L'Illustration, No. 3670, 28 Juin 1913
Part 4
(3) Édition Laveur, 3 fr. 50.
(4) _L'Énigme allemande_, lib. Plon, 3 fr. 50.
ALBÉRIC CAHUET.
Voir, dans _La Petite Illustration_, le compte rendu de: _le Sacrifice, c'est le devoir, c'est le salut_, de M. Henry Pâté; _l'Amour marié_, de M. Ernest Gaubert; Nannio, de M. M. Luguet; _l'Amour doux et cruel_, de M. Jules Bois.
DOCUMENTS et INFORMATIONS
LES RADIATIONS LUMINEUSES DE LA T. S. F. À LA TOUR EIFFEL.
Dans les fils d'antenne d'un poste puissant la tension électrique atteint souvent plusieurs millions de volts; aussi, par certaines nuits noires, ces fils se détachent sur le ciel en lignes de feu. Souvent, même, quand ils ne sont point visibles à l'oeil nu, les radiations ultra-violettes qu'ils émettent impressionnent la plaque photographique.
Nous avons déjà publié, le 18 mars 1911, une photographie qui, prise du Champ de Mars, le soir, montrait la tour Eiffel ainsi entourée d'un léger réseau lumineux. La photographie que nous reproduisons aujourd'hui a été prise dans la nuit du 21 au 22 juin, c'est-à-dire au solstice d'été à l'occasion duquel la Société astronomique de France célébrait sa 10e fête du soleil; elle a été enregistrée de la seconde plate-forme de la tour, pendant que le poste transmettait les signaux horaires de 23 h. 45, 47 et 49; et elle nous montre, sous une forme différente, ce curieux phénomène.
LE TANGO JUGÉ EN ARGENTINE.
C'est une question fort débattue en ce moment de savoir si le tango, dont la vogue, décidément, s'affirme dans tous les salons bien dansants, et menace d'envoyer bostons et two-steps rejoindre les vieilles lunes, est gracieux ou malséant, admissible ou condamnable, s'il faut l'approuver ou s'en désoler, ou tout simplement s'en divertir... Le tango a ses partisans, ses détracteurs,--et aussi ses indifférents. Sollicités par des enquêtes, des écrivains, des artistes, des hommes du monde, des comédiennes, ont donné leur sentiment sur l'affaire. Un de nos lecteurs, qui habite l'Argentine, nous fait part, à ce propos, d'une opinion particulièrement autorisée, puisqu'elle vient du pays même où naquit, dit-on, le tango.
C'est celle de M. le docteur Infante, intendant municipal--nous dirions en France maire--de Rosario. M. le docteur Infante n'aime pas le tango, et il a pris, récemment, un sévère arrêté pour l'interdire dans les bals publics, sous peine d'une amende de 50 francs par infraction. Le maire de Rosario blâme particulièrement quelques figures du tango, qui ne constituent d'après lui qu'une «danse de nègres, capable de pervertir les goûts de la jeunesse».
En annonçant cette décision, un journal de la Mariana, la NUEVA EPOCA, l'accompagne de commentaires élogieux. Voilà donc le tango jugé indésirable en Argentine... Cependant les jeunes gens de France continuent, dans les derniers bals de la saison, à le pratiquer avec zèle. Mais survivra-t-il à l'été?
FIN DE BÂTONNÂT.
Ce fut, l'autre dimanche, grande fête dans le monde des avocats: en leur belle propriété du Prieuré des Basses-Loges, à Fontainebleau, l'éminent bâtonnier de l'Ordre et Mme Fernand Labori réunissaient les nombreux amis qu'ils comptent dans le barreau, la magistrature, la politique, les lettres, les arts. Par cette garden-party, qui fut en tous points réussie, Me Labori avait voulu marquer brillamment la fin de son bâtonnât: cette semaine, en effet, il devait abandonner ses fonctions, qui, mardi dernier, ont été confiées à Me Henri-Robert, élu sans concurrent.
Les réjouissances du Prieuré laisseront, entre toutes les réceptions auxquelles les bâtonniers ont coutume de convier leurs collègues, un souvenir précieux. Sur un petit théâtre de verdure, élégamment aménagé, un spectacle fut donné, qui comprenait des scènes de _Samson et Dalila_, d'_Alceste_, de _Paillasse_, de _Carmen_, et des danses. Pour un jour, le Palais tout entier s'était transporté dans ce magnifique parc des environs de Paris... Aucun photographe ne s'y trouvait; mais un des hôtes de la fête a bien voulu promener à travers les groupes l'indispensable appareil. Et c'est ainsi que, par une heureuse fortune, nous devons à M. Joseph Lemercier, président de section au tribunal de la Seine, les deux clichés reproduits ici.
LE DR DUMONTPALLIER ET CHARLEMAGNE.
Mardi dernier, la Société d'Hypnologie et de Psychothérapie, sous la présidence du docteur Charles Richet, a inauguré, au cours de sa séance annuelle tenue dans la grande salle des Sociétés savantes, un buste du docteur Dumontpallier, qui fut médecin de l'Hôtel-Dieu et membre de l'Académie de médecine. Sa noble figure, aux traits puissants, à la barbe majestueuse, a été évoquée, de manière saisissante, par Mlle Hemmerlé. Pour réaliser cette ressemblance, l'artiste a pu s'inspirer d'un modèle inattendu: la statue de Charlemagne élevée sur le parvis Notre-Dame, qui reproduit très exactement les traits de Dumontpallier. C'est lui, en effet, qui, sur la demande du sculpteur Thiébault, posa jadis pour cette oeuvre célèbre... L'anecdote, que nous rapporte le docteur Bérillon, est curieuse, et bien peu de Parisiens sans doute la connaissent.
LE CONGRÈS FORESTIER INTERNATIONAL
Le Touring-Club de France se plaît à nous surprendre, à de courts intervalles, par des initiatives toujours fécondes. Il y est encouragé par un succès persistant, et le congrès forestier international, qui vient de se tenir à Paris sous ses auspices, a montré une fois de plus l'autorité mondiale et la puissance de notre grande association touristique.
Plus de 600 personnes, parmi lesquelles toutes les sommités forestières de France et de l'étranger, avaient répondu à l'appel de M. Ballif, et c'est avec une méthode parfaite qu'ont été discutées les multiples questions inscrites au programme.
Il est impossible d'établir une statistique exacte des forêts éparses sur la croûte terrestre; toutefois, les documents actuellement réunis permettent d'évaluer la surface boisée mondiale à environ un milliard et demi d'hectares se répartissant ainsi:
Europe........ 314.468.500 hectares. Afrique....... 229.314.200 Amérique...... 146.752.200 Asie.......... 386.003.100 Australie..... 94.430.000 Total...... 1.670.968.000 hectares.
Si on met à part la Russie d'Europe, qui possède 196 millions d'hectares de forêts, la France, avec ses 9.800.000 hectares boisés, occupe le premier rang en Europe, suivie de très près par l'Autriche, la Hongrie, la Prusse et l'Espagne.
En présence de ces chiffres, on conçoit que l'aménagement et la conservation des forêts présentent un intérêt économique de premier ordre, tant au point de vue de l'exploitation commerciale que sous le rapport de la régularisation du régime des eaux. Or, avec le régime fiscal français, les propriétaires sont obligés de couper à l'excès s'ils veulent tirer quelques ressources de leurs forêts. L'impôt atteint en moyenne 112% du revenu pour les forêts feuillues, il varie de 27 à 40% pour la futaie. Le Congrès a donc demandé l'évaluation du revenu imposable d'après une nouvelle base; en même temps, il a envisagé, les moyens de régler l'intervention de l'État dans la gestion des bois particuliers et de classer comme «forêts de protection» les forêts reconnues nécessaires au maintien des terres sur les pentes, à la protection contre les avalanches et à la défense du sol contre l'érosion.
A ces deux questions, d'une importance primordiale, s'en rattache une autre qui, depuis longtemps déjà, a particulièrement retenu l'attention du Touring-Club: création d'un «parc national» intangible, comme celui que la Suisse a récemment créé dans la Basse-Engadine, aux environs de Zernez. Grâce à l'initiative de M. Mathey, conservateur des forêts, ce parc est aujourd'hui constitué dans l'Oisans, une des plus belles régions du Dauphiné. Englobant le cirque de la Bérarde et une partie du territoire de Saint-Christophe, il comprend déjà près de 13.000 hectares. Il n'y a plus qu'à l'aménager en y construisant les sentiers et les huttes nécessaires et en y réintroduisant les espèces animales ou végétales qui ont disparu. Ce qui, sans doute, ne tardera point, grâce à la collaboration du Touring-Club.
AUX VICTIMES DU PLUVIOSE
Trois ans exactement après les funérailles solennelles qui furent faites aux vingt-sept victimes du _Pluviôse_, en présence du chef de l'État et des membres du gouvernement, on a inauguré, dimanche dernier, à Calais, un monument commémoratif de la catastrophe. Pour un mausolée élevé naguère au cimetière du Chesnois, à Belfort, et que nous avons montré dans notre numéro du 17 août 1912, le statuaire Bartholomé avait imaginé d'exécuter, en bas-relief, une figure de la Douleur nationale tendant au-dessus de la mer, en un geste désespéré, la couronne des héros et des martyrs. Le monument de Calais, oeuvre émouvante de M. Emile Guillaume, représente un génie ailé qui se penche, au ras des flots, sur le capot du sous-marin, comme pour apporter à ceux qu'il renferme le suprême réconfort.
Le vice-amiral Jauréguiberry, délégué par le ministre de la Marine, a présidé la cérémonie d'inauguration, à laquelle assistait, formant la garde d'honneur, l'équipage actuel du _Pluviôse_ remis en service.
BRINDEJONC DES MOULINAIS
A SAINT-PÉTERSBOURG
Nous avons conté dans un précédent numéro le magnifique voyage de l'aviateur Brindejonc des Moulinais qui, parti de Paris à l'aube, était arrivé à Varsovie à l'heure du dîner. Après quelques jours de repos dans la capitale de la Pologne, l'audacieux champion s'est remis en route pour Saint-Pétersbourg, ayant à franchir une nouvelle distance d'environ 1.050 kilomètres à vol d'oiseau.
Contrarié par un fort vent debout, Brindejonc ne put, cette fois, dépasser la vitesse de 75 à 80 kilomètres à l'heure, soit à peu près la moitié de la vitesse réalisée entre Paris et Varsovie. Immobilisé vingt-quatre heures à Dvinsk, il acheva, avec sa maîtrise habituelle, un trajet que la force du vent et les difficultés d'atterrissage rendirent fort pénible.
Les Busses firent à notre compatriote une réception enthousiaste; M. Sredinski lui remit une coupe de l'Aéro-Club; M. Boris Souvorine, au nom du journal _Vetcherme Wremya_, lui en offrit une autre qui portait cette inscription: «A la première hirondelle qui nous vient de la patrie de l'aviation».
Brindejonc, qui compte revenir à Paris par la voie des airs, en suivant une autre route qu'à l'aller, a quitté Saint-Pétersbourg, et la première partie de ce voyage constitue un nouveau raid magnifique. Après une escale à Reval, il a pris son vol pour Stockholm où il est arrivé mercredi matin, ayant franchi une distance de 750 kilomètres, dont plus de 300 au-dessus de la mer Baltique.
Mme LUCIE FÉLIX-FAURE-GOYAU
C'est une femme d'élite, au grand coeur, à l'âme élevée, un être tout de bonté et de noblesse, qui vient de disparaître: Mme Lucie Félix-Faure-Goyau s'est éteinte prématurément, dimanche dernier, à Paris, après une courte maladie. Elle était à un âge où l'on pouvait prévoir qu'elle donnerait longtemps encore des preuves de son activité généreuse. Elle avait quarante-sept ans.
A l'Elysée, la fille du président Félix Faure avait fait apprécier à tous ceux qui l'approchaient le charme de son esprit sérieux, extrêmement orné, sa distinction, sa culture. Dès cette époque, elle se consacra aux oeuvres de charité, qui devaient absorber la plus grande partie de ses efforts: la Ligue fraternelle des Enfants de France fut fondée sous ses auspices, et bien d'autres associations, comme l'Union mutualiste des Françaises et l'Union pour le développement des Associations professionnelles de femmes, lui durent un précieux appui.
Son goût pour les lettres, les arts, la connaissance qu'elle avait de toutes les questions religieuses et sociales, la portèrent, après la mort de son père, à faire oeuvre d'écrivain. Ses remarquables études sur le cardinal Newmann, sur Sainte Catherine de Sienne, sur les Femmes dans la Divine Comédie, sur les soeurs de Pascal, témoignent de la sûreté de son jugement, de la singulière vigueur de son intelligence.
En 1903, elle avait épousé M. Georges Goyau, qu'une rare communauté de croyances et de travaux unissait à elle. Cette femme d'une grande piété, qui savait allier le goût du recueillement et de la méditation aux nécessités mondaines, laisse l'exemple d'une vie harmonieuse, vouée tout entière au bien.
LES THÉÂTRES
L'idée était originale de montrer, dans le royaume des ombres, deux amants descendus les premiers, à l'heure où le mari les rejoint pour trouver aux enfers le prestige qui lui fit défaut sur terre. Tel est le sujet du petit acte en vers de M. Maurice Allou, intitulé _les Ombres_, représenté à la Comédie-Française par la gracieuse Mlle Leconte et MM. Croué, Deheily et Reynal.
Le Million, l'amusante comédie-vaudeville de MM. Georges Berr et Marcel Guillemaud, que le Palais-Royal vient de reprendre, retrouve tout le succès qui l'accueillit lors de sa création. Cette histoire bouffonne d'un billet de loterie oublié dans la poche d'un vêtement à la poursuite duquel les personnages les plus extraordinaires se précipitent, ne peut pas se raconter. Il faut aller en suivre les péripéties divertissantes au Palais-Royal où une distribution très brillante ajoute encore au comique irrésistible de la pièce.
Le théâtre du Grand-Guignol a renouvelé une fois de plus son affiche avant les ardeurs de l'été. Le nouveau spectacle offre cette variété de sujets que comportent les programmes de la maison. _L'Affaire Zézette_, de MM. Vély et Mirai, histoire d'huissier et de demi-mondaine, est une pièce pour rire, tandis que _Dans la Pouchkinskaïa_, de M. Gaston-Ch. Richard, est un drame russe à faire pleurer; autant que les acteurs, la poudre y parle. _La Buvette_, de M. Montrel, est celle de la Chambre des députés; on s'y désaltère avec agrément en revenant des _Terres chaudes_, de M. Lenormand, où blancs et noir» se comportent selon les lois de l'injustice; dans ce milieu de perversion morale, les bons pâtissent et les méchants triomphent. _La Petite Dame en blanc_, de M. Paul Giafféri, montre de l'humour, et _la Réussite_, amusante pièce de M. Max Maurey, représentée naguère, continue à réussir.
Les invités privilégiés de M. le comte de Clermont-Tonnerre viennent d'avoir, encore cette année, l'occasion d'applaudir, dans sa résidence de Maisons-Laffitte, deux oeuvres inédites: _Namouna_, de M. Nozière, et _les Fanfarons_, de M. Félix Gandéra. La première de ces pièces est un léger badinage galant, finement railleur, et qui s'agrémente d'une partie de danses fort bien réglées. On a fait grand succès à l'acte juvénile et véridique de M. Gandéra.
Le temps a enfin permis la réouverture du théâtre de verdure du Pré-Catelan. Dans ce cadre délicieux, quatre pièces ont été représentées avec succès. _Le Dernier Bohème_, de M. Irénée Mauguet, est une aimable fantaisie. _Le Triomphe de Salomé_, de M. Battanchon, renouvelle de façon heureuse un thème qui semblait épuisé. M. Nozière, en traitant la fable d'_Adonis_, s'est complu à imaginer des anachronismes divertissants avec un sujet de drame antique. Enfin, M. Jean Jullien, dans sa comédie _Promenons-nous dans les bois_, a fait évoluer de très modernes jolies femmes, pensant que le loup n'y est pas.
_Ici vient s'ajouter une double page en couleurs, de Georges Scott: LE PRINTEMPS SUR LE CHAMP DE BATAILLE._
_Tandis que la paix si malaisément concertée par les diplomates, à travers tant d'obstacles et tant d'intérêts opposés, tardait à se conclure, l'irrésistible paix du printemps, celle qui fait tout oublier, et qui transforme la terre même des champs de bataille, s'est étendue sur les plaines et les coteaux d'Andrinople... Il y a quelques mois, la trêve de la neige avait, en ces mêmes lieux, arrêté l'effort des assiégeants, qui, de leurs tranchées où ils subissaient les morsures du froid, pouvaient apercevoir la ville convoitée, incertaine sous le ciel gris. Elle dresse aujourd'hui ses minarets sur l'horizon bleu, et, tout alentour, le sol où pousse abondamment l'herbe vivace se pare des couleurs de la floraison. De loin, des yeux hantés par les images de la guerre croiraient distinguer, çà et là, sur la campagne, la ronde fumée qu'y pose l'éclatement d'un obus: ce n'est, heureusement, que la boule fleurie d'un arbre fruitier,--inoffensif shrapnell de la belle saison. Cependant, parmi ce renouveau plus tendre encore de succéder aux pires rigueurs, l'acharnement d'une longue lutte a laissé des traces émouvantes. La terre bouleversée marque la place où s'enfoncèrent les obus. Les projectiles épars des canons Krupp disent l'ardeur du combat, sur certains points... Mais ils ne servent plus maintenant qu'à amuser les petits enfants._
_Composition de GEORGES SCOTT._
GUIGNOL DE BÊTES..., par Henriot.
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