L'Illustration, No. 3674, 26 Juillet 1913

Part 4

Chapter 43,314 wordsPublic domain

Une autre partie du livre de M. Philippe Millet s'intitule «la Mort du Roi». Ce sont encore des scènes anglaises vues et bien vues par un observateur qui sent à merveille le pittoresque populaire de Londres dans le deuil comme dans la joie. «Un Français qui s'arrête sur le trottoir de Londres sourit parfois en regardant passer la foule: il finit toujours, s'il est sincère, par trouver quelque raison d'admirer.» M. Philippe Millet a regardé passer la foule anglaise. Il a souri et n'a point voulu garder pour lui seul ce sourire. Mais, si l'on en juge par la sincérité de son humour, on sent bien qu'il n'a point cessé d'admirer.

AMOURS D'AUTOMNE

Le _Beau couchant, Au Soleil couchant_(3), tels sont les titres presque identiques de deux livres qui, chacun avec sa forme et son art personnels, évoquent le romanesque atténué et tendrement mélancolique des amours d'automne.

[Note 3: Plon, éditeur, chaque vol. 3 fr. 50.]

Le _Beau couchant_, de M. Georges Delaquys, fut publié par _L'Illustration_ il y a peu d'années. Nos lecteurs n'ont pas oublié cette aventure, chastement passionnée, de deux âmes d'élite qui, sur le tard, entreprennent de rattacher à la réalité leurs illusions déclinantes sous le couvert de la grave archéologie et se trompent quelque peu l'une l'autre à l'aide de touchants mensonges épistolaires. Il se trouve que la correspondante de M. Gérard Landrillon, préhistorien réputé, engagé au fatal tournant de la cinquantaine, mais peu soucieux de l'avouer, est elle-même une beauté mûrissante, mais peu encline à confesser son âge et que le devoir a confinée dans un intérieur claustral de Provence. Vous devinez que tout s'arrange et qu'il y a pour dénouer l'idylle une rencontre attendrissante. Mais le tableau de ces amours attardées conserve la grâce joliment surannée d'un pastel ancien. Du livre de Mlle Mathilde Alanie: _Au Soleil couchant_, nous ne pouvons aussi penser que le plus grand bien, puisque deux des sept ou huit exquis petits romans contenus dans ce volume: «Bal blanc» et «la Soutane de l'abbé Constantin», ont été publiés par nous en leur inédit. Dans «Bal blanc», le délicat et charmant écrivain nous explique, avec son tact amusé, l'épanouissement tardif d'un roman de jeunesse.

--Vous êtes, dit le commandant Lafarède à Mlle Aurore Tiercin, vous êtes la première femme que j'ai aimée... Il y a vingt-cinq ans, je vous demandai en mariage. Vous m'auriez accepté si mes intentions vous avaient été transmises... Reprenons les choses au point où elles en sont restées... Mademoiselle Aurore, j'ai l'honneur de solliciter votre main.

Et voici que là encore la vie, après un long arrêt, recommence avec l'amour. Ces amours d'automne, les romanciers trop souvent les ont cruellement raillées, car l'automne, disent-ils, n'est plus le temps des amours. Il s'agirait plutôt de s'entendre sur le caractère et la qualité des amours. Les amours d'automne ne sont point les amours de printemps. On ne saurait les humilier par une comparaison ni les diminuer en les soumettant à une mesure. Les amours d'automne sont autre chose, voilà tout!

ALBÉRIC CAHUET.

UN JEUNE SAUVETEUR

Les journaux ont conté, récemment, l'acte de courage de ce garçon de treize ans, dont nous donnons ici la photographie. Le jeune Pierre Cusset, fils du capitaine de frégate Cusset, chef de la 2e section de la Préfecture maritime, à Brest, se trouvait aux bains du casino de Kermor, et allait regagner le rivage, lorsque des cris, des appels désespérés, l'arrêtèrent: un baigneur, à 50 mètres au large, se noyait. Sans hésiter, Pierre Cusset se mit à nager vigoureusement et parvint à rejoindre l'homme qu'une soudaine congestion venait de frapper: le capitaine Favarelli, du 6e régiment d'infanterie coloniale. Et l'on put voir l'enfant, dont les forces, peu à peu, s'épuisaient, soutenir l'officier, jusqu'au moment où le maître nageur de l'établissement arriva en barque pour recueillir le vaillant sauveteur et celui que son énergie, son sang-froid avaient conservé à la vie.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

LE LATIN DEVENU LA LANGUE DES PEAUX-ROUGES.

Les Peaux-Rouges se civilisent de plus en plus, et ceux que l'on rencontre parfois dans les cirques européens sont peut-être encore moins dégénérés que leurs grands frères parqués par le gouvernement des États-Unis dans la réserve du Yellowstone Park, dans l'espoir de conserver la race.

Détail peu connu et qui frappe particulièrement les Européens voyageant au Canada, les Peaux-Rouges du Nord ont totalement oublié l'idiome d'Oeil de Faucon. Ils parlent à peine l'anglais et guère mieux le français; mais ils s'expriment correctement en latin. Et c'est dans la langue de Cicéron que les touristes conversent avec les jeunes squaw, habillées comme des Parisiennes, qui leur montrent les curiosités du pays, dont une des principales est un grand chef Peau-Rouge établi à Indian Laurette, à 80 kilomètres au nord de Québec... comme notaire.

La chose s'explique par l'influence du clergé dans la province de Québec, lequel s'efforce de vulgariser parmi ses ouailles la langue des psaumes jusqu'ici dédaignée par les auteurs modernes qu'il considère comme dangereux.

L'ÉCROULEMENT DU PONT MAUDIT A NANTES

UN PONT S'ÉCROULE A NANTES.

Un accident d'une nature assez rare vient de se produire, la semaine dernière, à Nantes: un des vieux ponts de la ville, appelé le pont Maudit, s'est écroulé mercredi, dans la Loire. Comme depuis la veille il menaçait ruine, qu'une des pierres de sa voûte déjà s'était détachée, la circulation y avait été interdite. Mais il est heureux que l'accident ne se soit pas produit le 14 juillet, où, le soir, une foule énorme était massée sur le pont pour contempler le feu d'artifice: c'eût été une catastrophe effroyable.

Il va toutefois résulter de cet accident une gêne considérable pour le grand port. Le pont Maudit faisait partie, on effet, d'une ligne de ponts qui réunit le centre de la ville, établi sur la rive droite de la Loire, au quartier commerçant et industriel de la Prairie aux Ducs, où sont installés nombre d'usines, d'entrepôts, de grandes maisons de négoce.

Le nom, assez étrange, de l'ouvrage détruit avait une amusante origine. Son établissement avait été réclamé, en 1779, par les habitants de l'île Feydeau, située au milieu de la Loire, tous gens opulents, grands armateurs, et plus ou moins marchands de «bois d'ébène», bâtisseurs des magnifiques hôtels qu'on admire encore aujourd'hui sur ce point de la vieille cité, qui se plaignaient d'être isolés, demandaient l'établissement d'une passerelle en charpente entre leur rive et celle de l'île Gloriette, leur voisine, elle-même réunie à la rive du fleuve; ils offraient de payer une, partie des frais de la construction. L'administration municipale ne put s'entendre avec eux. Le pont cependant fut construit, aux seuls frais des intéressés qui se vengèrent de leur déconvenue en l'appelant le Maudit Pont.

L'ouvrage qui vient de disparaître, pont de pierre d'une seule arche qui avait remplacé l'ancienne passerelle et dont les débris encombrent maintenant le lit de la Loire, ne remontait pas si haut. Il avait été reconstruit, en dernier lieu, en 1841,--mais, chose curieuse, toujours aux frais des habitants, en grande partie du moins.

UN MÉDICAMENT NOUVEAU:

LA S. T. C. Un médecin allemand, le docteur Hammer, de Stuttgart, assure qu'il obtient couramment les meilleurs résultats curatifs en pansant les plaies suppurantes et les lésions ulcérées avec une poudre de son invention, à laquelle il a donné le nom de S. T. C. Ces trois lettres dont l'assemblage a quelque chose de mystérieux sont les initiales de trois mots latins, _scobis tosta cribrata_ qui signifient «sciure de bois grillée passée au crible». Il s'agit, en effet, tout simplement de sciure de bois dur, asséchée au four, puis finement tamisée et qui possède, paraît-il, des propriétés absorbantes tout à fait remarquables. Après avoir employé systématiquement ce produit pendant plusieurs années, M. Hammer publie à son sujet des observations de malades tout à fait concluantes et des statistiques de guérisons devant lesquelles on ne peut moins faire que s'incliner. La S. T. C. détrônera-t-elle la poudre de charbon de bois et la cendre de paille de riz dont les médecins japonais ont fait usage pendant la guerre contre les Russes? Fera-t-elle une concurrence heureuse au sucre en poudre que préconisent certains chirurgiens d'Amérique? Arrivera-t-elle à supplanter le pansement à la tourbe séchée qui eut naguère des défenseurs enthousiastes? On ne saurait se prononcer sur ce point, mais la S. T. C. de Hammer a pour elle l'originalité de son nom de baptême: il n'en faut pas davantage pour l'imposer à l'attention.

EMPLOI DU SEL MARIN COMME ENGRAIS.

Les agronomes s'accordent généralement à admettre que le sel marin joue, vis-à-vis des plantes, le rôle d'un véritable poison. Cependant, il semble bien que cette opinion doive être tenue pour excessive, ou tout au moins trop absolue: on effet, malgré la salure qui les caractérise, les terrains bas avoisinant la mer ne sont pas nécessairement stériles, puisque certaines plantes peuvent y vivre et s'y développer, probablement en vertu d'une sorte d'accoutumance, grâce à laquelle elles finissent par s'adapter à leur milieu. Il est, du reste, très vraisemblable _a priori_ qu'il en doit être du sel comme de la plupart des substances médicamenteuses; néfastes quand on les absorbe à doses massives, elles sont au contraire bienfaisantes quand elles sont données on quantité convenable à l'organisme.

C'est ce que paraissent démontrer des recherches poursuivies depuis quatre ans en Hongrie, à la station agronomique royale de Magyarovar et dont M. Janesco Bêla vient de publier le compte rendu. Sans vouloir entrer dans le détail des expériences instituées à ce sujet, il convient de noter qu'en terre meuble, complantée de betteraves à sucre, l'épandage en ligne de 175 kilos de sel brut par hectare a fait accroître de 14.000 kilos le rendement en poids des tubercules récoltés: si l'avenir confirme les espérances des observateurs hongrois en démontrant que le rondement en sucre est augmenté, lui aussi, ou tout au moins qu'il n'est pas diminué, nul doute que l'emploi du sel comme engrais ne se généralise très vite. Pour le moment, tout ce qu'il est permis d'en dire, c'est qu'un important problème agricole se trouve désormais posé et qu'il faut souhaiter pour lui une solution aussi prochaine que possible.

LA DURÉE DES RAILS EN ACIER.

On tend de plus en plus à substituer l'acier au fer dans toutes les branches d'industrie, et le P.-L.-M. vient d'annoncer qu'après 1913 il n'existera plus de voies principales en fer sur son réseau.

Les rails en acier résistent au moins deux ou trois fois plus longtemps que les rails en fer. On a calculé, en effet, que, sur les sections en palier ou en pente légère, ils s'usent d'environ 1 millimètre de hauteur par 110.000 trains. Le rail pouvant rester en service jusqu'à ce qu'il ait perdu 15 millimètres d'épaisseur, cette durée correspond au passage de 1.500.000 trains.

LAMPE POUR PERCER LE BROUILLARD.

On expérimente en ce moment un dispositif de lampe qui permettrait aux rayons lumineux de traverser le brouillard beaucoup plus facilement que le fait la lumière des lampes proposées jusqu'ici. Le résultat est obtenu simplement en plaçant devant une lampe à incandescence un verre d'une teinte vert jaune spéciale.

D'autre part, un réflecteur parabolique on verre argenté projette, en même temps que la lumière, une chaleur suffisante pour éviter la formation du givre sur le verre qui sépare la lampe de l'atmosphère. Un joint hermétique en tresse de chanvre empêche en outre la pénétration de l'humidité.

A PROPOS DE LA LÉGION ÉTRANGÈRE.

Nous avons, dans l'article de notre dernier numéro sur la légion étrangère, cité les belles paroles prononcées au cours d'un des derniers banquets de l'Alliance coloniale française par le président des Anciens de la légion étrangère, M. Maurer,--et non point M. Candau-Maurer, comme il avait été inexactement écrit.

PÈLERINAGE SPORTIF

Saint Christophe est, nul n'en ignore, le patron des automobilistes. Or, bien longtemps avant que roulât le plus démodé des «tacots», plusieurs communes, paroisses et localités de France étaient placées sous la protection du charitable Christophore. Or, le curé de l'une de ces paroisses, Saint-Christophe-le-Jajolet, dans l'Orne, M. l'abbé Thuault, inaugurant, dimanche dernier, une statue érigée au saint patron de son église, avait eu l'idée d'organiser, ce jour-là et à cette occasion, un pèlerinage de chauffeurs. Nombreux furent ceux qui répondirent à son invite, et, à la date fixée, la petite bourgade, qui n'a guère, en tout, que quatre cents habitants, était soudain envahie par les véhicules automobiles les plus divers, limousines ou landaulets aristocratiques, teufs-teufs sans prétention, et jusqu'à de robustes camions automobiles.

Processionnellement, de la petite église on se rendit à la place où s'érige la statue du saint, au-dessus de laquelle flottaient, en ce dimanche de fête, des étendards tricolores. Les autos, à petite vitesse, suivaient, en longue théorie, au chant des hymnes et d'un cantique de circonstance, la foule des fidèles, les gymnastes de la localité, portant eux-mêmes sur un brancard, une statuette de saint Christophe. C'était un spectacle infiniment pittoresque et original.

Le cortège s'arrêta tout autour de la place. L'encens monta dans l'air, les chants se lurent, et l'abbé Thuault bénit, avec la foule agenouillée, les autos rangées, immobiles et silencieuses, en demi-cercle devant lui.

Les chauffeurs ont désormais leur Mecque.

M. LOUIS BARTHOU ET «LES TROIS ANS»

La loi militaire fixant de nouveau à trois ans la durée du service a été enfin votée, à la Chambre des députés, samedi dernier, en une séance de nuit, par une imposante majorité: 358 Voix contre 204. Les clameurs qui, au delà des frontières, ont ponctué sa longue discussion et salué son adoption sont le plus sûr indice de sa nécessité, de son excellence.

Le pays, en ces temps derniers, avait à maintes reprises manifesté à cet égard son sentiment. Il ne sera point parcimonieux de sa reconnaissance envers ceux qui viennent de lui assurer cette garantie de paix dans la dignité: on en peut voir la preuve dans la popularité grandissante qui, depuis le commencement des débats parlementaires sur ce grave sujet, s est attachée au nom de M. Louis Barthou, président du Conseil, dès qu'on reconnut en lui, dans cette discussion de près de deux mois--elle commença le 2 juin--le défenseur le plus convaincu, le plus chaleureux, le plus vaillant du projet déposé le 6 mars par le cabinet Aristide Briand, et qu'il avait énergiquement fait sien.

Cette victoire patriotique, en effet, est pour la plus grande part l'oeuvre de M. Louis Barthou.

Pendant cette longue bataille, il eut à tenir tête à des adversaires non moins résolus qu'il l'était lui-même, intelligents, d'ailleurs, et bien armés, qui lui ont opposé, après des violences calculées, d'insidieuses théories et des arguties de casuistes. A leurs attaques furieuses il a fait tête avec un sang-froid magnifique, un esprit d'à-propos jamais en défaut, une rare vigueur d'intelligence, et, par-dessus tout, une crânerie superbe, un courage civique qu'on ne saurait trop louer; car quelle vraie bravoure ne lui fallut-il pas, pour opposer, à des arguments de réunion publique souvent, d'autres fois à une obstruction qui eût paru puérile si elle n'avait été si dangereuse, le langage de la saine raison, de la conscience, et résister victorieusement à cette tactique de surenchères démagogiques dont nous n'avons déjà que trop éprouvé les désastreux résultats.

De toute la bataille, il n'a pas abandonné un moment le poste le plus périlleux qui fût, face à l'ennemi irréductible, le chargeant avec une furia toute française, intervenant à chaque séance, à chaque instant, soutenant avec une étonnante vigueur la tâche la plus écrasante, tour à tour spirituel, éloquent, émouvant, persuasif enfin, et témoignant d'une endurance physique égale à sa verdeur intellectuelle, soutenu, exalté par l'idée du noble devoir qu'il assumait devant la France.

Certes, bien avant cette épreuve, les magistrales qualités d'homme politique de M. Louis Barthou n'étaient point méconnues, même de ses rivaux ni de ses adversaires. Dans les circonstances graves, décisives pour l'avenir de la patrie, où il vient de jouer ce rôle éminent, il s'est révélé comme l'égal des plus grands parlementaires dont s'enorgueillissent les fastes de nos assemblées.

L'ACHÈVEMENT DU BOULEVARD HAUSSMANN

A diverses reprises nous avons entretenu nos lecteurs du projet d'achèvement du boulevard Haussmann; nous avons, notamment, indiqué la combinaison financière agréée par le Conseil municipal et nous avons donné un plan détaillé montrant le périmètre des immeubles à exproprier et les alignements de la voie future. La photographie, prise en dirigeable, que nous publions d'autre part achève de fixer les idées; mieux que le plus précis des plans, elle montre, tel qu'il se présente aujourd'hui, le groupe d'immeubles à abattre entre le terminus actuel du boulevard Haussmann et le boulevard Montmartre.

Rappelons que les immeubles atteints par le tracé sont les suivants:

Boulevard des Italiens: nos. 2, 4, 6, 8, 10, 12;

Rue Le Peletier: nos. 6, 2, 4, 9, 7, 5;

Rue Laffitte: nos. 8, 10, 12, 14, 11, 9, 7, 5;

Rue Taitbout: nos 10, 14, 16, 18, 20, 22, 24.

Dans quelques semaines, sans doute, les démolitions vont commencer. Le 24 avril dernier, la concession de cette vaste opération a été prononcée au profit de MM. Rivaud, Hesse et Gravelotte; et, ces jours derniers, le Conseil d'État a donné l'avis favorable nécessaire pour prendre le décret approuvant l'adjudication et autorisant les expropriations.

Aux termes du cahier des charges, le concessionnaire payera les immeubles acquis à l'amiable ou par voie d'expropriation; il effectuera tous les travaux de démolition, et supportera les frais des travaux d'établissement de la voie publique, ces derniers devant être exécutés par la ville. Enfin, sur les parcelles expropriées, non utilisées pour le boulevard et qui deviendront sa propriété, il sera tenu d'élever dans le délai de trois ans, à partir de la mise en possession, des immeubles répondant aux nécessités esthétiques que comporte le contre de Paris.

La Ville lui allouera une subvention de 25 millions, si la dépense totale de l'opération atteint 50 millions. Si ce chiffre est dépassé, la subvention sera augmentée d'une fraction qui ne pouvait être supérieure aux 40/100 de la dépense, et que l'adjudication a fixée à 5/100. Grâce au rabais énorme consenti par le concessionnaire, l'opération présente pour la Ville un aléa minime. En admettant, en effet, que la dépense atteigne 100 millions au lieu de 50, le supplément de subvention sera seulement de 2.500.000 fr.

Ajoutons que toutes les indemnités, fixées à l'amiable ou réglées devant le jury, seront acquittées par la Caisse municipale avec les fonds préalablement versés par les concessionnaires.

UN MONUMENT A GÉROME

Le dimanche 20 juillet, un monument consacré à Jean-Léon Gérôme a été inauguré à Vesoul, sa ville natale. Il se compose d'un buste sur une stèle,--celui-là même que sculpta Carpeaux, précédé par une des oeuvres les plus nobles du célèbre artiste: cette _Tanagra_ hiératique dont l'original en marbre figure au musée du Luxembourg.

Ce monument, dont la simple et classique ordonnance fait grand honneur à l'architecte Legrand, a le rare mérite d'être dû à la collaboration de deux maîtres incontestés et d'évoquer aussi fidèlement que possible l'art et l'esprit de celui qu'il commémore. Il s'élève dans la cour de l'hôpital de Vesoul, futur hôtel de ville dont le musée occupera l'une des annexes.

M. Paul Morel, sous-secrétaire d'État à l'Intérieur, maire de Vesoul, MM. Dagnan Bouveret, François Flameng et Raoul Verlet, membres de l'Institut, Mmes Teyssier, Morot et Boussod, filles de Gérôme, M. Masson son gendre, et leurs familles assistaient à la cérémonie, ainsi que toutes les autorités du département et de la ville et de nombreuses personnalités artistiques parmi lesquelles on remarquait MM. Muenier, Courtois, Trochsler.

Plusieurs beaux discours furent prononcés: par M. Dagnan-Bouveret, président du comité Gérôme, par M. Paul Morel, au nom de la ville de Vesoul, par M. Flameng, représentant l'Académie des beaux-arts, par, M. Verlet, représentant la sculpture française; et le bon poète Charles Grandmougin lut une ode à Gérôme, pleine de noblesse et d'élévation.

Grâce à l'heureuse initiative de M. Paul Morel, grâce à l'intelligente émulation des Vésuliens, cette inauguration eut un éclat vraiment exceptionnel. Chaque maison de la petite ville, chaque fenêtre, jusqu'à la plus humble, s'était enguirlandée de feuillages et de fleurs, et pavoisée de drapeaux. Une fête fleurie, un cortège de fanfares, de chars et de voitures succédèrent à la cérémonie officielle.

Et cette journée en l'honneur de Gérôme, qui fut un si joli témoignage de patriotisme local, s'acheva par des illuminations et par des concerts qui avaient attiré un très grand nombre de curieux.

L'INAUGURATION DU MONUMENT DU PEINTRE-SCULPTEUR GÉROME A VESOUL