L'Illustration, No. 3660, 19 Avril 1913
Part 5
Il semble, au premier abord, qu'on doive rencontrer une sérieuse difficulté pour la mise au point de l'image redressée. Le cliché original ayant été pris à une distance de 100, 500 mètres, ou davantage, toutes les parties de l'image se trouvent au point et présentent une netteté égale. Dans la chambre noire de redressement, au contraire, ce cliché et la nouvelle plaque sont faiblement distants, et leur défaut de parallélisme rend la netteté plus difficile à obtenir sur toute la surface. On résout la difficulté en employant un objectif minuscule de très court foyer, ou même en le supprimant complètement et en le remplaçant par un simple trou de quelques dixièmes de millimètre de diamètre. On en est quitte alors pour augmenter considérablement le temps de pose.
D'autre part, pour réduire dans une large mesure le nombre de vues à prendre, le capitaine Scheimpflug a construit un appareil multiple composé d'une chambre centrale qu'entoure un polygone de chambres inclinées. Grâce au système de suspension, la chambre centrale est horizontale au moment du déclanchement; son axe optique se trouve alors dans la position verticale, alors que celui des chambres adjacentes est incliné à 45 degrés.
En suspendant l'appareil à la nacelle d'un aérostat, on photographie d'un seul coup un heptagone de terrain d'un diamètre égal à cinq fois la hauteur de l'appareil au-dessus du sol. Mais, en raison des espaces perdus, il faut déclancher à des distances à peu près égales à trois fois et demie cette hauteur pour couvrir complètement un terrain.
Nous avons dit que l'échelle est donnée par le rapport entre la distance focale et la hauteur de l'appareil. Dès lors, en supposant des objectifs ayant 100 millimètres de distance focale, les vues seront aux échelles suivantes:
1/5.000 si elles sont prises de 500 mètres.
1/10.000 1.000 mètres.
1/20.000 2.000 mètres.
A une hauteur de 500 mètres, une bande de terrain d'un kilomètre de largeur sera donc représentée par une bande de 20 centimètres; une route large de 10 mètres formera un trait de 2 millimètres.
Pour les terrains accidentés on photographie une même tranche en se plaçant à deux points différents, de manière à avoir des vues chevauchantes ou stéréoscopiques. Avec quelques points de repère déterminés par les procédés ordinaires de la géodésie, on peut mesurer sur ces vues les différences de niveau.
Le photoperspectographe transforme les sept vues obliques en vues horizontales; un autre appareil réunit photographiquement ces dernières à la vue centrale.
On relève ensuite sur le terrain les documents qui manquent encore: routes ou cours d'eau à travers les forêts, catégories des routes, délimitations politiques ou administratives, noms de lieux, etc. Après quoi on établit la carte suivant les procédés ordinaires.
Dans ces conditions, le travail sur le terrain se trouve considérablement diminué pour le cartographe. Le travail subséquent l'est-il dans la même mesure? C'est un point assez discuté.
En tout cas, il paraît évident que l'appareil du capitaine Scheimpflug est susceptible de rendre de grands services pour dresser rapidement des cartes d'ensemble des pays neufs; il peut être aussi fort utile pour les reconnaissances militaires. En admettant qu'il ne puisse s'appliquer pratiquement à tous les cas, il constitue un système d'une élégante ingéniosité dont témoignent nos photographies.
F. HONORÉ.
L'ÉTABLISSEMENT D'UNE CARTE GÉOGRAPHIQUE AU MOYEN DE L'APPAREIL PHOTOGRAPHIQUE MULTIPLE
CE QU'IL FAUT VOIR
GUIDE DE L'ÉTRANGER À PARIS.
Un vieux diplomate, qui adore Paris et qui le connaît assez bien, me disait un jour:
--Ce qui m'enchante dans cette ville-ci, ce n'est pas seulement la qualité des spectacles qu'on y rencontre; c'est la façon dont ces spectacles s'offrent à nous; c'est le charme du décor où la plupart de vos nouveautés s'encadrent.
Il a raison, cet étranger, et vous sentirez la justesse de sa remarque en allant visiter cette délicieuse exposition bouddhique que viennent d'installer au musée Cernuschi quelques dévots des arts de l'antique Asie. Le paysage, c'est une courte avenue silencieuse, où s'alignent les façades élégantes de quelques hôtels particuliers; et c'est le parc Monceau, avec ses ruines souriantes, ses verdures d'avril, ses jolies allées tranquilles où s'ébattent des petites filles et des petits garçons très bien mis... La maison même n'a pas la majesté un peu intimidante des musées ordinaires; elle est restée ce qu'elle fut autrefois: le logis charmant d'un «amateur» très distingué. Il y fait bon. On s'y promène avec plaisir au milieu de vieilleries vénérables; on y vit, dans l'intimité d'un passé très lointain, de reposantes minutes.
* * *
C'est un passé plus voisin de nous qu'évoque l'exposition, inaugurée il y a quelques jours, au Petit Palais, de «David et ses élèves». Le palais de Girault! le plus joli souvenir d'architecture que nous ait, je crois, laissé 1900; et dans quel paysage encore! un des mieux _composés_ dont une ville puisse offrir la vision aux étrangers qui s'y promènent. Il faut aller voir l'exposition de «David et ses élèves». Entre l'instant de l'année où ferme le Salon des Indépendants et celui où s'ouvre le Salon d'automne, il est bon que l'étranger mette à profit les occasions qui lui sont offertes de se renseigner sur le passé de nos arts; de connaître et de voir d'un peu près nos _vieux_, ceux qu'on «blaguait» hier, et vers lesquels on reviendra demain. Quelques esthètes d'avant-garde ne se sont-ils pas avisés de découvrir et de nous présenter en plein Salon d'automne, il y a deux ou trois ans, monsieur Ingres?
* * *
Mais voici du très moderne; voici du contemporain, même, à foison. Traversons l'avenue Nicolas-II, contournons le Grand Palais qu'animait encore, il y a huit jours, l'élégant remue-ménage du Concours hippique, et gagnons l'avenue d'Antin. La _Nationale_, ouverte il y a cinq jours, nous convie à son spectacle annuel, à son grand marché. (Si nous étions à Leipzig ou à Nijni Novgorod, j'oserais dire: à sa foire, et cela n'aurait rien de désobligeant pour personne.) Il faut aller à ce marché. Un étranger n'a pas le droit d'avoir, durant cette quinzaine d'avril, traversé Paris sans en rapporter le _livret_ de la _Nationale_ et quelques impressions personnelles sur les oeuvres signalées par les louanges éperdues ou par les éreintements de la Critique, et autour desquelles s'entasse la foule des dimanches, pendant deux mois. Il devra avoir vu _l'Apothéose_ de Roll, les trois tableaux de Lucien Simon, les portraits de Gervex, les Raffaëlli; les envois de Friant et de La Gandara, de Dinet, Guiguet, Marie Cazin, Louise Breslau et Raymond Woog; d'Aman-Jean, de Rusinol, de Lepère et de Lebourg; de Madeleine Lemaire, de Séon, de Prinet, de Willette, de Cottet, de Lévy-Dhurmer; de Le Sidaner, Lhermitte et Dagnan; et il faut avoir vu aussi les Boldini, le Besnard et le Béraud, les envois de Meunier, Dauphin, Carolus Duran, La Touche et Karbowski; les dessins de Paul Renouard et de Kaufmann, et que de choses encore! A la sculpture, la statue de José Clara, les envois de Saint-Marceaux, d'Andreotti, Dejean, de Monard, Escoula, J. Froment-Meurice, Injalbert... Un étranger s'arrête aussi volontiers que nous devant les portraits des «célébrités». Cette curiosité très légitime est satisfaite, à la _Nationale_, par d'intéressants envois: je signale, entre autres, le _Léon Bourgeois_ de Roll; le _Jules Lemaître_ et le _Forain_ de Saint-Marceaux; le portrait de Mme _Raymond Poincaré_, par Georges Bertrand,--devant lequel on s'écrasait de la belle façon, le jour du vernissage!
* * *
On s'écrasait presque autant, hier, à la deuxième conférence de Mgr Bolo, et rarement vit-on, entre les quatre murs de la salle austère où la Société de Géographie tient ses séances, tant de plumes et de fleurs rassemblées sur tant de chapeaux! Ce n'est pourtant pas à la flagornerie que Mgr Bolo doit son succès, car il est impossible à un prédicateur de traiter les femmes de son temps avec plus de cinglante sévérité que ne fait celui-là. Mais il est évident qu'il y a une manière... acceptable, agréable même, de dire aux femmes leurs vérités, et Mgr Bolo a la manière. Plus il les rudoie, plus elles sont contentes; la semonce devient-elle par trop vive? Elles rient.
Il est vrai qu'il rit aussi. Et c'est là, sans doute, une des raisons de la sympathie que cet orateur inspire. _Castigat ridendo..._ La figure est ronde, joviale, et, derrière le verre du binocle, l'oeil brille d'une satisfaction malicieuse. Et puis Mgr Bolo a beaucoup d'esprit, parle une jolie langue, enveloppe les choses qu'il dit de gestes adroits et qui ont de la grâce. Ajoutez à cela, enfin, que, en qualité de protonotaire apostolique, Mgr Bolo porte l'habit d'évêque, et qu'entendre un orateur se moquer, sous cet habit-là, du bridge, du flirt, des pianos à queue et des instituts de beauté, c'est un régal dont les Parisiennes elles-mêmes ne jouissent pas tous les jours. Aussi pardonnent-elles à Mgr Bolo de dire beaucoup de mal de leurs salons... Ce moraliste serait tellement moins amusant, s'il était moins réactionnaire! Mgr Bolo fera deux conférences encore; et, dans trois mois, le souvenir de ces causeries fournira, sur les plages, un sujet de conversation de plus:
--Vous avez entendu Mgr Bolo?
Et l'on discutera...
UN PARISIEN.
LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS
«LA MAISON»
M. Henry Bordeaux publie le livre de la Maison (1). Est-ce le roman ou le poème de la Maison? Sans doute, l'un et l'autre à la fois. Mais surtout c'est une étude d'âme, cette âme profonde, incorporée à toutes choses du premier décor de notre vie, que nous trouvons installée dans l'âtre de notre enfance et qui demeure toujours immédiate et sensible parmi les générations qui passent et les pierres qui s'usent. C'est l'âme domestique, divinisée par les anciens pour qui chaque foyer était un autel. Bicoque, villa, hôtel, château, palais, comme tous ces termes prestigieux sont incolores. La maison, cela suffit. La maison, cela dit tout. Il nous fallait, en ce moment opportun où la sensibilité triomphe à nouveau du scepticisme, un romancier, un poète, un psychologue de la maison, et ce psychologue, ce poète, ce romancier, ne pouvait être que l'auteur des _Roquevillard_, du _Pays natal_, de _la Croisée des chemins_, de _la Neige sur les pas_.
Note 1: _La Maison_, par Henry Bordeaux, librairie Plon, 3 fr. 50.
Dans la demeure ancestrale que, du jardin au grenier, et avec tant d'émotion descriptive, nous présente M. Henry Bordeaux, trois générations coexistent et s'opposent. Elles forment non point une ligne droite continue, mais une ligne brisée. Qui, de l'aïeul, du père, ou de l'enfant dont la conscience est encore à former, a brisé cette ligne? Qui est l'auteur de la cassure? Qui a rompu la tradition? Le père, évidemment, serait-on tenté de répondre, car cela paraîtrait le plus normal et le plus commode pour l'agencement romanesque. On penserait encore à l'enfant, entraîné par un sang neuf dans les chemins de traverse. Mais qui songerait à l'aïeul? Eh bien, dans le livre de M. Henry Bordeaux, c'est l'aïeul qui défait l'oeuvre du passé, qui raille le souvenir, qui abandonne la tâche conservatrice léguée par ceux qui, avant lui, édifient la maison pour leur race. Non point que le vieillard ait ces exaltations ou ces défaillances morales, qui aliènent l'énergie. Il n'a point des égarements de jeune homme. Il n'est pas instinctif. Il demeure dogmatique, et il reste vieux, très vieux, puisqu'il croit en Jean-Jacques. Ce démolisseur n'est pas un homme d'aujourd'hui, et c'est pourquoi sans doute, et malgré tout, en dépit des ruines qu'il provoque, ingénument, inconsciemment, avec une angoissante indifférence, ce vieillard aux traits fins, presque féminins, aux yeux toujours un peu noyés de brume, ne nous est point antipathique. Avec lui, son fils--l'homme aux multiples énergies, le médecin, que sa profession, à chaque minute, penche sur l'humanité--forme une rude antithèse. Le docteur Rambert, qui une première fois déjà a réparé les erreurs du vieillard et relevé la maison chancelante, est le vrai chef des trois générations. Il répand autour de lui la paix et l'ordre. Il est le chaînon solide qui renoue avec le passé.
Reste le petit-fils, le chef de famille du lendemain, l'avenir qui se prépare et se précise pour la maison. Et c'est là tout le sujet du drame. Oh! c'est un drame, sans geste et sans éclat, un drame muet, mais combien poignant. L'enfant, placé entre deux directions, se trouve, par les circonstances--une maladie qui arrête ses études et l'oblige à la vie des bois et des champs--soumis presque exclusivement à l'influence du grand-père, l'homme qui continue de voir la vie à travers les _Confessions_. Et voici Jean-Jacques, réincarné, qui éduque l'_Émile_. Au moment du grand combat «qui se livre dans toute existence humaine entre la liberté et l'acceptation, entre l'horreur de la servitude et les sacrifices exigés pour durer», un précepteur dangereux révèle à l'enfant le charme miraculeux de la nature, de l'amour et de l'orgueil même qui croit nous soumettre la terre. Il dit: la forêt est à toi, le lac est à toi, le ciel est à toi. Crois à la vie libre et heureuse dans la nature, et laisse là l'enseignement des biographies héroïques, des récits d'épopée, de toute l'histoire menteuse de l'énergie humaine. Il n'y a rien de plus facile que la vie.
Les pages où nous suivons ce vagabondage d'âmes sont d'une bien grande séduction. Elles évoquent tous les éveils ardents de notre adolescence, ces éclats soudains de lumière et de bonheur si vifs que toute notre vie, par la suite, en demeure irradiée. Et rien n'est plus joli que l'idylle si timidement ingénue de l'enfant et de la petite bohémienne Nazzarena qui s'en va, un matin, sans se retourner, sur la, route, dans un soleil qui ne s'oubliera plus. On croirait lire un chapitre inédit des _Confessions_, retrouvé, reconstitué dans toute sa limpide fraîcheur.
Mais revenons au drame. L'oeuvre est réalisée. L'enfant est maintenant converti à l'évangile du grand-père. Après l'ivresse de la vie libre, il connaît les lendemains d'angoisse et de révolte. «J'étais né, dit-il, au sentiment de la liberté et partant à la notion d'esclavage. Je m'exerçai donc à me trouver malheureux.» Malheureux et persécuté. Et il en arrive à discuter et à haïr l'autorité nécessaire du père, du maître de la maison et de la famille. Pour reprendre cette âme de son enfant, cette conscience qui erre dans les mirages, pour réintégrer cette imagination en folie dans les réalités graves du foyer, pour redonner comme but précis à cette énergie errante la défense de la maison, il faudra, désormais, un long et désolant travail, toute une lutte ingrate, et plus encore: une crise terrible du foyer, la mort du chef, du maître, succombant à la peine, en beauté, en grandeur, admirable vaincu, qui lègue à celui qui le suit la mission de continuer la tâche héréditaire.
--Ton tour est venu.
Et, dans la chambre d'agonie, soudainement, l'enfant égaré rentre dans l'ordre, «comme un soldat prêt à déserter reprend sa place dans le rang, sous l'oeil de son chef». Désormais, sa vie est fixée à un anneau de fer. Il ne tendra plus vers les mirages du bonheur que des mains enchaînées. «Mais ces chaînes-là tout homme les reçoit un jour, qu'il monte sur un trône ou que son empire ne soit que d'un arpent ou que d'un nom.»
Tel est le livre, en ses conclusions. Nous avons dit le charme de son détail. Nous avons laissé de côté ses directions, politique ou religieuse,--dont chacun pourra discuter. Il nous a suffi de dégager l'essence pure, et accessible à tous, de son enseignement.
ALBÉRIC CAHUET.
Voir dans _La Petite Illustration_ le compte rendu des autres livres nouveaux.
LES THÉÂTRES
L'Odéon, abandonnant, après s'y être longtemps voué, les drames à costumes historiques ou exotiques et à décors pittoresques ou fastueux, vient de représenter une «comédie bourgeoise» de MM. Pierre Decourcelle et André Maurel: _la Rue du Sentier_. Deux mondes y sont mis en présence; le monde des artistes et des comédiens, le monde des commerçants; la jonction et le heurt se produisent entre eux par le mariage du fils d'une «grande patronne» de la rue du Sentier, négociante à l'esprit rigide, impérieux, avec une jeune élève du Conservatoire, riche seulement de sa grâce et de son talent. Cela nous vaut une étude et un exposé tantôt émouvants, tantôt amusants, des moeurs et des usages de ces personnages et de ces milieux si différents. On a vivement applaudi cette comédie, d'une si jolie tenue, interprétée avec talent par MM. Vargas, Grétillat, Denis d'Inès, Desfontaines et Mmes Alice Nory et Grumbach.
Le spectacle que le théâtre Antoine nous offre depuis quelques jours, _le Chevalier au masque_, appartient, par le milieu où se développe son action et par quelques-uns de ses personnages,'au drame historique; mais, par la libre fantaisie de son affabulation enchevêtrée et romanesque, il relève de la pièce d'aventures policières; seulement la scène se passe en 1802 et Sherlock Holmes s'appelle Fouché. Les auteurs, MM. Paul Armont et Jean Manoussi ont très ingénieusement mélangé et dosé les deux genres. M. Qémier a donné un relief étonnant au personnage épisodique de Pouché; Mmes Dermoz, Jeanne Fusier, MM. Candé, Saillard, Lluis, Escoffier, sont les autres excellents interprètes de cette pièce divertissante.
Sur un curieux livret de M. Charles Le Goffic intitulé _le Pays_, et qui est une sorte de poème de la nostalgie, M. Guy Ropartz a écrit une partition émouvante; l'Opéra-Comique vient de représenter avec le plus vif succès le «drame en musique» de ces deux artistes. C'est l'histoire d'un marin breton hanté du mal du pays sur la terre d'Islande où il a fondé son foyer. Le spectacle se complète par un «conte mélodique», gracieux et joli, que M. Lattes a tiré de _Il était une bergère_, de M. André Rivoire. La musique s'est heureusement inspirée du poème si souvent applaudi à la Comédie-Française. On a fêté les interprètes de ces deux ouvrages Mlles Lubin, Mathieu-Lutz, Nicot-Vauchelet, MM. Salignac, Foix, Vieuille.
Le théâtre de l'Oeuvre a représenté une pièce de M. Francis Jammes, _la Brebis égarée_. Le poète des Géorgiques chrétiennes abordait la scène pour la première fois. A la vérité, sa pièce n'a pas été écrite pour le théâtre; elle s'adresse davantage aux lecteurs qu'aux spectateurs. L'action y est à peu près nulle. La brebis égarée, et qui se retrouve, c'est la femme coupable. Le public habituel de l'Oeuvre a écouté religieusement les longues récitations de prose rythmée et de vers blancs par quoi les personnages expriment les émois de leurs âmes dans des décors simplifiés et non sans charme. Ce poème dialogué a eu pour interprètes MM. Lugné Poe, Dhurtal, Jarvy et Mlles Gladys Maxhence et Sephora Mossé.
Le théâtre des Arts représente une originale pièce de M. W. V. Moody. C'est un drame d'Amérique, et nous ne pouvons le goûter que dans sa traduction. Néanmoins il a paru plaire. Un cow-boy de l'Ouest rencontre une jeune fille de l'Est et ces deux êtres de races presque différentes s'aiment. Mais leur conception de la vie, leurs instincts, leurs caractères se heurtent; ils ne pourront être heureux ensemble que plus tard, après s'être fait réciproquement souffrir. Les décors et les costumes sont dus à M. Maxime Dethomas.
DOCUMENTS et INFORMATIONS
LA VACCINATION CONTRE LE CHARBON SYMPTOMATIQUE.
Depuis douze ans, MM. Leclainche et Vallée s'occupent systématiquement de la vaccination contre le charbon symptomatique, maladie si redoutée des éleveurs. Ils viennent de faire connaître à l'Académie des sciences un procédé perfectionné qui leur permet d'obtenir des races microbiennes véritablement atténuées. On n'avait pu, jusqu'ici, produire ces races atténuées du bacille de Chauveau. Elles étaient indispensables à l'obtention d'un vaccin sur lequel on pût compter. Actuellement, grâce à ces races, MM. Leclainche et Vallée produisent des vaccins qui, par une seule injection, et sans aucun risque, déterminent une immunisation parfaite.
Depuis trois ans, il a été vacciné 345.000 bovidés en France, Allemagne, etc., par la nouvelle méthode, avec un succès complet. Aussi les auteurs considèrent-ils le problème de la vaccination contre le charbon symptomatique comme complètement résolu.
UN MODE DE CLASSIFICATION DES HIVERS.
Le système des moyennes, si souvent trompeur, semble particulièrement défectueux quand on l'applique à la comparaison des diverses saisons.
M. Angot, directeur du bureau central météorologique, propose donc une nouvelle méthode pour comparer les températures des différents hivers, surtout au point de vue de leur influence sur les phénomènes agricoles. Il fait remarquer que les moyennes mensuelles sont insuffisantes, car le mois de février, par exemple, peut, comme en 1913, donner une température moyenne à peu près normale, tout en ayant présenté deux parties absolument différentes, l'une chaude et humide, l'autre froide et sèche. De même l'examen des températures extrêmes ne permet pas de déductions certaines.
L'influence des froids sur la végétation dépendant à la fois de leur intensité et de leur durée, M. Angot fait, pour chaque mois, la somme des températures minima quotidiennes inférieures à 0°. Pour huit mois de l'année, octobre à mai inclusivement, le total est en moyenne 198°,7, soit 200° en chiffres ronds. Mais, d'une année à l'autre, ce total varie dans des proportions considérables: 52° en 1872-1873 et 588º en 1879-1880; il semble donc que de tels écarts permettent une classification assez exacte.
M. Angot a dressé un tableau résumant les observations faites au parc Saint-Mauv pendant quarante ans, soit depuis l'hiver 1872-1873 jusqu'à 1911-1912. Les quatre hivers donnant les totaux les plus forts sont les suivants:
1879-1880....... -588° 1890-1891....... -447 1894-1895....... -412 1887-1888....... -323
Les quatre hivers les moins froids ont donné des sommes très faibles:
1872-1873........-52° 1883-1884........-59 1911-1912........-61 1876-1877........-75
Les trente-deux autres hivers de la période considérée ont donné des sommes comprises entre 100° et 300°.
L'hiver actuel 1912-1913, d'octobre à mars inclus, a donné 73°,5, ce qui classe l'année courante au moins au quatrième rang dans la liste des hivers où il y a eu le moins de gelée.
LES ÉTUDIANTS ÉTRANGERS EN FRANCE.
D'après une statistique arrêtée au début de l'année 1913, les Universités françaises sont actuellement fréquentées par 41.109 étudiants ou étudiantes se répartissant ainsi:
Étudiants. Étudiantes.
Droit............. 16.644 119 Médecine.......... 8.687 1.057 Sciences........... 6.056 583 Lettres............ 4.157 2.241 Pharmacie......... 1.509 56 Total............. 37.053 4.056
Dans ces nombres, l'étranger fournit 3.819 étudiants et 1.741 étudiantes, soit ensemble la proportion énorme de 13,5% du chiffre total.
D'autre part, la moitié des étudiantes fréquentent l'Université de Paris où elles se répartissent ainsi:
Françaises Étrangères.