L'Illustration, No. 3664, 17 Mai 1913
Part 5
Les résultats obtenus n'ont pas été sans surprendre quelque peu les assistants, et les officiers d'artillerie présents ont exprimé le voeu de voir la locomotive Brillié-Hautier du Creusot remplacer bientôt la locomotive réglementaire actuelle dont: la fumée constitue dans les opérations de siège un admirable repère pour les canons de l'ennemi.
La locomotive à explosion a du reste l'avantage de ne pas nécessiter de mise en pression, de ne pas consommer d'eau, de réduire dans la proportion de dix à un le poids du combustible, de supprimer les projections d'escarbilles et enfin de réduire au minimum les chances d'incendie. Dans les régions, comme l'Afrique, où les eaux chlorurées et magnésiennes détruisent si rapidement les chaudières, elle présenterait des avantages incontestables au double point de vue de l'économie et de la régularité de l'exploitation. La verrons-nous un jour remplacer l'antique machine de Stephenson?
L'INDUSTRIE DE L'AVIATION EN 1912.
L'industrie française de l'aviation, qui semble avoir des débouchés restreints, provoque un mouvement d'affaires de plus en plus important, dont on n'aurait pu indiquer le chiffre, sans provoquer le sourire, il y a seulement cinq ou six ans.
D'après le rapport de M. Besançon à la dernière assemblée générale de l'Aéro-Club de France, on avait construit en 1911 un total de 1.350 aéroplanes utilisant une puissance globale de 80.000 chevaux. En 1912, le nombre s'est élevé à 1.425, et l'on prévoit 2.000 appareils nouveaux en 1913.
Si l'on admet une valeur moyenne de 15.000 francs par appareil, ce qui semble pouvoir être considéré comme un minimum, le commerce des aéroplanes construits en 1912 représente donc un chiffre de plus de 28 millions auquel il y a lieu d'ajouter une somme importante, difficile à évaluer, pour les industries accessoires que l'aviation fait vivre autour d'elle. C'est ainsi m'en 1911 et en 1912 les aviateurs ont «consommé» environ 8.000 hélices.
D'autre part, si nous considérons l'ensemble des résultats obtenus, à un an de distance, au point de vue de la vitesse, de la hauteur, de la distance et de la durée sans escale, nous trouvons les chiffres suivants:
Plus grande vitesse: 167 kil. 800 à l'heure, en 1911; et 174 kil. 100 en 1912.
Plus grande hauteur: 3.910 mètres en 1911, et 5.610 mètres en 1912.
Plus grande distance sans escale: 270 kil. 600 en 1911 et 1.010 kil. 900 en 1912.
Plus grande durée sans escale: 2 h. 16' en 1911 et 13 h. 1' en 1912.
Enfin, au cours du dernier exercice, la Commission de l'Aéro-Club a accordé 189 brevets de pilote aviateur.
LES RECETTES DES THÉÂTRES PARISIENS EN 1912.
Il est intéressant de rapprocher le montant des recettes réalisées en 1912 par les théâtres parisiens et par les attractions de divers genres: En voici la liste:
Théâtres subventionnés 10.003.395 Autres théâtres 24.077.339 Cinématographes 6.841.566 Concerts et cafés-concerts 9.458.570 Music-halls 7.441.010 Cirques et attractions diverses 4.719.261 Bals 1.106.406 Concerts artistiques 537.787 Musées, expositions 1.307.656 Total 65.492.990
Les théâtres ayant effectué les plus fortes recettes sont (en chiffres ronds):
Opéra 3.266.000 Opéra-Comique 3.116.000 Théâtre-Français 2.614.000 Variétés 1.802.000 Châtelet 1.684.000 Porte-Saint-Martin 1.609.000 Gymnase 1.421.678 Vaudeville 1.419.000
Le cinéma Gaumont de l'Hippodrome a encaissé 1.421.000 francs, et vient au même rang que le Gymnase et le Vaudeville!
CE QU'IL FAUT DE BALLES POUR TUER UN HOMME.
Le maréchal de Saxe disait jadis que pour tuer un homme il fallait son poids de plomb. En dépit des perfectionnements de l'armement, les choses n'ont guère changé de nos jours; c'est, du moins, ce qui résulte d'une étude de la bataille de Kin Tcheou, faite, récemment par le général Rohne, un spécialiste allemand bien connu.
Dans cette bataille qui précéda les opérations d'investissement de Port-Arthur, les forces russes s'élevaient à 17.500 hommes dont 4.400 seulement furent engagés, tandis que l'effectif japonais comprenait 35.600 hommes. Les Russes perdirent au total 100 officiers et 1.375 soldats; les Japonais 133 officiers et 4.071 soldats.
La consommation des munitions s'éleva à 736.000 cartouches d'infanterie et 7.780 coups de canon pour les Russes, 4.000.000 de cartouches et 40.150 coups de canon pour les Japonais.
En admettant que 18% des pertes ont été causées par l'artillerie et 82% par les balles d'infanterie, on trouve que pour mettre un Russe hors de combat il a fallu environ 151 coups de canon ou 3.300 cartouches d'infanterie, et pour un Japonais 10,5 coups de canon ou 214 cartouches.
En comptant le poids des projectiles de l'artillerie japonaise à 6 kil. 5 et celui des balles de fusil à 10 gr. 5, on voit que, pour atteindre un Russe, il a fallu près de 1.000 kilos d'acier et de plomb sous forme de projectiles d'artillerie ou environ 32 kilos de plomb sous forme de balles d'infanterie.
Le maréchal de Saxe a donc plus raison que jamais, et l'on ne saurait s'étonner de ce résultat, car, contrairement au préjugé vulgaire, le perfectionnement des armes à feu n'a aucune influence sur la grandeur des pertes qu'une troupe peut subir à la guerre. Le pour cent de ces pertes dépend uniquement de la valeur morale de la troupe engagée: si la troupe est bravo, elle subit des pertes considérables, parce qu'elle garce sa position sous le feu; mais si elle ne compte dans ses rangs que des poltrons elle ne subit que des pertes insignifiantes, parce qu'elle tourne le dos et se met à l'abri dès qu'elle a vu tomber quelques hommes dans ses rangs. Il y a, en effet, longtemps que les poltrons ont reconnu qu'à la guerre comme en escrime la meilleure parade est la neuvième, celle qui consiste à... déguerpir.
_LA MACHINE A SOUFFLER LE VERRE._
La machine à souffler le verre a été inventée en Amérique en 1903, mais c'est seulement en ces dernières années qu'elle a révolutionné l'industrie des bouteilles.
En 1906, il existait 8 machines aux États-Unis; il y en avait 36 en 1908. On en compte aujourd'hui 136 qui produisent chacune 111 grosses et demie, soit environ 16.000 bouteilles par journée de vingt-quatre heures. La production totale en 1911 a atteint 3.575.000 grosses.
La main-d'oeuvre a naturellement baissé dans des proportions considérables. Tandis que, de 1900 à 1910, la force motrice employée dans les fabriques de bouteilles augmentait de 40%, l'effectif global du personnel ne s'accroissait que de 7%. Et, au lieu de 10.000 souffleurs en 1905, il n'y en a plus que 7.200 en 1911. Aussi, prévoit-on que, dans peu d'années, cette profession spéciale aura complètement disparu aux États-Unis.
LES BUREAUX DE BIENFAISANCE.
Le nombre des bureaux de bienfaisance relevé en France en 1910 était de 16.623, au lieu de 16.157 en 1909. En 1847, il n'y en avait que 7.599. En 1911, à la suite de la dévolution des biens ecclésiastiques, on a créé 2.300 bureaux nouveaux.
En 1910, 1.182.360 personnes ont été secourues par l'ensemble des bureaux de bienfaisance autres que ceux de Paris. Si on ajoute à ce chiffre le nombre des indigents et des nécessiteux secourus à Paris (100.322) on arrive à un total de 1.282.682 secourus, contre 1.235.091 en 1909 et 1.279.330 en 1908. Par rapport à la population totale de la France, la proportion des personnes secourues est de 325 pour 10.000 habitants, au lieu de 314 en 1909 et de 385 en 1905. La diminution de la population secourue tient d'ailleurs à la mise en application de la loi de 1905 sur l'assistance aux vieillards, infirmes et incurables.
La somme consacrée aux secours en 1910 a été de 24.700.000, ce qui représente une moyenne de 21 francs par individu recouru. Mais les dépenses totales des bureaux ont été de 47 millions et demi; leurs recettes se sont élevées à 52.137.000 francs.
LE TYPE DES RACINES ET LA DISTRIBUTION DES PLANTES.
Les plantes diffèrent beaucoup à l'égard de la structure de leurs racines. Il en est à racine longue, unique, pivotante, qui s'enfonce dans le sol: la carotte par exemple. D'autres ont des racines qui forment une touffe éparpillée en dessous de la tige. Enfin il en est qui ont des racines horizontales, courant à la surface du sol, tout autour de la tige.
La pivotante convient surtout aux plantes vivant dans les sols profonds, où l'humidité se tient dans la profondeur, non à la surface. Par contre, les plantes à racines superficielles sont adaptées aux régions arides où il pleut rarement: ce réseau superficiel permet d'emmagasiner les moindres ondées.
Certaines espèces, toutefois, sont aptes à présenter des types différents de racines, ce qui leur permet de vivre dans des milieux différents. Le _Mesquite_ des États-Unis est dans ce cas. Mais selon son habitat il présente une apparence différente. Là où le sol est humide au fond, il peut envoyer des racines profondes, et il devient arbre. Mais là où les racines sont obligées de rester superficielles, il est tantôt arbre tantôt arbrisseau, alors que là où les racines forment touffe divergente, il se présente comme un arbrisseau.
UN RADIS GÉANT.
Un agronome distingué, M. de Notter, s'occupe depuis quelques années d'acclimater en France le _daïkon géant_, sorte de radis monstrueux originaire du Japon; les résultats obtenus sont fort encourageants.
[Illustrations: Une botte de radis Un radis géant de Paris. du Japon.]
Ce radis pèse couramment 2 kilos. Celui que représente notre photographie a été récolté aux environs de Paris; on voit à côté une botte ordinaire de petits radis prise à la même échelle.
Le daïkon, de goût assez agréable, cru ou cuit, peut constituer, paraît-il, un bon légume et un excellent fourrage. Dans certaines conditions de culture, son rendement devient considérable.
On ne saurait encore se prononcer en parfaite connaissance de cause sur sa valeur pratique sous le climat de Paris. Mais on doit souhaiter que les essaya se multiplient dès que les graines du daïkon se trouveront dans le commerce.
NOTRE REPRÉSENTANT A SCUTARI. En publiant, dans notre dernier numéro, quelques photographies prises au consulat de France à Scutari, pendant et après le bombardement, nous avons, par erreur, donné à M. Krajewski, notre distingué représentant en cette ville, le titre d'«agent consulaire». M. Krajewski est en réalité consul de 1re classe, et, comme tel, appartient à la «carrière»,--au rebours des agents consulaires, qui, souvent, ne sont pas de nationalité française.
SCUTARI REMISE AUX PUISSANCES
_(Voir la gravure de première page.)_
Moralement contraint, et confiant, d'ailleurs, en sa touchante bonne foi, dans l'équité des puissances pour lui faire accorder le prix de tant de sang versé, de tant de vies héroïquement sacrifiées à la patrie, le Monténégro s'est incliné, comme il l'avait dit: Scutari, évacuée par les troupes du prince Danilo, a été occupée mercredi, à 2 heures, par les détachements de marins débarqués des navires des diverses nations qui assuraient le blocus de la côte. Tous les détails de cette substitution de forces avaient été réglés d'avance et formulés dans un protocole signé entre les amiraux de l'escadre internationale et M. Plamenatz, ancien ministre du roi Nicolas à Constantinople, avant la guerre, et actuellement titulaire du portefeuille des Affaires étrangères dans le nouveau cabinet présidé par M. Miouchkovitch,--le ministère Martinovitch ayant démissionné précisément en raison de l'abandon forcé de Scutari.
Les Monténégrins ont, naturellement, été autorisés à enlever du moins le matériel de guerre qu'ils avaient conquis, ainsi que tous les objets appartenant au gouvernement ottoman.
Le détachement international chargé d'assurer la police de Scutari comprend 1.000 hommes: 300 Anglais, 200 Italiens, 200 Austro-Hongrois, 200 Français, 100 Allemands. Des vapeurs fluviaux l'ont conduit par la Bojana jusqu'à Scutari. Au même moment où il pénétrait dans la ville, les troupes monténégrines en sortaient, remontant dans la direction de l'ancienne frontière: le sacrifice était consommé.
LA VISITE DU ROI D'ESPAGNE
_(Voir les gravures, pages 459, 460 et 461.)_
Nous avons pu, dans notre dernier numéro, bien qu'il fût mis sous presse le lendemain de l'arrivée du roi d'Espagne à Paris, signaler par quelques photographies sa réception, le mercredi 7 mai, à la gare du Bois-de-Boulogne, la belle parade militaire donnée le même jour, en son honneur, sur l'esplanade des Invalides, et même la présentation qui lui fut faite, le lendemain, à Fontainebleau, des officiers de notre Ecole d'artillerie. Les images que nous publions aujourd'hui s'ajoutent à celles-là, pour fixer le souvenir de deux des plus impressionnants spectacles qui furent offerts à Alphonse XIII pendant sa trop courte visite.
En outre des petites manoeuvres de cavalerie exécutées, le matin, dans la vallée de la Solle, et des tirs réels d'artillerie dirigés, au Polygone, contre un village figuré en charpente, le programme de la journée de Fontainebleau comprenait, après le déjeuner au château, un carrousel organisé dans la «carrière» de Moret, vaste piste rectangulaire, sur un côté de laquelle une tribune avait été dressée pour le souverain, le président de la République et les invités officiels. Ils assistèrent, de là, aux brillants exercices de nos cavaliers du 7e dragons, aux jeux équestres, d'une précision parfaite, des écuyers de Saumur, enfin à l'entrée foudroyante des deux mitrailleuses du 7e dragons, virant à une allure vertigineuse, s'arrêtant brusquement, en pleine vitesse, pour prendre position et se mettre en batterie, puis repartant avec la même promptitude...
Le lendemain, Alphonse XIII, avant de prendre, à Jouy-en-Josas, le train qui devait le ramener en Espagne, se rendait en automobile à Bue, pour y passer la revue de quatre-vingt-seize aéroplanes, militaires et civils, magnifique témoignage de notre maîtrise de l'air et voir évoluer deux dirigeables venus de Saint-Cyr, le _Commandant-Coutelle_ et le _Temps_. Conduit auprès des appareils rangés en ligne par le général Hirschauer et par M. Robert Esnault-Pelterie, président de la Chambre syndicale des industries aéronautiques, le roi s'attarda à cette inspection, interrogeant avec sa bonne grâce coutumière les pilotes et les constructeurs. Puis ce fut l'émouvante envolée des grands oiseaux, bondissant tour à tour du sol, et sillonnant l'espace, bientôt tout entier occupé par leurs ailes... Ainsi s'acheva, sur une apothéose de l'aviation française, le séjour en France du roi d'Espagne.
A LA MÉMOIRE DE CATULLE MENDÈS
Un beau monument, oeuvre d'Auguste Maillard et de Fernand Desmoulin, marquera désormais, au cimetière Montparnasse, la place où repose Catulle Mendès. Sur un sobre piédestal, d'harmonieuses proportions, se dresse, entre deux cyprès funéraires, le buste du célèbre écrivain, dominant les tombes d'alentour. Une simple inscription, portant les deux dates extrêmes de sa vie, le signale au passant: «A Catulle Mendès--1841-1909.»
C'est dimanche matin, 18 mai, qu'aura lieu la cérémonie d'inauguration, en présence de M. Léon Bérard, sous-secrétaire d'État aux Beaux-Arts. Les grandes associations littéraires doivent s'y faire représenter, et des discours seront prononcés par M. S.-Ch. Leconte au nom des Poètes français, par Mme Daniel Lesueur au nom des Gens de lettres, par M. Adolphe Brisson au nom de la Critique, et par M. Robert de Fiers au nom des Auteurs dramatiques, par M. Courteline au nom des amis personnels de l'écrivain, enfin par M. Edmond Rostand, au nom du Comité du monument, dont il est le président depuis la mort de Léon Dierx. Ainsi la mémoire de Catulle Mendès sera magnifiquement exaltée.
LES FÊTES FÉLIBRÉENNES
Lundi dernier, dans l'antique capitale provençale, la cité d'Aix, que, pour son calme majestueux et ses vieux hôtels des dix-septième et dix-huitième siècles, on appela «la Versailles du roi René», les poètes assemblés en cour d'amour aux États de Provence, présidés par Frédéric Mistral, ont procédé, comme tous les sept ans, à l'élection de leur nouvelle reine.
De toutes les régions où le Félibrige étend son influence intellectuelle et morale, les félibres étaient accourus: du Languedoc, du Béarn, de Catalogne, du Velay, d'Auvergne, du Comtat, de Gascogne. Par un bien charmant privilège, ce fut le lauréat des Jeux Floraux pour 1913, un jeune poète de vingt-quatre ans, M. Bruno-Durand, qui désigna la nouvelle reine du Félibrige, Mlle Marguerite Priolo, une délicieuse jeune fille, déjà reine régionale du Limousin.
La jolie souveraine qui succède pour une période de sept ans à Mlle Magali de Baroncelli-Javon, est la fille du docteur Priolo, de Brive, le plus aimable des Mécènes d'oc, et sa mère était encore, naguère, elle-même, la reine des félibres limousins sur lesquels elle exerça, pendant plus de quinze ans, la plus gracieuse royauté et qui ne lui permirent d'abdiquer le sceptre qu'à la condition de le transmettre à sa fille.
LES THEATRES
Un succès triomphal a salué la première représentation, au Théâtre des Champs-Elysées, de Pénélope, poème lyrique en trois actes, de M. Gabriel Fauré. Sur un livret de M. René Fauchois, aux vers clairs, imagés et sonores, adroitement tiré de la légende homérique, le compositeur a écrit une partition d'une simplicité, d'une grandeur profondément émouvantes. Cette oeuvre, ce chef-d'oeuvre--on peut le dire sans exagération--que le public d'hier a reconnu dans un superbe élan d'enthousiasme, marquera une date glorieuse dans la production musicale contemporaine. L'interprétation est digne des plus grands éloges. Des protagonistes aux figurants, depuis les musiciens jusqu'aux décorateurs, tous ont fait merveille. Mlle Bréval (Pénélope) et M. Muratore (Ulysse) ont été l'objet d'acclamations et de rappels sans nombre.
La Comédie des Champs-Elysées vient de représenter une pièce nouvelle d'un jeune auteur M. Edmond Fleg,--sur qui l'attention des critiques avait été attirée, il y a trois ans, au théâtre Antoine, par une pièce assez scabreuse, _la Bête_. Cette nouvelle comédie, _le Trouble-Fête_, nous montre l'embarras et le trouble que peut apporter, chez de jeunes époux amoureux, l'arrivée du premier bébé; la jeune femme, bouleversée et émerveillée par sa maternité, négligera le mari qui se laissera glisser vers quelque aventure, et quand, le bébé ayant grandi, la jeune mère a la faculté de redevenir l'amoureuse épouse, alors c'est le mari qui, fier de son garçonnet, se préoccupe surtout de ses responsabilités de père; et tout cela est indiqué en traits simples mais fins, en nuances variées et délicates, qui ont beaucoup plu: M. Louis Gauthier et Mlle Gladys-Maxhance ont interprété à ravir les deux principaux rôles de cette jolie pièce.
Le spectacle est complété par un acte de M. Tristan Bernard, _la Gloire ambulancière_, qui est un petit chef-d'oeuvre de comédie bourgeoise. Nous y voyons, caricaturés avec l'esprit le plus clairvoyant et le plus indulgent, tous les petits travers, toutes les petites passions, tous les petits ridicules qui peuvent agiter les divers membres d'une famille autour d'un des leurs atteint d'une maladie qui ne présente d'ailleurs aucune gravité. Une interprétation, qui réunit les noms de MM. Dumény, Beaulieu, et de Mmes Juliette Darcourt, Fonteney, Miller, se fait applaudir dans _la Gloire ambulancière_.
_Les Berceuses_--trois actes de MM. Pierre Veber et Michel Provins, qui connurent déjà le succès--viennent de reparaître sur la scène du théâtre Michel. Conduites avec une verve experte, les aventures du professeur Raphaël, si aimablement «bercé» par celles qui veillent sur son bonheur, sinon sur son repos, ont diverti comme au premier jour. Le spectacle est complété par deux amusantes petites pièces: _Doux Propos_, de MM. Gerbault et d'Avrecourt, et l'_Ingénieux Prétexte_, de MM. Missoffe et Saint-Arnould.
Au théâtre Réjane, une «saison d'opérette italienne» a été inaugurée, la semaine dernière, par _la Petite Reine des roses_, dont l'auteur de _Paillasse_, M. Leoncavallo, écrivit la musique, sur un livret de M. Forzano, adapté par MM. Claude Berton et Marcel.
Les triomphants auteurs du _Mariage de Mlle Beulemans_, MM. Fonson et Wicheler, ont eu, mieux que des imitateurs, des continuateurs en la personne de MM. Tricot et Wappers qui ont, avec les personnages du _Mariage_, et en leur conservant soigneusement l'accent, composé _le Divorce de Mlle Beulemans_, joué d'abord à Bruxelles, comme il convenait, et repris, ces jours derniers, au petit «Nouveau Théâtre» de la rue Fontaine.
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