L'Illustration, No. 3653, 1er Mars 1913

Part 7

Chapter 7352 wordsPublic domain

La remise au président de la République de l'ordre impérial russe de Saint-André, qui a eu lieu cette semaine, a revêtu un caractère et une signification que n'ont point, à l'habitude, les cérémonies de ce genre; on doit lui attribuer l'importance d'une manifestation, entre toutes précieuse et éclatante, de l'alliance franco-russe. En conférant à M. Raymond Poincaré la décoration la plus ancienne et la plus illustre de l'Empire, réservée presque exclusivement aux souverains et aux membres des familles régnantes, le tsar Nicolas II avait donné au chef de l'État une haute marque d'estime et d'attachement, qui était allée au coeur même de la nation: il a voulu spontanément lui ajouter encore un témoignage personnel d'ardente sympathie, par une lettre autographe qu'il lui a fait remettre, en même temps que les insignes.

Les mots affectueux, bien éloignés des formules protocolaires, par lesquels débute cette lettre, montrent tout aussitôt les sentiments de particulière cordialité qui l'ont inspirée: «Monsieur le Président, Grand et Bon Ami, écrit le souverain, je viens vous adresser mes félicitations et mes meilleurs voeux à l'occasion de votre élection à la présidence et de votre entrée dans l'exercice de vos hautes fonctions.» Puis, avec une sincérité frappante, et, si l'on peut dire, une vivacité, qui apparaît à chaque phrase, le tsar, se félicitant de la durée de l'alliance, «consacrée par vingt ans d'existence féconde», déclare qu' «elle constitue la base de la politique étrangère qu'il a tracée à son gouvernement».

Cette lettre, qui devait avoir un si profond retentissement dans toute la France a été portée, le mardi de cette semaine, à M. Poincaré, par M. le baron Schilling, directeur de la chancellerie du ministère des Affaires étrangères, que le tsar avait envoyé spécialement pour cette mission, et par M. Isvolsky, ambassadeur de Russie. Tous deux furent introduits auprès du chef de l'État, qu'entouraient M. Briand et M. Jonnart. M. Isvolsky remit à M, Poincaré le collier et la croix de Saint-André et prononça une allocution chaleureuse, à laquelle le président répondit en affirmant qu'il «veillerait soigneusement, durant sa magistrature, à maintenir et à resserrer l'alliance entre les deux pays».

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