L'Illustration, No. 3658, 5 Avril 1913

Part 4

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Les journaux quotidiens ont donné un compte rendu détaillé de ces fêtes et cérémonies auxquelles avait voulu assister un éminent ami de la mutualité et de tout ce qui est français, le prince de Monaco. L'une de nos photographies donne une vision de la foule massée devant le théâtre à l'instant où le président de la République, qui venait de clôturer le congrès mutualiste, sortait pour se rendre au manège d'artillerie où avait lieu le banquet de 2.500 couverts. La fête champêtre eut pour cadre la fameuse promenade du Peyrou, dominée par le château d'eau, d'où, lorsque le temps est clair, on aperçoit la mer. Des grisettes montpelliéraines, soeurs des midinettes de Paris, récitèrent un compliment en languedocien, et, sous des arceaux de verdure et de fleurs entrelacés, des groupes de jeunes garçons et de fillettes, de jolies _pitchounettes_ en costume traditionnel, exécutèrent les danses locales de la Treille. M. Raymond Poincaré complimenta avec esprit, serra des mains, embrassa des enfants, entendit quarante fois _la Marseillaise_ et, au bout de sa journée, salué par une dernière formidable acclamation, reprit, à 7 heures, le train de la capitale.

LA SUCCESSION DE M. LÉPINE

En revenant du voyage présidentiel où il remplissait pour la dernière fois les fonctions de directeur de la Sûreté générale, M. Hennion est allé recevoir des mains de M. Lépine le sceptre, ou, pour mieux dire, le bâton blanc de la préfecture de police.

Le successeur de M. Lépine est né dans un bourg du département du Nord, à Gommegnies, près d'Avesnes. Il a même aujourd'hui la satisfaction d'être le maire de sa commune natale.

Engagé dans l'infanterie pour cinq ans, M. Hennion quitta son régiment en 1885, avec les galons de sergent-major, et, dès l'année suivante, il entrait à la Sûreté générale. Nommé, un peu plus tard, commissaire spécial à Paris; puis envoyé, sur sa demande, à Verdun, comme commissaire de police (il y resta près de trois ans pour étudier le fonctionnement de la police en province), il était rappelé en 1893 à la Sûreté générale, et, depuis vingt ans, il n'a plus quitté ce service qu'il dirigeait depuis six ans.

Sa figure n'est pas encore aussi connue des Parisiens que celle de M. Lépine. Elle l'est, en tous cas, des habitués des champs de courses, où, pendant douze ans, M. Hennion pourchassa les parieurs _au livre_ au grand profit du Trésor, qui du pari mutuel allait tirer les admirables ressources que l'on sait... On a vu aussi M. Hennion en province, puisqu'il y fut, à l'occasion de plus de cent voyages de chefs d'État, l'organisateur des services d'ordre.

Mais, surtout, M. Hennion est le créateur de ces _brigades mobiles_ qui ont transformé les conditions de travail du service des recherches. Grâce à lui encore, ce service se trouve aujourd'hui pourvu de tout l'outillage moderne qui ne lui a manqué que trop longtemps: archives criminelles centralisées à Paris, ateliers de photographie constitués dans les commissariats et aux sièges des brigades mobiles, application de plus en plus étendue de la téléphonie et de l'automobilisme aux opérations de Sûreté générale...

Grand, robuste, la moustache courte et jeune, la démarche aisée, le geste prompt, le nouveau préfet de police est un quinquagénaire favorisé par la nature: il a le visage d'un homme de quarante ans à peine.

M. Eugène Pujalet qui succède à M. Hennion comme directeur de la Sûreté générale n'est âgé que d'une quarantaine d'années. Il a débuté dans l'administration, il y a dix-neuf ans, comme chef de cabinet du préfet du Tarn. A vingt-trois ans, il était appelé à Paris connue secrétaire du directeur de la Sûreté générale, passait de ce service à la direction du cabinet de M. Blanc, préfet de police, et, en 1899, revenait à la Sûreté générale avec les fonctions d'inspecteur des commissariats spéciaux. Après le vol de la _Joconde_, on confia à M. Pujalet, jeune, énergique, plein d'initiative, la direction provisoire des musées nationaux où il réorganisa si bien la surveillance et la discipline du personnel que ses fonctions venaient, il y a quelques mois, de lui être confirmées à titre définitif... Définitif, on le croyait du moins, puisque voici le directeur des musées d'hier devenu le directeur de la Sûreté d'aujourd'hui.

DEUX PHOTOGRAPHIES

DU DÉFUNT ROI GEORGES DE GRÈCE

Un de nos excellents correspondants, M. Franz de Jessen, nous envoie de Copenhague, avec ces quelques lignes de commentaire, deux documents curieux et rares sur la jeunesse du roi Georges de Grèce qui vient d'être si lâchement assassiné après un règne prospère de cinquante ans:

La première de ces photographies représente le roi, alors prince Guillaume de Danemark, en uniforme des cadets de la marine danoise. Elle date du mois de décembre 1862, c'est-à-dire quelques mois avant l'élection du prince au trône des Hellènes (30 mars 1863). Le prince fut, en effet, à l'époque de son élection, cadet de la marine danoise,--ni plus ni moins. Il est à faire remarquer qu'à ce moment son père (feu le roi Christian IX), n'avait pas encore pris possession de la couronne danoise, portée alors par le roi Frédéric VII (mort en novembre 1863), tandis que le prince Christian n'était qu'héritier présomptif. La nomination du prince Guillaume au grade d'officier de marine n'eut lieu que le jour même où le roi Frédéric VII acceptait au nom du jeune prince l'offre apportée par la députation hellène, présidée par le vieux et fameux amiral Kanaris (audience solennelle au château de Krigtiansbors à Copenhague, 6 juin 1863).

L'autre photographie est prise à Athènes après l'avènement du roi Georges, en été 1864.

Le nouveau roi avait alors dix-huit ans. Il est entouré par sa suite _danoise_, c'est-à-dire les officiers danois qui l'ont accompagné en Grèce. Le roi est le jeune homme coiffé d'un chapeau melon, assis au milieu. Il a à ses côtés (également assis) le baron de Gyldenèvone. A gauche du roi (debout) le capitaine Funch, derrière le roi (debout) le lieutenant des dragons Hannibal Leth.

LENDEMAIN DE RÉVOLUTION

AU MEXIQUE

Si l'ordre règne maintenant à Mexico, après la violente tragédie, la sauvage guerre de rues, qui ensanglanta la ville et qui se termina par le meurtre du président Madero et du vice-président Suarez, des ruines demeurent que l'on mettra peut-être longtemps à relever.

Les obus, qui, pendant trois jours, se croisèrent entre le palais où s'était retranché le gouvernement et l'arsenal où s'étaient fortifiés les révolutionnaires, portèrent un peu partout leur oeuvre de destruction et de mort, parmi les paisibles demeures et les monuments publics, dans les rues et sur les places qui, en certains endroits, furent jonchées de cadavres que l'on brûla sur place.

Nous publions ici deux des nombreuses photographies qui nous ont été communiquées sur les lendemains de cette convulsion politique et qui témoignent de la violence aveugle de ce bombardement à l'intérieur d'une capitale.

DOCUMENTS & INFORMATIONS

LA PRODUCTION TOTALE DU DIAMANT.

Dans son _Traité de métallogénie_, M. de Launay cherche à évaluer la quantité totale de diamant extraite du sol depuis que l'on commença à apprécier ces brillants cailloux.

Tous les anciens diamants venaient de l'Inde. Les mines de ce pays, aujourd'hui complètement épuisées, auraient fourni environ 2.000 kilos.

En 1723 on découvrit les gisements du Brésil, qui ont donné 2.500 kilos de diamants représentant une valeur brute de 500 millions, soit 40 francs le carat (1 carat = 20 centigrammes). Mais, depuis quelques années, la production annuelle est réduite à 350 carats ou 70 grammes.

Aujourd'hui le monde entier est alimenté par les mines du Cap, trouvées en 1870. La production a atteint 3.600 carats en 1887 et en 1898; depuis lors, le syndicat des mines a limité l'extraction afin d'éviter la formation d'un stock trop considérable.

Voici la production mondiale de 1909:

Cap (Cie de Beers).. 1.860.000 carats. Transvaal.......... 1.929.492 Orange............. 656.319 Afrique allemande.. 400.000 Guyane anglaise..... 5.646 Nouvelle-Galles du S. 2.205

La valeur des pierres diffère beaucoup selon la provenance; le diamant brut du Cap vaut en moyenne 40 francs le carat, celui du Transvaal, 16 francs.

M. de Launay est amené à évaluer ainsi la production totale du diamant depuis l'origine:

Millions Valeurs en millions de carats. de francs.

Inde. 10 426 Brésil (1723-1910). 12 500 Afrique du Sud (1867-1910). 120 3.900

Total. 142 4.826

Ces 142 millions de carats de diamant brut représentent 28,4 tonnes et 8 mètres cubes, avec une valeur brute de près de 5 milliards.

En tenant compte de la taille, le volume peut être diminué de moitié; mais la valeur marchande, aux cours actuels, peut être quintuplée. Nous arrivons donc à un total de 4 mètres cubes de diamants taillés, valant 24 milliards et pouvant tenir dans une caisse mesurant 2 mètres de longueur et 2 mètres de largeur sur 1 mètre de hauteur.

Devant de tels chiffres, qui font sourire les femmes et rougir le philosophe, on se demande comment le monde peut encore absorber chaque année pour 140 millions de diamants bruts qui, taillés, représentent un achat d'environ 600 millions.

L'AMÉNAGEMENT DES MONTAGNES DAUPHINOISES.

L'_Association dauphinoise pour l'aménagement des montagnes_ a pour but l'amélioration du domaine forestier et du régime pastoral dans les régions montagneuses du Dauphiné. Fondée à Grenoble, il y a quelques années, elle a déjà obtenu des résultats sérieux, malgré la faiblesse des ressources dont elle dispose.

Grâce à une active propagande, plusieurs communes ont cessé d'accueillir les moutons de Provence qui venaient, chaque été, achever la dévastation de leurs pâturages, en même temps qu'ils rendaient impossible toute tentative de reboisement. Dans ces conditions, on a constaté, au bout de trois ou quatre ans, une véritable renaissance de la végétation forestière et pastorale; dans l'Oisans, notamment, des coteaux abrupts, rongés par le ruissellement et les avalanches, se couvrent peu à peu d'un manteau forestier protecteur. Les plantations réussissent dans la proportion d'environ 70%.

Mais cela coûte cher. Beaucoup de communes ne comprennent pas encore leur véritable intérêt; d'autres ont des ressources si modiques que l'association doit prendre à sa charge le déficit causé dans la caisse municipale par la non-location. A ces frais et à ceux de propagande viennent s'ajouter les dépenses pour la création de pépinières et pour les plantations, et encore les subventions à diverses initiatives particulières, telles que les reboisements d'un caractère esthétique entrepris par le Syndicat d'initiative du Monestier-de-Clermont.

L'association demande à ses adhérents une cotisation minime: 2 à 10 francs, au gré de chacun. Il semble donc permis d'espérer que le nombre de ces adhérents augmentera rapidement, surtout dans les régions intéressées à une oeuvre dont personne ne saurait discuter l'utilité.

LES RUINES DE LA GUERRE CIVILE A MEXICO

LA FIN D'UN SCANDALE.

L'administration des Beaux-Arts a prononcé, la semaine dernière, le classement du clocher de Saint-Martin, à Vendôme: ainsi va prendre fin, à la satisfaction de tous les défenseurs de nos richesses monumentales menacées, et des Vendômois tout des premiers, le scandale qu'avait publiquement révélé, à la tribune de la Chambre, M. Maurice Barrés.

Nous avons, dans notre numéro du 22 mars, publié les deux photographies qu'avait montrées à ses collègues le député de Paris, comme preuve des fâcheux travaux exécutés dans la tour. Pour répondre au désir qu'on nous a exprimé de divers côtés, nous reproduisons aujourd'hui une vue d'ensemble du clocher de Saint-Martin. Son seul aspect justifie l'émotion unanimement provoquée par l'acte de vandalisme dont il a été l'objet: c'est bien l'une des parures de Vendôme que l'on avait tenté de déshonorer, et que l'arrêté de classement vient de sauver fort à propos.

LA DISPARITION DU CAFÉ ANGLAIS.

Après Tortoni, la Maison Borée, le café du Helder, voici que disparaît le Café anglais. Un immeuble de rapport va remplacer la maison vieux jeu, aux fenêtres étroites et basses, qui, depuis longtemps, paraissait sommeiller au coin du boulevard et de la rue de Marivaux, dédaignant toute modernisation susceptible d'éblouir les passants qu'étonnait un pareil anachronisme à deux pas de l'Opéra et de l'Opéra-Comique.

Fondé dans les dernières années du dix-huitième siècle, ce restaurant célèbre connut sa plus grande prospérité sous le second Empire. Gros financiers, artistes enrichis, littérateurs en vogue, princes de tous pays, s'y rencontraient avec l'aristocratique «jeunesse dorée» qui continuait avec autant de brio que ses aînés, mais peut-être moins de désinvolture, la tradition des soupers de la Régence. La finesse de la cuisine, la supériorité de la cave étaient aussi justement renommées que la discrétion du lieu et le ton imposé par une clientèle ultra-select.

Après la guerre, les soupeurs d'antan se reposèrent; ceux de la nouvelle génération adoptèrent la brasserie, recherchant le coude à coude, la gaieté bruyante et l'addition discrète. Un instant, le Café anglais, acheté par une société, connut des jours moins heureux. En 1876, il fut acquis par le propriétaire actuel, M. Burdel, qui sut ramener chez lui une clientèle hésitante et s'en faire une nouvelle. On ne soupait plus guère au Café anglais; mais on y déjeunait et l'on y dînait. Les boursiers, quelques hommes de lettres parmi lesquels Sardou fut le client le plus fidèle, les riches étrangers, tous les gens fortunés sachant vraiment manger, fréquentaient assidûment cette maison hors rang dont la table continuait à lutter victorieusement avec celle des plus somptueux palaces. Au passant rapide, le Café anglais semblait vide et abandonné; en réalité, il faisait de brillantes affaires.

Sa disparition est la conséquence de la plus-value formidable dont profitent depuis quelque temps les terrains du quartier de l'Opéra. L'immeuble, voué à la démolition immédiate, occupe une surface de 198 mètres. Il a été vendu 1.500.000 francs, ce qui fait ressortir le prix du terrain à 7.000 francs le mètre.

LE PRIX D'UN CUIRASSÉ EN ANGLETERRE ET EN ALLEMAGNE.

_L'Engineering_ vient de publier des renseignements intéressants sur le prix actuel des navires de guerre construits en Angleterre et en Allemagne.

Les cuirassés allemands du type _Kaiser_, construits par les chantiers impériaux, et ceux du type _Kaiserin_, construits par des chantiers privés, ont les mêmes caractéristiques générales: 170 mètres de longueur, 24.000 tonnes de déplacement, turbines de 28.000 chevaux ayant donné aux essais une vitesse de 21 noeuds. Les premiers ont coûté 59 millions et demi; les autres, 60 millions.

Les bâtiments anglais du type _King George V_, un peu moins gros que les unités allemandes (166 mètres de longueur et 23.000 tonnes de déplacement), ont la même puissance et la même vitesse; ils ne coûtent que 50.400.000 francs. En outre, l'armement, quoique très supérieur à celui des cuirassés allemands correspondants, a coûté environ 6.500.000 francs de moins par navire.

Le _Goeben_, croiseur de la marine germanique, mesure 184 mètres de longueur, déplace 22.600 tonnes avec une force de 52.000 chevaux; il a coûté 55 millions. Le _Lion_, de la marine britannique, mesure 198 mètres, déplace 26.300 tonnes et utilise une puissance de 70.000 chevaux; il a coûté 51.700.000 francs.

De façon générale, l'écart des prix de construction entre les divers chantiers de l'Angleterre ne dépasse pas 2 %; et ces prix représentent une économie de 8 à 15 % sur ceux des chantiers allemands.

LA MAISON DE BALZAC.

Le ministre de l'Instruction publique et des Beaux-Arts a tenu à classer parmi les monuments historiques le petit pavillon avec jardin que Balzac vint habiter à Paris, au numéro 24 actuel de la rue Pierre-Berton, lorsqu'il fut obligé de vendre, pour cause de dettes, son chalet des Jardies, à Sèvres.

C'était, transformée au goût moderne, une aimable résidence du dix-huitième siècle appelée la Folie-Bertin, où Bertin de Blagny, financier artiste, avait donné plus d'une fête en l'honneur de Mlle Hus, pensionnaire du Théâtre-Français.

Peut-être sa situation tenta-t-elle le grand écrivain du dix-neuvième siècle, plus encore que ses souvenirs. Car elle avait deux issues: ressource précieuse pour fuir les créanciers importuns. Là, l'auteur de la Comédie Humaine acheva, au cours de veilles laborieuses, sa grande histoire de la société moderne, avec Ursule Mirouet, la cousine Bette, Modeste Mignon, le Cousin Pons, et ce Mercadet qui fut comme un reflet de ses luttes avec ses créanciers.

Le pavillon de la rue Berton est aujourd'hui le musée que la Société des Amis de Balzac a meublé de pieux souvenirs. Par la porte-fenêtre de la pièce, qui fut le cabinet de travail de l'écrivain, on accède au jardin où il aimait à se promener, vêtu d'un froc blanc de dominicain dont il avait fait son costume d'intérieur. Parfois même il y faisait porter sa baignoire, pour se reposer en plein air et dans l'eau.

NIDIFICATIONS PRÉCOCES.

Avec les hivers particulièrement doux qui sont la règle depuis quelques années, les oiseaux commencent à se sentir désorientés, et on les voit faire leur nid et pondre en des saisons tout autres que la normale. Les faits qui suivent et qu'a recueillis un observateur anglais, dans le Cheshire, donnent l'impression que normalement il y a chez les oiseaux une tendance à une seconde saison reproductrice en automne, tendance qui se réalise quand le temps est favorable.

En 1911, l'observateur en question a trouvé des oeufs de ramier le 25 octobre; des oeufs de roitelet en décembre; de jeunes étourneaux aussi en décembre. En 1912, il a trouvé des oeufs de linotte (janvier), de roitelet (janvier), des jeunes d'étourneau (janvier), des oeufs de merle, de moineau, etc., en novembre et décembre. En 1913, il a vu des oeufs de merle en janvier; de jeunes étourneaux aussi en janvier, et de diverses autres espèces aussi des oeufs et des jeunes, toujours en janvier.

LE JAPON ET LA CHINE VUS PAR UN ARTISTE.

D'un récent voyage au Japon et en Chine, où il était allé chercher des sujets nouveaux d'inspiration, M. H. Le Riche, le peintre et dessinateur bien connu, a rapporté une ample moisson de croquis et d'études plus poussées, à l'huile et à l'aquarelle, dont, à plusieurs reprises, _L'Illustration_ a eu la primeur. Ces études, M. Le Riche les réunit aujourd'hui en une exposition qui vient de s'ouvrir à la Galerie Georges Petit: elles constituent un ensemble d'un rare attrait, par lequel s'affirme le charme varié de ces impressions d'Extrême-Orient, dont nos lecteurs auront eu un délicat avant-goût.

UNE GRANDE LORRAINE

Une Lorraine de grand coeur, qui fut l'une des premières à honorer la mémoire de nos soldats tués sur les champs de bataille de 1870, Mme veuve Adolphe Bezanson, née de Viville, belle-soeur de Paul Bezanson qui fut maire de Metz en des temps difficiles, de 1871 à 1877, vient de disparaître, à un âge très avancé. Sa mort a été vivement ressentie dans tout le pays annexé, où elle était entourée d'une touchante vénération.

Bien avant que fût fondée l'Association des Dames de Metz, Mme Bezanson s'était donné la noble tâche d'entretenir et de parer les tombes des Français tombés, pendant la guerre, autour de la grande ville lorraine. Chaque année, à la Toussaint, et quand revenaient les douloureux anniversaires, elle se rendait secrètement au cimetière Chambière, dissimulant sous ses vêtements des fleurs et de petits outils de jardinage, avec lesquels elle nettoyait pieusement les tertres. Plus tard, on osa rendre ostensiblement hommage à nos morts. L'honneur lui reste d'avoir commencé cette oeuvre du Souvenir, à laquelle les Alsaciens-Lorrains sont restés, malgré les obstacles, si fidèles.

Mme Bezanson était titulaire de la médaille des anciens combattants de Gravelotte et de la médaille en or de la Société pour l'encouragement au bien. Cette distinction, qui ne se décerne qu'une fois par an, lui avait été remise solennellement par le président de la République en 1908.

Metz a fait à cette grande Lorraine des obsèques émouvantes.

PIERPONT MORGAN

M. Pierpont Morgan est mort à Rome, dimanche dernier. Il est mort après quelques jours de maladie, tout comme le plus modeste des rentiers... «Gastrite aiguë, compliquée de prostration nerveuse», disent les dépêches.

Il avait soixante-seize ans, étant né le 17 avril 1837, à Hartford, dans le Connecticut. Et la première originalité de ce milliardaire fut de n'être pas «parti de rien». Il faut que les biographes en prennent leur parti; ils n'auront pas, cette fois, la ressource d'exciter l'imagination populaire, au récit d'aventures d'enfance pathétiques, de débuts misérables et attendrissants. Le jeune Pierpont Morgan, avant de devenir le roi de la finance, ne fut point le gamin qui apprend à lire tout seul, cire les bottes et vend des journaux dans les trains. Pierpont Morgan avait des papiers de famille et une généalogie. Ses aïeux, émigrés d'Angleterre aux États-Unis, s'étaient établis au Massachusetts en 1636; et voilà donc plus de deux siècles et demi qu'il existe en Amérique des parents de ce génial manieur d'affaires. Il avait fait, à Hartford, de bonnes études. Il avait été étudiant à Boston; puis, après un séjour en Suisse, il avait fait un stage en Allemagne, à l'Université de Gottingen. En 1857, à vingt ans, il entrait dans la maison de son père, qui était alors banquier à Londres.

L'apprentissage ne fut pas long. Le propre du génie n'est pas seulement d'apprendre vite, mais de deviner ce qu'il ignore. Il se sépare, au bout de peu de temps, de son père, pour devenir à New-York son correspondant, en même temps que le directeur d'une banque qu'il y fonde,--la banque _Dabney Morgan and Co._ Le novice est désormais lancé. En moins de dix ans, il est l'un des rois des chemins de fer aux États-Unis.

On a dit de Pierpont Morgan qu'il était un grand ami de notre pays. C'est vrai.

On sait qu'au lendemain de la défaite de Sedan, une maison de banque vint la première, sans hésiter, au secours des vaincus: celle de Julius Spencer Morgan, qui prêta 250 millions au gouvernement de la Défense nationale; 250 millions grâce auxquels put être continuée la lutte, et sauvé l'honneur des vaincus. Nous ne devons pas oublier que, comme «correspondant» de son père aux États-Unis, Pierpont Morgan se trouvait naturellement associé à une opération où s'affirmait, en même temps que la vitalité du crédit français, la persistance d'amitiés puissantes et qui nous sont restées fidèles.

Pierpont Morgan avait alors trente-quatre ans. Il allait entrer dans la plénitude de son influence et de son action. Action souveraine; influence telle qu'aucun industriel, aucun financier, n'en ont jamais connu de comparable à celle-là!