la Woëvre, présente un cas particulier. La Société de la Corroierie Lorraine s'est, il y a deux ans environ, réunie à la Société de Champigneulles et aussitôt les ouvriers se sont portés vers leur nouveau centre de travail, abandonnant la ville et leurs logements qui, depuis le temps, sont demeurés vides. En arrivant, les sous-officiers au moins ont trouvé des locaux pour les recevoir: il est vrai que les propriétaires, pour rattraper la «non-valeur» des dernières années, ont doublé le chiffre des loyers. Et même, il n'est pas rare de voir porter à 350 francs le prix d'un logement fixé jadis à 120 francs.

Près de la gare, au premier étage d'un immeuble, deux sous-officiers, occupant chacun deux pièces et une cuisine, ont un loyer annuel de 250 francs; dans le centre, un lieutenant, pour trois pièces et une cuisine, paie 400 francs; un capitaine, pour un appartement plus vaste, mais situé au-dessus d'un café, 550 francs. Dans les hôtels, la pension varie de 90 francs à 110 francs.

A Labry enfin, il eût été matériellement impossible de loger les officiers et sous-officiers ailleurs qu'en campement chez l'habitant. Le problème aurait donc dû s'y poser plus ardu encore qu'ailleurs; mais, dès que la décision ministérielle prévoyant à Babry l'établissement d'une garnison fut connue, une initiative privée, que nous avons déjà signalée, vint seconder les efforts des autorités militaires. Le même entrepreneur qui, avec une rapidité très remarquée, et dont le complimenta le ministre de la Guerre lors de son inspection, édifiait les casernes, mit une égale énergie à construire les pavillons destinés aux officiers et sous-officiers: insuffisants encore en nombre poulies loger tous, ils peuvent servir d'exemple à ceux qui voudraient compléter cette belle entreprise. Les appartements, sains et aérés, comprenant deux et trois pièces et une cuisine, sont loués 350 francs et 450 francs aux sous-officiers. Plus confortables et plus coûteux aussi, les appartements ou les maisons réservés aux officiers comportant un loyer de 700 à 1.800 francs; mais de belles et nombreuses pièces leur sont offertes pour ce prix, et l'électricité, l'eau, le chauffage, leur assurent de précieuses commodités.

Il serait à souhaiter que d'autres initiatives arrivent à des résultats aussi heureux. La Société Immobilière que dirige un ancien officier du génie, le général Drouhez, a déjà acquis des terrains dans cette région de l'Est; mais, reculant devant la difficulté de faire bâtir cette année à cause de l'augmentation de la main-d'oeuvre, elle a remis sa tâche à plus tard. Pourquoi, d'autre part, n'appliquerait-on pas aux constructions de ce genre le principe des habitations ouvrières à bon marché? On pourrait voir ainsi s'élever des cités nouvelles qui, prenant comme centre la vie militaire, lui emprunterait sa régularité et son ordonnance.

Mais au problème du logement s'ajoute celui, non moins important, de la nourriture. Déjà cette question se posait dans notre région de l'Est avant l'arrivée des nouvelles troupes: elle s'est, depuis, singulièrement compliquée.

L'enchérissement des vivres vient tout d'abord de l'insuffisance du sol à nourrir l'immense population qui vit sur lui. Depuis de nombreuses années, l'exploitation des bassins de Briey, Longwy, Pont-à-Mousson, a transformé les paysans en mineurs et amené un nombre d'ouvriers considérable dans la contrée. Le prix de la vie a augmenté et, naturellement, ceux qui peuvent dépenser le plus, les ouvriers et les employés des usines et des mines dont le salaire est élevé, accaparent la meilleure partie des objets de première nécessité,--au détriment des fonctionnaires et des officiers qui, avec de modestes ressources, ne peuvent arriver que difficilement à subvenir à leurs besoins. Justement ému par cette situation, le ministre de la Guerre a accordé aux officiers et sous-officiers des garnisons de Labry, d'Etain et de Stenay l'indemnité de résidence affectée à la garnison de Paris. Peut-être pourrait-on faire davantage encore en essayant de faciliter d'une façon générale la vie matérielle des habitants de nos régions de l'Est. Sans doute tous les capitaux ont-ils été absorbés depuis dix ans par toutes les entreprises industrielles qui se sont développées dans cette partie de la France. Mais, de l'intérieur du pays, de Reims, de Lille, d'Amiens, les producteurs ne pourraient-ils venir installer sur notre frontière des magasins, des succursales où nos soldats trouveraient, au point de vue de l'alimentation surtout, tout ce qui leur est nécessaire? Il semble que cet effort pourrait être tenté et que, si commerçants, compagnies de transport, autorités civiles et militaires se mettaient d'accord, d'appréciables résultats seraient obtenus dans ces régions de frontière.

GEORGES SERVANT.

Il y a peu de mois, au moment où les syndicats d'initiative du Centre faisaient leur grand appel au tourisme et conviaient le président de la République à venir admirer les sites du Limousin, du Périgord et du Quercy, le conseil municipal d'une commune de la Corrèze donnait à un industriel allemand, M. Streubel, l'autorisation de dériver les eaux qui alimentent les cascades de Gimel. C'était la fin des merveilleuses chutes qui sont l'un des trésors touristiques du Limousin.

Bien que le site eût été classé depuis plusieurs années, sur la demande même du propriétaire du terrain des cascades, le peintre Gaston Vuillier, l'industriel allemand, fort de la délibération du conseil municipal de Gimel, n'a pas hésité à commencer les travaux de captage en amont des cascades. Ces travaux, il est vrai, ont été arrêtés presque aussitôt par les agents des Eaux et Forêts, et procès-verbal a été dressé contre M. Streubel qui ne s'était pas encore muni des autorisations administratives nécessaires. Mais l'affaire n'est malheureusement pas close. La protection des paysages est assez médiocrement assurée par notre législation actuelle et l'on peut seulement espérer que l'on parviendra à sauver les cascades limousines dont cette photographie montre la puissante beauté.

CE QU'IL FAUT VOIR

PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER A PARIS

J'ai reçu, cette semaine, les doléances, d'ailleurs fort courtoises, d'un étranger qui est venu montrer Paris à ses enfants, à l'occasion des vacances de la Toussaint, et qui me déclare avoir rapporté une assez fâcheuse impression d'une promenade qu'il a faite avec eux au Jardin des Plantes. Cet étranger, qui aime et qui admire Paris, n'y était pas revenu depuis un assez grand nombre d'années. Entré au Muséum par la porte principale de la place Valhubert, du côté de la Seine, il s'est dirigé vers la partie des jardins où le portaient ses souvenirs de jeunesse: vers les cages des animaux féroces et des oiseaux de proie, la grande volière et le pavillon des reptiles, la fosse aux ours et la rotonde des «grands animaux». Il reconnaît que le spectacle donné aux hommes par tant de bêtes assemblées n'est pas moins intéressant aujourd'hui qu'il ne l'était autrefois; mais il a trouvé minable, en général, l'aspect des bâtiments où ces bêtes sont logées; il lui a semblé, me dit-il, que cette riche exposition était un peu compromise aux yeux du passant par la pauvreté de son décor. Ce fut sa première déception. Il en éprouva une autre quand, au seuil des galeries qu'il eût désiré visiter, des gardiens l'arrêtèrent, lui demandant le billet d'entrée qu'il n'avait pas. Et il conclut mécontent: «Le Jardin des Plantes a donc cessé d'être un jardin public?»

Eh non, le Jardin des Plantes est bien un jardin public, et c'est même, monsieur, sa faiblesse... Car, si les visiteurs étaient obligés de donner, pour y entrer, un peu d'argent, la vénérable Maison de Guy de Labrosse, de Buffon et de Bernardin de Saint-Pierre serait plus riche. On aurait le moyen d'y loger les animaux aussi somptueusement, au moins, qu'en ces jardins zoologiques payants de l'étranger, dont on nous oppose trop facilement l'exemple. On aurait le moyen d'édifier; on n'a même pas, actuellement, celui de démolir! Et c'est, pour les amis du Muséum, un vrai sujet de tristesse--et presque un sujet d'humiliation--que le spectacle de ces vieilles galeries de la rue Cuvier qu'on utilise encore, tant bien que mal (car telle est la richesse croissante de nos collections qu'il les faut bien entasser où on peut!) et dont les carcasses vermoulues devront rester debout, tant qu'on n'aura pas l'argent qu'il faut pour les jeter par terre...

Heureusement, il n'y a pas au Muséum que ces galeries-là: il y a les trois maisons admirables dont mon correspondant se plaint qu'on lui ait interdit l'entrée,--qui est libre deux jours par semaine, et, les autres jours, réservée aux travailleurs, aux personnes qu'effraye le bruit de la foule. Mais à ceux-là est délivré _gratuitement_, sur leur demande, le billet de famille qui leur permettra de s'instruire le plus commodément du monde, de s'instruire et de s'enthousiasmer au spectacle des richesses les plus étonnantes, des plus rares trésors que le génie humain ait accumulés en aucun musée de l'Univers. Les deux palais de la Zoologie et de l'Anthropologie, de construction relativement récente, le palais de la Géologie, des Minéraux et de la Botanique, dont l'unique galerie, vieille de près d'un siècle, constitue, en sa simplicité, l'un des plus augustes décors qui soient à Paris,--voilà, pour le touriste étranger qui consent à ne pas aimer de Paris que ses boulevards et ses music-halls, l'une des premières choses et des plus nécessaires qui soient à voir! D'autant que pour revenir du Jardin des Plantes aux Champs-Elysées, il y a le bateau,--pour deux sous! Et je vous ai déjà dit le charme unique de cette promenade.

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En attendant le Salon d'automne où nous serons conviés bientôt, diverses petites expositions sollicitent, çà et là, nos curiosités. Je ne vous recommande pas celle des Synchromistes; mais je la signale simplement, et par acquit de conscience, comme j'ai précédemment signalé celles où le cubisme, le futurisme, l'orphisme s'épanouissaient. Les fondateurs de cette école nouvelle en ont exposé la raison d'être et l'objet dans une petite brochure que deux ou trois échantillons de «synchromie» accompagnent. N'essayez pas de comprendre; ce serait une peine inutile. Mais ne vous moquez pas, non plus; car rien ne nous autorise à douter que ces inventeurs d'on ne sait quoi ne soient sincères.

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Retournez plutôt au Louvre. Dans la salle Mollien, affectée à la peinture du dix-septième siècle, vient d'être provisoirement exposé--en attendant que soient constituées les salles d'_Orient_--le fameux tapis persan provenant de l'ancienne collégiale de Mantes, et récemment acquis par l'État. C'est un morceau unique. Il date de la seconde moitié du dix-septième. Tissé en soies et en laines du coloris le plus somptueux, le tapis de la salle Mollien offre aux yeux l'un des plus splendides échantillons qui soient d'un art où se combinent si curieusement «l'esprit de géométrie» et le sens du pittoresque éperdu. Un pan de toile peinte à l'aquarelle remplace une partie du tapis, coupée... on ne sait quand! Ce n'est pas une des moindres originalités de l'oeuvre, acquise au prix de 30.000 francs.

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Encore une lettre! Celle-ci contient une requête, et tout à fait intéressante. La voici: