L'Illustration, No. 3677, 16 Août 1913

Part 2

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LA MISSION MILITAIRE FRANÇAISE EN RUSSIE

Conformément à une convention arrêtée en vue de maintenir le contact entre le haut commandement des deux armées amies et alliées, le général Joffre, chef d'état-major général de l'armée française, rend à l'armée russe la visite que nous avait faite, l'an dernier, le grand-duc Nicolas. Un état-major de seize personnes, dont les généraux d'Amade, de Lastours, Delarue, Desaleux, Hély d'Oissel et de Laguiche, l'accompagne.

L'accueil qui a été fait par l'empereur, le grand-duc Nicolas, et tous les milieux officiels au généralissime et à ses collaborateurs a été plus cordial que jamais.

C'est ainsi qu'à l'arrivée de la mission à Krasnoié-Selo, le 3 août, la compagnie d'honneur de service à la gare avait été fournie par le régiment Préobrajensky, comme pour la réception d'un chef d'État. Le lendemain, à Peterhof, et bien que ce fût fête familiale au palais, à l'occasion de l'anniversaire de l'impératrice Marie, le général Joffre était présenté à l'empereur.

Le général Joffre est logé, à Krasnoié-Selo, dans le coquet palais Vorontzof, et vit au milieu même de l'armée russe, en ce moment au camp pour les manoeuvres d'été. Le 5 août, il assistait à l'émouvante _Tsaria_, la prière du soir, et à la retraite qui l'accompagne; le 7, avait lieu une grande revue; le 9, ont commencé les manoeuvres qui se poursuivent actuellement.

DEUX VILLES DISPUTÉES: CAVALLA ET ANDRINOPLE

Dimanche dernier, au son des cloches et du canon, a été signé, à Bucarest, le traité qui met fin à la seconde guerre balkanique. Il faut souhaiter qu'en dépit de certaines rumeurs inquiétantes il marque le commencement d'une ère de paix.

Un moment, on a pu redouter qu'il ne fût le prélude de difficultés nouvelles entre les puissances; l'Autriche et la Russie se proposaient, disait-on, d'en demander à l'Europe la révision. L'Autriche s'inquiétait de l'agrandissement territorial dont va bénéficier la Serbie. La Russie souhaitait que Cavalla revînt à la Bulgarie, qui le considérait comme son débouché naturel à la mer Egée, et qui, l'ayant conquis l'hiver dernier, y tenait comme à l'une de ses plus précieuses acquisitions. Les armes l'en ont chassée, et il apparaît peu vraisemblable que sa puissante protectrice le lui fasse rendre. Le traité de Bucarest attribue Cavalla aux Grecs. Déjà, afin de marquer sa prise de possession de ce joli port, accroupi au bord d'une anse, au pied d'un cirque de collines, le roi Constantin annonce son intention d'en faire le terme du voyage qu'il entreprend à travers la «nouvelle Grèce» et, après avoir visité Demir-Hissar, Serès, Drama et Doxato, de s'y embarquer pour Salonique.

Le sort d'Andrinople, reprise par les Turcs sans coup férir, va donner lieu, peut-être, à de plus âpres contestations. Si le traité de Bucarest est reconnu valable, sinon approuvé par toutes les puissances, va-t-on réviser le traité de Londres, qui reconnaissait à la Bulgarie la possession de la seconde capitale turque qu'elle occupait alors?

Une fois leurs soldats réinstallés à Andrinople, le premier soin des Ottomans fut de consacrer cérémonieusement cette reconquête. Il y eut, le 29 juillet, en faveur de la domination turque, ce meeting monstre dont nous avons parlé dans notre dernier numéro. Le prince héritier de Turquie, Youssouf Izeddine, fils du sultan, et son frère Djemal Eddine vinrent en grande solennité dans la ville reprise et accompagnés du généralissime Izzet pacha, ministre de la Guerre, de Hurshid pacha, commandant d'armée, et d'Enver bey, passèrent en revue les troupes de la garnison.

Cet acte symbolique va-t-il désarmer les puissances qui ont contresigné l'acte de Londres,--non ratifié, d'ailleurs, par les signataires?

La semaine dernière, mercredi, leurs ambassadeurs communiquaient à la Porte, chacun de son côté, une note identique rappelant «dans les termes les plus catégoriques le gouvernement impérial au respect et au maintien du principe posé par le traité de Londres, notamment de la disposition relative à la ligne Enos-Midia».

Le gouvernement ottoman oppose à ces représentations un _non possumus_ absolu. Il ne peut abandonner Andrinople et la Thrace, où il disposerait de forces supérieures à celles qu'il y entretenait avant la guerre, sans s'exposer à provoquer de graves événements. Et, interviewé par un rédacteur du _Daily Telegraph_, l'un des ministres lui a déclaré:

«Même, si nous donnions l'ordre d'évacuer Andrinople et la région, cela ne servirait à rien. Non seulement l'armée n'obéirait pas, mais très probablement, dans son exaspération, elle franchirait la frontière bulgare. En outre, nous ne pouvons donner un ordre semblable, car notre conscience se révolterait.»

G. B.

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LES APRÈS-MIDI D'ORANGE

A l'occasion des fêtes d'Orange, _L'Illustration_ a précédemment montré quelques-uns des tragédiens du Théâtre-Français sous les costumes de _Sophonisbe_; devançant singulièrement l'actualité, elle les représentait, non devant le fameux Mur antique, mais dans les décors futurs de la Comédie-Française où cette tragédie sera reprise. Après ces «anticipations», voici des documents rétrospectifs. Ce sont des instantanés pris à Orange même, dans l'après-midi, au cours des répétitions des autres oeuvres que comportait le programme, en attendant la solennité du soir. L'objectif a surpris les interprètes des auteurs tragiques sous des aspects comiques à leur insu; mais, de ces photographies, les intéressés seront assurément les premiers à sourire.

Fabius, les pouces aux entournures du gilet, le chapeau cabossé rejeté sur la nuque, reste insensible à la gesticulation pathétique de Posthumia gantée de blanc, cependant que, derrière eux, de jeunes hommes nu-tête ou en casquette portent sur l'épaule de singuliers objets qui ne sont pas, comme on pourrait tout d'abord le supposer, des étuis à parapluies, mais des faisceaux de licteurs. Hermione apparaît coiffée d'un vaste chapeau cloche orné de rubans noirs et tient sous le bras sa jaquette tailleur. Oreste se montre en veston flottant et sa dextre levée dans un geste tragique découvre une manchette empesée. D'autres clichés auraient pu fixer, pour la joie de nos lecteurs, Lentulus, sous un feutre mou et le menton sur un faux col, enlaçant la belle Opimia, mince et souple dans une robe trotteur; on eût dit que ce couple élégant se disposait à danser le tango devant ces messieurs de la figuration, négligemment accroupis sur les degrés de la porte. Et Vestoepor, les mains enfoncées dans les poche de son pantalon, regardait à ses pieds le trou béant du souffleur, d'où celui-ci, estimant sans doute que quand on prend du «plein air» on n'en saurait trop prendre, avait trouvé bon de sortir pour venir s'asseoir au premier plan de la scène, dos à l'hémicycle, sur un siège de jardin...

Mais les photographies que nous reproduisons indiquent déjà suffisamment que la règle, l'ordonnance, la discipline s'exercent sans rigueur à Orange. L'exiguïté de la ville regorgeant de foule, fait qu'on s'y coudoie partout, dans les rues, au restaurant, au café. Et peut-être cette promiscuité sans-gêne, ce facile laisser-aller, cette bonhomie accommodante, cette absence complète de morgue, cette belle ignorance du _bluff_, concourent-ils à assurer le «charme» d'Orange. Tout s'y passe au grand jour, dans la plus aimable familiarité. Sans doute, en allait-il ainsi, jadis, en Hellade. On s'inquiète moins de la présentation que de la représentation. Les menus détails d'organisation s'improvisent à la dernière heure. Ainsi, on distribue les tickets d'entrée par des guichets peu décoratifs; ils se montrent en toute simplicité dans l'ombre du Mur, ce Mur formidable, «la plus belle muraille de mon royaume», aurait dit le Grand Roi; la petite baraque des guichets, qui n'a pas d'histoire, supporte sans humeur ce voisinage encombrant. Et la foule n'y prend pas garde, non plus qu'à d'autres négligences de même nature; la curiosité de la foule va Vers les artistes. Elle les admire ingénument--respectueusement--qu'ils lui apparaissent sous la majesté de leurs vêtements de tragédie ou dans le négligé du costume moderne. Et c'est pourquoi les voisins de M. Raymond Duncan, sur les gradins du théâtre, le prenant apparemment pour un tragédien au repos, le regardaient avec déférence draper sur son veston (comme le temps fraîchissait) le péplum grec que, dans un double sentiment d'esthétique et de prudence, il avait apporté, en guise de pardessus.

C'est en pleine province finlandaise, à Rantalampi, qu'a été prise, le 1er août dernier, jour des élections à la Diète du Grand-Duché, la photographie reproduite ici: cette image, d'une séduction inattendue, où l'une des plus charmantes Finnoises de la haute société est représentée, dans le moment qu'elle accomplit ses devoirs de «citoyen», témoigne qu'au merveilleux pays des mille lacs la grâce féminine sait s'accorder avec la gravité du geste par lequel l'électeur dépose dans l'urne son bulletin de vote.

«En Finlande, nous écrit, en nous communiquant ce cliché, M. Jean Bouchot, fort averti des choses de ce pays, les femmes sont admises depuis 1905 au droit d'élire et d'être éligibles. Tandis qu'en Angleterre les suffragettes s'épuisent en violences, jouent de la bombe ou de l'incendie, ici elles ont conquis ce droit par la seule élévation de leur caractère et par l'importance de leur rôle social, qui est considérable. Les professions les plus diverses s'ouvrent à leur activité. Elles deviennent architectes, ingénieurs, agents d'assurances; on les retrouve aux comptoirs des banques, à la poste, dans presque toutes les administrations publiques. Et ce ne sont point, pour cela, des «déclassées»: la femme du monde vient chercher dans le travail quotidien une occupation à ses loisirs, peut-être aussi une source de revenus pour les mille fantaisies qui l'attirent.»

«TANGOVILLE»

Par son nom même, bref, sonore, de tournure un peu exotique, mais se prêtant aisément à former des «composés» bien français, le tango était prédestiné à entrer dans nos moeurs. C'est là un signe certain de son triomphe: en même temps qu'il s'est installé en maître dans tous les salons bien dansants, il a conquis notre langue, qui lui a tout aussitôt ouvert les trésors de sa grammaire. «Voulez-vous tanguer?» interrogeait-on, le plus naturellement du monde, dans les bals de l'hiver et du printemps derniers. Des chroniqueurs, qui sont les moralistes de notre siècle, ont dénoncé les méfaits de la «tangomanie», affection maligne, contagieuse, assurent-ils, et capable de faire tourner la tête aux plus sensés. Et voilà qu'un dessinateur toujours prompt à saisir les travers de nos contemporains, Sem, dont on aura reconnu, au premier coup d'oeil jeté sur ces pages, le libre et plaisant crayon, nous présente, avec un album de dessins prêt à paraître, un nouveau mot, qui est encore un hommage à la danse du jour: _Tangoville._

_Tangoville_, entendez bien que ce n'est pas exclusivement cette capitale consacrée de l'élégance et du bon ton, cette résidence d'été de la mode, qui, comme on sait, se fixe traditionnellement, au mois d'août, sur la côte normande. L'année passée, à semblable époque, quelques croquis de Sem, choisis pour _L'Illustration_ dans un précédent recueil, nous avaient apporté l'écho de la rivalité qui, plus profonde que les faibles eaux de la Touque, séparait les deux plages voisines, Trouville et Deauville. Les soeurs ennemies vivent-elles maintenant en paix, l'une et l'autre heureuse et prospère? Ou la lutte se poursuit-elle, à coups de fêtes, d'attractions et de palaces? Beaucoup, cette saison, y sont, comme on dit, allés voir. Mais ce n'est plus là, aujourd'hui, pour le spectateur amusé de notre temps, la grande affaire. Tout a fini, non par des chansons, mais par du tango. On danse, à Trouville ainsi qu'à Deauville, on danse n'importe où et toute la journée, dans les salons, dans les casinos, sur les yachts, au bord de la mer, dans les bars, et presque dans la rue. Et si le, tango est roi, sans contredit, il tolère à ses côtés, pour varier les plaisirs, d'autres chorégraphies d'aujourd'hui et d'hier (l'impayable _turkey-trott_, la valse chaloupée, l'effréné _two-step...)._

Mais _Tangoville_ ne se trouve pas que sur les rivages fortunés de la Manche. Elle est, cet été, à la mer, comme aux champs, comme à la montagne. Partout où les Parisiens se sont installés, aux quatre coins de la France, ils ont amené avec eux le germe de cette maladie dansante qui nous vient, dit-on, d'Argentine. Le vertige s'est emparé des villes d'eaux, il a saisi les stations balnéaires. «_Every body is doing it now_», dit le refrain d'une chanson anglaise qui fait fureur en ce moment de l'autre côté du détroit, et de celui-ci, et qui connaît la vogue de notre _Petite Tonkinoise_ ou de notre _Mattchiche_. Il faut traduire, un peu librement: «Tout le monde aujourd'hui danse le tango.»

C'est toute une suite de divertissantes variations sur ce thème que nous donne Sem en son nouvel album, dont quelques dessins sont reproduits ici, avant son apparition. Avec une verve espiègle, une bonne humeur qui ne trahit nulle désobligeante malice, il a mis la «tangomanie» en images. Et l'on retrouve, en feuilletant les planches, pittoresquement coloriées, de ce recueil, les silhouettes familières de nos plus notoires contemporains, «pris» de tango, selon la fantaisie de l'ingénieux dessinateur, qui, s'il traite parfois un peu irrévérencieusement ses sujets, fait toujours sourire.

UNE FERME FRANÇAISE AU MAROC

Les terres, au Maroc, n'avaient rapporté, jusqu'à maintenant, qu'aux spéculateurs qui achètent des terrains susceptibles d'acquérir plus tard une grosse valeur, soit par leur position, soit par l'avenir du pays environnant. De vaillants agriculteurs commencent pourtant à mettre ces terrains en valeur. Aux environs de Casablanca, où les communications sont faciles, le ravitaillement aisé, quelques fermes montrent leurs toits étincelants de tôles neuves, leurs murs fraîchement crépis.

La ferme de Sidi-Sreier, appartenant à M. Yves Salvy, est, par sa situation près de Ben-Slimam, à la limite des territoires zaers, une des dernières fermes européennes sur la route de Casablanca à Fez. Elle est une des premières fermes construites en maçonnerie dans le bled marocain. En effet, une simple baraque de bois sert habituellement d'habitation au colon, qui cultive généralement par métayage avec les indigènes (contrats dits «khramès», où le cultivateur touche le cinquième de la récolte), à l'aide de charrues arabes.

La ferme de Sidi-Sreier, cultivée en exploitation directe, avec de la main-d'oeuvre européenne et indigène, possédant des machines agricoles perfectionnées, des écuries et des bâtiments d'exploitation, luxe inconnu au Maroc, est en pleine prospérité, dans un pays pacifié depuis peu de temps, à 20 kilomètres duquel un sanglant combat était livré il y a à peine quelques mois.

Les douars environnants, assez sauvages d'abord, se sont apprivoisés, ont rapproché leurs tentes, et heureux d'avoir trouvé un écoulement pour leurs produits, sont maintenant en très bons rapports avec les propriétaires. C'est à la ferme un défilé continuel d'indigènes venant offrir poulets, oeufs, moutons, grains; de malades venant se faire soigner; de simples curieux désireux de se régaler d'un petit air de phonographe, la «machina» toute nouvelle pour eux.

Non seulement la transformation économique qui doit s'opérer au Maroc, pour le rendre semblable à l'Algérie, se trouve ainsi commencée, mais l'oeuvre de pacification entreprise par nos soldats se trouve couronnée: peu à peu l'amitié pour les Français remplace chez le Marocain le respect pour les vainqueurs.

CHARLES SALVY.

UNE RENCONTRE AU SOMMET DU HOHNECK

Des soldats français et des soldats allemands manoeuvrant, les uns et les autres, vers le Hohneck se sont, il y a quelques jours, rencontrés sur les sommets que partage exactement la ligne frontière. Ce fut un rapprochement d'uniformes imprévu, mais tout à fait courtois, et qu'une première dépêche annonça en ces termes:

«Au cours d'une marche manoeuvre vers le Hohneck, le 15e bataillon de chasseurs à pied, de Remiremont, sous les ordres du commandant Duchet, s'est trouvé en face d'un bataillon du 171e régiment d'infanterie allemande, en garnison à Colmar. Celui-ci a rendu les honneurs auxquels le 15e chasseurs a répondu. Les nombreux touristes qui étaient présents ont été profondément impressionnés.»

Nos gravures de cette page ajoutent à ce communiqué les détails amusants et complémentaires de l'illustration. L'ascension, en manoeuvre, avait été laborieuse, évidemment, et les soldats des deux pays l'avaient achevée, curieusement, côte à côte pour ainsi dire, partageant la même fatigue, qui leur faisait à ce moment-là une âme sympathique et camarade. Aussi se salua-t-on élégamment en atteignant le sommet. Bien entendu, on n'alla point jusqu'à fraterniser. Chacun demeura du côté de sa borne frontière, laissant libre un passage neutre où, seul, un excellent curé touriste aventura son bon sourire et sa pacifique soutane. De part et d'autre, chacun chez soi, on fit la pause. Les Français, envahirent joyeusement la baraque-cantine tandis que les Allemands, malgré les rangs «rompus», conservaient presque l'alignement, les uns et les autres s'observant gaiement, avec un sourire curieux et bon enfant. Et, de nouveau, en partant, on se rendit galamment les honneurs.

CE QU'IL FAUT VOIR

PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER

On n'est pas plutôt sorti du Petit Palais,--où l'on était appelé par quelque exposition nouvelle «à voir», qu'une autre nouveauté vous y rappelle. Tout dernièrement, je vous y signalais les extraordinaires Gobelins--la série de _Saint-Cloud_--prêtés par le Garde-Meuble à la Ville, et qui seront pour quelques mois encore la parure du Petit Palais; et voici que de nouvelles richesses viennent l'orner. Il s'agit même ici d'un don, et non d'un prêt. Ce don est fait à la Ville par une artiste, une «femme-sculpteur» de beaucoup de talent, Mme Agnès Rossolin. Il comprend le tableau des _Tombeaux_, de Fernand Sabatté, qui fut un des bons envois du Salon de cette année, un remarquable buste de ce peintre par Mme Rossolin; une étude de fleurs du regretté peintre Lottin; une étude de Camille Roqueplan pour son tableau célèbre: les _Prunes_; un dessin de Forain, cinq aquarelles de Boudin, des dessins de Tony Johannot et de Guillaumet... Voilà de quoi intéresser les amateurs de peinture qui, venus à Paris dans un moment de l'année où les Salons chôment, ne seront pas fâchés de rencontrer çà et là quelques surprises dans les Expositions et les Musées demeurés ouverts, malgré les vacances, à nos curiosités et dont, peut-être, les richesses leur étaient déjà connues.

Une surprise pareille leur est réservée à Carnavalet où va être prochainement exposée une partie de la très curieuse collection de souvenirs relatifs à la Comédie-Française, et qui vient d'être donnée au Musée par Mme Edouard Pasteur. M. Edouard Pasteur n'était pas seulement un habitué fidèle; il était un amoureux fervent de la maison de Molière; et pendant quarante ans il en avait, dans sa propre maison, arrangé l'histoire présente et reconstitué l'histoire d'autrefois. Des tableaux (près de cent cinquante toiles), des dessins, des bustes, des statuettes, des médaillons, composaient ce précieux petit musée.

Les portraits de la plupart des sociétaires et des pensionnaires que connut au foyer de la rue Richelieu M. Edouard Pasteur, figurent dans cette collection. Si je dis qu'une partie seulement en sera présentée aux visiteurs de Carnavalet, c'est que, suivant la tradition observée à Carnavalet qui est un musée _historique_, les documents et oeuvres postérieurs à 1890 n'y seront montrés que dans quelques années. L'exécution des portraits de nos sociétaires et pensionnaires contemporains avait été confiée par M. Edouard Pasteur à des artistes renommés; Chartran, Joseph Blanc, Schommer, Aimé Morot, sont parmi les signataires de ces toiles. Au total, excellente acquisition pour Carnavalet; mais ne pourrait-on reprendre ici un mot dont on a fait un tel usage qu'il en est fatigué, et dire que les musées n'ont que les richesses qu'ils méritent?

Si nos quatre musées d'art municipaux--Carnavalet, le Petit Palais, Galliéra, Cernuschi--doivent être comptés aujourd'hui au nombre des curiosités que l'étranger en visite à Paris n'a plus le droit de négliger, c'est qu'un esprit nouveau les anime, et qu'on a cessé de considérer comme une sinécure l'honneur de les administrer. Le conservateur d'un musée parisien, ce n'est plus un fonctionnaire sommeillant qui redoute les visites; c'est un artiste très éveillé qui les appelle; c'est, comme eussent dit les Concourt, un chercheur de neuf, incessamment préoccupé d'enrichir sa maison, de la rendre, au sens relevé du mot, plus «amusante»; d'en varier le programme.

Un musée est un spectacle. Le conservateur, pour bien faire son métier, doit se sentir, au fond de l'âme, des curiosités d'imprésario...

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Un homme qui vient de se conduire--sans le savoir peut-être--en imprésario très intelligent, c'est celui qui eut l'idée d'ouvrir à Paris une Exposition de _l'Emballage_!