L'Illustration, No. 3657, 29 Mars 1913
Part 4
Comme nous flânions, hier, par les rues, le Diadoque vint à passer, à pied, avec son aide de camp, le commandant Calinski. Il s'arrêta devant nous et dit au commandant: «Présentez-moi, je vous prie, ce couple extraordinaire qui enfreint toujours mes ordres!»
Le commandant s'exécuta très gentiment. Alors, le prince nous dit:
--C'est comme cela que vous avez suivi mon armée en Macédoine, et que vous avez encore trouvé moyen de la suivre ici? Vous avez une fière volonté, vous savez.
--En effet, Altesse, répondit ma femme, car vos interdictions perpétuelles m'ont valu de faire des 30 kilomètres par jour et de subir maints désagréments.
--Je vous admire, madame... Que voulez-vous de moi, maintenant? Alors nous avons sollicité du prince une entrevue particulière qu'il nous accorda pour ce matin.
L'accueil du Diadoque fut d'une simplicité, d'une cordialité charmantes. Après nous avoir félicités de tout ce que nous avions fait, il nous parla de son armée, de «ses enfants», comme il appelle ses soldats. 11 nous dit combien il les aimait. Et puis, il nous exprima aussi les espoirs qu'il mettait en une armée qui venait de se révéler si belle et si vaillante...
Les espoirs que fonde le prince royal sur son armée, mais ils sont ceux de tout l'hellénisme. Et c'est avec le plus grand sérieux que l'on doit désormais écouter les Grecs exposer leurs rêves de demain. L'on n'a plus le droit aujourd'hui de rire de leur «grande idée»,--la marche à Constantinople, le retour à la capitale des ancêtres, à la ville magnifique de Constantin, lorsqu'on a vu ces troupes supporter, sans faiblesse, ce que nous les avons vues endurer pendant cette campagne, sur la montagne, dans la neige, sous la pluie et le vent, et lorsque, après toutes ces souffrances, on les voit prendre une forteresse comme Janina, où elles défilent ensuite avec l'aspect de troupes qui n'auraient pas fait plus de quinze jours de campagne par de beaux jours de printemps!
Le soldat grec vient de prouver d'une manière éclatante que son étonnante sobriété ne nuit en rien à sa résistance. Après cinq mois de campagne, ces troupes, comprenant au début bien des éléments à peine dégrossis, sont aujourd'hui entraînées, instruites et aguerries.
Elles ne sont, par ailleurs, nullement fatiguées, et telles quelles, physiquement et moralement, elles seraient toutes prêtes pour une nouvelle campagne.
Tous les officiers turcs que nous avons vus s'accordent à reconnaître l'extraordinaire valeur combative, qu'ils ne soupçonnaient nullement, de l'armée hellène. Ils admirent sans réserve le plan du Diadoque, dont l'exécution a amené la chute de la ville.
«La Grèce, disent-ils tous, a trouvé en son futur roi un véritable général, comme elle a trouvé en Venizelos un des plus grands hommes d'État de l'époque moderne. Ah! si nous avions un Venizelos, nous aussi!»
Puis, comme nous parlions de la guerre balkanique en général, ils nous ont dit:
«Notre adversaire le plus redoutable dans cette guerre n'a pas été, quoi qu'on en ait dit, la Bulgarie: ce fut la Grèce, dont l'armée nous a pris Salonique et vient de nous prendre Janina, dont la flotte nous a pris les îles de l'Egée et nous a surtout empêchés de transporter vers Tchataldja les 250.000 hommes que nous avons en Asie Mineure, et que le manque de routes et de chemins de fer immobilise autour de Smyrne ou en Syrie. Ah! la flotte grecque! quel rôle elle aura joué dans cette guerre! Mais, sans elle, il y a longtemps que nous serions à Sofia!...»
JEAN LEUNE.
EN AÉROPLANE AU-DESSUS DE LA TUNISIE: LE RAID DE L'ESCADRILLE DE BISKRA
Nous avons signalé, dans notre numéro du 8 mars dernier, le beau raid accompli par les aviateurs militaires du centre de Biskra, en publiant des photographies prises aux étapes de Tozeur et de Gabès. Voici aujourd'hui quelques curieuses images des mêmes endroits, vus du haut d'un des aéroplanes de l'escadrille, l'appareil Farman du lieutenant Reimbert, qu'accompagnait le caporal Dewoitine, auteur de ces clichés: les villes, avec leurs oasis qui les entourent de verdure sombre, et l'immense étendue du désert, y apparaissent sous des aspects que l'objectif n'avait point encore enregistrés jusqu'à présent.
LE MOBILIER MODERNE AU PAVILLON DE MARSAN
A plusieurs reprises déjà, depuis quelques années, les Parisiens ont été conviés à juger, dans les Salons de peinture et dans les expositions spéciales, les oeuvres des artistes du mobilier qui travaillent, en des sens différents, à donner un style décoratif nouveau à notre temps. Au dernier Salon d'Automne, leur effort s'était affirmé considérable et divers. En ce moment même, il se manifeste, avec peut-être moins d'ampleur, mais plus de mesure, au pavillon de Marsan, par l'exposition de quelques ouvrages, que leur présence au Louvre recommande, si l'on peut dire officiellement, à l'examen. L'occasion était favorable de montrer comment se développe cette renaissance décorative française que proclament les gens avertis et qui, depuis quelques saisons, paraît donner des produits de qualité. Pour permettre de les apprécier, la photographie en couleurs était nécessaire: elle rend ce qui, dans les ameublements soumis à notre goût, est essentiel, les tons variés des étoffes et des bois.
La couleur frappe, en effet, dès l'abord, au premier regard jeté sur ces petites pièces disposées en des compartiments séparés, comme en des décors de théâtre. Elles semblent avant tout composées pour le divertissement des yeux.
Le boudoir de dame, bleu, vert et jaune, d'aspect futile et léger, que nous reproduisons ici, est caractéristique de cette manière: les teintes y sont franches, hardies, vivement opposées. Ailleurs, l'artiste a réalisé des combinaisons moins violentes, comme en cette salle à manger où se marient les chaudes nuances d'un rouge automnal, relevé pourtant par l'éclat d'un coussin émeraude, et en cette chambre à coucher jaune clair, ardoise et vert sombre, à laquelle semble avoir contribué l'arc-en-ciel de la palette. Si les tapis et les tentures se parent de couleurs choisies, la matière même des meubles concourt à l'impression d'ensemble: l'art décoratif moderne utilise tous les bois, naturels ou vernis, précieux ou frustes, depuis le chêne, le noyer, l'acajou et le palissandre jusqu'au citronnier, au camphrier, au cuba, à l'espénille et au laurier-rose.
Par les échantillons réunis au Pavillon de Marsan, il serait malaisé de déterminer les tendances générales du style actuel. Plusieurs influences s'y manifestent: le goût du confortable anglais, la recherche ornementale qu'a introduite chez nous la mode persane, se font sentir, à des degrés divers, dans le mobilier nouveau. Tel qu'il est, ce style s'imposera-t-il? On ne peut encore en décider. La tentative vaut du moins d'être signalée, et nous la suivrons avec intérêt, de créer un art décoratif de notre temps, en dehors des traditionnelles imitations de l'époque de Henri II, de Louis XVI, ou du premier Empire.
_Photo-Couleurs._
[AVANT LE SUPRÊME ASSAUT.-Comment les soldats bulgares, de leurs tranchées avancées, distinguaient à l'horizon Andrinople, l'Odrin tant convoitée, ses mosquées et ses minarets, dans la dernière période du siège.--_Phot. C. Woitz._]
LA CHUTE D'ANDRINOPLE
Après Salonique, après Janina, voici qu'Andrinople vient de succomber à son tour. La ville héroïque aura résisté près de cinq mois, depuis son complet investissement, au début de la seconde quinzaine de novembre.
C'est la résistance d'Andrinople qui avait été la cause principale de l'avortement des négociations de Londres. On se rappelle qu'au moment de l'armistice, les Bulgares n'avaient pu entamer qu'au sud-ouest et à l'ouest les défenses turques, en s'emparant de Kartal-Tépé et d'une partie de Papas-Tépé.
Après la révolution militaire de Constantinople et le retour au pouvoir des Jeunes-Turcs qui avaient décidé de faire un nouvel effort désespéré pour conserver à l'empire la ville héroïque, le bombardement reprenait plus terrible; 45.000 Serbes, avec leur matériel de siège, s'étaient joints aux Bulgares.
Il était naturel que les Bulgares fussent résolus à obtenir de vive force ce gage de haute importance avant d'engager de nouveaux pourparlers de paix.
La carte que nous publions ci-contre, d'après les documents précis de M. Alain de Penennrun, indique de façon schématique la ligne des défenses de la place, et permet de suivre les phases de l'assaut final.
Dans l'après-midi de lundi 24 mars, l'artillerie serbe et bulgare avait ouvert sur la ville un feu d'une extrême violence. Après quoi, la nuit venue, les assiégeants s'étaient mis en marche, les Bulgares au nord-est et à l'est, sous le commandement du général Ivanof, les Serbes conduits par le général Stepanovitch, par le sud et l'ouest.
Dans la nuit du 24 au 25 mars, vers une heure, se produisit un premier assaut simultané qui mit les assiégeants en possession de plusieurs positions importantes. Ils s'emparaient, en moins de trois heures, des positions avancées de l'est, capturaient 12 pièces d'artillerie, avec leur matériel, 4 mitrailleuses, et 300 hommes environ, ce qui rapprochait leurs avant-postes à un kilomètre de la ligne des forts. Même progrès simultané dans le secteur ouest et dans celui du sud, où les Turcs perdaient 20 canons, 8 mitrailleuses et 800 prisonniers. Au nord, Aïvas-Baba et un autre fort étaient également pris.
Le 25 au soir, la situation était la suivante: à l'est, les Bulgares s'étaient avancés jusqu'à 200 à 300 pas de la ceinture des forts, faisant un millier de prisonniers nouveaux, avec 10 mitrailleuses, 21 canons dont 7 à tir rapide. Toute la nuit, une lutte acharnée se poursuivait pour la possession des derniers ouvrages de Papas-Tépé. Au nord-ouest, Ekmektchikeui était pris. A l'aube, les Bulgares occupaient, en outre, tout le front est Kestanlik, Kuru-Chesmé, Topyotu, Kavkas, etc., tandis qu'au sud les Serbes chassaient devant eux les avant-postes turcs, faisant de nombreux prisonniers et s'emparant de canons et de mitrailleuses. Le général en chef bulgare pouvait télégraphier que la chute de la ville n'était plus qu'une question d'heures.
De fait, au commencement du jour, à la suite de l'occupation des forts de l'est, le 23e régiment de Chipka et un régiment de cavalerie bulgare entraient, par la chaussée de Lozengrad, dans Andrinople en flammes: le feu, en effet, avait été mis à tous les dépôts, à l'arsenal, aux casernes, et l'incendie gagnait la ville entière.
Pendant cinq heures encore, Choukri pacha essaya de résister. Enfin, à 2 heures de l'après-midi, le défenseur d'Andrinople consentait à rendre son épée au commandant des troupes serbo-bulgares.
La joie est grande à Sofia et à Belgrade.
Les Bulgares et les Serbes sont unanimes à attribuer le succès aux obusiers français récemment expédiés à Andrinople par la Serbie. L'artillerie du Creusot aurait décidé du sort de la place. Les grosses pièces de siège incendièrent des quartiers entiers de la ville et firent dans les forts d'énormes brèches par lesquelles l'infanterie chargea à la baïonnette.
LE COLLÈGE D'ATHLÈTES DE REIMS
Au lendemain des Jeux Olympiques qui se disputèrent à Stockholm en juillet dernier, à la suite des défaites nombreuses que subirent nos athlètes français dans la plupart des concours, une campagne de presse assez active fut menée afin que l'on préparât la revanche de Stockholm pour la prochaine Olympiade de Berlin en 1916.
De ce mouvement est né le projet de créer des «collèges d'athlètes». L'appellation était heureuse; l'idée venait à son heure; un comité fut constitué, et, en octobre dernier, publia un retentissant manifeste.
Celui-ci signalait les ravages de l'alcoolisme et de la tuberculose qui atteignent la force française dans ses sources vives. Le meilleur moyen de combattre ces fléaux, c'était de généraliser le goût et la pratique des exercices physiques, d'appeler aux joies du sport toute la jeunesse de la ville ou de la campagne, de préparer des instructeurs, de former des éducateurs pour la culture physique.
En même temps, le Collège d'athlètes devait perfectionner les champions déjà révélés, parfaire leur condition, les préparer en temps opportun à aller dans trois ans, sur les bords de la Sprée, essayer si possible de faire triompher les couleurs françaises.
Au bas du manifeste se lisaient ces noms: Auguste Rodin, Jean Richepin, le docteur Weiss, Gabriel Bonvalot, le marquis de Polignac, le docteur Boucard, Maurice Colrat.
En réalité, la personnalité qui avait décidé du mouvement, celle dont le geste de générosité permettait la réalisation du projet, c'était le marquis de Polignac. Celui-ci prévoyait, en effet, que la besogne du comité d'organisation serait lente, que l'idée de bâtir aux portes de Paris un grand collège central, et des établissements de moindre importance dans les départements, prendrait, à se, réaliser, des mois et peut-être des années.
Mais il n'était pas impossible de construire immédiatement un de ces établissements, qui servirait de modèle. Déjà le marquis de Polignac avait créé à Reims le plus beau parc de sports qu'il soit donné de voir en France. Il décida que, dans des terrains voisins, serait édifié le premier des collèges d'athlètes, destiné à un enseignement national de la culture physique.
C'est le lieutenant de vaisseau Georges Hébert, dont on connaît la méthode, dite naturelle, adoptée dans la marine, qui sera placé à la tête de cet établissement, lequel doit théoriquement ouvrir ses portes le 1er mai prochain, mais, en réalité, ne pourra accueillir tous ses élèves qu'à partir du 1er juillet.
On trouvera, ci-contre, le plan des installations du terrain réservé au Collège d'athlètes. Leur ensemble constitue ce que le lieutenant Hébert considère comme le stade parfait pour la pratique de tous les efforts athlétiques propres à développer normalement l'individu.
On aura ainsi à Reims:
1° Un centre d'études pour toutes les questions concernant l'éducation physique;
2° Un centre de formation d'éducateurs, de professeurs, d'instructeurs, d'entraîneurs;
3° Un centre d'athlétisme pour la préparation future d'athlètes et de champions en vue des grandes compétitions internationales auxquelles la France doit prendre part.
Au lendemain du Congrès international de l'Éducation physique, l'oeuvre vient à point pour contribuer à la renaissance physique de notre pays.
PAUL ROUSSEAU.
LES THÉÂTRES
Pour inaugurer sa direction de la Renaissance, Mme Cora Laparcerie a représenté, de M. Jacques Richepin, _le Minaret_, une agréable et fort galante fantaisie en vers, à propos de laquelle deux artistes, M. Paul Poiret et M. Ronsin, ont donné libre cours à leur imagination et ont réalisé, le premier des toilettes, et le second des décors inspirés de l'Orient, mais d'une originalité de formes et de couleurs aussi hardie que séduisante. Rien de plus audacieux comme lignes et comme tonalités que les trois tableaux de cette comédie, rien de plus risqué en même temps que de plus seyant dans le décolleté que ces costumes féminins, sinon le texte même de M. Jacques Richepin aux lestes images et aux rimes légères. Une musique adroite de M. Tiarko Richepin en souligne les effets, déjà fort bien mis en valeur par une interprétation en tête de laquelle on applaudit Mme Cora Laparcerie, MM. Galipaux, Jean Worms, Harry Baur, Claudius, Mlles Marcelle Yrven, Mireille Corbé, etc.
L'Opéra-Comique a monté, avec le soin et le goût qu'il assure à tous ses spectacles, une pièce lyrique: _le Carillonneur_, tirée par M. Jean Richepin du roman de Georges Rodenbach, _Bruges-la-Morte_, et mise en musique par M. Xavier Leroux. C'est, dans le cadre poétique fourni par la vieille ville flamande, un drame psychologique violemment extériorisé par M. Jean Richepin et dont le haut talent musical de M. Xavier Leroux a mis en valeur tout ce qu'il pouvait contenir de profonde émotion. L'interprétation en est excellente avec Mmes Marguerite Carré et Brohly, MM. Beyle, Boulogen, Vieuille, Vigneau.
DOCUMENTS et INFORMATIONS
TUBERCULOSE ET ALCOOLISME À LA CÔTE D'IVOIRE.
Dernièrement nous signalions, d'après les observations du docteur Remlinger, les progrès inquiétants de l'alcoolisme au Maroc.
Mais le Maroc n'est pas le seul point de l'Afrique où cette importation du plus dangereux et du plus recherché des produits de notre vieille civilisation exerce déjà des ravages.
Chez les noirs de la Guinée française, qui, il y a quelques années encore, se montraient naturellement réfractaires à la tuberculose, cette maladie devient de plus en plus fréquente. A Bassam, le docteur Sorel a trouvé 21 tuberculeux sur 100 noirs, alors qu'à 350 kilomètres de la côte, à Bouaké, lorsque le rail n'y arrivait pas encore, c'est à peine si l'on trouvait 2 tuberculeux sur 100 indigènes.
L'explication de ce phénomène est simple: en 1901, les importations d'alcool à la Côte d'Ivoire étaient de 1.406.433 litres en 1911, elles étaient de 2.263.582 litres; et le temps n'est pas loin où, pour récompenser l'indigène, on lui donnait des gratifications en alcool de traite.
L'oeuvre d'abrutissement est encore précipitée par la qualité des alcools mis en circulation. Ce sont surtout des genièvres de Hollande, des rhums d'Angleterre et d'Allemagne, des mixtures innommables où l'on trouve en notable quantité du furfurol et de l'aldéhyde.
Il arrive à la Côte d'Ivoire, sous pavillon allemand, des bateaux appelés _Gin-Boats_, dont le nom seul précise suffisamment la qualité du chargement.
Aussi les navigateurs côtiers constatent-ils que la superbe race de la côte de Krou, où l'on recrutait jadis les noirs pour les équipages, n'est plus que l'ombre de ce qu'elle était il y a trente ans, et que l'on ne trouve plus d'hommes.
Et, cependant, on parle beaucoup, chez nous, de lutte contre la tuberculose. Cette lutte, sans doute, n'est pas un produit d'exportation capable de rivaliser avec l'alcool de traite.
LA POPULATION DE PANAMA.
On sait que la République de Panama a concédé aux États-Unis une bande de terrain d'environ 16 kilomètres de largeur, située de part et d'autre du canal, et nommée _Canal Zone_.
D'après le dernier recensement, la population de cette zone comprend 62.000 personnes, contre 50.000 en 1908. A ce chiffre, il y a lieu d'ajouter 9.000 employés aux travaux du canal, qui habitent les villes de Colon et de Panama.
Dans la zone on compte: 19.000 blancs, 31.000 noirs, 10.000 métis, 500 jaunes, 300 Hindous, etc.
Au point de vue de la nationalité, la population se répartit ainsi: Grande-Bretagne, 30.000; États-Unis, 11.000; Panama, 7.000; Espagne, 4.000; France, 3.000; Colombie, 1.500; Grèce, 1.200; Italie, 800; Chine, 500, etc.
Enfin, la population zonière comprend 17.000 femmes.
DU SACRÉ AU PROFANE.
Les siècles se rejoignent, et voici que le treizième et le vingtième voisinent aujourd'hui, sous le soleil indifférent et immuable, en un rapprochement qui a quelque chose de bizarre et d'inattendu.
C'est l'élargissement de la rue des Prêtres-Saint-Germain-l'Auxerrois qui, en dégageant une des façades latérales de la basilique et en démasquant du même coup la haute coupole et une notable portion des grands magasins de la Samaritaine, nous vaut ce tête-à-tête du sacré et du profane, qui revêt sans doute aux yeux de l'artiste et du poète un caractère d'irrespect à peine atténué par le nom biblique qui s'étale au fronton de la maison de commerce.
Rien de plus naturel cependant que le contraste de ces deux architectures, que personne ne songera à comparer entre elles, et qui toutes deux sont admirablement appropriées au but poursuivi, et atteint. Tandis que les purs artistes du moyen âge s'assignaient la pieuse mission de ne laisser pénétrer qu'un pâle demi-jour, une lueur douce de crépuscule, dans le sanctuaire parfumé d'encens où l'âme se recueille, l'architecte du vingtième siècle, M. Frantz Jourdain, avait la tâche, lui, de faire se déverser à flots la lumière, par de larges baies vitrées, dans le vaste hall où tout un monde s'agite autour des nouveautés de saison. Tout est donc pour le mieux. Et même sur la gravure qui ne saurait reproduire les couleurs, les nuances, la patine vénérable des pierres dont fut bâtie la vieille basilique, les polychromies violentes dont s'adorne la coupole du grand magasin, le contraste entre le monument sacré et le palais profane, n'apparaît que d'une façon relative. Mais, s'il est permis de philosopher quelque peu à ce sujet, on ne saurait nier qu'il y ait dans cette juxtaposition de l'église et de la maison de commerce un signe des temps. Jadis la basilique, souveraine des monuments, élevait vers le ciel sa masse géante, tandis qu'à ses pieds, dans son ombre auguste, poussait humblement, telle une fleur du pavé, la petite échoppe du marchand. Aujourd'hui la petite échoppe s'est enflée, enflée, à faire craindre pour elle le sort lamentable de la grenouille de la fable. C'est un temple véritable, temple de la lumière, du mouvement et du bruit, qui se dresse à côté de la maison du recueillement et de la prière. Ne nous en plaignons pas et ne croyons qu'à moitié à la prédiction pessimiste de Victor Hugo: «Ceci tuera cela!» Les deux temples gardent leurs fidèles, qui d'ailleurs sont souvent les mêmes.
ENCORE UN ZEPPELIN DÉTRUIT.
L'état-major allemand vient encore de perdre un Zeppelin. Ce dirigeable, le quinzième de la série, avait été terminé au mois de janvier dernier. Long de 140 mètres, cubant 20.000 mètres, il avait donné aux essais une vitesse de 102 kilomètres à l'heure. D'autre part, il portait un poste de télégraphie sans fil et une plate-forme pour le tir des mitrailleuses. C'était donc un des aéronats les plus rapides et les plus perfectionnés de la flotte germanique.
Surpris par une tempête, le pilote du Zeppelin essaya d'atterrir sur le champ de manoeuvres de Carlsruhe; mais la violence du vent était telle que l'énorme masse métallique vint s'écraser sur le sol. Les officiers et les hommes à bord purent sauter à terre sans éprouver grand dommage, et leur salut paraît d'autant plus étonnant que le dirigeable fut littéralement réduit en miettes. A diverses reprises déjà nous avons publié des photographies montrant sous des aspects plus ou moins pittoresques la carcasse brisée d'un Zeppelin; aucune ne donne une impression d'anéantissement aussi complète que celle que nous reproduisons aujourd'hui.
LA DENSITÉ DES HABITANTS DANS LES APPARTEMENTS PARISIENS.
A la suite de chaque recensement, le service général de la statistique essaie de nous donner une idée du nombre de personnes habitant une pièce d'un appartement dans les divers quartiers de Paris. A cet effet, il nous présente des moyennes sans doute fort consciencieusement établies.