L'Illustration, No. 3656, 22 Mars 1913
Part 6
De pareilles exigences paraîtront peut-être excessives, car des efforts de ce genre ne seront pas habituellement demandés à notre nouveau matériel automobile, mais il était bon de savoir dès maintenant jusqu'où l'on pouvait aller de manière à établir définitivement le programme du futur concours de février 1914.
On peut dire dès aujourd'hui que les résultats obtenus sont excellents et que le problème de l'artillerie lourde automobile est désormais résolu Une première solution est acquise et notre armée possédera prochainement un tracteur de 7 tonnes capable, grâce à ses larges roues, de circuler dans les plus mauvais chemins de terre, voire en plein champ, et de remplacer avantageusement les monstres de 10 ou 11 tonnes si dangereux pour la conservation des ponts et des routes de notre pays.
L'OBUSIER LÉGER
Le ministre de la Guerre vient de trancher une grave question qui préoccupait depuis longtemps l'artillerie et l'état-major de l'armée, la question de l'obusier léger de campagne.
On sait qu'en raison de la grande vitesse initiale de son projectile la trajectoire de notre canon de campagne de 75 est entièrement tendue. C'est là une qualité en terrain plat et découvert, car la zone dangereuse des balles lancées par le shrapnell, au moment où il éclate, est alors beaucoup plus considérable et le terrain se trouve beaucoup mieux battu. A ce point de vue, notre canon est sensiblement supérieur au canon allemand, mais il a, par contre, les défauts de ses qualités: quand on l'emploie en terrain très accidenté ou contre des couverts, des obstacles peu élevés suffisent à créer des zones de protection très étendues où l'adversaire peut se réfugier, se mettant ainsi complètement à l'abri des feux de l'artillerie.
Les Allemands, dont le canon présente le même inconvénient, bien qu'à un degré un peu moindre puisque la trajectoire n'est pas aussi tendue, ont paré à cette difficulté en adoptant dès 1898 un obusier léger de campagne du calibre de 105mm. Cette bouche à feu, qui possède une vitesse initiale beaucoup moindre que celle du canon (300 mètres au lieu de 465), peut alors exécuter facilement du tir courbe, ses projectiles venant s'élever au-dessus de l'obstacle pour retomber ensuite en arrière de ce dernier.
Le corps d'armée allemand, qui possédait d'abord 3 batteries de ce genre (18 pièces), en possède aujourd'hui 6 batteries (36 pièces), alors que nous ne disposions d'aucune bouche à feu de ce genre. Il y avait là pour notre artillerie une cause sérieuse d'infériorité à laquelle on cherchait depuis longtemps à remédier. Dans ces derniers mois, l'administration de la Guerre paraissait s'être ralliée à l'adoption d'un obusier de 105, construit par les usines Schneider, du Creusot, obusier qui avait donné aux essais d'excellents résultats. La commission du budget prévoyait de ce chef une dépense d'environ 80 millions et l'on reconnaissait la nécessité de créer de nouvelles batteries de campagne ou de transformer des batteries de 75 en batteries de 105, lorsqu'une solution très ingénieuse est intervenue qui a tranché la difficulté de la façon la plus simple.
Pour obtenir une trajectoire peu tendue, il faut n'imprimer au projectile qu'une vitesse réduite. On aurait donc pu donner au canon de 75 une trajectoire courbe en réduisant sa charge et par suite sa vitesse, mais c'était obliger le personnel à exécuter sur le champ de bataille des manipulations de poudres toujours un peu litigieuses. Il fallait de plus retirer le projectile de sa douille en laiton, le _dessertir_, pour vider en partie la douille, puis replacer le projectile sur sa douille et le _ressertir_; tout cela nécessitait l'emploi d'un appareil spécial dont on a beaucoup parlé depuis quelque temps, le _dessertisseur_.
De pareilles opérations sont relativement faciles, mais elles n'en constituent pas moins un travail d'atelier qui n'est pas tout à fait à sa place sous le feu ennemi. Un officier d'artillerie, le capitaine Malandrin, s'est alors demandé s'il ne serait pas plus pratique de laisser la cartouche du 75 telle quelle et de trouver un moyen de _ralentir_ le projectile. Cela revenait en effet au même que d'imprimer au projectile une vitesse moindre. La difficulté était de découvrir le moyen en question et surtout de découvrir un moyen suffisamment simple. Le capitaine Malandrin y réussit au delà de toute espérance et, à l'heure actuelle, il est devenu possible de donner aux obus de 75 une trajectoire aussi courbe que celle des obusiers allemands. La manipulation à effectuer ne complique en aucune façon les opérations préliminaires du tir; elle ne prête donc nullement aux critiques que suscitait la modification de la charge sous le feu.
Il en résulte qu'à l'heure actuelle notre artillerie possède autant d'obusiers que de canons, alors que le corps d'armée allemand ne dispose que de 36 obusiers légers. Et cette heureuse transformation ne coûtera pas un demi-million, alors que la création des obusiers en eût demandé quatre-vingts.
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