L'Illustration, No. 3663, 10 Mai 1913

Part 3

Chapter 33,114 wordsPublic domain

Animés de cet esprit, les Balkaniques qui, après avoir triomphé de tant de difficultés, grâce à une entente étroite, ont encore à assurer leur avenir, feront bloc contre l'immixtion dans la péninsule de puissances non balkaniques, si elle se produit, et ils comprendront finalement que, selon notre proverbe, «une mauvaise transaction vaut mieux qu'un bon procès.» Elle vaudra infiniment mieux surtout qu'une guerre fratricide entre les alliés, qui ternirait, devant le monde entier et d'une façon irrémédiable, la gloire jusqu'ici si grande de la magnifique épopée balkanique.

ANDRÉ CHÉRADAME.

Célébrée, dans toute la France, avec une grande ferveur patriotique, la fête de Jeanne d'Arc a été marquée, à Paris, dimanche dernier, par de belles manifestations, qui se sont déroulées dans l'ordre et l'enthousiasme. Tandis que les façades des maisons, dans beaucoup de quartiers, s'étaient parées de guirlandes, de drapeaux, et d'étendards bleu et blanc, les statues de l'héroïne lorraine avaient été abondamment fleuries, et, devant les monuments bien connus de la place des Pyramides, de la place Saint-Augustin et du boulevard Saint-Marcel, ce fut dès les premières heures de la matinée un défilé d'imposants cortèges,--celui de la Ligue des Patriotes, conduit par son vaillant président M. Paul Déroulède, celui des ligueurs d'Action française et des élèves des grandes écoles et des lycées, celui des élus de Paris, auxquels s'étaient jointes de nombreuses sociétés.

Pour avoir attiré moins de foule, la cérémonie dont nous donnons ici une gracieuse image ne fut pas l'une des moins touchantes. Les Franciscaines, dont la communauté s'étend, non loin du parc Montsouris, dans les calmes abords de l'impasse Reille, ont voué un culte spécial à la Bienheureuse, sous l'invocation de laquelle elles ont placé des bonnes oeuvres et un patronage de jeunes filles: en dehors des heures de travail, celles-ci apprennent là le chant grégorien, et sont les pieuses élèves de la «manécanterie Jeanne d'Arc». Dimanche soir, à 8 heures, elles étaient toutes réunies dans le jardin joliment illuminé, pour participer à la procession aux flambeaux organisée par les soeurs autour de la statue de Jeanne d'Arc qui se dresse sous les arceaux des arbres. Après qu'elles en eurent fait le tour, un sermon fut prononcé par le Père Ledoré, général des Eudistes, et la cérémonie se termina par la bénédiction du Saint-Sacrement.

_Ce fut pour le Monténégro un jour de grande allégresse, l'un des plus heureux de toute son héroïque histoire que celui où, sur le sommet du Taraboch, arrosé de tant de sang, les étendards rouges où s'éploie l'aigle d'argent dominèrent le lac paisible, l'opulente plaine qu'égaient de claires arabesques la Bojana, le Brin et le Kiri,--et surtout Scutari, enfin conquise au prix d'un si vaillant effort. Jour de joie sans lendemain, hélas! Sous la pression des puissances, solidarisées avec l'implacable Autriche, le pauvre et vaillant petit pays a dû abandonner sa conquête, la remettre à l'Europe: dans quelques jours, des détachements de marins débarqués des navires qui bloquent toujours les côtes monténégrines, assureront la police de Scutari. Cet abandon imposé, inéluctable, a été discuté au cours d'un conseil solennel de la Couronne, auquel assistèrent tous les princes de la famille royale, les ministres, les hauts dignitaires civils, et qui dut être étonnamment pathétique. En une première séance, le roi écouta les avis, d'aucuns--et ceux des généraux en tête--conciliants, pacifiques; d'autres--ainsi celui du prince héritier Danih, qui a joué dans toute cette guerre un rôle éminent--intransigeants, préconisant la résistance désespérée. A l'ouverture de la séance suivante, Nicolas 1er Pétrovitch fit connaître sa décision: «Il me faut consentir à l'évacuation de Scutari, de cette Scutari qui était le rêve le plus cher de mes jeunes années, de cette Scutari qui était à la fois pour les Monténégrins et l'héritage ancestral et le gage d'un avenir plus heureux.» Et, quand il eut, de sa main, rédigé et signé le télégramme annonçant ce renoncement, le vieux héros de l'indépendance pleura._

UNE VISION D'APOTHÉOSE

Nous montrons, à une page précédente, la gracieuse cérémonie par laquelle fut célébrée, le soir du 4 mai, chez les Franciscaines de l'impasse Reille, la fête de Jeanne d'Arc, patronne de leurs bonnes oeuvres. Tandis que, dans leur jardin retiré, les flambeaux, les veilleuses multicolores suspendues aux arbres, jetaient leur éclat discret, tout à l'autre bout de Paris, le Sacré-Coeur s'embrasait magnifiquement. Les feux de Bengale, rouges et verts, allumés au pied de la basilique, les illuminations du dôme et des coupoles, lui faisaient, dans la nuit, une auréole de clarté; et elle apparaissait, de loin, dans son nuage lumineux, plus resplendissante encore de se détacher sur un ciel sans étoiles, au-dessus des lueurs incertaines de la ville.

La «journée de Jeanne d'Arc» se termina sur cette vision d'apothéose que parvient à rendre, malgré les difficultés de la photographie nocturne, le cliché reproduit à cette page.

LES MÉDAILLÉS DE 1870 AU BRÉSIL

Il y a quelques semaines, au Brésil, ceux de nos compatriotes qui pouvaient orner leur boutonnière du ruban de 1870 se réunissaient en une cordiale agape où ils évoquaient avec émotion les souvenirs de la guerre. Ils étaient six survivants, MM. Georges Prevault, Félix Avril, André Bourdelot, Claude Manasse, Louis Domingues et Clémencey, qui avaient demandé au colonel Balagny, le distingué chef de notre mission militaire à Sao Paulo, et au consul de France, M. Charles Birlé, de présider leur dîner commémoratif. Ce fut, loin du pays, qu'à chaque minute de cette soirée l'on évoqua, une petite fête charmante où des toasts, que les circonstances actuelles rendaient plus graves et plus ardents, furent portés à la mère patrie.

LE SERMONNAIRE DES PARISIENNES

Aux nombreux auditeurs et aux auditrices plus nombreuses encore des conférences données, le mois dernier, à la salle de la Société de Géographie, par Mgr Bolo, le médaillon, exposé en ce moment au Salon et dû au sculpteur Doisy, que nous reproduisons ici, rappellera de saisissante manière les traits de l'éminent prélat dont les rudes sermons savent si spirituellement châtier les frivolités ou les erreurs de la vie mondaine. Il est des visages dont la ressemblance ne saurait être mieux rendue que par le relief, dur et vigoureux, du métal: ce profil nettement tracé, d'une si fine et s, ardente expression, porte l'accent de la vie.

Depuis deux ans qu'il s'est attaché à traiter pour les Parisiennes, en des séries de causeries placées à pareille époque, des sujets de morale auxquels ne conviendrait point la majesté de la chaire, Mgr Bolo a vu s'accroître son auditoire féminin, empressé à subir les rigueurs persuasives de son éloquence. De: même que Mme de Sévigné aimait à entendre Bourdaloue, «qui frappe toujours comme un sourd, disant les vérités à bride abattue», nos contemporaines se plaisent à écouter la parole du conférencier qui les charme en les gourmandant. Après avoir, la première fois, parlé des «Jeunes filles d'aujourd'hui», puis des «Mariages de demain», Mgr Bolo avait pris comme sujets, cette année, «l'Empire des Salons» et «la Morale des Salons». Ce lui fut matière à retracer, en termes particulièrement heureux, toute l'histoire des salons littéraires, qui sont, dans le domaine de l'esprit, «une sorte de Champagne délimitée et de première zone où s'élabore notre fin et clair langage, ce langage fluide, doré, pétillant, dont la vivacité explose en des mots qui sautent comme des bouchons». Si l'ancienne conversation française--celle qui était en honneur à l'Hôtel de Rambouillet--fut abondamment louée par le prédicateur, nos réunions mondaines de maintenant provoquèrent ses sévérités. Mgr Bolo blâme les potins, les commérages, redoute l'influence des «théâtrières»--entendez les femmes de théâtre--accuse le bridge et la musique... C'est un sermonnaire ardent, impétueux. Mais il séduit, jusque dans ses plus vives remontrances. Il est le critique le, moins indulgent de notre temps,--qui ne lui ménage pas les éloges.

NOTRE ACTION AU MAROC

_Les dépêches fréquemment publiées par les quotidiens, en ces derniers temps, ont donné l'impression qu'il se produisait, au Maroc, une recrudescence d'activité guerrière. Et, en effet, les soldats qui ont charge d'assurer la tranquillité à ceux qui veulent poursuivre une besogne pacifique ont eu, avec les tribus turbulentes, la tâche rude. Nous nous sommes appliqués à résumer ici les diverses phases des opérations qui leur ont été confiées._

DANS LA RÉGION DE LA MOULOUYA

Le travail de jonction de l'Algérie au Maroc par Taza se poursuivait lentement et sans bruit depuis quelques mois, d'après la méthode favorite du général Lyautey,--la fameuse méthode de la «tache d'huile». Selon l'expression imagée de M. Ladreit de La Charrière, on sapait doucement la falaise de part et d'autre, à l'occident et à l'orient, jusqu'à ce qu'elle fût prête à tomber. Quelques craquements du côté de la Moulouya viennent de révéler cette prudente besogne. Tandis que, par l'ouest, le général Gouraud, aussi sagace négociateur, quand il convient, qu'il se montre, en d'autres circonstances, prestigieux entraîneur d'hommes, installait sans incident, sans avoir tiré un seul coup de fusil, un poste à Souk el Arba de Tissa, chez les Hya'ma, les choses, au contraire, se sont passées moins doucement dans la région de la Moulouya.

Au commencement de février, progressant de quelques kilomètres, une partie des troupes composant la garnison de Taourirt s'établissaient à Merada constituées en «groupe mobile» sous les ordres du général Girardot, avec la mission, précisée par le général Alix, commandant le Maroc oriental, de maintenir et de consolider les résultats acquis au cours des opérations de mai et juin 1912--dont nous avons rendu compte en leur temps--de s'avancer autant que possible sur la rive gauche de la Moulouya, afin de préparer une marche éventuelle sur la casbah M'Soun, étape importante de la pénétration vers Taza, qui ne s'accomplira que l'heure bien sonnée, enfin de protéger les travaux du chemin de fer à voie étroite qui gagne peu à peu vers Guercif (la première locomotive est arrivée au milieu du mois dernier à Taourirt).

Sitôt installé à Merada, le groupe mobile se mit à l'oeuvre, rayonnant incessamment dans la plaine de Tafrata, repassant par tous les points qui furent, l'an dernier, le théâtre de pénibles combats. Grâce à l'appoint en hommes que fournirent les garnisons de Debdou et de Guercif, des postes furent mis à l'oued Cefla, à Sidi Yousef, à Maharidja et Safsafat. Entre temps, on reconnaissait la plaine de Djel, parcourant les territoires des Haouara et des Beni bou Yahi, et on atteignait, comme M. Etienne le pouvait déclarer à la Chambre, les environs de la casbah M'Soun, sans avoir tiré un coup de feu.

Le 9 avril, confiant en cette tranquillité, le général Girardot, avec son groupe, partait pour aller établir un poste nouveau à Nekhila, sur l'oued Bou Redim, affluent de la Moulouya, au pied du massif du Guilliz, l'un des premiers contreforts de la chaîne du Rif. La route fut calme. Mais à peine arrivait-on au camp, vers une heure de l'après-midi, qu'une attaque se produisit. Une fusillade éclata sur les crêtes montagneuses du Zag, au nord. On était engagé, et il fallut se battre pendant cinq heures pour repousser l'ennemi, qui laissa dix morts sur le terrain. Nous avions seulement six blessés.

On n'eut qu'un court répit: à 9 heures du soir, les Béni bou Yahi, auxquels on avait affaire, livraient un nouvel assaut plus furieux. Ils arrivaient presque aux tranchées: un tirailleur, Saïd Sahar, fut tué à bout portant. Le combat, violent, mouvementé, ne prit fin qu'à une heure du matin.

Nos troupes avaient à peine eu le temps de souffler un peu et de se remettre de ces alertes, quand, dans l'après-midi du 10, vers 2 heures, des coups de feu, de nouveau, partirent d'une crête. Le capitaine Doreau, à la tête d'un détachement de la 2e compagnie du 1er étranger, fut envoyé pour occuper cette position. Les Béni bou Yahi lentement reculèrent vers le Guilliz, poursuivis par les légionnaires. Mais cette retraite cachait une embuscade.

Tout à coup, la petite troupe se vit entourée, cernée de toutes parts, accablée par une horde sept à huit fois supérieure en nombre. Le capitaine Doreau, en vain, voulut ramener ses hommes; c'était bien tard, et le cercle se resserrait.

Dès le premier moment, le lieutenant Grosjean, qui transmettait l'ordre du capitaine, était frappé d'une balle sous l'omoplate. Le feu des nôtres ne parvint pas à arrêter l'élan de l'ennemi, qui continuait à progresser. Alors, le capitaine donna l'ordre suprême: «En avant! à la baïonnette!» Ce fut sa dernière parole: une balle en pleine tête le foudroyait.

Bientôt se produisait un corps à corps épique. Les cadavres, des deux côtés jonchaient le sol.

«La retraite est forcée, écrit un des acteurs de ce combat farouche. Le lieutenant Grosjean, qui, bien que blessé, se traînant, assume le commandement, l'a ordonnée lui-même. Les Béni bou Yahi, ivres de sang et de carnage, se précipitent, armés de formidables poignards. Les poitrines halètent. On entend le ronronnement des balles de gros calibre, mêlé aux sifflements des projectiles Lebel. Avec des cris démoniaques, les Marocains essaient d'achever les blessés, s'acharnent même sur les morts. Le corps du capitaine Doreau est frappé de trois coups dans la poitrine; le caporal Schwartz, inerte, a la tête tranchée, que dis-je? hachée! Le lieutenant Grosjean essaie de se relever, mais ses forces le trahissent, et, dans un cri, il retombe épuisé: «A moi, la Légion!»

«Cet appel du chef a été entendu. Les légionnaires qui se repliaient font volte-face et foncent sur l'ennemi, baïonnette au canon. Le fer rougi de sang défonce les poitrines. C'est un spectacle poignant que celui de cette poignée d'hommes disciplinés, et vaillante plus qu'on ne saurait le dire, se frayant un passage au milieu de cette tourbe hurlante et grimaçante. Ils arrivent auprès de leur lieutenant, le saisissent à bras le corps, le relèvent, l'emportent, glorieux otage. Une pluie de balles s'abat sur eux. Le sergent Panter, qui soutient le lieutenant Grosjean, a le pouce enlevé. Le lieutenant lui-même a la main droite traversée. Plusieurs légionnaires tombent à leur tour. Alors, des luttes désespérées s'engagent, car il s'agit de ne pas laisser les blessés aux mains de ces sauvages, et chaque groupe, protégeant et entraînant un frère d'armes hors de combat, n'est, pour les fusils marocains, qu'une trop belle cible...

«Enfin, des goumiers en patrouille ont entendu la fusillade. Ils arrivent à la rescousse. Le camp est prévenu: c'est pour les Beni bou Yahi la débâcle. Mais de quel prix ce succès est acheté: nous avons sept morts, dont le capitaine Doreau et deux caporaux, et neuf blessés, tout cela sur trente-sept combattants: car ils n'étaient que quarante engagés en cette affaire si rude!

«Deux jours plus tard, le 12 avril, à 7 heures du matin, un très simple et très émouvant cortège se dirigeait du camp vers le cimetière de Merada. Précédées de la section de mitrailleuses du 6e bataillon, sept arabas ornées de lauriers, de feuillages, de tentures tricolores de fortune, portaient à leur dernière demeure les dépouilles des braves de Nekhila. Toute la garnison assistait à cette triste cérémonie, et, après un discours du commandant Quirin, un légionnaire, tête nue, la figure grave, dit la prière des morts,--en latin. C'est, disaient les hommes, un ancien «curé». Qui sait quelles épaves recèle la légion, si brave, si noble?» Au moins, nous demeurions sur nos positions: le 16 avril, le général Girardot inaugurait officiellement le poste. Pour la première fois, le pavillon tricolore flottait sur la «redoute Doreau».

Sans doute aura-t-elle encore à subir plus d'une attaque, car les tribus ne peuvent se résigner facilement à une occupation qui nous livre l'unique point d'eau de la région. Elles ont, d'autre part, trop de facilités à nous harceler en raison du voisinage de la zone espagnole où, après chaque défaite, elles peuvent se réfugier: le 10 avril, en déroute, c'est là qu'elles se repliaient par El Kheneg, une gorge qui les dérobait vite à notre poursuite. Toujours est-il 'que le poste est là, assez fort pour se défendre: le général Girardot, en jugeant ainsi, regagnait, le 17 avril, Merada avec le gros de ses forces, et se remettait à la disposition du général Alix pour de nouvelles opérations.

Le commandant en chef du Maroc oriental préparait aussitôt, pour la marche vers la casbah M'Soun, une colonne formée du groupe mobile du général Girardot et du groupe de réserve du général Trumelet-Faber, dont il devait prendre le haut commandement. Et quelques jours d'un repos bien mérité étaient accordés aux combattants de Nekhila. Mais les Beni bou Yahi allaient contrecarrer ce projet.

Le 19, le général Alix était prévenu qu'ils se disposaient, au nombre de plusieurs milliers, avec le concours des Mtalsa, à attaquer de nouveau, le lendemain matin, le poste de Nekhila, la «redoute Doreau» défendue seulement par 500 hommes.

A 8 heures du soir, l'ordre de départ était donné. Deux heures et demie plus tard, mis en route de trois quarts d'heure en trois quarts d'heure, trois groupes, comprenant en tout 4.500 hommes, cheminaient dans les ténèbres. Ils marchèrent toute la nuit, surprirent au petit jour l'ennemi, installé au pied du djebel Guilliz, et, sans prendre un instant de repos, engagèrent l'action.

_Voir plus haut, à la page 441, la carte de la région de la Moulouya._

Un moment désemparés par la brusquerie de cette attaque, les Beni bou Yahi se ressaisirent assez vite. Ils résistèrent opiniâtrement jusqu'à une heure de l'après-midi. Alors, brusquement, accablés à la fin par les feux de l'artillerie et de l'infanterie, ils se débandèrent, s'enfuirent dans leurs montagnes, vers la zone espagnole, toujours, abandonnant leur camp qui fut anéanti. Nous avions cinq morts et vingt et un blessés, qu'on ramena vers Merada.

Il y eut encore, dans la nuit du 22 au 23, une nouvelle alerte, une attaque contre le même poste, si vive, que plusieurs piquets du réseau de fil de fer furent arrachés et que les assaillants parvinrent à jeter dans le camp des engins, d'ailleurs inoffensifs, des bombes confectionnées avec de vieilles boîtes de conserves: la garnison se tira d'affaire seule et repoussa cette agression.

Depuis lors, le calme règne à Nekhila. Le général Alix y demeure avec sa colonne, recueillant des renseignements sur les dispositions des tribus dont il surveille l'attitude, prêt à s'élancer vers M'Soun dès qu'il aura la certitude qu'il peut, dans de bonnes conditions, faire ce nouveau bond en avant.

A L'ASSAUT DE L'ATLAS MAROCAIN

La brusque occupation par le colonel Charles Mangin, plus que jamais plein «d'allant», d'un point sur l'oued Zem, affluent de l'Oum er Rbia, occupation affirmée par l'installation d'un poste, a déterminé dans la région occupée par les Zaïanes une certaine effervescence, à laquelle il a fallu faire face vigoureusement. De là, toute une série d'opérations qui se poursuivent encore à l'heure actuelle, et que couronnera, très vraisemblablement, une action d'ensemble, annoncée, puis démentie, à laquelle prendraient part cinq colonnes convergeant vers le pays zaïane et son hypothétique capitale Khenifra.

En attendant le déclenchement décisif, deux colonnes, sous le commandement des colonels Charles Mangin et Henrys, font d'énergique besogne, l'une remontant progressivement vers les Zaïanes, l'autre descendant vers le sud dans la région de Meknès.

Menacé d'une attaque de Moha ou Hamou el Zaïani, notre irréconciliable ennemi, qui s'est rapproché jusqu'à Betmat Aïssaoua, d'où il commande aux Smaala, Beni Khirane et Beni Zemmour, le colonel Mangin se décide à prendre les devants.