L'Illustration, No. 3665, 24 Mai 1913

Part 4

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Il faut voir l'exposition des Chiens. Il faut même se presser de l'aller voir, car elle sera fermée dans trois jours.

A dire vrai, cette exposition n'embellit pas le coin de Paris où elle est placée. Aux Tuileries, sur cette admirable terrasse du Bord de l'eau devant laquelle la place de la Concorde déploie le plus somptueux de nos panoramas parisiens, s'alignent les baraquements bas de fer et de toile grise où sont retenus prisonniers--pour leur gloire!--nos plus beaux chiens. Le long des cages grilles, de la paille s'éparpille, des gamelles traînent, des pancartes-réclames de biscuits et de produits «désodorisants» sont accrochées. Des joueurs de cors de chasse soufflent leurs airs mélancoliques sur un parterre de petites tables autour desquelles des buveurs sont assis. L'Orangerie sert d'asile à un petit Salon de peintres de chiens et de sculpteurs pour chiens, que continue, au dehors, l'exposition en plein vent des vêtements, des colliers, de la pharmacie, des nourritures de chiens...

Et cela aurait la vulgarité des pires fêtes foraines, si deux attractions de qualité supérieure ne faisaient de cette exposition canine un spectacle, au total, charmant. Ces attractions, ce sont les chiens eux-mêmes; et, autour d'eux, _celles_ qui les regardent.

La première série des sujets exposés n'avait guère attiré aux Tuileries que des élégances... masculines. C'était la série des chiens sérieux; j'entends les chiens chasseurs... Braques d'Auvergne, braques Saint-Germain, setters et pointers, orgueilleusement alignés derrière leurs grilles, à côté des boxes plus vastes où rêvaient, endormies dans la paille, en paquets, les meutes des tekels, des bassets griffons, des beagles. Il y avait bien le clan aristocratique des lévriers, autour desquels on vit s'agiter de délicieux chapeaux de printemps; les chapeaux de «celles qui regardent». Mais ce n'est qu'à la seconde série qu'elles affluent, celles qui regardent: la série de maintenant; celle des petits chiens. Chiens-bibelots, chiens-joujoux, qui ne servent à rien, qui coûtent des prix fous, et qu'on adore. Un salon spécial a été aménagé pour eux. De minuscules cages en font le tour; et les voici tous, enrubannés, pomponnés, parfumés, fleuris, précieusement vêtus: caniches loulous d'Alsace et de Poméranie, King Charles, havanais et pékinois, levrons et carlins, fox-terriers et papillons... Grelottants, hargneux, terrifiés par la foule et le bruit... Mais l'amusant tapage, où se confondent les bruits des voix, des rires, des aboiements! Le joli tableau de frivolité spirituelle, d'élégance, de tendresse jolie... et un peu comique, et comme décidément la femme créée par Paris, si je puis dire, est intéressante à regarder, en quelque attitude qu'on la surprenne!

* * *

Ainsi l'avez-vous vue suivre une grande vente, rue de Sèze, chez Georges Petit?

C'est encore une chose à voir, et tout à fait un spectacle de l'instant de l'année où nous sommes. Pourquoi? On n'en sait rien. Le commissaire-priseur a des raisons que la raison ne connaît pas. Ce qui est certain, c'est qu'il y a à Paris une saison pour les «grandes ventes» comme pour les grands dîners, les ballets russes et les grandes épreuves de Longchamp. Et nous voilà au coeur de cette saison-là. Que l'étranger ne s'illusionne point; le _décor_ n'est pas plus séduisant ici qu'à l'exposition canine. Mais ce sont les figures qui sont bien amusantes, là aussi, à observer.

La grande salle d'exposition est comme déshabillée. On en a supprimé les grands vélums qui la plafonnent d'ordinaire, et par l'immense verrière tombe un jour cru sur les figures des gens. Le long des cimaises, à la place des tableaux, s'alignent des tapisseries à vendre, des bois de lit, des glaces «de style», toutes sortes de pièces d'ameublement qui font ressembler les murs de ce hall à ceux d'un magasin d'accessoires.

Au fond, la tribune où s'agite, les bras en l'air, un homme avec lequel d'autres hommes échangent, à distance, des propos brefs, des appels de nombres suivis de temps en temps d'un coup--frappé sur la tribune--du marteau d'ivoire que M. le commissaire tient à la main. Les objets à vendre sont promenés sous les yeux des amateurs, assis en rang sur des fauteuils de velours rouge qui font penser à _l'orchestre_ d'un petit théâtre... d'un petit théâtre où l'on s'écraserait en plein jour. Foule mêlée. Des marchands, des marchandes, des oisifs sans le sou qui viennent regarder vendre un tabouret 6.000 francs, et 45.000 une table à thé; des gens de sport, des _club-men_ connus et très salués, des femmes du monde, des femmes de théâtre, très entourées aussi. Que viennent-elles faire là? Acheter des choses? Oh! que non. Elles viennent simplement satisfaire la curiosité de savoir qui est celui qui payera 45.000 francs la petite table à thé, et goûter le plaisir d'avoir vu sa figure.

Car c'en est un! une surenchère, c'est une course d'argent, comme une course de chevaux est un match de vitesse, ou comme un match de boxe est une course de poings! Et rien n'intéresse plus les femmes que d'assister à une victoire, et d'avoir devant elles une figure de vainqueur à regarder,--que ce vainqueur soit un pugiliste, un jockey, ou un monsieur assez riche pour payer 45.000 francs une petite table à thé.

Un conseil: que l'étranger qui, cette semaine, se sera offert chez Georges Petit le spectacle _sportif_ d'une grande vente ne manque pas de s'arrêter (dans la même maison) à l'Exposition des délicieuses _Sanguines_ d'Albert Fourié. Cela aussi, c'est à voir.

* * *

Et ce qui est à voir encore, c'est la double Exposition dont le «tri centenaire» de Lenôtre fournit en ce moment le sujet aux amateurs de jardins. Je dis: double, je devrais dire: triple. Ce fut, il y a une dizaine de jours, pour commencer, l'Exposition ouverte à la Bibliothèque Le Peletier Saint-Fargeau des vieux livres, des estampes et des plans où nous est racontée l'histoire des jardins de Paris. Puis, cette semaine, le Salon de Bagatelle et cette exposition charmante de l'Art des jardins où la Nature et l'Art se montrent si parfaitement dignes l'un de l'autre qu'on ne sait plus si c'est le peintre qui a pris ses modèles chez le jardinier ou le jardinier qui a imité le peintre. Et voici enfin que, depuis hier, une troisième exposition s'ouvre au pavillon de Marsan; et c'est encore aux jardins qu'elle est consacrée, et la mémoire de Lenôtre qu'elle évoque.

Peut-être tous les étrangers ne comprendront-ils pas pourquoi le trois centième anniversaire de Lenôtre suscite parmi nous cette sorte d'emballement. Il faudra donc leur expliquer qu'ici encore il y a, à côté de la raison qu'on voit, la raison qu'on ne voit pas. Sans doute, Lenôtre fut l'exquis dessinateur des jardins de Versailles, de Saint-Cloud, de Meudon, de Dijon, de Sceaux; des canaux de Fontainebleau; de la terrasse de Saint-Germain; mais il fut surtout l'homme d'une _idée_ qui, plusieurs fois depuis deux siècles, a cessé chez nous d'être à la mode, et de laquelle--en politique aussi bien qu'en art--semblent s'éprendre de nouveau les esprits. L'architecture de Lenôtre, c'est un symbole de méthode, de discipline, de beauté claire et d'ordre tranquille. Et voilà pourquoi nos imaginations surmenées et désorientées à la fois par deux siècles d'indépendance trouvent Lenôtre charmant. Elles se reposent en lui, de toutes les manières...

UN PARISIEN.

AGENDA (24-31 mai 1913)

EXPOSITIONS ARTISTIQUES.--_Paris_: Grand Palais: Salon de la Société des Artistes français; Salon de la Société nationale des Beaux-Arts.--Petit Palais: exposition de David et ses élèves.--Ancien hôtel de Sagan (3, rue de Constantine): objets d'art du Moyen Age et de la Renaissance, au profit de la Croix-Rouge française.--Union centrale des Arts décoratifs (pavillon de Marsan): le _23 mai_, ouverture d'une exposition rétrospective de l'Art des jardins en France (tapisseries, peintures, dessins, gravures).--Hôtel Le Peletier de Saint-Fargeau (9, rue de Sévigné): Promenades et Jardins de Paris depuis le quinzième siècle jusqu'à 830.--A Bagatelle (bois de Boulogne): exposition de l'Art du jardin.--Hôtel de Sens (1, rue du Figuier); exposition des Artistes du IVe arrondissement--A l'Office tunisien (2, rue Meyerbeer): oeuvres des frères Delahogue, vues de Tunisie et d'Algérie.

VENTE D'ART.--Galerie Manzi-Joyant (15, rue de la Ville-l'Évêque): le _30 mai_, vente de l'atelier de J.-B. Carpeaux, groupes, statuettes, bustes; la Danse, Ugolin et ses enfants (groupes originaux en terre cuite).

CONFÉRENCES.--A la Bibliothèque Saint-Fargeau (29, rue de Sévigné), tous les vendredis à 4 heures, conférences sur _les Jardins et Promenades de Paris_,--Hôtel de Sens (rue du Figuier): le 1er juin, à 4 heures: conférence de M. Emile Berna: à l'Exposition des artistes du IVe arrondissement.

L'EXPOSITION D'HORTICULTURE.--Au Cours la Reine: jusqu'au _26 mai_, exposition de printemps de la Société nationale d'horticulture.

L'EXPOSITION CANINE.--Terrasse de l'Orangerie (Jardin des Tuileries): jusqu'au _26 mai_, exposition canine internationale.

A LA SORBONNE.--Le _25 mai_, à la Sorbonne, assemblée générale de la Société centrale de Secours aux naufragés, pour la distribution des récompenses aux sauveteurs, sous la présidence de l'amiral Duperré.

FÊTES DE CHARITÉ.--A la Comédie-Royale, le 24 mai, à 2 heures: représentation de gala au bénéfice de l'Oeuvre de la Miséricorde, présidée par la comtesse de Piennes, née Mac-Mahon.--Au Trocadéro, le 24 mai en soirée: représentation au bénéfice de l'Oeuvre du théâtre à la caserne.--Le _29 mai_, au Trocadéro, matinée de gala, au profit de l'Oeuvre française des enfants d'artistes.--Au théâtre des Champs-Elysées: le _1er juin_, fête de bienfaisance, au bénéfice de la Société de charité maternelle, présidée par Mme la duchesse de Mouchy.

SPORTS.--_Courses de chevaux_: le _24 mai_, Saint-Ouen; le _25_, Longchamp, Bordeaux; le _26_, Saint-Cloud; le _27_, Saint-Ouen; le _28_, le Tremblay; le _29_, Longchamp; le _30_, Maisons-Laffitte; le _31_, Enghien.--_Aviation_: le _1er juin_, match Garros-Audemer.--_Automobile_: le _25 mai_, course de côte de Limonest (Rhône); à la même date, à Reims, Grand Prix de Champagne (motocyclettes).--_Escrime_: aux Tuileries, continuation de la Grande semaine des armes de combat: le _24 mai_, championnat; le _25_, championnat de baïonnette, critérium des champions, prix Hauzeur (finale).--_Boxe_: le _28 mai_, à la salle Wagram, Grand Prix de Paris (amateurs) de boxe anglaise.--Le _1er juin_, à l'Exposition universelle de Gand, match Georges Carpentier-Bombardier Wells.

LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS

LES LIVRES DE L'ÉNERGIE FRANÇAISE

«L'armée, écrit le lieutenant Psichari dans le beau livre qu'il rapporte de la brousse africaine, l'armée est la meilleure école qui soit au monde, surtout l'armée de métier. L'armée seule aujourd'hui, malgré les efforts que l'on a fait, possède une tradition. Et c'est là que réside toute sa vertu.» Ce mot vertu, vous devez l'entendre dans le sens puissant que lui donnaient les anciens: énergie, courage, amour de l'action périlleuse, dédain des quiétudes médiocres et des jouissances égoïstes d'une vie sans effort. La vertu de l'armée est dans sa tradition.

Hors des casernes et des garnisons trop douces de la métropole, au camp, au feu, dans les sables perdus des nouvelles France, la tradition échappe aux influences dissolvantes. Il n'y a plus là une armée d'hier et une armée d'aujourd'hui. Les uniformes ont pu changer. Mais l'âme est demeurée la même et vous n'en sauriez douter après avoir lu les quatre livres signés par quatre officiers de notre armée de métier, notre armée coloniale, souvenirs ou romans vécus, que nous venons de recevoir presque simultanément et qui sont des livres de foi ardente dans l'énergie de notre race.

L'un de ces livres, _En colonne_, par le général Bruneau (1), évoque les fastes algériens d'il y a quarante ans. Les trois autres: _Gens de guerre au Maroc_, par M. Emile Nolly (2); _les Amis de mon ami Fou Than ou les Aventures de six marsouins en Chine_, par M. Léo Byram (3); et _l'Appel des armes_, par M. Ernest Psichari (4), nous disent les gestes héroïques de ce temps, et les sacrifices consentis pour la plus grande France par les jeunes hommes d'aujourd'hui.

Deux générations de soldats surgissent de ces quatre volumes. Elles ne s'opposent pas. Elles se dressent ensemble, avec le même élan, le même regard, la même jeunesse, et le même cri de ralliement.

Les livres, cependant, sont de talents très divers. Les épisodes ne s'y ressemblent pas. Ces soldats de notre race, qui transportent en Afrique et en Asie, dans la défense et la conquête, le meilleur de l'énergie française, ont eu, dans la vie collective des camps, une vie propre et lss plus différentes aventures.

Nous avons déjà fait connaître à nos lecteurs plusieurs des récits du général Bruneau qui est le plus ancien, _l'ancien_, des conteurs militaires dont nous nous occupons aujourd'hui. Le général Bruneau représente la génération doyenne. Il a fait la terrible et néfaste guerre dont il nous a dit les héroïsmes désespérés (5). Puis il a pacifié l'Algérie en révolte, et ce sont ses souvenirs d'Afrique, combats et chasses, qu'il réunit maintenant en un livre charmant d'entrain jeune, de verve pittoresque, et de patriotique confiance. Il conte comme Marbeau, comme Parquin et comme du Barail. Il nous entraîne en gaieté, droit au feu, ou au péril, sous quelque forme qu'il s'offre. Lisez _Johann, le Blocus de Djelfa, le Rallye-Paper, Un raid d'infanterie, le Combat de l'oued Cheref, Entre la vie et la mort._ Vous verrez comme y sont admirablement évoqués, en pleine action, nos Africains d'hier, et vous verrez aussi combien ces Africains d'hier, guerriers ou civilisateurs, ressemblent, par les qualités profondes et brillantes qui font l'âme du soldat français, à nos «Marocains» d'aujourd'hui.

(1) Ed. Calmann-Lévy; 3 fr. 50.--(2) Librairie Plon, 3 fr. 50.--(3) Calmann-Lévy, 3 fr. 50.--(4) Ed. Oudin, 3 fr. 50.--(5) _Récits de guerre_, éditeur Calmann-Lévy. 3 fr. 50.

«Trop longtemps--écrit, à la veille de marcher sur Fez, M. Emile Nolly, l'éloquent et immédiat historien de nos _Gens de guerre au Maroc_--les jeunes hommes de France ont laissé le sabre au fourreau. L'espoir de dégainer enfin les lames claires, d'ouïr la musique ardente des balles, ranime le feu sacré qui couvait sous la cendre: l'instinct guerrier de la race, qu'assoupissaient, depuis l'Année terrible, les sophismes des pacifistes s'éveille et rugit.»

Voilà ce que dit M. Emile Nolly. M. Ernest Psichari va peut-être plus avant encore. Le cas particulier de ce jeune romancier militaire dont le manuscrit est daté de Mauritanie--décembre 1909, novembre 1912--est tout à fait intéressant. M. Ernest Psichari, qui, avant de s'engager dans notre armée coloniale, poursuivit et acheva en Sorbonne de fortes études philosophiques, appartient à cette génération neuve d'intellectuels dont une retentissante enquête de notre confrère _l'Opinion_ nous révéla non point l'existence mais, déjà, l'importance dans l'État. Ces forces jeunes, dégagées des sensibilités déprimantes, libérées du poison de la critique, se sont élancées dans la vie avec un furieux appétit d'idéal. Et par dégoût de cette rhétorique mortelle qui a tout détruit autour d'elle, qui a comme vidé le monde de sa lumière, ces nouveaux venus ont proclamé la nécessité du retour à l'action, l'action brutale, primitive, qui nous rendra l'élan nécessaire pour remonter aux étoiles.

«Beaucoup de Français, constate M. Ernest Psichari, ont ressenti l'ennui de vivre dans un monde trop vieux. «Où trouver, se disaient-ils, une raison d'être? Où trouver une règle, une loi? Où trouver, dans le désordre de la cité, un temple encore debout?» Ils cherchaient, en tâtonnant, une grande pensée. Avec plus de foi, ils seraient entrés au cloître. Mais aujourd'hui les cloîtres servent de musées.»

Reste l'armée, seule traditionnelle, l'armée de métier, l'armée de l'éblouissante Afrique, où l'on apprend la haine du faux, du truqué, de tout «l'écoeurant bavardage des commis-voyageurs de la pensée humaine», et où l'on se sent l'âme plus solennelle en partageant l'extase des Maures devant le ciel. «Traverse la vie en barbare plutôt que de finir en byzantin!», dira ou à peu près le capitaine Nangès à son élève, le soldat Maurice Vincent, un converti de la veille, entraîné dans les sables brûlants de la Mauritanie. Et le jeune homme, ardent à revivre selon les lois de sa race, écrira à sa fiancée: «Il y a des moments où je voudrais mourir sur un champ de bataille tant je suis heureux de vivre.» Il a cessé de jouer Tristan et Yseult. Il marche désormais avec Parsifal.

Telles sont les idées exprimées. Nous ne nous arrêterons point sur le roman lui-même qui tient compte, avec une très juste observation, des réalités de la vie, des défaillances d'âmes, des communes misères humaines. Et il y a aussi des décors, adroitement brossés en exactes couleurs, dans le livre de M. Ernest Psichari et dans celui de M. Emile Nolly, car ces «barbares». pour le fond, sont, pour la forme, des artistes.

Quant à M. Léo Byram dont la sensibilité se fait plus immédiate, plus attentive, plus humaine, il nous fait aimer jusqu'en leurs défauts, jusqu'en leurs erreurs dessinées finement par leur sage ami chinois, Fou Than, ces humbles coloniaux détachés en Asie, dont la vie rude «est si peu favorisée du destin qu'ils estiment une grâce insigne d'échapper à la fièvre ou à la mort».

Ils grognent parfois--par tradition encore--mais ils continuent, d'instinct, à faire figure de héros. Ils sont notre armée de métier, celle qui nous a donné notre Asie et notre Afrique,--car ce ne sont point les milices qui conquièrent ni qui défendent les empires.

ALBÉBIC CAHUET.

Voir, dans _la Petite Illustration_, le compte rendu de _Romieu et Courchamps_, par M. Alfred Marquiset, et des autres livres nouveaux.

LES ECLAIREURS A L'HOTEL DE VILLE

Le 12 mai dernier, alors qu'ils se trouvaient réunis, comme nous l'avons indiqué dans notre dernier numéro, sur le terrain du génie militaire, à Saint-Cyr, les Eclaireurs avaient été invités, par M. Henri Galli, président du Conseil municipal, qui était venu visiter leur campement, à se rendre, le dimanche suivant, à l'Hôtel de Ville.

«Je vous promets, leur avait-il dit, une brillante réception, à laquelle je donnerai un caractère officiel.» Dimanche dernier, en effet, dès 9 heures, 700 boy-scouts, groupés par sections, s'alignaient en bon ordre devant l'Hôtel de Ville, en présence d'une foule sympathique attirée par cette petite mobilisation.

Accompagnés par le président et les dirigeants de l'Association, par leurs moniteurs et les officiers chargés de leur préparation militaire, ils furent introduits dans la grande salle des Fêtes, où M. Henri Galli, M. Aubanel, représentant le préfet de la Seine, M. Laurent, secrétaire général de la préfecture de police, au nom de M. Hennion, M. Poirier de Narçay, au nom du Conseil général de la Seine, et le général Michel, gouverneur de Paris, délégué par le ministre de la Guerre, leur souhaitèrent la bienvenue, en des allocutions très applaudies.

Après une instructive promenade à travers l'Hôtel de Ville, les jeunes gens, avant de partir, défilèrent, drapeau en tête, sur la place, au son de la _Marche de Sambre-et-Meuse_ jouée par la musique militaire du 46e d'infanterie... Ayant été ainsi à l'honneur, nos petits boy-scouts vont maintenant se remettre au travail d'un coeur plus fier, avec plus d'ardeur que jamais.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

MME POINCARÉ A BERCK-SUR-MER

Mme Raymond Poincaré qui consacre à nos institutions charitables toute sa haute et active sollicitude, a visité, lundi dernier, l'hôpital maritime de Berck-sur-Mer où les petits Parisiens tuberculeux envoyés par l'Assistance publique reçoivent des soins attentifs et éclairés, selon les plus récentes lois scientifiques.

Lorsque Mme Poincaré les visita et s'attarda, avec un intérêt ému, auprès des plus atteints, tous les pauvres bébés étaient dans la joie. Chacun d'eux, en effet, tenait dans ses mains un jouet. L'oeuvre du «Jouet gratuit» dont Mme Poincaré est l'une des dirigeantes, avait envoyé 1.500 joujoux à Berck pour fêter la visite de la Présidente aux petits malades.

La visite à l'hôpital maritime dura deux longues heures. Mme Poincaré se rendit ensuite à l'établissement Bouville où l'Assistance publique a logé 200 petits garçons abandonnés et à l'établissement Vincent où, dans les mêmes conditions, sont soignées 200 fillettes. Et, partout, la charitable visiteuse laissa, avec un don généreux, le souvenir charmé de ses maternelles paroles et de sa compatissante émotion.

LA LOCOMOTIVE A NAPHTALINE.

_L'Illustration_ a donné, dans son dernier numéro, une description de la curieuse locomotive à naphtaline essayée récemment au Havre. Une phrase de cette description pourrait faire croire que nous attribuons à M. Brillié la première application de la naphtaline au moteur à explosion. M. Brillié nous écrit que la priorité de l'emploi de ce carburant revient à MM. Lion et Chenier qui, en 1902, équipèrent une voiture fonctionnant au moyen des _boules blanches_. MM. Schneider ont, depuis, repris la question en appliquant de nouveaux principes et en utilisant en particulier la naphtaline _brute_ dont le prix de revient actuel est d'environ 80 francs la tonne. Le prix du cheval-heure ressort ainsi à 5 centimes, prix comparable à celui que donnent les moteurs à vapeur.

Les essais du Havre ont été effectués avec le concours des chemins de fer de l'État qui avaient mis à la disposition de MM. Schneider leur wagon dynamomètre, avec tous ses appareils de mesure. On a pu faire ainsi de très intéressantes constatations, qui serviront de guides pour les nouvelles locomotives actuellement à l'étude.

LES PERTES A LA GUERRE.

Est-il bien exact, comme on l'a dit ici même en se plaçant à un point de vue un peu exclusif, que les pertes à la guerre ne dépendent que du moral des troupes engagées, les troupes de mauvaise qualité ne subissant que des pertes insignifiantes parce qu'elles disparaissent dès que le combat devient sérieux?

Les poltrons auraient tort de s'y fier. Pour que la fuite puisse les sauver, il faut qu'ils deviennent invisibles et que les balles cessent de les atteindre dans le dos à grande distance, comme le font en terrain découvert les projectiles de l'artillerie. Il faut aussi que la cavalerie ennemie ne puisse venir massacrer sans danger les fuyards, comme la fait après Waterloo la cavalerie des coalisés, comme les Gallas l'ont fait de nos jours après Adoua, et comme l'aurait fait, après Moukden, la cavalerie japonaise si elle avait été plus nombreuse et mieux entraînée.

Il faut enfin que la captivité épargne les fuyards, car la captivité elle-même ne sauve point les vaincus. Qu'on se rappelle la garnison d'El Arish se rendant malgré ses chefs et massacrée après la reddition, les régiments de Dupont capitulant à Baylen après des pertes insignifiantes et périssant presque entièrement de misère et de maladie dans la captivité de Cabrera; qu'on se souvienne des pontons de Plymouth et de Portsmouth. Et l'on ne saurait oublier qu'après Sedan des milliers de prisonniers succombèrent au camp de la Misère dans la presqu'île d'Iges, ou périrent en captivité dans les camps où ils avaient été internés.