L'Illustration, No. 3663, 10 Mai 1913
Part 5
Ceux de Ponteilles! Car nous n'avons pas, il faut bien le dire, songé un seul moment, ni, sans doute, M. Mirbeau lui-même, que l'humanité de Ponteilles était toute l'humanité. Mais nous n'en sommes pas moins ravis, d'avoir été conviés par Dingo à nous mirer dans les mares de Ponteilles, car, pour nous y être vus un moment, nous les hommes, si laids, tellement difformes et à ce point infâmes, nous éprouvons, quand c'est fini, cette même impression heureuse que l'on ressent après que cesse l'obsession caricaturale d'un miroir en creux ou en bosse placé devant notre visage. Nous nous savons plus beaux,--et meilleurs.
ALBÉRIC CAHUET.
Voir, dans _La Petite Illustration_, le compte rendu des autres livres nouveaux.
LES THÉÂTRES
_Cyrano de Bergerac_, poursuivant son éblouissante carrière, vient d'atteindre sa millième représentation sur cette même scène de la Porte-Saint-Martin, d'où il s'élança il y a quinze ans vers la gloire. A cette occasion, les directeurs de ce théâtre et l'auteur ont offert au public parisien une représentation gratuite de ce chef-d'oeuvre. On imagine aisément quels enthousiastes applaudissements les ont récompensés de ce geste généreux. M. Edmond Rostand, dans une pensée délicate, voulant associer à son triomphe l'inoubliable Coquelin aîné, avait, la veille, en pleine représentation, fait adresser à la mémoire du créateur du rôle de Cyrano, par M. Le Bargy, qui lui succède, un salut profondément émouvant. Les spectateurs privilégiés de cette commémoration touchante ont uni, dans une ovation spontanée, le nom du grand artiste disparu a celui du glorieux auteur qui lui fit rendre ce public hommage par l'admirable Cyrano d'aujourd'hui.
La Comédie-Française a enrichi son répertoire de pièces en un acte d'une délicieuse petite comédie de MM. Robert de Flers et G.-A. de Caillavet, _Venise_, et elle a monté _Riquet à la Houppe_, une des comédies de Théodore de Banville où s'affirment le plus brillamment les prestigieux dons poétiques, et la souplesse verbale, l'incessante fantaisie, l'esprit toujours jaillissant de ce roi du Parnasse. On a fait fête à l'une et à l'autre de ces oeuvres, jouées à ravir, la première par Mlle Leconte et MM. Numa et Le Roy, la seconde par Mmes Lara, Delvair, Robinne, Bovy et MM. Berr, Brunot, Croué.
_Panurge_, représenté à la Gaîté-Lyrique, est la dernière partition écrite pour la scène par Massenet. Dans cet opéra-comique, vivant, joyeux et pittoresque, le compositeur regretté semble avoir voulu renouveler sa manière. Tour à tour allègre, comique, amoureuse, sentimentale, sa musique charme et émeut. Le livret, d'une tenue très littéraire, est dû à la collaboration de MM. Georges Spitzmuller et Maurice Boukay. Le succès de cette oeuvre a été vif. Il convient d'y associer les excellents artistes qui l'interprètent: Mlles Lucy Arbel et Doria, MM. Vanni, Marcoux, Gilly, Martinelly.
A l'Odéon, M. André Antoine a eu l'ingénieuse idée de présenter l'_Esther_ de Racine dans une mise en scène inspirée des tapisseries de Troy. Les artistes, revêtus de costumes dessinés par M. Ibels, reproduisaient les attitudes des personnages imaginés par le célèbre peintre, et le décor, dû à M. Paquereau, était une copie fidèle de celui qu'il composa. La musique de Jean-Baptiste Moreau accompagnait les choeurs.
D'un roman qu'il avait publié dans le Figaro sous le titre _l'Ile fantôme_, M. Charles Esquier, ex-pensionnaire de la Comédie-Française, a tiré une pièce, _l'Entraîneuse_, jouée avec succès à Bruxelles et reprise ces jours derniers au théâtre Antoine. Un musicien, pauvre et méconnu, mais encouragé, soutenu, «entraîné» par sa femme, aimante et dévouée, n'arrive finalement à faire représenter sa première oeuvre et ne parvient par là à la fortune, à la célébrité, qu'au prix d'un douloureux sacrifice de sa compagne, sacrifice dont elle double la valeur en le tenant secret même lorsque, après le triomphe, son mari la délaisse et la trahit. On a applaudi cette pièce qui nous présente une étude, très scéniquement composée, d'un intérieur d'artistes; on a beaucoup applaudi aussi les interprètes, au premier rang desquels il faut citer Mlle Margel, d'une sincérité ardente et pathétique et dont la renommée s'accroît légitimement à chaque nouvelle apparition, et un débutant--du moins à Paris--M. Francen, auquel son jeu sobre, vigoureux et juste, peut faire prédire à coup sûr le plus bel avenir.
Au théâtre Michel, _Manche Câline_, la comédie de M. Pierre Frondaie, est accompagnée hormis quelques jours d'une fantaisie, _Pas davantage_, de M. Nozière, tout à fait dans le ton voluptueux et sentimental, galant et badin, que le spirituel auteur a transposé du dix-huitième siècle (même quand il s'agit du Second Empire, comme c'est ici le cas) en l'adaptant au goût moderne; une musique facile et d'ailleurs agréable, de M. Marcel Lattès, accompagne cette jolie fantaisie.
Le théâtre Sarah-Bernhardt a fait une reprise du _Bossu_, pièce qui fut, il y a juste un demi-siècle, tirée du roman de Paul Féval par l'auteur lui-même, aidé du dramaturge Anicet Bourgeois; c'est un mélodrame historique attendrissant et divertissant, l'un des modèles de ce genre qui fit fortune de 1850 à 1865. Dans le rôle de Lagardère, créé par le fameux Mélingue, M. Joubé déploie la fougue qui convient au chevaleresque et romanesque héros.
La Société des Escholiers, présidée par M. Auguste Rondel, nous a donné un intéressant spectacle composé de deux petites comédies la _Bonne École_, de M. Jean Hermel, et _Ainsi soit-il_, de MM. Gallo et Martin-Valdour, et d'un ouvrage plus important de M. François de Nion, _l'État second_; c'est l'exposé curieux, étonnant, d'un cas d'hypnose assez rare et exceptionnel, mais traité avec une ingéniosité et une sobriété dramatiques qui ont valu à l'auteur de sincères applaudissements.
M. Octave Bernard fait représenter en ce moment, au Théâtre Nouveau de Belleville, _Mirka la Brune_, soeur cadette des _Deux Orphelines_ et de _la Porteuse de pain_. Le public populaire a paru s'intéresser à ce drame où, après bien des péripéties émouvantes ou comiques, les méchants sont punis et les justes récompensés.
Avec les premiers jours de mai, les Folies-Marigny ont ouvert leurs portes aux Champs-Elysées sur _la Revue de Marigny_ de MM. Michel Carré et André Borde, où défilent, selon l'usage, dans des décors somptueux, et en costumes pittoresques et variés, d'innombrables virtuoses de la comédie, du chant et de la danse,--et il en est même, comme miss Campton, qui cumulent et sont à la fois comédiennes, chanteuses et danseuses.
DOCUMENTS et INFORMATIONS
LE TÉLÉPHONE INTENSIF.
La netteté des transmissions téléphoniques est fort irrégulière; elle dépend en grande partie des phénomènes électriques dont les constructeurs cherchent à diminuer l'influence en réglant convenablement la sensibilité des microphones et en apportant le plus grand soin dans l'installation des fils conducteurs. Mais les modulations de la voix ont aussi un rôle qui semble avoir jusqu'ici fort peu préoccupé les constructeurs.
D'après le docteur Jules Glover, médecin du Conservatoire, ce rôle aurait une grande importance, car le courant agit sur l'aimant récepteur du téléphone, non point par son intensité propre, mais par ses variations. On doit donc s'attacher à reproduire aussi exactement que possible les variations de la voix.
Or, les vibrations sonores, en sortant du pharynx, arrivent au voile du palais qui les dissocie en deux groupes plus ou moins inégaux: les unes s'échappent par le nez, les autres par la bouche. La théorie indique dès lors la nécessité de transmettre, avec une égale perfection, ces deux groupes d'ondes sonores. Cette condition ne se trouve pas réalisée dans les appareils actuels qui reçoivent seulement les ondes buccales.
Le docteur Glover a donc établi un transmetteur téléphonique se distinguant des transmetteurs ordinaires en ce qu'il comprend deux microphones de sensibilité différente, dans lesquels on parle respectivement avec la bouche et avec le nez. L'appareil, présenté à l'Académie des sciences par M. d'Arsonval, semble donner une amplification sonore importante et une netteté de la voix particulièrement précieuse dans les transmissions à longue distance.
Ajoutons que l'hygiène peut être assurée dans les postes publics au moyen d'un dérouleur automatique permettant d'interposer, à chaque communication, un papier fin entre le nez et la bouche et les microphones.
A PROPOS DE LA STATION DE TRAPPES.
La presse a récemment raconté que l'Institut avait refusé la station météorologique de Trappes que l'éminent savant Teisserenc de Bort avait voulu lui laisser pour qu'on y pût continuer les recherches entreprises sur la haute atmosphère.
La raison donnée était, et est bien, que la somme que Teisserenc de Bort laissait, en outre de la station, à l'Institut, ne suffisait pas à assurer le fonctionnement de celle-ci.
Cette information, toutefois, ne contient qu'une partie de la vérité, et on aurait tort de croire, d'après ce qui vient d'être dit, que la station de Trappes est perdue pour la science.
Comme la famille du regretté savant tient avant tout à ce que Trappes vive et continue à être utile, des négociations ont été entamées, par M. H. Deslandres en particulier, grâce auxquelles le voeu de Teisserenc de Bort sera exaucé, sans que l'Institut soit chargé d'un fardeau qu'il ne pouvait accepter.
La combinaison adoptée, tout en conservant à Trappes son caractère scientifique, tout en lui permettant de continuer l'oeuvre commencée, donne, en outre, à la station un caractère pratique, et du plus haut intérêt.
Les progrès, et les exigences aussi, de l'aviation et de l'aéronautique font qu'il est devenu très désirable de connaître au jour le jour, les variations qui se font dans les mouvements aériens. On a besoin de jeter sans cesse des coups de sonde dans l'atmosphère pour savoir si elle est calme, ou agitée, quels courants s'y trouvent et à quelle hauteur. Pour obtenir ces renseignements, il faut des stations organisées pour l'examen de l'atmosphère, stations d'où chaque jour il sera envoyé aux centres d'aviation et d'aéronautique intéressés, des renseignements précis.
Trappes est tout indiqué pour être une de ces stations, et c'est à ce titre qu'il sera recueilli non par l'Institut, mais par l'État. Sera-t-il rattaché au ministère de l'Instruction publique, ou à celui de la Guerre? On ne sait au juste. Mais en tout cas, tout en servant à l'exploration quotidienne de l'atmosphère jusqu'à 3.000 mètres de hauteur, pour les besoins pratiques, la station continuera les recherches entreprises déjà sur la haute atmosphère, et ce sera probablement sous la surveillance de l'Institut que se poursuivra cette besogne essentiellement scientifique, mais très instructive et utile aussi, dont Teisserenc de Bort fut l'ouvrier principal.
Les admirateurs et amis du très regretté savant, trop tôt enlevé à la science, seront heureux d'apprendre que l'oeuvre de celui-ci se poursuivra, et, sans perdre son intérêt scientifique, acquerra un intérêt national.
PRODUCTION D'ENGRAIS AU MOYEN DE L'ALUMINIUM.
Lorsqu'il y a soixante ans Sainte-Claire Deville indiquait le moyen de produire de l'aluminium à 1.200 francs le kilo, il pensait bien que, dans un avenir plus ou moins rapproché, on trouverait des procédés économiques pour obtenir industriellement le nouveau métal; il ne se doutait guère sans doute que les usines d'aluminium deviendraient un jour des fabriques d'engrais. C'est pourtant ce qui arrive.
On sait que l'aluminium est extrait de la bauxite, terre rouge très riche en alumine, dont les gisements les plus importants se trouvent en France dans le département du Var. M. Serpek, ingénieur autrichien, a constaté que si l'on chauffe la bauxite à 1.500 degrés, en présence de charbon, on capte l'azote de l'air et on obtient du nitrure d'aluminium d'où l'on tire de l'aluminium et du sulfate d'ammoniaque vendu comme engrais. L'aluminium revient alors à 1 fr. 05 le kilo au lieu de 1 fr. 50, prix actuel; et l'on espère réaliser une économie encore plus considérable.
Le procédé étant protégé par un brevet, il est probable que le consommateur n'en bénéficiera guère avant quelque temps. On peut, néanmoins, entrevoir à bref délai un nouvel essor de l'industrie de l'aluminium, industrie essentiellement française qui suit un développement constant.
De 750 tonnes en 1902, notre production a passé à 4.400 tonnes en 1909, pour atteindre 13.000 tonnes en 1912, soit plus du cinquième de la production mondiale qui s'est chiffrée par 60.000 tonnes.
L'aluminium a valu successivement 59 francs le kilo en 1888, 19 francs en 1890, 6 fr. 25 en 1893, 2 fr. 50 en 1906: il coûte actuellement 1 fr. 95, le prix de revient ne dépassant pas 1 fr. 50. Le procédé Serpek fera sans doute descendre le prix de vente au-dessous de ce dernier chiffre.
LA CHALEUR SUPPORTÉE PAR LE CORPS HUMAIN.
L'homme supporte dans certaines régions une température à peu près double de la température maxima qui lui paraît effroyable sous les climats tempérés. Dans l'Australie centrale on a constaté fréquemment une température moyenne de 46 degrés centigrades à l'ombre et de 60 degrés au soleil; on a même relevé 55 et 67 degrés. Dans la traversée de la mer Bouge et du golfe Persique, le thermomètre des paquebots se tient couramment entre 50 et 60 degrés, malgré une ventilation continuelle. Un des récents explorateurs de l'Himalaya a constaté, au mois de décembre, à 9 heures du matin, et à 3.300 mètres d'altitude, une température de 55 degrés.
Deux savants anglais, Bleyden et Chautrey, ont cherché à déterminer la température limite que nous pouvons supporter. Ils s'enfermèrent dans un four dont la chaleur fut élevée progressivement, et ils supportèrent une température dépassant un peu le point d'ébullition de l'eau, c'est-à-dire 100 degrés.
Cette endurance s'explique par la transpiration énorme que provoquent les températures élevées; l'eau qui perle à la surface de la peau se transforme instantanément en vapeur, absorbant pour changer ainsi d'état une notable partie de la chaleur qui entoure immédiatement le corps.
En résumé, on peut affirmer, sans paradoxe, qu'à condition d'être protégé de tout contact direct avec la source de chaleur, le corps humain est capable de supporter une température presque suffisante pour cuire une côtelette.
LA PRÉTENDUE SOLIDARITÉ OUVRIÈRE DES FOURMIS.
La fourmi n'est point prêteuse, nous enseigne la fable; elle ne pratique nullement la solidarité ouvrière, croit pouvoir affirmer M. Cornetz, observateur averti. Et l'instinct social que nous attribuons à ces insectes si admirés n'existerait que dans notre imagination.
A l'appui de cette opinion, M. Cornetz cite une expérience aisée à répéter. Offrons à une fourmi un brin de fromage taillé en forme de navette, elle s'agrippe à la pointe, le fait tourner, puis l'entraîne dans la direction du nid. D'autres fourmis passent: l'une s'accroche à la pointe, les autres se cramponnent à droite et à gauche, et le fromage continue à avancer, mais beaucoup plus lentement. Il n'y a pas réunion d'efforts; au contraire, chaque fourmi cherche à faire tourner la miette. Si on chasse les fourmis de droite, le fromage tourne aussitôt dans le sens des aiguilles d'une montre; il tourne en sens inverse si l'on écarte seulement les fourmis de droite. Fait-on lâcher prise à toutes les fourmis latérales, l'objet est entraîné par la fourmi de pointe aussi vivement qu'avant l'arrivée des prétendues collaboratrices. Enfin, supprimons la fourmi de pointe en laissant toutes les autres: le fromage s'arrête net. Donc, la fourmi de pointe fournissait seule un travail utile.
D'où il semblerait résulter que l'instinct des fourmis les porte surtout à prendre le bien du voisin.
BILAN DE GRÈVES.
Une étude documentaire, publiée récemment par le _Times_ sur le mouvement ouvrier en Grande-Bretagne, nous a apporté des chiffres particulièrement intéressants.
L'année 1912 a vu se produire chez nos voisins 821 grèves qui ont englobé 1.437.032 personnes et se sont traduites par la perte de 40.346.400 journées de travail. Ces deux derniers chiffres constituent des records, ce qui n'est pas le cas du premier, car les deux années 1894 et 1896 avaient été marquées chacune par 929 grèves.
L'année 1911, seule, pourrait être comparée à 1912 avec 903 grèves, 961.980 personnes et 10.319.591 journées perdues. Mais on voit que le bilan de l'année dernière fut beaucoup plus important grâce à la grève générale des mineurs (quatre fois plus de journées perdues). Le total des personnes englobées dans les grèves de ces deux dernières années a été supérieur au total correspondant des dix années précédentes, soit de 1901 à 1910. La seule année que l'on puisse comparer à cette période 1911-1912 est 1893, qui vit se produire 615 grèves entraînant la perte de plus de 30 millions de journées de travail.
LA POLITIQUE AU MEXIQUE
A la veille de la réunion du congrès qui doit procéder à l'élection régulière du président de la République mexicaine, les troubles renaissent en ce pays qui, après avoir été si longtemps maintenu dans l'ordre par la poigne de fer de Porfirio Diaz, semble revenir à la tradition des pronunciamentos. On considère, néanmoins, jusqu'à présent, que le neveu de Porfirio, le général Félix Diaz, qui, avec le général Huerta, fit la dernière révolution, conserve les plus grandes chances d'être élu. En attendant, c'est le général Huerta qui continue de détenir le pouvoir. C'est--il l'a prouvé--un homme rude, et que les scrupules de légalité embarrassent peu. On le dit habile à pratiquer la politique intérieure mexicaine. En tout cas, il a réussi à amener à composition le fameux général Orozco, celui-là même dont nous avons publié récemment le portrait, un fusil à la main et une cartouchière à la ceinture. Les rebelles d'Orozco étaient en principe des gens paisibles, puisqu'ils réclamaient simplement l'application des lois agraires! Le général Huerta lui-même n'en dut pas moins tenir contre eux dans le Nord une campagne très pénible ces derniers temps. Enfin, les deux ennemis se sont réconciliés. Le 17 mars dernier, au palais présidentiel, Orozco, en redingote, a reçu de son ex-adversaire une large accolade, à la mode hispano-américaine.
Ce qui ne veut pas dire, hélas! que la révolution soit terminée. Le chef Zapata, et d'autres chefs, inconnus hier, et peut-être gouverneurs ou ministres demain, tiennent de nouveau la campagne. Un récent télégramme annonçait le pillage d'un train et le massacre des voyageurs. Aussi tous les Mexicains d'ordre et de travail et les étrangers souhaitent-ils qu'un gouvernement ferme, sinon une dictature, soit rétabli sans tarder et que l'on puisse à nouveau connaître la sécurité que sut maintenir la longue présidence de Porfirio Diaz.
LA TOURNÉE DE M. SILVAIN
C'est le propre des incidents de théâtre d'être aussi retentissants que promptement oubliés... Peut-être a-t-on déjà un peu perdu le souvenir des démêlés qu'eut, le mois dernier, au moment de son départ pour une longue tournée, M. Silvain avec la Comédie-Française. Ayant commencé son voyage par quelques villes du Midi, l'excellent tragédien, sociétaire infatigable, dut par deux fois, et à deux jours d'intervalle, regagner Paris pour y venir jouer Louis XI. Et l'on a pu calculer que le vice-doyen de la Maison avait ainsi parcouru plus de 3.000 kilomètres en quatre-vingt-onze heures,--record que n'aurait point permis l'antique chariot de Thespis.
Depuis lors, la tournée de M. Silvain en Algérie et en Tunisie s'est poursuivie sans encombre. C'est de Guelma que nous arrive aujourd'hui l'écho de ses succès. Il y a représenté, le 1er mai, sur la scène du théâtre romain de Calama, une oeuvre dont il est l'auteur, en collaboration avec M. Jaubert, l'_Andromaque_ d'Euripide, traduite et adaptée par leurs soins. L'éclat de l'interprétation, en tête de laquelle figurait, aux côtés de M. Silvain dans le rôle du vieux Pelée, Mme Louise Silvain en Andromaque, la nouveauté de la pièce, non encore donnée en public, avaient attiré de nombreux spectateurs, qui firent fête aux deux artistes et à leur troupe. Une de nos photographies montre une scène de la pièce, dans un décor adroitement reconstitué, où l'on voit, à gauche, le palais de Néoptolème et à droite le temple de Thétis, à Phtie, en Thessalie.
LA TOURNÉE DE M. ET Mme SILVAIN EN TUNISIE.--_Photographies C. Nataf._
LE RAID HIPPIQUE BIARRITZ-PARIS
Le raid hippique des officiers de la réserve et de l'armée territoriale avait fait ressortir, en 1911 et en 1912, des qualités d'endurance remarquables; la course de 1913 adonné des résultats tout à fait exceptionnels.
L'épreuve comportait le voyage de Biarritz à Paris; mais le trajet de Biarritz à Bordeaux constituait un exercice d'entraînement n'appelant aucun classement; la véritable course commençait à Bordeaux. Pour la première fois, aucune limite de vitesse n'avait été imposée aux concurrents. Guidés par une science hippique déjà éprouvée, nos officiers purent ainsi demander à leurs chevaux l'effort maximum, et, malgré cela, sur 84 concurrents partis de Biarritz, 62 arrivèrent à Versailles.
La première place est revenue au sous-lieutenant Crespiat, du 1er régiment de chasseurs, qui, parti de Bordeaux le lundi 21 avril, à 5 heur s du matin, arrivait à Versailles le jeudi à 3 heures de l'après-midi, ayant couvert exactement 560 kilomètres en quatre-vingts heures, soit une moyenne d'environ 163 kilomètres par jour pendant trois jours et demi.
Les capitaines Lebrun, Nathan, Doussaud et les lieutenants d'Amboix de Larbon, Pichon, Jabat, Guyot, Fabre, du Halgouët, Caillât, classés immédiatement après le vainqueur, avaient eux-mêmes soutenu un train d'environ 140 kilomètres par 24 heures.
End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3663, 10 Mai 1913, by Various