L'Illustration, No. 3658, 5 Avril 1913
Part 3
Il en est de même partout. Les défenseurs des forts, trouvant leur situation intenable, abandonnent la défense et mettent bas les armes. Des milliers de soldats, qui ont jeté leur fusil, se précipitent, affolés, vers la ville. Ils s'efforcent de se cacher dans les maisons des habitants et de se procurer des vêtements civils. Et, pendant que se passent ces scènes lamentables, deux régiments bulgares entrent tranquillement, étendards déployés, dans la ville. A 10 heures du matin, Choukri pacha, qui venait de faire arborer le drapeau blanc sur la tour du guet et qui avait aussi, paraît-il, envoyé des parlementaires dans les divers secteurs pour demander des assiégeants la cessation des hostilités, n'a pas même le temps de voir revenir ceux-ci. Il est pris, purement et simplement, dans l'un des forts, l'Hadirlik, où il s'était réfugié.»
Ainsi s'écroulait, en quelques heures, la longue résistance de la garnison d'Andrinople.
Ce brusque anéantissement laisse une impression d'étonnement, presque de stupeur. On pouvait croire que la famine, les privations avaient affaibli le moral des défenseurs. Il n'en est rien. La ville contenait encore des approvisionnements en quantité. Certaines denrées, telles que le sel et le sucre avaient atteint cent fois leur prix ordinaire; mais le grain ne manquait pas; des troupeaux entiers de boeufs et de moutons pâturaient dans les jardins; il fallut tuer les chevaux des officiers et des attelages d'artillerie pour ne pas les laisser tomber vivants aux mains des Bulgares. La soudaineté de l'ouragan d'obus qui s'abattit sur eux, la fougue extraordinaire de l'attaque, paraissent avoir déconcerté les garnisons des forts et provoqué, chez ces soldats fatigués, une panique analogue à celle qui s'empara de leurs compagnons d'armes à Kirk-Kilissé et Loule Bourgas. C'est la lassitude, non la faim, qui a eu raison de l'armée de Choukri pacha.
_Quel émouvant et magnifique symbole de la conquête que cette mosquée d'Andrinople, dont les puissantes assises reposaient, depuis des siècles, en terre ottomane, et qui, aujourd'hui, est tombée aux mains chrétiennes! Pour ceux que la force des armes a conduits jusqu'en ce sanctuaire de l'Islam, on ne saurait imaginer de prise plus superbe, ni mieux faite pour exalter l'imagination populaire; et il n'en doit pas être aussi de plus douloureuse au coeur des musulmans. A considérer ces voûtes hardies, d'où pendent les fils innombrables des lustres, ces colonnes, ces portiques, tout ce grandiose lieu de prière, on comprend l'obstination de la résistance turque... La mosquée du sultan Sélim, la mosquée aux 999 fenêtres, édifiée de 1568 à 1574 par Sinan, est une merveille de l'architecture ottomane. Formant un immense carré, agrandi, sur l'un des côtés, par l'enfoncement du «mihrab», elle dresse, à une hauteur de 35 mètres, sa coupole, qui porte sur huit arcades aux piliers arrondis. «La construction intérieure est en briques, sauf les piédroits et les corniches qui sont en pierre dure, dit, dans son bel ouvrage sur les Coupoles d'Orient et d'Occident, M. Alphonse Oosset; les piliers sont recouverts en partie de marbre, et disposés par panneaux en facettes étroites; les murs sont ornés de revêtements de faïence, puis de peintures... Les lampes suspendues en cercle donnent l'échelle de proportions à cet immense ensemble, où l'on ne sait ce qui est le plus à admirer, de l'inspiration du génie ou de l'exécution.» Des informations, aujourd'hui controuvées, avaient annoncé la destruction de la mosquée Sélimié: ce chef-d'oeuvre n'a fort heureusement souffert aucun dommage pendant le bombardement et après la chute de la ville._
Cette partie de l'avenue Montaigne proche de la place de l'Aima, qui était jusqu'à présent peu passagère le soir, est maintenant devenue, entre 8 h. 1/2 et minuit, un foyer d'animation et de lumière. Le théâtre des Champs-Elysées, où deux salles, l'une consacrée à la musique, l'autre à la comédie, s'offrent simultanément au choix du public, a fait, cette semaine, son ouverture, et c'est, à l'arrivée et au départ des spectateurs, un va-et-vient d'automobiles croisant les rayons de leurs lanternes, tandis que la façade marmoréenne de ce nouveau palais resplendit, des portes jusqu'aux bas-reliefs du statuaire Bourdelle, de la blanche clarté frisante que lui dispense le projecteur de la tour Eiffel...
L'inauguration du théâtre de musique, avec _Benvenuto Cellini_--que devait suivre, quelques jours plus tard, la première représentation de _l'Exilée_ sur la scène de comédie--avait attiré une foule élégante et choisie, curieuse de voir les nouveautés promises, depuis longtemps, aux Parisiens. La salle claire, aérée, ne pouvait manquer de séduire par le confortable de son aménagement, qui permet au spectateur des commodités inaccoutumées, et par l'excellence de son acoustique. Il est certain qu'un heureux et considérable effort a été réalisé, grâce à M. Gabriel Astruc et à ses collaborateurs, les architectes Perret, pour doter la capitale d'un nouveau théâtre où l'on puisse goûter parfaitement les oeuvres lyriques; aussi le plaisir d'entendre a-t-il été sans mélange. La salle elle-même, toute en marbre gris rehaussé par les dorures des colonnes, avec sa coupole ornée d'importantes compositions décoratives du peintre Maurice Denis, est d'aspect sévère, non exempt de froideur. En ce moment où l'on s'ingénie à chercher un style inédit, tout essai, si intéressant soit-il, surprend volontiers notre goût. Peut-être regrettera-t-on seulement que celui-ci se soit trop directement inspiré de l'art mis en honneur à Munich et à Dresde: transplanté à Paris, il nous apparaît d'une solennité un peu sèche, délibérément indigente, et par là s'écartant de toute tradition française.
Casablanca est en voie de devenir--en attendant le port bien outillé et les chemins de fer qui assureront sa prospérité--une des villes les mieux policées et les plus élégantes de l'Afrique du Nord. A y vivre, on ne se douterait point qu'il faut, presque chaque jour, continuer de se battre un peu plus loin en terre marocaine, pour conserver aux régions soumises et déjà organisées toute la sécurité qu'on leur a promise.
Donc, tandis que les combats se succèdent au seuil des régions encore impénétrées, des réunions sportives et mondaines s'organisent à Casablanca en pleine prospérité économique. Un officier de chasseurs d'Afrique soutenu par le club élégant de la ville «l'Ampha Club», qui réunit les personnalités les plus distinguées des colonies française et anglaise, a pris l'initiative de ces réunions. Et voici comment fut organisé le premier concours hippique du Maroc, qui eut lieu le 23, le 24 et le 25 mars, et dont le succès ne saurait étonner en ce pays où tout le monde monte à cheval et où une belle monture est le premier luxe des indigènes. Le résident général, qui fut un très brillant officier de cavalerie, et Mme Lyautey assistaient à cette réunion où toutes les notabilités étrangères étaient présentes ainsi que le pacha de Casablanca, Sr Guebbas, et les ministres chérifiens venus exprès, en automobile, de Rabat, pour suivre les épreuves que clôturèrent de splendides fantasias.
La mauvaise saison s'est fait rudement sentir, cette année, sur les côtes du Maroc, si peu propices aux navigateurs. Il ne s'est presque point passé de semaine où l'on n'ait eu à signaler quelque accident maritime, dû à la tempête, si souvent déchaînée en ces parages, et à l'insuffisance des abris. Les ports mêmes n'y offrent point aux bateaux de sûrs asiles: celui de Casablanca, que sa «barre» rend impraticable par les gros temps, ne leur a donné, tout cet hiver, qu'une hospitalité précaire. Tout récemment encore, le 23 mars, un raz de marée d'une extrême violence s'est abattu sur ses quais, les envahissant de ses eaux furieuses; mal contenues par les jetées trop basses, elles vinrent inonder les bâtiments de la douane, non sans grand dommage pour les marchandises qui y étaient déposées. Le même jour, deux voiliers étrangers se perdaient corps et biens dans 'la rade de Rabat, tandis qu'un troisième, la _Marguerite_, battant pavillon français, allait s'échouer, près de la ville, devant la caserne du tabor de police.
Quelle fut l'impétuosité du raz de marée, à Casablanca, notre photographie le montre de saisissante manière: le petit port assailli par les vagues, sur lequel se dressent, abandonnées, les grues inactives, la barre qui roule, toute proche, ses flots menaçants, les navires mouillés au large, composent une sinistre image... Mieux que tout commentaire, elle fait comprendre l'urgente nécessité des travaux d'aménagement reconnus indispensables, et dont l'adjudication, conclue la semaine passée, permet d'espérer la réalisation prochaine.
Cette gravure qui semble un fragment de «poncif» pour frise décorative est la reproduction sans retouche d'un instantané pris par un voyageur, M. Charles Martin, dans un îlot de l'archipel des Philippines. Elle représente une envolée de sternes, les unes tachetées de gris, les autres recouvertes d'une livrée noire, toutes également blanches sous les ailes et sous le ventre.
La forme élancée de la sterne lui a valu le nom populaire d'hirondelle de mer. Pourtant ce gracieux palmipède a des moeurs bien différentes de celles du passereau qui vient nous annoncer chaque année le retour du printemps.
La sterne est essentiellement un oiseau de mer. Elle vit par bandes qui creusent leurs nids sur quelque plage déserte, en plein Océan, ou aussi loin que possible d'une région habitée. Dès que les petits sont en âge de voler, elles émigrent en masse vers quelque terre lointaine, et, intrépides voyageuses, parcourent ainsi des distances inimaginables. Nous citerons le cas d'une des trente-huit espèces du genre: la sterne arctique. Cet oiseau pond ses oeufs et élève sa petite famille dans les parages du Pôle Nord, et s'en retourne hiverner sur les rivages du continent antarctique! Sauf le temps de la nidaison, sa vie se passe à faire la navette entre les deux extrémités de l'axe de la terre.
UNE FANTAISIE DÉCORATIVE AU THÉÂTRE DES CHAMPS-ELYSÉES.--Des croquis grandeur nature crayonnés par Sem sur les murs du bar.
Tandis que, dans ce théâtre des Champs-Elysées dont l'inauguration a été l'événement parisien de la semaine, la façade s'orne d'une noble frise due au statuaire Bourdelle, qui a également composé. pour l'atrium d'entrée et les couloirs des loges, une suite de bas-reliefs mythologiques, d'autres parties de ce palais où tout concourt au plaisir des yeux ont reçu une décoration moins sévère. Un élégant bar-fumoir y accueille, pendant l'entr'acte, les spectateurs désireux d'échanger quelques propos parmi les nuées légères des cigarettes: pour égayer ce lieu aimable, où, les soirs de «générale» passeront tant de contemporains notoires, quel artiste était plus désigné que Sem, leur dessinateur attitré? Il a croqué, avec sa verve coutumière, sur deux panneaux appliqués aux murs, et qui ne paraissent point s'en distinguer, quelques-unes des silhouettes sans lesquelles on n'imagine pas le Tout-Paris de 1913. Exécutées à la grandeur naturelle, elles donnent l'impression d'avoir été jetées, d'un crayon preste, sur la pierre même. Ainsi vivantes et toutes proches, elles serviront de fond, si l'on peut dire, aux causeries qui s'échangeront là, entre deux actes...
LA FRANCE ET SES SOEURS LATINES
_A Madrid, l'inauguration de l'Institut français, à Rome, la constitution du comité Italia-Francia ont été, à peu de jours de distance, deux intéressantes et caractéristiques manifestations en faveur de l'amitié latine. Aussi réunissons-nous sous un même titre d'actualité les correspondances que nous avons reçues de Madrid et de Borné et qu'il comment de rapprocher._
L'INAUGURATION DE L'INSTITUT FRANÇAIS DE MADRID
Le 27 mars a eu lieu l'inauguration solennelle de l'Institut français de Madrid, sous la présidence de M. Steeg, ancien ministre de l'Instruction publique, délégué spécial du gouvernement français, et en présence du comte de Romanonès, président du Conseil espagnol, des ministres d'État, M. Navarro Reverter, et de l'Instruction publique, M. Lopez Muñoz, de l'ambassadeur de France M. Geoffray, de MM. Collignon, membre de l'Institut; Bayet, directeur de l'enseignement supérieur; Coullet, directeur au ministère de l'Instruction publique; des recteurs des Universités de Madrid, Bordeaux, Toulouse et Poitiers, de plus de cinquante universitaires français et autres notabilités des deux pays. L'Institut français de Madrid, analogue aux Écoles de Rome, d'Athènes, de Florence et de Saint-Pétersbourg, réunit désormais deux oeuvres naguère distinctes et d'ailleurs également méritoires. C'est, d'une part, l'École des hautes études hispaniques, fondée, sur l'initiative et sous la direction du savant archéologue M. Pierre Paris, par l'Université de Bordeaux pour permettre à de jeunes agrégés de poursuivre en Espagne leurs travaux, qui ont abouti déjà à des thèses fort remarquables. Et c'est, d'autre part, l'Union des Etudiants français et espagnols créée en 1908 par le doyen de la Faculté des lettres de Toulouse, M. É. Mérimée, pour organiser, à Madrid au printemps, à Burgos en été, deux séries de cours: espagnols à l'intention des maîtres ou élèves français se préparant à l'enseignement de cette langue; français pour les auditeurs espagnols, qui, l'an dernier, dépassaient, à Madrid, le chiffre de 150, tandis qu'à Burgos se formait une colonie scolaire de 125 Français. De ce double courant parallèle d' «échanges universitaires» franco-espagnols était née entre les Universités de Toulouse et Bordeaux, leurs promotrices, une «ardente et cordiale émulation», selon le mot de M. Steeg.
Mais toutes deux sentaient également, en raison même du succès de leur entreprise, l'urgente nécessité de substituer une installation définitive et personnelle à l'installation provisoire de l'École des études hispaniques en garni et de l'Union des étudiants à l'Université de Madrid, où le recteur, M. Condey Luque, leur offrait une affable hospitalité. L'heureuse coïncidence du transfert, dans un vaste terrain et un nouvel édifice, du Collège primaire et secondaire entretenu par la Société française d'enseignement de Madrid, le dévouement du président de cette Société, M. Delvaille, le zèle de nos ambassadeurs, MM. Revoil et Geoffray, les libéralités publiques et privées, ont permis d'édifier en moins d'un an auprès du Collège, dans un des meilleurs quartiers de Madrid, bel et sobre bâtiment, dû aux architectes MM. Galeron et Zabala, et qui offre un asile indépendant et confortable à la fois aux boursiers en mission d'études hispaniques et aux chargés de cours français à l'usage du public espagnol. C'est dans la grande salle de conférences qu'a eu lieu la cérémonie de l'inauguration de l'Institut, avec les discours de MM. Lapie, recteur de l'Université de Toulouse, Collignon, Delvaille, du ministre de l'Instruction publique espagnol, M. Lopez Muñoz, qui eut la délicate attention d'en prononcer une partie dans un français aussi correct que vibrant, et enfin de M. Steeg. Tous, après avoir retracé la genèse et défini le caractère de cette institution, ont célébré la reprise, consacrée par la ratification de l'accord marocain, des bons rapports franco-espagnols, dont l'interruption momentanée n'avait d'ailleurs point fait obstacle au succès de notre oeuvre universitaire. Mais encore fallait-il dissiper les préventions dont celle-ci pouvait être l'objet de la part de certains esprits susceptibles et enclins à regarder la création de cette sorte de Faculté française à Madrid comme une mainmise intellectuelle, si l'on peut dire, de la France sur l'Espagne. C'est à quoi s'est très opportunément appliqué M. Steeg en spécifiant que ce centre pédagogique et scientifique à la fois se conformerait au principe de la mutualité. Et l'annonce que, à la demande des universités françaises des notabilités espagnoles comme le docteur Ramon y Cajal, titulaire du prix Nobel, et l'éminent philologue Ménendez Pidal, iraient à leur tour donner des conférences en France, suivant l'exemple récent de M. Altamira, directeur de l'enseignement primaire, à la Sorbonne, en fut un gage suffisant.
La cordialité qui n'a cessé de régner durant ces fêtes, à la séance d'inauguration comme au déjeuner offert par le comte de Romanonès à M. Steeg, au dîner, et à la brillante soirée de l'ambassade de France, s'est peut-être manifestée d'une façon plus expressive encore pendant l'excursion des délégués français à Tolède, où les exercices exécutes devant eux par l'École d'infanterie et les hymnes des deux pays joués par sa musique ont fourni l'occasion de toasts chaleureux en l'honneur de chaque armée. Quant au roi Alphonse XIII, partisan convaincu de l'entente franco-espagnole, si son accident de cheval a obligé de supprimer le déjeuner auquel il avait invité M. Steeg et la, réception des universitaires français au palais, l'audience précédemment accordée par lui à notre envoyé officiel avait témoigné de l'intérêt et de la sympathie qu'il porte à cette belle oeuvre.
J. CAUSSE.
«FRANCE-ITALIE» ET «ITALIA-FRANCIA»
Dans la jolie villa Cavalieri s'est constitué à Rome, récemment, le comité Italia-Francia qui, sous la présidence honoraire du marquis Visconti-Venosta, travaillera de concert avec le comité France-Italie présidé par M. Pichon, à resserrer les liens qui unissent les deux pays.
On remarquait parmi les assistants à la réunion: M. Luigi Luzzatti, ancien président du Conseil; le chef socialiste réformiste, le député Bissolati; M. Salvatore Barzilai, l'un des meilleurs orateurs du Parlement; le leader républicain Eugenio Chiesa; le sénateur Martini, ancien gouverneur de l'Érythrée; M. Carcano, conservateur, vice-président de la Chambre; le sénateur Pompéo Molmenti, bien connu; le sculpteur Léonardo Bistolfi; M. Guglielmo Ferrero, l'historien si apprécié en France.
Le comité qui s'est formé a désigné comme secrétaire général le commandeur Enea Cavalieri.
Celui-ci, avec beaucoup d'amabilité, a bien voulu, en quelques mots, me dire, pour _l'Illustration_, quelles étaient les intentions du nouveau comité:
«En nommant comme président d'honneur un diplomate tel que le marquis Visconti-Venosta, dont personne en France n'a oublié le rôle à la conférence d'Algésiras, nous avons voulu, me dit-il, montrer la tradition de la politique italienne qui a été toujours la plus cordiale vis-à-vis de la France.
» Notre comité n'a pas, nominalement, de président effectif, mais, comme M. Luzzatti se trouve en tête des fondateurs du comité Italia-Francia, c'est lui qui remplit effectivement cette charge.
» Nos statuts visent à la constitution de deux bureaux: l'un qui aura pour objet les études littéraires ou artistiques intéressant les deux pays, l'autre qui s'occupera des questions politiques et économiques.
» Remarquez bien que nous ne voulons pas que notre activité économique devienne purement commerciale; certes, si de grandes questions touchant nos deux pays sont en jeu, nous y donnerons toute notre attention, mais nous ne voulons pas chercher à conclure des affaires.
» Ce que nous désirons, c'est encourager tout ce qui se fait en Italie, pour mieux faire connaître et apprécier la France.
» Nous organiserons des conférences, nous soutiendrons les institutions qui s'occupent de propager en Italie la langue et la culture françaises.
» Nous espérons pouvoir bientôt envoyer une forte délégation porter au comité France-Italie à Paris les salutations de notre comité italien.»
La presse a salué avec sympathie la formation du nouveau comité et les grands journaux romains y ont consacré leur éditorial.
A peine constitué, le comité Italia-Francia a reçu de nombreuses adhésions de toutes les parties de l'Italie et il compte actuellement parmi ses membres la plupart des noms qui, à l'étranger, personnifient l'Italie intellectuelle.
Il a devant lui un bel avenir pour le plus grand bien des deux nations latines.
ROBERT VAUCHER.
LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE A MONTPELLIER
M. POINCARÉ A MONTPELLIER
Pour sa première visite officielle aux provinces françaises, M. Raymond Poincaré a reçu, dimanche dernier, à Montpellier, un accueil inoubliable. On ne vit jamais, de mémoire de Méridional, et sous la pluie, un pareil enthousiasme, de plus chaleureuses ni de plus unanimes acclamations. Ajoutons aussi que rarement, un chef de l'État eut des gestes et des mots plus opportuns, plus heureux, et ne sut s'adresser avec plus de tact au coeur de la foule.
M. Poincaré s'était rendu à Montpellier pour clôturer le congrès national de la mutualité française. Son voyage, au programme très chargé, fut cependant très court et l'on peut dire qu'il battit le record de la célérité. Alors, en effet, que les rapides ordinaires mettent une quinzaine d'heures pour couvrir les 850 kilomètres qui séparent Paris de l'Hérault, en moins de trente-quatre heures, M. Poincaré, accompagné de M. Louis Barthou, président du Conseil, et de M. Chéron, ministre du Travail, a effectué le trajet d'aller et retour, entendu vingt harangues, répondu autant de fois, prononcé deux beaux discours, présidé une séance solennelle et un banquet, assisté à une fête champêtre et visité une clinique et un hôpital.