L'Illustration, No. 3664, 17 Mai 1913
Part 3
L'immense domaine était admirablement choisi pour servir d'emplacement à une usine qui serait avant longtemps la plus grande fabrique de pulpe et de papier du monde. Bondissant de cascades en cascades, le fleuve des Exploits offrait une mine inépuisable de «houille blanche», et ce fut par la mise en valeur de ce réservoir de forces naturelles que débuta la grandiose entreprise: une digue de 466 mètres de long, haute de 8 mètres, épaisse également de 8 mètres à la base, barra bientôt le lit du fleuve, constituant au-dessus des premières cascades un immense bassin capable d'alimenter en toutes saisons deux conduites gigantesques, deux formidables tubes d'acier de 717 mètres de longueur et 5 mètres de diamètre.
Quatre ans après la prise de possession de ces forêts vierges, lord Northcliffe pouvait inaugurer, en présence du gouverneur de Terre-Neuve, cette merveille de l'industrie qu'est Grand-Falls, avec ses machines qui dévorent chaque jour _cinquante mille arbres_ pour les transformer en pâte à papier. En même temps que l'usine colossale, une ville avait surgi du sol, ville d'ingénieurs et d'ouvriers qui comptait dès sa naissance trois mille âmes, cinq églises, deux écoles, un hôpital, un théâtre, une maison commune, un hôtel et un club. Et, miracle d'activité, une voie ferrée, longue de 33 kilomètres, la reliait déjà à Botwood, le port maritime le plus rapproché, où des quais attendaient les navires qui viendraient bientôt charger leurs premières cargaisons de pulpe et de papier.
Sans exposer ici la technique de ce dernier-né de la grande industrie qu'est la fabrique de la pulpe de bois, contentons-nous de commenter notre série de photographies qui reconstitue pittoresquement la transformation du sapin en papier à journaux, telle qu'elle se déroule, d'un bout de l'année à l'autre, dans le domaine de Terre-Neuve.
Répartis par campement, les bûcherons commencent par tailler un chemin à travers la forêt entre la coupe et la nappe d'eau (lac ou rivière) la plus rapprochée. Tous les arbres d'une certaine grosseur sont abattus et dépouillés de leurs branches. L'abatage est conduit scientifiquement, d'après des méthodes qui découlent des enseignements des meilleures écoles forestières d'Europe: les troncs abattus sont immédiatement remplacés par de jeunes plants, si bien que l'exploitation du domaine de Grand-Falls, loin d'être une oeuvre de dévastation, a pour résultat indirect d'embellir les forêts en y laissant pénétrer plus d'air et de lumière et en favorisant ainsi la croissance des arbres épargnés. Dès que la première neige de l'hiver a nivelé les chemins, des attelages de chevaux traînent les troncs jusqu'à l'entrepôt fluvial. On les y entasse par piles énormes, en attendant le printemps et le dégel. Puis, quand la débâcle a rendu la vie aux torrents, on provoque l'écroulement de ces piles, et c'est par milliers que le courant entraîne les arbres à travers rapides et cascades jusque dans les eaux du fleuve des Exploits, où ces milliers se comptent désormais par millions.
Les troncs forment alors une île flottante qu'il s'agit de conduire aux abords du moulin, situé à une distance qui peut atteindre 100 kilomètres, en raison des innombrables boucles du fleuve. Une équipe de vingt à vingt-cinq hommes, montée dans une grande pirogue appelée du nom indien de _wanagan_, suit de près cette masse mouvante, la pousse et la conduit comme des bergers font d'un troupeau; et c'est un spectacle émotionnant et pittoresque que de voir ces rudes Terre-Neuviens, chaussés de leurs hautes bottes aux semelles souples, bondir d'épave en épave pour ramener dans le courant les troncs réfugiés au fond d'une anse aux eaux tranquilles.
Parfois, l'heure tourne au tragique, quand les troncs d'avant-garde s'accrochent aux arêtes d'une roche et résistent à la poussée des troncs suivants. En un clin d'oeil une barricade, dont la hauteur et l'épaisseur augmentent de seconde en seconde, se dresse en travers du lit, dans un grondement formidable. Au péril de leur vie, les hommes se précipitent à l'assaut de la barrière, s'efforcent, à coups de maillets, de dégager les premiers troncs, et ont tout juste le temps de se garer de la meurtrière avalanche, quand la palissade s'écroule enfin par-dessus les rochers qui lui servaient de fondations.
Parvenus au terme de leur long voyage, les troncs viennent s'accumuler par millions dans le bassin naturel de Rushy-Pond, situé à 4 kilomètres de l'usine. Un assemblage de chaînes, appelé _boom_, arrête leur élan et ne laisse passer que les quantités requises. Entraînés par le courant, les arbres viennent s'échouer sur une plate-forme roulante qui les convoie vers la scierie _(slasher)_ où des scies circulaires les sectionnent en tronçons de 0 m. 80. Ceux-ci tombent sur un plan incliné qui, par l'intermédiaire d'une chaîne sans fin, les dirige vers une autre salle où des machines les dépouillent de leur écorce. Un triage permet d'écarter les tronçons de mauvaise qualité, qu'un convoyeur mécanique emporte vers les chaufferies; les autres sont dirigés vers la salle de broyage où vingt-quatre machines les réduisent en pulpe, à l'aide de meules de pierre qui font 200 tours par minute.
CINQUANTE MILLE TRONCS DE SAPIN TRANSFORMÉS CHAQUE JOUR EN PAPIER
La pulpe, qui présente alors la consistance et la couleur d'une bouillie d'avoine, est déversée sur une immense feuille de tôle percée d'une multitude de petits trous qui retiennent les fibres échappées au broyage. Elle passe par différents tamis, qui achèvent de l'épurer, avant de s'acheminer vers les presses, par l'intermédiaire d'une large bande de feutres sans fin. Dès qu'elle a passé entre les deux premiers rouleaux elle perd sa fluidité, prend la consistance d'une épaisse feuille de buvard, et forme bientôt une bande continue, large de 2 mètres environ. Des couteaux la découpent à la longueur voulue; on plie la bande ainsi obtenue comme on ferait d'un drap, et, après avoir intercalé des paillassons en fils métalliques, on soumet une certaine quantité de pâte à l'action d'une presse hydraulique. La pression, qui est de 300 tonnes, expulse assez d'eau pour que la matière prenne la consistance désirée, et, empaquetée par balles, elle est prête pour l'exportation. Chargée sur le train qui pénètre au coeur même de l'usine, elle est convoyée à Botwood, d'où l'un des deux navires attachés à l'entreprise la transporte en Angleterre, à Gravesend, où les Imperial Paper Mills, papeterie modèle fondée, elle aussi, par lord Northcliffe, la transforment en papier, à raison de 1.000 tonnes par semaine.
A Grand-Falls même, une partie de la pulpe est employée directement à la fabrication du papier à journaux. Après une série d'opérations qu'il serait trop long de décrire ici, la pâte, finement broyée et convenablement épurée, présente l'aspect et la consistance de l'eau de savon; en réalité, la matière fibreuse est diluée dans une eau abondante qu'il s'agit d'éliminer rapidement afin d'obtenir la cohésion des éléments solides tenus en suspension. La transformation du _liquide_ en _solide_ s'opère instantanément au bas d'un plan incliné constitué par une toile métallique, et de l'eau, absorbée à travers les mailles, se dégage une feuille de papier continue, large de 4 mètres, qui se précipite à travers un labyrinthe de rouleaux compresseurs et de cylindres sécheurs à la vitesse de 190 mètres par minute pour s'enrouler finalement sur des mandrins et former d'énormes bobines qui dévideront leurs 8.500 mètres de papier sous les presses de l'imprimeur.
Devenu son propre fournisseur de papier avec le fonctionnement des usines de Grand-Falls et de Gravesend, lord Northcliffe a complété son oeuvre: l'une de ses sociétés, l'Amalgamated Press, qui dépensait à elle seule 350.000 francs par an pour son encre d'imprimerie, a fondé une compagnie filiale qui se consacre exclusivement à la fabrication de ce produit.
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Les faits et les chiffres que nous avons cités au cours de cette rapide étude suffiraient à montrer qu'il n'existe pas dans le monde une entreprise comparable à celle dont le «Napoléon du journalisme» régit les destinées. L'Amérique elle-même, hantée comme elle l'est de la manie du colossal, n'a rien produit d'approchant, dans le domaine du journalisme. Avec ses _soixante_ journaux qui représentent un capital de plus de _deux cent cinquante millions de francs_, qui distribuent chaque semaine _vingt-cinq millions d'exemplaires_, et qui emploient une armée de plus de _vingt mille personnes_, lord Northcliffe s'est fait dans le monde, au point de vue industriel, une place unique.
En étudiant son oeuvre gigantesque sous un autre angle, nous sommes amené à constater que personne ne saurait lui être comparé, dans le monde entier, au point de vue de l'influence. Inspirateur des plus puissants journaux de langue anglaise, son influence s'exerce dans tous les domaines de l'intelligence; elle façonne, dirige et domine l'opinion publique au delà même des frontières du Royaume-Uni. Nous autres, Français, ne pouvons qu'acclamer cette formidable influence: ami personnel du roi Edouard, lord Northcliffe fut, après le regretté souverain, le plus puissant facteur de l'entente cordiale, et ce furent encore ses journaux qui dénoncèrent avec le plus d'énergie et d'opiniâtreté le péril national que constituaient pour l'Angleterre les ambitions et les armements de l'Allemagne. Si les peuples de langue anglaise sont devenus francophiles, c'est à lui que nous sommes, en grande partie, redevables de cette heureuse métamorphose.
La chance, qui suffit parfois à expliquer le succès, n'a joué qu'un rôle médiocre dans cette étonnante carrière; lord Northcliffe, prototype du _self-made man_, l'a édifiée pierre à pierre, en donnant comme assises à sa géniale conception du journalisme moderne ces deux qualités que l'on retrouve toujours chez les grands hommes: l'endurance mentale, l'art de découvrir et de retenir de bons lieutenants. Parvenu, comme il l'est, au faîte de la puissance et de la fortune, il ne manque jamais, chaque matin--qu'il soit à Londres ou à Paris--de se faire lire d'un bout à l'autre ses journaux quotidiens, le _Times_, le _Daily Mail_, le _Daily Mirror_, etc., et de dicter ses critiques, ses éloges et ses conseils. Quant à sa connaissance des hommes, à ce flair merveilleux qui lui permet de déterrer le talent où qu'il se trouve caché, nous ne citerons qu'un trait.
Visitant un jour les bureaux du _Daily Mail_, à Londres, mon attention fut attirée par une espèce de tronc disposé dans le vestibule d'entrée. Une affiche invitait tous les collaborateurs de la maison (rédacteurs, employés, ouvriers) à soumettre à la direction, sous forme de notes qu'ils déposeraient dans cette boîte, toute idée qui leur paraîtrait neuve et pratique; le dépouillement avait lieu chaque semaine, et les signataires des cinq lettres les plus intéressantes recevaient chacun une prime d'une guinée (26 francs). Ce fut grâce à cette boîte magique que d'humbles reporters se signalèrent à l'attention du _Chief_,--u patron, dirions-nous. Et qui ne s'efforcerait de mériter cette attention, en une maison où des rédacteurs peuvent ambitionner des appointements annuels de plus de 5.000 livres sterling, soit plus de 125.000 francs! Lord Northcliffe ne se contente pas de découvrir des hommes: il sait les retenir.
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Ferons-nous remarquer en terminant que ce grand ami de la France est _presque_ une personnalité française? Son édition, continentale du _Daily Mail_, dirigée par le brillant penseur qu'est M. Ralph Lane, avec l'active collaboration d'un jeune Irlandais de grand avenir, M. Cliff Disney, est imprimée et publiée à Paris; et c'est dans une note sincèrement francophile que sont rédigées ses informations avant de se répandre parmi sa clientèle d'élite.
Lord Northcliffe séjourne souvent parmi nous, et peu de personnes connaissent aussi bien que lui notre pays, qu'il a parcouru dans tous les sens. Jamais il n'a laissé échapper une occasion de proclamer son admiration pour le génie de notre race, de montrer ce que l'art et la science doivent à la France, et d'affirmer sa confiance en nos destinées.
En mars dernier, au lendemain du jour où l'Allemagne annonça l'augmentation de son armée, un de nos amis, qui venait d'assister à une conversation à laquelle avait pris part le directeur du _Times_, nous rapporta un propos significatif. Comme on demandait à lord Northcliffe quelle serait, selon lui, l'issue d'une guerre internationale, il déclara, en faisant allusion à la puissance militaire de nos voisins de l'Est:
--Je crois qu'une pareille guerre procurera au monde une surprise au moins égale à celle que lui valut la guerre de 1870!
Et pour ajouter aussitôt, en souriant:
--Mais j'espère bien que la prompte riposte que la France a faite aux provocations d'outre-Rhin en adoptant le «service de trois ans» démontrera à ces bons commerçants allemands l'exactitude du principe que Norman Angell a développé dans _la Grande Illusion_, à savoir que la guerre est toujours une mauvaise affaire!
Mais nous voilà loin de notre sujet et de Terre-Neuve! Rebroussons chemin pour constater qu'un avenir illimité attend l'entreprise gigantesque qu'est la papeterie de Grand-Falls. La marche ascendante du _Daily Mail_, du _Daily Mirror_, et des autres journaux qu'elle alimente, rend déjà insuffisant son rendement mensuel de 5.000 tonnes de papier et de 4.000 tonnes de pulpe de bois; et le jour approche où ce monstre industriel exigera ses cent mille arbres par vingt-quatre heures, au lieu des cinquante mille qui calment actuellement son appétit de Gargantua!
V. FORBIN.
LE PROJECTEUR ÉLECTRIQUE LÉGER DE CAMPAGNE
Jusqu'ici, nous n'avions en France que de gros projecteurs, les uns fixes employés dans les places fortes et les forts, les autres portés par des voitures automobiles photo-électriques et destinés à la guerre de siège ou à la lutte d'artillerie.
Or, l'Italie avait déjà employé des projecteurs légers de campagne l'année dernière en Tripolitaine; l'Autriche a constitué des sections de ces appareils; les États balkaniques les ont utilisés en Macédoine et en Thrace et la nouvelle loi militaire allemande prévoit l'organisation de 26 sections de projecteurs électriques légers de campagne.
Certes, l'importance de l'emploi d'un appareil léger pour le combat rapproché pour le feu d'infanterie n'avait pas échappé à notre commandement, mais les dépenses budgétaires, la difficulté de réaliser un matériel pratique et les enseignements parfois contradictoires des guerres récentes imposaient la prudence.
Depuis trois ans, le commandant de Lavenne de Choulot, du 143e d'infanterie, cherche à appeler l'attention sur cette question. Il a présenté successivement deux projecteurs légers pour être utilisés au Maroc. Dans l'Afrique du Nord, la transparence de l'air augmente le pouvoir éclairant et permet d'employer un calibre moins fort que sur le continent; en outre du grand effet moral qu'il produit sur les indigènes, le faisceau lumineux du projecteur permet de découvrir un groupe ennemi à partir de 1.000 mètres et un homme seul à 700 mètres, on devine quel concours précieux il apporte au fusil, à la mitrailleuse et même au canon, il diminue les chances de surprises et contribue au repos du soldat au camp. Il peut aussi rendre des services pour les communications optiques et faciliter l'atterrissage des aviateurs pendant la nuit.
En collaboration avec le capitaine Penchenier, du parc d'artillerie d'Oran, le commandant de Choulot a présenté un troisième modèle qui fut reçu par la section technique d'artillerie. M. Millerand, alors ministre de la Guerre, mit à la disposition du général Alix, commandant des troupes du Maroc oriental, une section mixte de projecteurs légers qui comprend deux postes photo-électriques, un à dos de mulets et l'autre sur charrette marocaine.
Chaque poste se compose d'un projecteur rappelant ceux de nos torpilleurs, mais bien plus léger, d'un groupe électrogène démontable, de divers accessoires indispensables dans un pays dénué de ressources comme l'Afrique du Nord, et le combustible pour cinquante heures d'éclairage.
Les premières expériences ont eu lieu à la fin du mois de mars avec le groupement mobile du général Girardot dans la plaine de Marhouf au nord de la Gada de Debdou et ont donné pleine satisfaction; elles vont être continuées sous peu dans le Maroc occidental où M. Etienne, ministre de la Guerre, a décidé d'envoyer à bref délai quatre appareils du système du commandant de Choulot.
Les nouvelles des derniers engagements des troupes du général Alix dans la région de la Moulouya nous apprennent que les projecteurs légers y furent utilisés avec fruits. Au cours d'un des combats du mois dernier, notamment dans la nuit du 9 au 10 avril, à Nekhila, un des projecteurs, installé à l'angle sud du bivouac, près des tentes du 1er régiment étranger, fut exposé de 0 heures à minuit 15 aux tirailleries des Marocains; il permit de les découvrir aux moyennes distances de tir (600 m.), et lorsque, plus tard, ils se furent glissés dans un ravin d'où ils pouvaient se jeter sur le camp. Les Marocains surpris et furieux de ne pouvoir sortir sans être exposés aux feux des défenseurs, couvrirent de balles l'abri du projecteur, sans atteindre ce dernier.
Le lendemain, on ramassait sur le sol, en avant du camp, des douilles de cartouches modernes, des papiers de paquets de cartouches françaises volées ou emportées par des indigènes déserteurs et des balles à chemise de cuivre, et des cartouches de Mauser espagnol.
UN NOUVEAU CADRAN DE 24 HEURES
Depuis que l'administration française compte de 1 à 24 les heures de la journée complète, on cherche un moyen pratique de faire figurer la nouvelle notation sur les cadrans des horloges. On pourrait, évidemment, adopter un cadran divisé en 24 heures; mais cette solution, qui est probablement celle de l'avenir, exige une transformation complète des mouvements d'horlogerie; on s'est donc contenté jusqu'ici d'inscrire sous chaque heure des cadrans actuels l'heure correspondant à la nouvelle formule entre midi et minuit.
Cet expédient est jugé insuffisant. La réforme horaire présente d'incontestables avantages; et point n'est besoin d'être grand calculateur pour établir instantanément la concordance entre les deux notations: en retranchant 12 de 14, de 17, de 21, etc., on connaît l'heure d'après l'ancien style. Mais la majorité du public trouve l'opération fastidieuse. Aussi, les diverses administrations en général, et les Compagnies de chemins de fer en particulier, cherchaient une combinaison de nature à faciliter l'éducation du public en imposant à son regard et à son cerveau la notation nouvelle à l'exclusion de l'ancienne.
Un mécanicien bordelais vient de résoudre le problème d'une façon tellement simple que chacun de nous sera stupéfait de n'avoir pas eu depuis longtemps la même idée. M. G. Blanchard applique aux horloges un système analogue à celui qui fonctionne sur les compteurs de taxis.
Le cadran extérieur où se meuvent les aiguilles est fixe et percé de 12 fenêtres. Sous ce cadran, un autre cadran mobile porte les 24 heures inscrites dans cet ordre: 1 13 2 14 3 15 4 16, etc., 12 0.
On comprend dès lors ce qui va se passer. A travers les fenêtres du cadran extérieur, on lit d'abord les 12 premières heures de la journée; à midi précis, un déclanchement automatique se produit, le cadran mobile pivote de quelques millimètres ou de quelques centimètres, selon la circonférence du cadran, et on voit apparaître les heures comptées de 12 à 23. A minuit, un déclanchement en sens inverse ramène le cadran des heures à la première position.
Ce système ingénieux présente l'avantage de pouvoir s'adapter aux horloges existantes, sans changer le mouvement et moyennant une dépense minime.
Grâce à l'initiative de notre confrère de _la Petite Gironde_, M. Maurice Desbans, l'invention présentée à l'administration des Postes et aux Compagnies de chemins de fer, a été accueillie comme elle le méritait. Des expériences publiques vont être faites dans plusieurs bureaux de poste de Paris et de Bordeaux, et sur les chemins de fer de l'État.
Sous peu de jours, les Parisiens pourront, à midi précis, voir s'opérer le changement d'heures aux grands cadrans de la gare Saint-Lazare.
LE NOUVEAU MANTEAU DES OFFICIERS