L'Illustration, No. 3669, 21 Juin 1913

Part 4

Chapter 43,450 wordsPublic domain

Des robes souples, vaporeuses, enveloppantes, où la mousseline de soie, la précieuse dentelle, le tulle neige, la fine charmeuse, soulignés de gros rubans, font merveilles, des chapeaux qui supportent toutes les fantaisies de l'aigrette et du paradis ou qu'orne encore le tulle, disposé en grands nouds légers: tels sont apparus, dimanche passé, en cette belle réunion de Chantilly, où se courait le Derby français, les derniers produits de la Mode, décidément parée pour les ardeurs de l'été... Cette fois-ci, les photographes se sont plu à saisir en contre-jour quelques-unes des élégantes qui remplissaient le pesage. La précaution était nécessaire pour obtenir des images où tous les détails fussent mis en valeur, et non pas absorbés par l'éclat direct du soleil: on lui doit aussi--car l'instantané est impitoyable--cette silhouette inattendue de jeune femme, un peu trop sommairement vêtue sous sa robe aérienne et surprise par l'objectif avec une cruelle indiscrétion.

La capture des meurtriers du grand vizir Mahmoud Chefket.

A CONSTANTINOPLE

Pas un instant la tranquillité de Constantinople n'aura été troublée après l'assassinat de Mahmoud Chefket pacha et deux jours à peine auront suffi pour arrêter ses meurtriers. Tout l'honneur en revient à l'énergie du gouverneur militaire Djemal bey et du préfet de police Azmi bey.

La recherche des assassins a donné lieu à un épisode émouvant. Ceux-ci s'étaient réfugiés à Péra dans un immeuble de la rue Piré Mehmed où la police les découvrit. Ils s'y défendirent avec acharnement durant trois heures.

Agents et pompiers occupaient les alentours de la maison, le doigt sur la gâchette de leur fusil. Dès le début de l'affaire, un officier, Hilmi bey, fut blessé mortellement. La police avait pénétré dans la maison sise en face de l'immeuble assiégé. Assassins et agents échangeaient de là coups de fusil et coups de revolver. Cependant d'autres policiers, avec le préfet à leur tête, entraient dans une maison mitoyenne de celle occupée par les meurtriers, faisaient sauter les cloisons et s'emparaient de trois hommes, le capitaine Kiazim, le lieutenant Ali bey et un certain Chefky qu'une automobile emportait aussitôt à la prison de la cour martiale.

Les funérailles du grand vizir se sont faites avec pompe. Les fils du sultan suivaient le corps qui, les prières faites à Sainte-Sophie, fut transporté sur la colline de la Liberté pour y être inhumé parmi les soldats morts à la bataille de Constantinople (24 avril 1909) que commandait Mahmoud Chefket pacha.

Un grand ministère s'est aussitôt constitué. Nous y voyons figurer les noms que les récents événements de Turquie ont rendu les plus célèbres: Izzet pacha, Mahmoud pacha, Talaat bey. La tâche est énorme, souhaitons qu'ils y suffisent, selon la formule turque, «avec l'aide et la miséricorde de Dieu».

LES FÊTES VIRGINALES D'ARLES

Des fêtes pittoresques ont eu lieu dimanche et lundi derniers à Arles, en Provence. Près de quatre cents jeunes filles du territoire, ayant nouvellement revêtu le costume local qu'elles s'engagent à conserver, sont venues recevoir, des mains de Frédéric Mistral, le diplôme attestant cette solennelle «prise de coiffe».

Le grand poète de Maillane est l'initiateur de cette consécration dont l'origine remonte à 1903. A cette époque, une vingtaine de jeunes Arlésiennes seulement se rendirent, dans une salle du _Museon Arlaten_, à l'appel des organisateurs: la _Festo Vierginenco_, la Fête Virginale, était fondée. L'année suivante, le lundi de Pâques, pour la première fois, elle fut rendue publique et célébrée avec éclat.

Mistral y parla devant un grand concours de peuple, et son allocution, évoquant le passé glorieux de la race, rendit hommage à la beauté de ses femmes. _L'Illustration_ (9 avril 1904) consacra une page entière à cette intéressante manifestation régionale qui, depuis, n'avait plus été renouvelée, dans Arles du moins.

Cette année, par les soins du Syndicat d'initiative local, dont le président, le docteur Urpar, a déployé la plus intelligente persévérance, la cérémonie s'est déroulée dans l'imposant décor du Théâtre Antique, et elle a été précédée et suivie de divertissements empruntés aux vieilles coutumes du pays d'Arles.

Le dimanche, après les aubades des tambourinaires, les jeunes filles, ayant défilé une à une devant Mistral au Théâtre Antique, se rendirent, escortées d'une foule enthousiaste, aux arènes. On y vit les taureaux du Pouly combattus à la mode provençale, les farandoleurs exécuter les danses traditionnelles, les _gardian_ se défier au tournoi des écharpes et au jeu des aiguillettes. Puis le soir, dans le Théâtre Antique encore, impressionnant sous les clartés lunaires, une représentation d'opéra réunit un auditoire innombrable; et les fêtes se terminèrent le lendemain, aux plaines de Meyran, en Camargue, par une _ferrade_--émouvant spectacle dont, au cours d'une récente excursion aux Saintes-Maries-de-la-Mer, les invités des _Annales_ ont connu le frisson--cavaliers et piétons, aux prises avec le jeune taureau qu'il faut parvenir à terrasser, y rivalisèrent de courage et d'audace, pour gagner un sourire de celles en l'honneur desquelles la fête était donnée.

CE QU'IL FAUT VOIR

LE PETIT GUIDE DE L'ÉTRANGER

Les gens de sport ont leurs «grandes semaines». Le petit monde des théâtres a sa grande Quinzaine; et cette grande quinzaine s'ouvrira ces jours-ci. C'est deux semaines d'émotions très fortes; de rires, de larmes, d'enthousiasmes et d'attaques de nerfs. Il faut voir cela. Un étranger qui aime Paris et qui a la curiosité de le bien connaître commettrait la plus inexcusable des étourderies s'il se désintéressait d'un spectacle aussi rare, et laissait passer les Concours du Conservatoire sans essayer de conquérir le coin de loge ou le strapontin d'où il pourra y assister.

Tous ces concours ne sont pas également «courus», et, pour moi, j'ai cette faiblesse de m'intéresser surtout à ceux que la foule néglige: aux concours de contrebasse et de cor, de clarinette, de trombone et de basson. Ceux-là sont les plus accessibles. Ils sont suivis par une clientèle discrète d'amis, de parents pauvres, de vieux amateurs et de jeunes soldats. Les concurrents qu'on applaudit là ne s'élèveront presque jamais à la dignité de virtuoses. Ils occuperont obscurément leur place en des orchestres civils ou militaires; ils y tiendront leur «partie» avec utilité, et sans gloire.

Comme l'accompagnateur qui, assis au piano, soutient de ses dix doigts le chant de la cantatrice qu'on acclame, ils seront, toute leur vie, les _servants_ du succès des autres. Ce sont les prolétaires de la Musique; et ces concours sont pour eux d'inoubliables journées...

Car ce sont les seuls instants de leur carrière où ils auront eu l'honneur de comparaître _seuls_ devant une salle où chacun d'eux est attendu, et séparément entendu. Ils connaîtront la gloire du _solo_; un accompagnateur, assis près d'eux, au piano, les assistera modestement; ils seront, pour cinq minutes, des vedettes; on les applaudira. Et, si une récompense leur est décernée, ils seront de nouveau introduits en scène par un appariteur en habit noir, interpellés dans le silence de la salle par un monsieur illustre qui prononcera les mots sacramentels: «Monsieur, le jury vous décerne un premier prix.» Dans le crépitement des bravos, ils salueront encore, très confus, très heureux, tellement émus qu'on les verra rire quelquefois, à cause d'une extrême envie de pleurer... Et puis, le lendemain, ce sera la joie d'ouvrir les journaux, d'y trouver, son nom, suivi d'appréciations élogieuses de la critique; ils pourront dire, tout comme Caruso, Pugno, Chaliapine ou Nijinski: «J'ai une bonne presse.» Et ce sera fini pour toujours. Confondus désormais dans la foule des orchestres, ils ne seront plus, sous le bâton du chef, que deux mains qui s'agitent devant un pupitre, autour d'une figure qu'on ne regarde pas. N'importe. Ils auront eu leur minute heureuse, et l'impression délicieuse de ce que c'est que la gloire... Allez les voir vivre cette minute-là. C'est très touchant, et ce n'est pas ennuyeux du tout.

Et puis, vraiment, quelquefois, on tombe sur un solo de trombone ou de contrebasse qui est fort agréable à écouter.

Les séances consacrées au piano et au violon sont plus dures, et vous admirerez qu'une telle foule consente à s'écraser en une salle où règne une température d'étuve, pour entendre le même morceau joué trente ou quarante fois de suite, et presque toujours très bien! car on n'a même pas, aux concours du Conservatoire, la ressource d'entendre, de temps à autre, le morceau très mal joué qui vous reposerait des autres, et donnerait du prix à ce qui va suivre. Tous sont d'une force décourageante. Mais l'auditoire qui est là ne se décourage point. Il épie les fautes, prend des notes, se pâme aux traits heureux, compare et commente avec passion... Il me semble qu'aux concours de violon et de piano le spectacle, pour un observateur désintéressé, est surtout dans la salle.

Mais voici les grandes épreuves! Le chant, l'opéra, l'opéra-comique, la comédie!

Amis étrangers, que le caprice de vos «déplacements» a fixés à Paris dans le moment précis où s'ouvre la série des grandes épreuves du Conservatoire, ne manquez pas de mettre un hasard si exceptionnel à profit. Coin de loge, ou simple strapontin, vous dis-je! Ce sera déjà bien joli si vous les obtenez.

En ces dernières années, il n'était pas trop difficile d'y réussir. Un sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts, M. Dujardin-Beaumetz, s'était généreusement avisé de transporter du Conservatoire à l'Opéra-Comique les concours du Conservatoire. Cela lui donnait mille places de plus, dont une partie était distribuée aux membres du Parlement. Et comme je m'étonnais un jour que le Parlement prétendît envahir à lui seul la moitié d'une salle de spectacle où, somme toute, il ne s'agissait que de suivre une épreuve scolaire qui ne le regarde point; «Pardon, fit M. le sous-secrétaire d'État, cela les regarde! Ce sont les parlementaires qui votent le budget. Il est tout naturel qu'ils veuillent savoir comment leur argent est dépensé...» L'amitié d'un sénateur ou d'un député (et quel étranger ne compte un sénateur ou un député parmi les amis de ses amis?) suffisait donc à assurer l'accès de ces spectacles célèbres à quiconque avait résolu de s'y faufiler. La vieille tradition est, depuis deux ans, restaurée; et l'on est revenu à la petite salle du faubourg Poissonnière. Sept cents personnes seulement peuvent trouver place aux grands concours; en sorte qu'au plaisir _d'en être_ s'ajoute l'orgueilleuse satisfaction d'en _avoir été!_

Amis étrangers, je vous recommande tout particulièrement celui de Comédie. Il y a de vieux Parisiens qui se croiraient déshonorés s'ils n'avaient été vus, ce jour-là, dans l'atmosphère surchauffée de la petite salle, applaudissant aux débuts de la «grande amoureuse» ou de la grande soubrette de demain. Ah! les enthousiasmes de ce public, et ses fureurs! Comme il aime le succès et comme il déteste l'injustice! Ah! ces salles déchaînées contre un jury dont la sonnette éperdue de M. Gabriel Faure s'efforce en vain de faire entendre les décisions!...

Sans doute, le Grand Prix de Longchamp est une chose à voir, et vous ne manquerez pas, amis étrangers, ce spectacle-là; sans doute, le Salon du peintre-sculpteur futuriste Boccioni qui s'ouvre demain rue La Boétie est à voir aussi; mais qu'est-ce que tout cela, à côté d'un beau «chahut» au concours d'Opéra-comique ou de Comédie!

UN PARISIEN.

AGENDA (21-28 juin 1913)

EXAMENS ET CONCOURS.--Les épreuves pour le concours d'admission au Prytanée militaire de la Flèche auront lieu les 23 et 24 juin, au chef-lieu de chaque département. Les candidats inscrits à Paris concourront à la mairie du 6e arrondissement--Un concours est ouvert entre les artistes français, pour l'exécution d'une médaille commémorative de l'élection du président de la République par les Chambres réunies à Versailles le 17 janvier 1913.

LES CONCOURS DU CONSERVATOIRE.--Les concours publics de fin d'année du Conservatoire sont ainsi fixés: 23 juin, contrebasse, alto, violoncelle; le 24, instruments à vent (bois); le 25, instruments à vent (cuivre); le 26, chant (hommes); le 27, chant (femmes); le 28, piano (femmes); le 30, harpe; le 1er juillet: opéra-comique; le 2, tragédie; le 3, comédie; le 7, violon; le 8, piano (hommes); le 9, opéra; le 12, distribution des prix.

EXPOSITIONS ARTISTIQUES.--Grand-Palais (Champs-Elysées); Salon de la Société des Artistes français; Salon de la Société Nationale des Beaux-Arts.--Pavillon de Marsan (musée des arts décoratifs); exposition rétrospective de l'art des Jardins en France.--Bibliothèque Le Peletier de Saint-Fargeau (29, rue de Sévigné): promenades et jardins de Paris. Conférences le vendredi à 4 heures.--Galerie Georges Petit (rue de Sèze): exposition des petits maîtres de 1830.

EXPOSITION PHILATÉLIQUE.--Au Palais de glace (Champs-Elysées): du 21 au 30 juin, exposition philatélique internationale organisée par la Société française de timbrologie.

INAUGURATIONS DE MONUMENTS.--Le 22 juin aura lieu l'inauguration du monument d'Hougoumont, dans la plaine de Waterloo, élevé à la mémoire des soldats morts le 18 juin 1815 à Waterloo.--Les fêtes d'inauguration du musée Ingres et du monument Pouvillon, qui devaient avoir lieu à la fin de juin à Montauban, sont remises au mois d'octobre.

FÊTE DE BIENFAISANCE.--Le 22 juin, au théâtre du Parc de la maison de retraite de Pont-aux-Dames, matinée de gala au bénéfice de la Maison de retraite fondée par Coquelin.

CONCERT.--Le 22 juin, au Châtelet en soirée, concert donné par la Société des grandes auditions musicales de France: les Grands musiciens modernes anglais.

SPORTS.--_Courses de chevaux_: le 21 juin, Saint-Ouen; le 22, Auteuil (grand steeple); le 23, Saint-Cloud; le 24, Longchamp; le 25, Auteuil; le 26, Longchamp; le 27, Auteuil; le 28, Longchamp; le 29, Longchamp (Grand Prix de Paris).--_Automobile_: le 22 juin, Grand Prix de France des motocyclettes, circuit de Fontainebleau.--Le 1er juillet commencera le rallye-automobile du Plateau central (concours de tourisme en montagne).--_Cyclisme_: les 29 juin, 3 et 6 juillet, à la Piste municipale (Vincennes): Grand Prix cycliste de Paris.--A Buffalo, le 22 juin, réunion de courses. Course de 100 kilomètres.--Le 11e tour de France se disputera du 29 juin au 27 juillet.--_Athlétisme_: le 22 juin, à Colombes, championnats nationaux d'athlétisme.

LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS

LE COEUR ET LA TÊTE

M. Georges Oudart a glané avec tact quelques-unes des pensées vives ou profondes, qui rendent à la fois si grave, par ses vérités d'âme, et si joliment chatoyante, par son alerte et spirituelle fantaisie, l'oeuvre de Maurice Donnay. La rubrique la plus riche de ce recueil (1) est naturellement celle qui traite de l'amour. N'oublions point qu'Amants est l'un des premiers triomphes de Maurice Donnay et que l'amour a tenu le grand premier rôle dans toute une partie de son théâtre.

Note 1: Le Coeur et la Tête, Sansot, éditeur.

Or voici, entre autres choses, ce que M. Maurice Donnay nous dit, ou nous fait dire par ses personnages, de l'amour:

... «On aime plusieurs fois, c'est vrai, et chaque fois d'une manière différente, mais on n'aime qu'une seule fois d'une façon immortelle, divine presque... une seule fois, on peut être un dieu!»

... «On naît amant comme on naît musicien ou poète.»

... «Le dédain d'aimer n'est le plus souvent que l'impuissance d'être aimé.»

... «En amour, il y a toujours un qui aime davantage et c'est celui-là qui souffre.--Mais c'est l'autre qui s'ennuie.»

... «Moins un coeur est sec, mieux il flambe.»

... «En amour, neuf fois sur dix, le malheur arrive par les lettres comme la fièvre typhoïde vient par l'eau.»

... «Ça ne signifie rien de dire à un homme qu'on ne l'aime plus; mais ce qui signifie quelque chose, c'est de lui dire qu'on en aime un autre.»

... «La passion excuse tout, mais chez les brutes seulement.»

... «Les mariages d'amour sont les seuls qui ne puissent pas durer, car ils supposent des âmes d'amants, et être amants, n'est-ce pas avoir le désir continuel de sensations, de troubles, de mystère et d'inconnu, d'inconnu?»

... «Il y a des souvenirs d'amour qu'on n'évoque pas avec des mots; c'est comme des paysages de bonheur que l'on revoit dans le silence de soi-même, des paysages attendrissants avec de grandes lignes calmes; un air que l'on entend, un parfum que l'on respire, et voilà que vous revivez avec leur intensité les heures de jadis et que vous retrouvez l'âme que vous aviez à cette heure-là; c'est donc qu'elles valaient la peine d'être vécues.»

En amour, l'homme et la femme sont dissemblables, et par le coeur et par la tête. L'amour chez la femme, plus violemment passionnée, plus exclusive, plus personnelle, a particulièrement retenu l'attention, si souvent émue, de l'auteur _d'Amants_, qui nous parla le mieux de l'amour moderne. Il nous dit:

... «Dans le coeur de l'homme, chacune de ses maîtresses a sa pierre, son inscription et sa petite croix. Tandis que les femmes, lorsqu'elles aiment un homme, tout disparaît; leur vie commence à partir du jour où elles l'ont connu... et, quant au reste, il n'y a pas d'inscription ni de croix dans leur coeur. C'est l'oubli absolu, et, pour certaines, la fosse commune.»

... «Le flirt est la leçon d'escrime que prend une femme avec des fleurets mouchetés avant d'aller sur le terrain avec des épées véritables.»

... «Il y a une règle commune qui veut que, lorsqu'une femme se croit moins aimée, elle se rende encore moins aimable.»

Rien n'est plus vrai... Mais, nous le savons aussi, pour avoir fait la plus large part à l'observation moderne de l'amour, le théâtre de Maurice Donnay ne lui est pas exclusivement consacré. L'auteur de _la Patronne_, du _Retour de Jérusalem_, de _Paraître_, s'est surtout passionné, dans les oeuvres de ces dix dernières années, à l'étude des problèmes sociaux. D'où, dans le précieux petit recueil de M. Oudart, de riches glanes sur notre époque, sur la souffrance, sur la mort. Nous ne pouvons citer tout le livre, nous donnerons seulement, pour terminer, ces quelques lignes, jolies et graves, sur la patrie:

... «La patrie, c'est des victoires glorieuses, des défaites héroïques, de beaux exemples de sacrifices et de vertus... c'est des cathédrales, des palais, des tombeaux... c'est des paysages que l'on a vus tout enfant et d'autres qui, plus tard, ont encadré des heures de joie ou de tristesse... c'est des choses intimes, des souvenirs, des traditions, des coutumes... c'est un langage qui nous paraît le plus doux, c'est une vieille chanson, un vieux proverbe plein de bon sens... c'est une rose qui s'appelle la France, c'est une assiette peinte, que sais-je?

«Mais oui, la patrie, c'est tout ça... et bien d'autres choses encore.»

Voilà. Et cette définition chaude et vibrante, cette définition d'élan et d'instinct, peut suffire à la fois à notre tête et à notre coeur.

A. C.

Voir dans _La Petite Illustration_ le compte rendu des oeuvres des poètes.

LES FLORALIES DE GAND

_Nous avons déjà, dans le numéro du 3 mai, consacré quelques gravures à l'Exposition de Gand. Nous publions aujourd'hui un ensemble de photographies en couleurs qui donneront une vision des «Floralies» qui sont le clou de cette exposition, et au sujet desquelles notre correspondant de Bruxelles, M. Gérard Harry, nous a adressé l'article suivant:_

Voici près d'un siècle que la très ancienne Société d'horticulture de Gand organise, de cinq en cinq années, ces concours baptisés «Floralies» où se marque chaque étape du progrès que le savoir et le goût du botaniste ont fait franchir à des créations d'essence immuable tels que l'oillet, l'azalée, l'orchidée, le bégonia, le lilas, la rose même. Ces Floralies, plus populaires encore en Belgique que les Concours hippiques et les Expositions de beaux-arts (il faut, tous les cinq ans, des trains spéciaux pour y amener les foules d'amateurs des neuf provinces) ont été presque ignorées du grand public de France, d'Angleterre, d'Allemagne, jusqu'à leur coïncidence actuelle avec une Exposition universelle. Mais, sur les spécialistes de tous pays, elles exercent depuis longtemps autant d'attirance que le Derby d'Epsom ou le Grand Prix de Paris sur les éleveurs de chevaux pur sang. Et chacun s'y prépare de longue date et y apporte, avec le souci de sa propre gloire, ce qu'il a pu produire de plus beau ou de plus neuf, en s'aidant des procédés de culture les plus ingénieux ou des combinaisons chimiques les plus savantes.

Les photographies en couleurs, que nous reproduisons, du récent «concours de beautés» de Gand donneront une idée synthétique de cette périodique et poétique solennité. On y verra que la furie multicolore et odorante des fleurs est elle-même «habillée» d'un joli décor constitué par des dioramas qui situent illusoirement leur splendeur dans un cadre adéquat: ici, à l'orée d'un taillis, le feuillage d'un hêtre rouge tranchant sur les teintes azurées d'un massif d'hortensias; là, les ondulations d'une simili-chaîne de montagnes élargissant l'horizon de pyramides d'azalées; là encore, les ruines, en staff patiné, d'un antique temple grec, dédié à Flore, éternelle divinité de l'éphémère royaume du printemps. A défaut des délicieuses variétés d'oeillets anglais, arrivés en retard, par la suite de la grève générale belge, on a pu fixer les ombelles couleur bleu de ciel d'un groupe d'hortensias dont les experts ont chanté spécialement les louanges, à raison de leur nuance idéale et aussi parce que leurs «éleveurs» avaient su les préserver d'une maladie qui, après quelque temps, les décolore ou les amaigrit. Une variété d'hortensias d'un blanc immaculé apparaît sur une autre de nos gravures et aussi un massif de ces azalées à fleur simple ou double, unicolores ou panachées, qui constituent la spécialité gantoise par excellence et qui étonnent, aux Floralies, par leur opulente profusion et la recherche de leur coloris.

_Ici vient s'intercaler une double page hors texte en couleurs: LES FLORALIES DE GAND, comptée dans la pagination de 591 à 594._

LES FLORALIES DE L'EXPOSITION DE GAND