L'Illustration, No. 3661, 26 Avril 1913

Part 6

Chapter 63,556 wordsPublic domain

Sur les vingt-sept ou vingt-huit volumes d'études napoléoniennes que nous a donnés M. Frédéric Masson, dix ont été publiés sous ce titre courant _Napoléon et sa famille_. Le tome dixième est paru d'hier. Il se sous-intitule 1814-1815 (1) et il est consacré à la débâcle impériale.

Note 1: _Napoléon et sa famille_, tome X, 1814-1815. Lib. Plon, 7 fr. 50.

Le drame intime et poignant et si divers, où jouent leur rôle ingrat les «napoléonides» dépossédés, n'est point cependant un drame du Bas-Empire. Les caractères n'y sont point faits pour la tragédie byzantine. Ils ne se haussent point dans le crime au delà de la trahison et peut-être serait-ce encore beaucoup trop dire pour certains. Il y a des crises de famille imprévues et surprenantes ailleurs que sur les trônes et, dans la vie de chaque jour, d'incompréhensibles abandons. Mais rarement l'on vit plus d'affolement que dans la tourmente impériale. Tandis que, à Fontainebleau, le vaincu «sent autour de son trône défaillant tournoyer les trahisons comme un vol de chauves-souris autour d'une lampe», la Famille en fuite passe presque tout entière, aux environs du palais: Madame Mère, l'oncle Fesch, le cardinal, le roi Joseph, la reine Julie, le roi Jérôme, la reine Catherine, nul ne s'est détourné de sa route pour venir à Fontainebleau saluer celui auquel chacun doit tout. «Certains, pour l'éviter, ont été prendre des chemins défoncés où les roues enfoncent jusqu'aux moyeux.» L'Empereur, qui vient d'assurer le sort matériel de toutes ces existences dans l'acte d'abdication, est désormais bien seul.

Seul, non point tout à fait cependant. Il reste Pauline, Paulette, la petite soeur frivole, capricieuse, insupportable, un peu détraquée, qui si souvent bouda l'Empereur, mais qui conserve au frère, au frère malheureux surtout, un coeur inchangé.

Celle-ci sait attendre et accueillir le proscrit sur sa route d'exil lorsque, sous l'uniforme étranger qui l'a préservé des outrages, le malheureux atteint la côte. Pauline est là, à la dernière étape. Elle saisit les mains du proscrit, qu'elle baise et qu'elle baigne de larmes. Et, tandis que ses frères, retournés en Italie, la terre d'origine, quémanderont des «compensations» pour leurs trônes perdus, complimenteront le pape, le tsar, et même le roi de France, elle s'en ira, résolument, joyeusement, à Portoferrajo, où elle retrouvera Madame Mère, redevenue maternelle, et se multipliera, attentive, docile et déférente, pour distraire l'Empereur, s'inclinant comme jadis aux Tuileries, à chaque fois qu'elle passe devant le fauteuil qui sert de trône, et se tenant pour contente de tout dès que son frère a souri.

Ces pages sont douces au lecteur. On sent qu'ici la sympathie de M. Frédéric Masson, maintenant indulgent pour Pauline, devient de la tendresse. La sévérité de l'éminent historien pour les autres napoléonides n'en prend que plus de relief. M. Frédéric Masson est un prodigieux et redoutable chercheur. Il a fait le bilan de toutes les ressources de ces rois débandés, celles qu'on leur vole, celles qu'ils cachent, celles qu'ils espèrent, les diadèmes qu'ils brisent, les pierres qu'ils engagent et aussi ce qui leur reste de coeur et de fidélités. Certains, Hortense, Joseph, Lucien, et Jérôme, si brave et si fou à Waterloo, reviendront, aux Cent-Jours, se grouper au pied du plus instable et du plus compromettant des trônes. Napoléon les accueillera et continuera de les aimer. M. Frédéric Masson sera-t-il--en son prochain volume--plus impitoyable pour eux que l'Empereur lui-même?

MASQUES ET VISAGES

M. Robert de La Sizeranne est un rare écrivain. Sa plume a toutes les grâces, toutes les richesses et toute la lumière que prodiguaient en leurs oeuvres les maîtres de la Renaissance italienne. Il eût été glorieux et choyé à la cour de Laurent le Magnifique. Mais mieux vaut, à notre gré, qu'il soit de notre siècle, et tout à nous, car les évocations ont la sûreté des témoignages et nous lui devons de nous avoir ramenés au passé florentin dans un enchantement l'enluminures et de verrières.

M. Robert de La Sizeranne (2) a été tenté par l'énigme de ces masques mystérieux mais si personnels que sont les portraits du quinzième siècle et des premières années du seizième en Italie. Ainsi, le regard de Balthazar Castiglione, au Louvre; le geste de Giovana Tornabuoni, dans la fresque placée escalier Daru ou celui de la Belle Simonetta dans le _Printemps_, qui est à l'Académie, à Florence; le profil d'Isabelle d'Esté, dans la salle des Dessins de Léonard de Vinci; l'agenouillement du chevalier vêtu de fer devant la _Vierge de la Victoire_; l'arrivée, en grande représentation, de la belle dame compassée qui suit sainte Élisabeth, au choeur de Santa Maria Novella... Sous ces visages, que l'on regarde pour le seul plaisir de leur beauté, sans y chercher autre chose que le parti pris par l'artiste en face de la nature, le jeu des ombres et des lumières, et tout un charme qui, semble-t-il, d'abord, ne perd rien à l'anonymat du mystère, M. de La Sizeranne a voulu découvrir et nous frire découvrir des âmes précises, des passions, des volontés, que trahissent les accents physionomiques, les tares, les dissymétries, les exagérations révélées par l'oeuvre peinte. La tâche était périlleuse. Elle eût pu donner des fruits médiocres si M. de La Sizeranne n'avait su, et avec quelle aisance, se mouvoir dans le Passé, interroger les archives et faire parler les pierres.

(2) _Masques et Visages_. Lib. Hachette, 5 fr.

Il apparaît d'ailleurs que la Renaissance italienne est le seul moment où chaque figure illustre a trouvé, pour la peindre, un maître artiste où, pour ainsi dire, «chaque destinée physiologique» a été résumée dans le cadre étroit d'un panneau, dans le tour d'un buste ou dans l'orbe d'une médaille. Il est vrai, les portraitistes de ce temps l'appelaient Piero della Francesca, Pisanello, Pollajuolo, Ambrogio de Prédis, Botticelli, Ghirlandajo, Verrocchio, Mino da Fiesole, Mantegna, Pinturiechio, Donatello... Et ces témoins ne sont point seulement grands. Ils sont véridiques. «Ils étaient déjà assez maîtres de leur «métier» pour rendre ce qu'ils avaient trouvé dans leurs modèles, mais encore trop dépendants de leurs modèles pour y ajouter ce qu'ils n'y trouvaient pas et les ramener aux dépens de la ressemblance à un concept artificiel de la beauté.» Lorsque, dans des oeuvres différentes, on retrouve ces portraits retracés par différentes mains et qu'ils sont identiques et presque superposables, on ne peut douter qu'on ait devant les yeux un document physionomique parfait.

Deux documents, entre autres, parmi ceux reproduits dans ce livre précieusement illustré, méritent comparaison. C'est d'abord, en tête du volume, le buste extraordinaire que l'auteur a fait photographier à Florence dans l'angle et sous le jour choisis par lui, et qui nous présente, pour la première fois, sous son aspect total et brutal, François Gonzague, mari d'Isabelle d'Esté et chef des armées italiennes confédérées contre la France à la bataille de Fornoue. Plus loin, dans le même volume, en regard de la page 162, la photographie de la Vierge de la Victoire nous donne de cette tête une idée assez différente bien que fort juste aussi. C'est le triomphe du portraitiste que ce profil de Mantegna, rigoureusement exact au point de vue physionomique et cependant transfiguré par une expression passagère. Mais le buste, semble-t-il, reflète mieux encore que le profil la physionomie morale du personnage, telle que l'historien a pu la reconstituer sûrement, d'après les lettres du temps. Ainsi François Gonzague, marquis de Mantoue, renaît auprès d'Isabelle d'Esté, à qui est consacre le plus merveilleux chapitre de ce livre, Isabelle d'Esté, la belle-soeur de Lucrèce Borgia et de Ludovic le More, la tante du connétable de Bourbon qui prit Rome, l'extraordinaire collectionneuse, l'inspiratrice d'une foule d'oeuvres réunies au Louvre, et qui, véritablement--oh! comme nous en doutons peu après avoir eu la joie révélatrice de ces pages de vie et de lumière--suffit à incarner toute la Renaissance accomplie et triomphante.

ALBÉRIC CAHUET.

_Voir dans_ La Petite Illustration _le compte rendu des autres livres nouveaux._

LES THÉÂTRES

_Les Honneurs de la guerre_, tel est le titre de la comédie de M. Maurice Hennequin, qui obtient au Vaudeville un vif succès. Le sujet en est éternel: c'est le désaccord conjugal; mais joliment renouvelé, il vaut par ses détails plaisants. Un boulevardier fourbu rêve de vie rangée; pour se l'assurer il prend femme dans une austère famille provinciale. La jeune mariée entend au contraire mener la «vie parisienne». C'est la mésentente, la désunion. Il leur faut le divorce. A tour de rôle, ils simulent des flagrants délits, dans une émulation comique à vouloir se donner tous les torts, par crainte d'être «celui qui est trompé». C'est ce que leur amour-propre appelle avoir «les honneurs de la guerre». Ce ne serait pas un bon vaudeville s'ils ne s'avisaient pas, au troisième acte, qu'ils s'adorent et sont faits pour s'entendre.

Molière reprend décidément une vogue nouvelle. Voici qu'on lui offre, en dehors de la Comédie-Française et de l'Odéon, la plus généreuse hospitalité. La Comédie des Champs-Elysées a donné une curieuse représentation des _Femmes savantes_, bien mise en scène par M. Henri Beaulieu, et précédée d'une spirituelle conférence de Mme Marcelle Tinayre; presque en même temps, au concert Bobino, c'est au _Médecin malgré lui_ qu'une troupe de café-concert imprimait un mouvement, un réalisme saisissants.

De Genève nous arrive l'écho du succès fait à la trilogie Mathias Morhardt. Cet ensemble d'oeuvres comprenait trois drames: _A la gloire d'aimer, la Princesse Hélène, la Mort du Roi._ La première pièce présente des amours de souverains contrariées par l'étiquette étroite et qui s'achèvent tragiquement. Dans la deuxième, par opposition, un vieux prince a épousé une jeune princesse pour la libérer du protocole: elle en profite pour le tromper. La dernière pièce, inspirée des rapports de Louis de Bavière et de Wagner, rapproche le génie de la folie en route vers la mort. Ces oeuvres, d'une conception morale un peu hautaine, au style à la fois sobre et magnifique, ont reçu l'accueil chaleureux des lettrés accourus à l'appel des organisateurs.

LE NUMÉROTAGE DES ROUTES

Le numérotage des routes, tel que l'avait proposé _L'Illustration_, vient d'être décidé par les ministres compétents.

Le 8 juin 1912, après avoir exposé les services que rendrait l'inscription des numéros des routes sur les bornes kilométriques, _L'Illustration_ concluait:

«Pour amener la généralisation du numérotage et le rendre réellement pratique, deux circulaires ministérielles suffisent: l'une, du ministre des Travaux publics aux ingénieurs en chef dos ponts et chaussées de qui dépendent les routes nationales; l'autre, du ministre de l'Intérieur aux préfets qui la feraient appliquer par les agents voyers.

» Le travail serait exécuté par les cantonniers qui sont déjà familiarisés avec l'usage du pochoir servant à peindre les lettres et les chiffres, et la dépense de peinture, très minime, serait supportée par 1er fonds ordinaires d'entretien. En cinq ou six mois, l'opération peut être terminée sans crédits spéciaux.»

L'administration essaya alors, sur la route de Paris à Trouville, un nouveau mode de jalonnement qui fut décrit dans notre numéro du 21 septembre. Tout en rendant hommage à cette tentative, nous nous étions permis quelques critiques, faisant remarquer notamment que la face de la borne regardant la route était trop chargée d'inscriptions et portait des indications figurant déjà sur les faces latérales.

Notre proposition, reprise et appuyée par la pétition pour le numérotage des routes de France, vient de recevoir la consécration officielle: les deux circulaires réclamées ont été expédiées il y a quelques jours par les ministres compétents. Qu'il nous soit permis de souligner un résultat qui montre ce que peut produire la puissante diffusion de _L'Illustration_, mise au service d'une idée juste.

Devançant les instructions ministérielles, M. Wendelle, l'agent voyer en chef de la Nièvre, a déjà rectifié toutes les bornes de son département. Grâce à cette heureuse initiative, nous pouvons mettre sous les yeux de nos lecteurs une scène familière de la vie de la route qui se reproduira demain dans tous les coins de la France.

D'après l'expérience faite dans la Nièvre, le travail de réfection dure de huit jours à un mois par canton et revient de 10 à 30 francs. Le travail s'effectuant simultanément dans tous les cantons, l'opération peut être facilement terminée avant l'été. Nous sommes certains que tous les ingénieurs et agents voyers en chef, dont le dévouement à la cause du tourisme est si grand, auront à coeur de hâter le plus possible le moment où, sur des routes parfaitement jalonnées, l'automobiliste et le cycliste pourront se livrer aux longues randonnées sans crainte de s'égarer.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

LE PSEUDO-LANGAGE DES ANIMAUX.

On a beaucoup «blagué» jadis le docteur Garner qui fut s'installer dans les forêts équatoriales pour étudier le langage des singes. Cet observateur intrépide était pourtant un homme sérieux dont aujourd'hui encore le monde savant discute les conclusions.

Pour M. Garner, les bêtes possèdent un langage; les mammifères d'un ordre élevé, les singes en particulier, parlent. Et ce langage coïncide avec celui de l'homme.

M. Louis Boutan, professeur de zoologie à la Faculté des sciences de Bordeaux, estime au contraire que les sons émis par les animaux ne se caractérisent pas comme une forme de langage analogue au langage humain; c'est un _pseudo-langage_ de qualité essentiellement différente, traduisant une pensée rudimentaire à laquelle ne correspond aucun mot.

M. Boutan, comme M. Garner, est un grand voyageur. Il a profité de son séjour au Laos pour introduire dans son foyer familial un jeune gibbon femelle répondant au doux nom de Pépée; pendant plus de cinq années consécutives, il a noté les manifestations vocales de cet anthropoïde dont il nous conte aujourd'hui la vie intellectuelle. (_Pseudo-langage_, chez Saugnac à Bordeaux.)

Voici quelques-uns des cris familiers à Pépée:

_Hôc hôoc, hôuc_: cri général, à signification imprécise, poussé en face d'aliments présentés à l'animal, ou à la vue d'une personne ou d'un animal connu.

_Couiiiiiii_ (très aigu et répété à plusieurs reprises). Cri de grande satisfaction, aliment particulièrement délicat et qu'on n'a pas dégusté depuis longtemps.

_Hem-hem_ (à la fois toux et «han» exprimant l'effort). Cri fréquent quand l'animal s'élance de branche en branche et goutte le plaisir de sauter dans les arbres.

_Koc, Kog-koug...hiiig_ (avec manifestation de colère). Franche hostilité.

_Ook-okoug_ (grave et saccadé). Cri signalant un danger et quelque chose d'effrayant ou d'inconnu.

_Crug-cruuug_ (accompagné d'un grincement de dents). Cri rare, très caractéristique, exprimant un sentiment peu compréhensible. Ennui de la solitude. Malaise...

_Thuiiwwg_ (doux et plaintif). Cri pour appeler l'attention d'une personne amie et qu'on est porté à traduire: «Je suis là... occupez-vous de moi.»

_Kuhig... ouk_. Cri par lequel l'animal (jeune) exprime une satisfaction mitigée après un jeu ou une plaisanterie qui dépasse la mesure.

Etc.

En résumé, le plus grand nombre des sons émis par le gibbon se rattache nettement à trois états de l'animal:

État de satisfaction ou de bien-être;

État de malaise ou de crainte;

État d'excitation.

M. Boutan ajoute:

«Quoique j'aie eu l'occasion d'observer l'animal dans les circonstances les plus intimes de sa vie; quoique l'anthropoïde fût placé dans des conditions beaucoup plus favorables au développement de ses facultés que les singes que l'on peut observer dans les ménageries, puisqu'il prenait ses repas à table, couchait dans un berceau et était soigné comme un enfant, je n'ai pu démêler dans les sons émis que des cris indiquant des sensations générales, se ramenant toutes à l'état de bien-être, de malaise ou d'excitation.»

L'auteur pose ensuite en principe qu'il y a langage, lorsque les sons émis sont conventionnels et représentent des mots; il y a pseudo-langage quand les sons émis sont spontanés et instinctifs.

Or, Pépée, séparée de ses semblables dès sa plus tendre enfance, n'avait pu apprendre de ses congénères les sons qu'elle se plaisait à émettre; d'autre part, elle s'est toujours refusée à répéter les sons que ses maîtres cherchaient à lui apprendre.

Et, après avoir cité nombre d'autres petits faits, M. Boutan conclut en adoptant pour les animaux l'expression de _pseudo-langage_, le nom de _langage_ étant réservé exclusivement aux sons acquis par l'éducation. Toutefois, il accorde le _langage rudimentaire_ au perroquet et aux autres oiseaux imitateurs.

LA PRODUCTION DU BLÉ DANS LE MONDE.

Des documents officiels, récemment publiés, permettent d'évaluer à 100 millions d'hectares la surface cultivée en blé dans le monde.

Cette augmentation est due au développement de la culture dans les pays neufs, car, aux États-Unis, en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Danemark, en Suisse et même en France, il y a réduction.

L'accroissement de la culture est d'ailleurs doublé de l'augmentation général du rendement. Celui-ci, très variable selon les pays, va de 27,8 quintaux à l'hectare en Danemark, à 6,7 quintaux en Russie. En France, le rendement est de 13,6 quintaux.

Depuis vingt-cinq ans, la production du blé s'est élevée de 600 millions de quintaux à près d'un milliard (979.866.591 quintaux en 1910), soit un accroissement de 66,66 %, alors que la population des pays intéressés pissait de 770.738.000 à 993.584.000 habitants, c'est-à-dire augmentait seulement de 28,90 %. La disponibilité moyenne s'élevait donc de 77 kilos 84 à 100,64.

La production française a été, en 1911, de 87.727.100 quintaux.

Si la production du blé est encore susceptible d'une large augmentation, on peut noter cependant une transformation dans le mode de son emploi. La consommation du pain tend à diminuer, même en France, devant l'emploi des différentes formes de pâtes alimentaires, et aussi devant l'accroissement de la consommation de la viande et des boissons alcooliques.

UNE APPLICATION DE LA MÉTHODE HÉBERT DANS L'ARMÉE.

Nous avons, à plusieurs reprises, constaté la grande faveur qui a accueilli la méthode de «gymnastique naturelle» enseignée, dans la marine, par le lieutenant de vaisseau Hébert. Au moment où la création du Collège d'Athlètes de Reims, dont il devient le directeur, va consacrer ce succès, il est intéressant de signaler que son système d'éducation physique, dès longtemps réglementaire dans notre flotte, a été naguère appliqué, pendant quelque temps, dans l'armée, où il promettait de donner des résultats excellents. M. le général Jourdy, ancien commandant du 11e corps, nous rappelle aujourd'hui cet heureux essai, qui eut lieu, sous ses auspices, en 1909. Frappé du remarquable, entraînement auquel étaient parvenus les jeunes élèves du lieutenant de vaisseau Hébert à Lorient, il recommanda sa méthode au colonel du 62e régiment d'infanterie, qui tient garnison dans ce port de mer: il leur sembla à tous deux que ce qui réussissait si bien aux fusiliers-marins devait également convenir aux fantassins,--sauf à remplacer la natation par un complément de marche.

«Quelques mois suffirent, en effet, nous écrit le général Jourdy, pour inculquer aux contingents bretons et vendéens, naturellement un peu lourds, un allant et un entrain endiablés: plus de malingres et infiniment peu de malades, plus de traînards dans les marches,--mais des gaillards souples, bien plantés, à l'allure fière, assurée, franchissant allègrement haies et fossés aux manoeuvres. Un hasard voulut que le capitaine Adlerstrahl, de la garde royale suédoise, accomplît à ce moment un stage au régiment d'infanterie de Nantes; il fut conduit à Lorient, et, témoin des exercices de nos soldats, déclara qu'on ne faisait pas mieux en Suède, pays classique d'une gymnastique célèbre.

» Le régiment de Lorient, conclut le général Jourdy, a pu ainsi emprunter à la méthode du lieutenant de vaisseau un procédé d'éducation militaire dont on n'a eu qu'à se louer.»

LA POLICE AMÉRICAINE ET LES SUFFRAGETTES

En signalant, dans notre numéro du 15 mars dernier, la grande procession des suffragettes américaines qui s'est déroulée à Washington le jour de l'entrée en fonctions du nouveau président M. Woodrow Wilson, nous avions indiqué que, pour dissoudre cette procession, «on avait eu recours à l'intervention des troupes de cavalerie, appelées de Fort Myer». Une de nos lectrices de Washington, Mlle Barbara Kauffmann, nous écrit que, tout au contraire, on ne dut faire appel à la cavalerie que dans le but de protéger les suffragettes contre la foule. L'incident a eu son écho, au Congrès, et l'attitude de la police, insuffisante, paraît-il, pour assurer le calme de la manifestation, a été assez vivement critiquée dans certains milieux.

L'ALCOOL DE VIN EN ALLEMAGNE.

Depuis quelques années, la distillation du vin prend en Allemagne un développement considérable. En 1908, la production d'alcool de vin ne dépassait guère 3.000 ou 3.500 hectolitres; elle a atteint 13.000 hectolitres en 1911.

En même temps, le nombre des distilleries passait seulement de 142 à 169; mais ces établissements croissaient en importance et perfectionnaient leur technique de telle façon que le rendement en alcool par hectolitre de vin passait de 17 litres à. 19,7 litres. Il va sans dire qu'une partie de cet alcool est présenté au consommateur comme cognac français.

PAUL JANSON

Notre correspondant de Bruxelles nous écrit:

La mort et les funérailles de Paul Janson, le «Mirabeau» ou le «Gambetta» de la Belgique, incinéré mardi matin à Paris, au Père-Lachaise, se sont produites dans des circonstances presque dramatiques. Car cet avocat, le plus éloquent du barreau belge, et cet homme politique, le plus ardent du Parlement de Bruxelles, avait été baptisé «le père du suffrage universel»,--de ce suffrage universel, pour la conquête duquel 400.000 ouvriers ont abandonné le travail au moment où son principal protagoniste entrait en agonie. Ce sont, en effet, les efforts acharnés de ce Liégeois, de descendance française, qui assurèrent l'inscription du _principe_ du suffrage universel dans la Constitution belge. Malgré lui, le principe ne fut adopté, en 1893, qu'avec le correctif du vote plural (supplément de voix aux propriétaires, aux chefs de famille et aux intellectuels diplômés). C'est contre ce correctif, donc pour le suffrage égalitaire, que s'insurgeaient les ouvriers de la grande industrie au moment où une multitude immense, comprenant des légions de grévistes, escortait lundi les restes de Paul Janson à la gare du Midi, d'où ils allaient partir pour Paris.

D'aucuns craignaient que de telles obsèques, en un instant de si profonde fièvre politique, ne fussent une occasion de désordres. Ces craintes étaient heureusement chimériques. On ne vit jamais foules plus recueillies, plus admirablement calmes et ordonnées, malgré la presque totale absence de force armée.

LA MORT DES ENFANTS

DE Mme ISADORA DUNCAN

(Voir notre gravure de première page.)