L'Illustration, No. 3654, 8 Mars 1913

Part 1

Chapter 13,506 wordsPublic domain

Produced by Jeroen Hellingman et Rénald Lévesque

L'Illustration, No. 3654, 8 Mars 1913

AVEC CE NUMÉRO La Petite Illustration CONTENANT ALSACE PIÈCE EN 3 ACTES par GASTON LEROUX et LUCIEN CAMILLE,

LA REVUE COMIQUE, par Henriot.

Ce numéro comprend vingt-quatre pages. Il est accompagné de LA PETITE ILLUSTRATION, Série-Théâtre nº 1, contenant le texte complet d'ALSACE, de MM. Gaston Leroux et Lucien Camille.

LA PETITE ILLUSTRATION

SÉRIE-ROMAN.--_Le prochain numéro (15 mars) contiendra la deuxième partie (40 pages de texte et de gravures) de l'importante oeuvre nouvelle de_ M. MARCEL PRÉVOST:

_Les Anges gardiens._

_La troisième partie de ce roman paraîtra dans le numéro du 29 mars._

SÉRIE-THÉÂTRE.--_Le 22 mars_, La Petite Illustration _contiendra_:

_L'Homme qui assassina, pièce en quatre actes, par_ M. PIERRE FRONDAIE, _d'après le roman de M. Claude Farrère._

COURRIER DE PARIS

LA POINTE

«Hier, nous sommes entrés à Oudjda. Nous avons défilé dans les rues; nos trompettes et nos clairons ont sonné que nous étions les maîtres... Et aujourd'hui c'est chose faite. Le drapeau a été hissé. Toutes les troupes étaient sous les armes. Un coup de canon. Au sommet du minaret de la mosquée qui domine la ville s'élèvent les couleurs françaises. On rend les honneurs. Le canon continue à tonner. Et successivement, toutes les batteries, toutes les fanfares envoient: «Au drapeau!» Dieu que c'est beau!»

Qui dit cela comme s'il était dressé sur ses étriers? Un soldat de trente ans, un cavalier intrépide, éclatant de vie, Jacques Roze, lieutenant au 2e spahis. Du Maroc il écrit à son frère Etienne, le soir, sous sa tente, à la lueur d'une lanterne, un 30 mars. Et à l'automne de la même année, le 25 novembre, Etienne Roze, dans la maison familiale qu'il habite avec sa mère, en Touraine, reçoit une dépêche: «_Votre frère blessé grièvement hier dans combat contre Beni-Snassen. Peu d'espoir de le sauver..._» Ah! minutes de guet-apens! minutes cruelles et assassines, qui tout à coup sortez du fourreau de la vie, comme des poignards, et venez nous percer!... Il est midi. Que faire? Mme Roze est là, dans la pièce à côté. Il va falloir que son fils Etienne lui parle, la «prépare»,... car il n'y a pas de doute que la dépêche ne soit mensongère et n'apporte, sans oser l'affirmer encore, l'inacceptable nouvelle. Bouleversé par la douleur, secoué de sanglots, le malheureux défaille. Il voudrait fuir et se cacher. Il voudrait ne pas exister, n'être pas né... Et voilà qu'on l'appelle. Le déjeuner est prêt. Sa mère l'attend. Plus moyen de reculer. Il faut ouvrir cette porte qui va livrer passage à la pire souffrance... Il faut aller dans la salle à manger où jamais plus, jamais plus ne sera mis le troisième couvert... Il faut entrer, et tout de suite, avec cette face ravagée, tel qu'on est... Impossible de faire autrement. Un signe de croix. Il entre. Sa mère se retourne et l'aperçoit. Son regard agrandi l'enveloppe. Elle voit sa figure, ses pleurs, la dépêche, elle voit tout... ici et là-bas. Elle comprend, elle est criblée... Elle devient blanche aussitôt, de façon foudroyante, comme si elle se vidait elle-même du sang répandu de son fils, blanche du blanc d'hostie qu'ont les joues des mères en deuil, pâle déjà de la pâleur éternelle et sacrée qu'elle aura dans l'étoffe noire. Mais c'est une femme française, une Vendéenne! Elle était assise, elle se dresse, d'un bond, pour accueillir debout le choc. Et elle le reçoit, bien qu'anéantie de douleur, avec ce splendide courage qu'elle avait donné à son enfant guerrier, dont elle l'avait armé et qu'en ce moment il lui renvoie... Et ce jour-là on ne déjeune pas.

Deux heures plus tard, on ouvrait--en le mettant en morceaux tellement les mains tremblaient--le deuxième télégramme pressenti et redouté: «_Votre frère tué en brave, hier, artère fémorale coupée par une balle._» Et puis, après, ce fut le tour des lettres, navrantes et gaies, de l'officier: «_Jamais je ne me suis si bien porté..._» Pauvres lettres des catastrophes, écrites «la veille», par un être chéri et parties à temps!... pourquoi faut-il toujours qu'elles arrivent,--quand il n'est plus temps? Comment la mort, à l'instant qu'elle touche ceux qui viennent de les cacheter, n'a-t-elle pas le moyen d'arrêter en route ces enveloppes lourdes encore de vie, et humides, et chaudes de lèvres désormais glacées? En détruisant la main qui les a mises à la poste, que ne les détruit-elle pas également, pour en faire aussi de la poussière et ne pas tolérer qu'on les distribue à ceux qui ne peuvent plus les lire qu'en gémissant de regret?

* * *

Etienne Roze partit pour le Maroc. Il allait chercher, à Oudjda, le corps de son frère. A Lalla-Marnia l'attendait le lieutenant Bouet--le camarade et l'intime ami du défunt--qui lui remettait «les souvenirs», ce petit butin personnel qu'on ramasse avec respect pour les familles, à l'endroit piétiné où sont bien tombés les soldats: des vêtements troués et roidis de sang, une bourse, une montre brisée, arrêtée à l'heure prescrite où l'homme devait cesser, lui aussi, de marcher...

Etienne Roze était conduit à la tombe de son frère, tombe toute fraîche et qui paraissait cependant déjà très ancienne, comme si celui qui était couché là s'en accommodait, avec cette bonne grâce et cette résignation martiales qui font qu'après la mort, ainsi que dans la vie, le bon officier n'est jamais difficile, et consent à tout, et fait partout son lit, même le dernier.

Etienne Roze revoyait, à la smala de Chabah, la chambre de Jacques, chambre devenue grave et vide à présent, au milieu des jardins fleuris qui n'avaient jamais été si beaux!... Que ce soit en France, en Afrique, partout, en n'importe quel point du monde, les jardins, d'ailleurs, ne sont-ils pas toujours plus doux et plus enivrants et plus parfumés dès que l'on s'y promène en compagnie de la mort et les yeux tout trempés de sa rosée amère?

Après cette vision, c'en fut une autre, atroce, mais nécessaire, celle de l'endroit où s'était abattu le lieutenant. Du point le plus élevé du camp on l'apercevait bien, au loin, du côté des montagnes bleues... Mais on ne pouvait s'y rendre. Un capitaine d'artillerie fit apporter à Etienne Roze la longue-vue de la batterie et ce fut là, par ce tube braqué comme un petit hotchkiss, qu'il inspecta, rapprochée à croire qu'il s'y trouvait, la place où, dans une plaine parsemée de broussailles, son frère Jacques avait rendu sa vie. Il était mort, comme il l'eût désiré, s'il avait eu le choix: en chargeant, en bondissant dans la mêlée, atteint de trois balles dont l'une lui tranchait l'artère fémorale. Il était tombé de cheval, s'était relevé, malgré ses trois blessures, et, ayant perdu son sabre dans la lutte, il avait marché, revolver au poing, vers un buisson d'où des Beni-Snassen embusqués tiraient encore sur lui. Il n'était pas atteint, mais l'hémorragie, effrayante, l'épuisait. Le maréchal des logis Léger, rassemblant sa monture en plein galop, lui avait crié: «Mon lieutenant, prenez mon cheval.» Son geste et sa voix refusaient: «Non, merci. Allez!» Et le coeur déjà tari, les artères béantes, il chancelait et perdait connaissance, tandis que l'ennemi, taillé avec acharnement par nos hommes, était mis en déroute.

Après la charge, on soulève le lieutenant Roze. Il respire avec peine. Mais aussitôt remis en selle il penche sur l'encolure, et il rend l'âme, en saluant du buste, comme s'il n'attendait plus que cela: d'être à cheval, et sur son cheval, pour mourir. Alors, on le descend à, terre, et, couché sur un caisson, il défile devant les troupes, toutes piaffantes encore et mal apaisées. Et des larmes descendent sur des visages de spahis.

* * *

Maintenant, c'est le dernier voyage, le funèbre retour. Etienne Roze ramène vers la France la noble dépouille à laquelle on présente l'arme et on jette des fleurs. A Turenne, à Tlemcen, à Sidi-bel-Abbès, tout le long du trajet, il y a, dans les petites gares, des officiers qui attendent, silencieux, avec des couronnes.

Et voilà qu'à une station lointaine le train qui vient de s'arrêter est croisé par un autre, qui s'arrête aussi. Un mouvement inaccoutumé tire l'attention d'Étienne Roze... Il met la tête à la portière... Un homme grand, maigre, busqué, à silhouette d'énergie, aux yeux de feu, vêtu tout de blanc et galonné d'or, avec le couvre-nuque de toile, s'avance vers lui comme s'il le cherchait: c'est Lyautey, c'est le général, le grand chef, qui se rend à Oudjda pour prendre le commandement des troupes. Il a appris, à la minute. On vient de lui dire,... il s'est élancé. Il veut donner sa sympathie profonde, sa tristesse, sa fierté, son admiration... Les mots coupants, militaires, les hommages brefs, sortent de sa bouche comme des commandements et des cris. On les entend claquer de loin dans l'air sec et sonore:--Ah! monsieur! Quel officier! Hors ligne! hors ligne! Un soldat superbe! Et mort en héros! Où est-il?

--Là. Dans le fourgon.

--Ouvrez le fourgon! ordonne Lyautey. Le fourgon est ouvert. Les portes noires du vieux wagon de marchandises, brûlé, fendu, gondolé par le soleil d'Afrique, glissent dans leurs rainures, s'écartent comme des rideaux, et sur le plancher jauni de sable, apparaît, tout modeste et nu, le cercueil de fortune où repose dans son beau dolman le guerrier au masque de cire, qui, à la lettre et _sans que ce soit une façon de parler_, a répandu son sang pour son pays, car, dans ses veines qui s'aplatissent, il n'en reste plus une goutte. Tout a coulé.

Le général se recueille devant la bière, une bonne minute. Et puis, comme il faut aller vite, et qu'on est en campagne, il s'apprête à repartir!... Alors, Etienne Roze lui dit:

--Mon général, je voudrais vous demander une chose qui serait pour ma mère et pour moi inappréciable, unique.

--Dites, monsieur.

--Les Beni-Snassen ont volé le sabre de Jacques...

Le générai saute sur l'idée qui l'enflamme:

--Et vous voulez l'avoir? Vous l'aurez, monsieur! Vous aurez ce sabre. Je vous en donne ma parole.

Le train s'ébranlait. L'émouvante et providentielle entrevue touche à sa tin, ce croisement magnifique du chef qui, tout impérieux de vie, s'empresse à la bataille, et de l'officier inanimé qui en revient... Et chacun, bientôt, s'éloignait de son côté... pour aller où il avait à faire... Les deux convois, une seconde rapprochés, se quittaient, se séparaient, pour toujours.

Mais, quelques semaines plus tard, à la suite d'une campagne, si vigoureusement menée et avec une telle habileté qu'elle ne nous coûtait pas une perte, les Beni-Snassen se soumirent. Aussitôt, Lyautey exigea, comme condition _sine qua non_ de l'aman, la restitution des objets pris au lieutenant Roze.

Les Marocains, sans se faire prier, remirent le revolver, la selle et le burnous. Mais ils ne trouvaient pas le sabre. Ils ne l'avaient pas. Ils ne savaient où il pouvait être. Ils mentaient. Ils l'avaient caché pour le garder comme un trophée. Le général fut inflexible, il menaça... Et enfin ils l'apportèrent. Admirable débris! Ce n'était plus qu'un tronçon tordu, et une bonne moitié de la lame, la plus belle, celle de la pointe, manquait.

Alors--et c'est ici que l'histoire atteint dans sa simplicité la grandeur épique d'un autre âge--Lyautey eut une pensée véritablement sublime. Ce sabre incomplet et mutilé, cette moitié de sabre glorieux, ne le satisfit pas. Il dit aux Marocains: «Où est la pointe?» Et, comme ils se regardaient effarés et tremblants de la ténacité du vainqueur, le général commanda:

--Je veux la pointe. Allez!

Un Arabe, se détachant, prononça:

--Nous ne pouvons plus. Cette pointe n'est pas chez nous.

--Où est-elle?

-Dans un corps. Dans la poitrine d'un des nôtres (et il dit son nom), qui est enterré,... quelque part... près d'Oudjda.

Le général répéta:

--Je veux la pointe.

Voyant donc qu'il fallait céder, les Arabes repartirent. Ils retrouvèrent le mort. Ils le déterrèrent. De leurs propres mains soumises et domptées ils allèrent, en ouvrant avec les ongles le cadavre et en y fouillant dans tous les coins, retirer de la poitrine décomposée, où elle était enfoncée et perdue, la lame, l'esquille d'acier qui s'y trouvait encore, et ils l'apportèrent au général, toute rouillée de sang noir, la lui présentant à genoux.

Aujourd'hui, le sabre du lieutenant Roze, le sabre entier, auquel plus rien ne manque, le sabre en deux morceaux qui n'en font qu'un, le sabre heureux et reconquis, et moralement ressoudé, est en France, dans la maison familiale de Touraine. On l'a.

Telle est cette histoire de pointe, de pointe française. Elle est arrivée en 1907, il y a cinq ans. Quoi? Cinq ans? Déjà? dites-vous. Le Maroc a déjà cinq ans? Oui. Que tout va donc vite! En une brochure de cent pages, guère plus épaisse qu'un livret, et intitulée: _Un officier_, Etienne Roze, avec une piété fraternelle, a relaté ces faits. Je viens de les lire. Ils m'ont entraîné à ce point que je n'ai pu m'empêcher de vous les jeter, tout d'une haleine. Connaissez-vous rien de plus beau? Moi pas. Aussi, désormais, toujours, en toute grande affaire, pathétique, aiguë et douloureuse, me reviendra comme une devise la phrase de Lyautey, la phrase de métal: «La pointe! Il me faut la pointe. Je veux la pointe.»

HENRI LAVEDAN.

_(Reproduction et traduction réservées.)_

POUR FAIRE DES SOLDATS

UNE SORTIE DES ÉQUIPES PARISIENNES DE BOY-SCOUTS FRANÇAIS

Une nombreuse assistance se trouvait réunie, dimanche matin, pour assister, dans les bois de Clamart, à divers exercices exécutés par les sections parisiennes des «Éclaireurs français». Il y avait là l'amiral Besson, par qui la revue devait être passée, le commandant Nogué, représentant le ministre de la Guerre, le lieutenant de vaisseau Benoît, promoteur de ce mouvement en France, M. Chéradame, président de la société, le capitaine Royet, directeur technique, le comte de LaVaulx, qui forme le projet intéressant d'initier une de ces jeunes équipes à l'aéronautique, le colonel Boucher, etc. Quelques correspondants de guerre avaient été également invités.

Les fondateurs de, cette association se sont proposé le même but que le général Baden-Powell lorsqu'il créa les Boy-Scouts anglais. D'après les statuts de la Société des «Éclaireurs», ce but est de «développer, chez les jeunes gens, la vigueur et l'adresse physiques, l'initiative, l'esprit de ressource, le courage sous toutes ses formes, le patriotisme, le sentiment de la solidarité, de la responsabilité morale et de l'honneur». En somme, donner à tous, dès l'adolescence, l'art de se débrouiller devant les obstacles matériels et, dans la conduite générale de la vie, la dignité et le contrôle de soi-même qui sont les plus belles et les plus fortes qualités dont l'homme puisse s'ennoblir.

Les adhérents sont pris parmi les jeunes garçons de dix à vingt ans. Ils doivent, pour être admis, faire le serment suivant: «Je promets, sur mon honneur, d'agir en toute circonstance comme un homme conscient de ses devoirs, loyal et généreux; d'aimer ma patrie et de la servir fidèlement, en paix comme en guerre; d'obéir au code de l'Éclaireur». La place nous manque, malheureusement, pour donner les douze articles de ce code qui tendent tous au but indiqué plus haut.

Le costume, copié sur celui des Boy-Scouts anglais, est, ainsi qu'on le voit par les photographies ci-jointes, celui des cow-boys popularisés par les récits d'aventures américaines. Outre qu'il est très coquet et sied admirablement aux adolescents, il est de nature à plaire à leur jeune imagination romanesque. Chaque section, ou plutôt chaque patrouille, se signale par la nuance du foulard qui entoure le col.

* * *

Chacune de ces patrouilles s'exerce séparément à peu près tous les dimanches, sous la direction de son instructeur. Cette dernière réunion, qui groupait toutes les équipes parisiennes, était, depuis un an que l'association existe, la première sortie générale de service en campagne. Nous avons pu y voir les exercices les plus variés et en admirer la parfaite exécution. Tandis que les uns installaient le télégraphe et le téléphone de campagne, d'autres creusaient des tranchées, construisaient un pont ou faisaient très habilement, très prestement, le service d'ambulance et de brancardiers. On nous montrait encore le maniement d'une voiture démontable construite par les «Éclaireurs» eux-mêmes. Enfin, de tous côtés, sur des installations de fortune, de jeunes marmitons, très convaincus, cuisinaient le prochain déjeuner.

Le clou a été une manoeuvre exécutée par toutes les équipes réunies. A un signal, toutes les patrouilles ont disparu dans les bois, puis les «Éclaireurs» sont revenus en rampant, courant dans les espaces découverts, profitant des moindres accidents de terrain pour se cacher et avancer; finalement, tous se sont élancés à l'assaut de la hauteur où nous les attendions.

L'amiral Besson a ensuite passé la revue et, le cercle ayant été formé, de vibrants discours prononcés par l'amiral, par le commandant Nogué et M. André Chéradame ont clos, pour les invités du moins, la petite fête.

* * *

Ce simple récit ne peut rendre l'excellente impression que nous avons rapportée de ce spectacle de grand air. Nous en sommes revenus avec cette conviction que la formule du «scoutisme» est la meilleure qui se puisse trouver pour l'éducation physique et morale de la jeunesse. Il suffira de citer le cas de la section de Saint-Denis, présente à la belle réunion de dimanche. Les enfants qui la composent sont des fils d'ouvriers des usines, milieu assez difficile, comme on sait, et hostile à toutes les parades militaristes. L'instructeur nous racontait que, pour obtenir l'approbation des parents, il avait surtout dressé sa petite troupe à la manoeuvre des ambulanciers et brancardiers qu'elle pratique du reste fort bien. Les résultats moraux ont été encore plus surprenants et les parents en ont été très impressionnés. Ils ont écrit à l'instructeur des lettres qui, en termes d'une simplicité émouvante, exprimaient leur satisfaction et leur surprise. Le leit-motiv de toutes ces missives était: «Notre petit gars a beaucoup changé, il n'est plus le même.» Et les braves gens disaient combien ils en étaient heureux.

Toutes les équipes mériteraient d'ailleurs d'être citées: celle des constructeurs de pont, celle de Grenelle, au foulard rouge, nombreuse, disciplinée et d'une tenue parfaite; les télégraphistes et téléphonistes. Tous vraiment rivalisaient de savoir-faire et d'entrain. Après avoir constaté de tels résultats, on ne peut que souhaiter, pour préparer à notre pays les belles et solides générations dont il a plus que jamais besoin, le plus grand développement à cette oeuvre si intéressante du «scoutisme» français.

JEAN RODES.

UN BEAU RAID: BISKRA-GABÈS-TUNIS EN AÉROPLANE

L'escadrille militaire de Biskra vient d'accomplir, dans des conditions de régularité remarquables, un raid aérien qui, en prouvant une fois de plus l'audace et l'habileté de nos officiers aviateurs, montre les services qu'ils peuvent rendre à nos corps de troupe africains.

Quatre biplans, montés par les lieutenants Reimbert, Cheutin, Jolain, et par le maréchal des logis Hurard, s'envolaient de Biskra le 26 février et se dirigeaient vers le Sud-Est passant au-dessus de la région des Chotts. Arrêtés par le mauvais temps à Zeribet el Oued, ils arrivaient cependant le même jour à Tozeur. Le lendemain, ils atterrissaient à Gabès, devant le général Pistor, commandant la division d'occupation et ministre de la Guerre du gouvernement tunisien, et le général Fournier, en tournée d'inspection; après quelques heures de repos, ils repartaient dans la direction de Tunis et couchaient à Sfax.

Le temps, assez beau jusque-là, devint subitement très mauvais, et le troisième jour l'escadrille se trouva vite dispersée: le lieutenant Jolain était en panne à Enfidaville; le maréchal des logis Hurard s'arrêtait à Bou Picha; le lieutenant Cheutin endommageait son appareil en atterrissant à Sousse; le lieutenant Reimbert ne pouvait dépasser Grombalia, à 30 kilomètres de Tunis.

Le lendemain, la tempête continuait, un peu moins violente, il est vrai, et les quatre aviateurs arrivaient l'un après l'autre à Tunis, Hurard ayant pris comme passager le lieutenant Cheutin, dont l'appareil n'avait pu être réparé.

Le lieutenant Reimbert, chef de l'escadrille, compte se reposer quelques jours à Tunis, d'où il regagnera Constantine et Biskra, par la voie des airs, avec ses camarades, si le temps n'est pas trop défavorable.

LA FOULE PARISIENNE UN JOUR DE FÊTE

_Photographie L. Gimpel._

_C'est la foule parisienne, la foule sage et calme des «dimanches et fêtes», prise sur le vif, le jour de la Mi-Carême, à un moment psychologique, si l'on peut dire... Le traditionnel cortège de la reine des reines, qui s'est formé boulevard Voltaire, a gagné, par la place de la République et le boulevard Beaumarchais, la place de la Bastille, et a contourné la colonne de Juillet, sur laquelle veille, tout près du Génie, un photographe avisé. Les chars carnavalesques, aux figurations coutumières, ne donnent, du haut de son observatoire, que des images un peu décevantes. Mais voici que les derniers d'entre eux se sont engagés dans la rue Saint-Antoine, et le service d'ordre, qui barrait les voies tout autour de la vaste place,_ vient d'être levé: seul un cordon d'agents protège encore la fin du cortège. Tandis qu'une file de voitures, où se remarquent les longs toits plats des autobus, débouche lentement, au fond du boulevard Beaumarchais et à droite du boulevard Richard-Lenoir la foule reprend sa liberté et, de nouveau, circule à l'aise, ici pressée encore en groupes compacts, là moins dense. D'en bas, vue en perspective fuyante, elle offrirait l'aspect d'une multitude; du poste élevé ou le cliché a été pris, elle semble, grâce au raccourci des personnages, étrangement diminuée, mais, dans le détail, quelle variété de mouvements et d'attitudes y découvre l'oeil amusé!

LES PUPILLES DE LA MARINE

UNE PÉPINIÈRE DE MARINS D'ÉLITE

Le développement même de notre flotte de guerre, l'entrée en service, d'année en année, de nouveaux navires monstres, exigeant des équipages comme des états-majors de plus en plus nombreux, pose d'une façon assez inquiétante la question des effectifs.