L'Illustration, No. 3653, 1er Mars 1913

Part 6

Chapter 63,496 wordsPublic domain

Il appartenait à une famille de journalistes en qui les vertus professionnelles sont de tradition. Très jeune, il avait été associé à l'oeuvre de son père, le fondateur des deux quotidiens dont, après sa mort, survenue au mois de mars de l'an passé, il prit la direction, et qu'il sut, à son tour, faire prospérer. Il partageait lui-même, depuis quelques années, la conduite d'une entreprise devenue considérable avec son fils, M. Marcel Gounouilhou, et son neveu, M. Custave Chapon, qui lui succèdent aujourd'hui.

La presse française perd en ce journaliste excellent, dont toute l'activité, tout le talent furent consacrés à la même cause, un de ses représentants les plus respectés.

La situation importante qu'il y occupait, les sympathies dont, de tous côtés, il était entouré, l'estime attachée à son nom, ont assuré à ses obsèques, célébrées à Bordeaux, un caractère de grande solennité. Dès la nouvelle de sa mort, M. Fallières et M. Poincaré, ainsi que plusieurs membres du gouvernement, avaient tenu à exprimer par télégrammes à Mme Gounouilhou et à sa famille leurs regrets personnels. M. Chaumet, sous-secrétaire d'État aux Postes et Télégraphes, les autorités bordelaises et une foule d'amis et de collaborateurs, assistaient au service funèbre. Et, après la cérémonie religieuse à la cathédrale Saint-André, des discours évoquèrent, devant la tombe, la noble figure du disparu.

UN GRAND BATISSEUR

Une bien intéressante et sympathique figure vient, de disparaître en la personne de M. Eugène Thome qui fut, avec son père, le grand collaborateur et l'homme de confiance d'Haussmann et d'Alphand dans les grands travaux qui, sous le second Empire, ont transformé Paris.

Le chef de la dynastie, Joseph Thome, né en 1809, dans une petite commune du Gard, vint à Paris «en sabots», simple tailleur de pierres. Par son intelligence des affaires et par sa probité, il conquit des sympathies nombreuses et devint le grand bâtisseur du quartier de Chaillot.

On le vit bientôt percer puis amorcer par des constructions relativement cossues tous les nouveaux quartiers: boulevard Saint-Denis, rue Neuve-des-Petits-Champs, rue du Havre, avenue Gabrielle, avenue de l'Aima, avenue d'Iéna, rue de Lubeck, avenue Bosquet, rue de Rennes, etc. Ces immeubles, construits de 1800 à 1880, nous semblent aujourd'hui de style un peu terne; c'étaient des palais à côté des maisons basses qu'ils remplaçaient. Le grand entrepreneur inspirait une confiance illimitée; on raconte qu'un soir le duc de Galliera lui avança 20 millions, demandés à l'improviste et nécessaires pour un cautionnement à verser le lendemain.

M. Eugène Thome, qui vient de mourir, était né à Paris en 1843. Pendant vingt ans il fut le collaborateur de son père qu'il aida à consolider une fortune, honnêtement gagnée, d'environ 40 millions. Retiré des affaires, il s'était adonné à l'agriculture. Ayant acheté, il y a quelques années, le domaine de Pinceloup, près de Rambouillet, il avait restauré et transformé cette demeure avec un goût judicieux, s'amusant à sélectionner et à perfectionner le bétail de la ferme, en même temps qu'il préparait des chasses princières auxquelles il conviait l'élite de la société parisienne. M. Eugène Thome était l'oncle de MM. Ernest et François Carnot.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

LA T. S. F. À HANOÏ.

Le gouverneur de l'Indo-Chine vient d'inaugurer le poste de télégraphie sans fil récemment installé à Bac-Mai, à 3 kilomètres d'Hanoï.

Cette station est actuellement la plus puissante de l'Extrême-Orient; elle fait partie du réseau local de l'Indo-Chine qui comprend déjà trois autres postes, cap Saint-Jacques (Cochinchine), Kien-An (Haïphong), Quang-Tchéou-Wan (Chine), et qui doit être relié au grand réseau intercolonial par la station centrale de Saïgon dont la construction va être commencée.

Le poste de Bac-Mai dispose d'une puissance de 35 kilowatts et emploie l'étincelle musicale. L'antenne comprend deux éléments:

Une nappe horizontale formée par 10 fils bimétalliques que supportent 4 pylônes en acier, de 75 mètres de hauteur, disposés aux angles d'un rectangle de 150 mètres de longueur sur 50 mètres de largeur.

Deux parties inclinées, l'une vers le poste, l'autre vers le bout libre de l'antenne, soutenues par deux petits pylônes placés respectivement à 80 et à 220 mètres des pylônes principaux.

Ce système d'antenne a une longueur totale de 480 mètres et couvre une surface totale de 15.000 mètres.

Avec le tiers de la puissance disponible, Bac-Mai a été entendu par le petit poste du cap Saint-Jacques, situé à 1.200 kilomètres dont 1.000 kilomètres de forêts et de montagnes élevées; ses signaux ont été reçus, le jour, par des navires se trouvant à plus de 2.600 kilomètres. La portée nocturne n'a pas encore été déterminée, elle atteindra probablement 4.000 à 4.500 kilomètres.

Tous les appareils, de construction exclusivement française, ont été installés sous la direction du capitaine Péri, chef du service radiotélégraphique de l'Indo-Chine. Ces résultats prouvent une fois de plus que, malgré les allégations contraires, notre matériel technique de T. S. F. vaut largement celui de l'étranger; ils confirment en outre la compétence des officiers chargés d'établir notre réseau intercolonial.

FLORAISON EXCEPTIONNELLE DE L'AMANDIER.

La douceur extraordinaire de la température dont nous avons joui jusqu'en ces jours derniers a provoqué des avances de végétation tout à fait anormales; on a pu cueillir des roses superbes, pendant le mois de décembre, dans les jardins de M. Cochet-Cochet, à Coubert (Seine-et-Marne).

Mais il est particulièrement curieux de comparer quelques dates de floraison de l'amandier, depuis huit ou dix ans: 25 janvier en 1913, 24 février en 1912, 28 février en 1906, 7 mars en 1905, 11 mars en 1911, 12 mars en 1910, 20 mars en 1907, 23 mars en 1908.

L'hiver 1912-1913 apparaît donc comme beaucoup plus doux que les hivers bénins auxquels nous sommes habitués. Les froids récents ont arrêté la végétation sans grand dommage pour l'agriculture; la vigne, notamment, n'était pas encore assez avancée pour souffrir de cette modification brusque de l'état atmosphérique.

LE PLUS GRAND AQUEDUC DU MONDE.

On vient d'achever aux États-Unis un aqueduc qui, par la longueur du parcours autant que par les difficultés et la rapidité de construction, semble l'emporter de beaucoup sur tous les travaux exécutés jusqu'ici.

Cet aqueduc est destiné à alimenter en eau potable Los Angeles, une des principales villes de Californie. Mesurant 235 milles de longueur, soit 376 kilomètres, il peut actuellement amener chaque jour un million de litres d'eau répartis en cinq réservoirs. Partant des montagnes de la Sierra Nevada, il traverse le désert de Mojave et atteint la vallée de San Fernando où la conduite en maçonnerie est remplacée par des tubes en acier de 6 pieds de diamètre.

Les travaux furent commencés en 1905, et, à partir de 1908, ils occupèrent une armée de 5.000 ouvriers. On se trouva en présence de difficultés considérables pour l'approvisionnement en eau et en vivres, la distance des chantiers à une voie ferrée variant de 5 à 35 milles. Il fallut, dès le début, créer 390 milles de chemins, poser 120 milles de rails dans le désert et installer 350 milles de lignes téléphoniques. Au cours de l'été, la température atteignait 49 degrés centigrades. Sur une longueur de 53 milles l'aqueduc est formé par un tunnel creusé dans le granit.

L'eau suit la pente naturelle du sol, partant de l'altitude de 3.812 pieds pour arriver à celle de 276 pieds à Los Angeles.

Ce travail gigantesque a coûté 125 millions; sauf sur un parcours de 9 milles, il a été entièrement dirigé par l'administration municipale.

LE RÉSEAU

DES PRIMEURS ET DES FLEURS

A l'occasion du concours général agricole qui vient de se tenir au Grand Palais, la Compagnie P.-L.-M. nous a présenté, en cet aride mois de février, un hall fleuri rappelant par l'abondance, la fraîcheur et la variété des coloris, les plus jolis décors de l'horticulture française aux expositions de printemps. A côté des roses, des anémones, des giroflées, des oeillets cueillis dans les jardins de la Méditerranée, les légumes de Provence ou d'Algérie faisaient ressortir l'or des oranges et des citrons récoltés à Nice, à Blida, au Maroc, chantant aux Parisiennes encadrées de fourrures les bienfaits du soleil. Une telle exposition, irréalisable il y a une vingtaine d'années seulement, apparaît aujourd'hui comme une chose toute simple. Nous sommes, en effet, habitués à fleurir nos salons hiver comme été; les fraises embaument nos tables avant que les marronniers aient achevé leur feuillaison, nous savourons les petits pois d'Algérie quand ceux de Clamart sont à peine sortis de terre. Ces résultats, dont le réseau P.-L.-M. a voulu nous offrir une synthèse amusante, ont, pourtant, nécessité un effort considérable et un grand esprit de suite.

Les Compagnies du Midi et d'Orléans ont montré un zèle louable; mais la question a été résolue avec une ampleur exceptionnelle par la Compagnie P.-L.-M., dont le réseau court sous tous les climats, depuis les plaines de la Beauce et les hautes vallées alpestres jusqu'aux rives africaines de la Méditerranée.

Il fallait, avant tout, assurer la rapidité de transport, problème que rendent particulièrement ardu l'affluence des voyageurs hivernaux, la longueur du parcours entre la région de Nice et Paris, la nécessité d'arrêts fréquents pour recueillir les colis amenés sur des points multiples de la grande artère.

Naguère encore, les fleurs expédiées de Nice étaient remises, dans la mesure du poids disponible, à certains trains de voyageurs, à l'exclusion des grands rapides. Devant l'accroissement du trafic, la Compagnie n'a pas hésité à créer un train spécial, à marche accélérée, qui ramasse les colis de fleurs dans tous les centres d'expédition situés entre Nice et Marseille. De cette dernière gare les fourgons sont acheminés par des trains rapides ou express sur leurs différentes destinations: Paris; Londres, via Boulogne; la Belgique, la Hollande, l'Allemagne, via Jeumont et Petit-Croix; la Suisse, via Genève, etc.

Dans ces conditions, les fleurs cueillies à Nice le matin et expédiées à une heure du soir parviennent à: Durée de transport. Paris, le lendemain à 10 h. 30 matin. 21 h. 30 Boulogne, 6 h. 30 soir. 29 h. 30 Francfort-sur-Mein, 1 h. 01 soir. 33 h. Londres, surlendemain 4 h. 30 matin. 39 h. 30 Bruxelles, 5 h. 06 matin. 40 h. Cologne, 6 h. 58 matin. 40 h. 58 Berlin, 8 h. 06 matin. 42 h.

Pour les fruits et primeurs, l'organisation est plus complexe.

Indépendamment des trains de messagerie habituels, la Compagnie met en marche, chaque jour, de six à dix trains spéciaux de denrées qui assurent le transport rapide des fruits et primeurs en provenance de l'Algérie ou du midi de la France, à destination de Paris, de l'Angleterre, de l'Allemagne et de la Suisse. La vitesse moyenne atteint 60 et 65 kilomètres à l'heure sur la majeure partie du parcours, et la durée totale du trajet Marseille-Paris varie de 22 à 24 heures.

La région d'Avignon et de Barbentane, centre de production le plus important du réseau, est desservie par trois groupes de trains qui partent respectivement d'Avignon entre 2 heures et 4 heures de l'après-midi, entre 7 heures et 9 heures du soir, entre 1 heure et 4 heures du matin. Ces trains arrivent à Paris le lendemain entre 10 heures du matin et 1 heure, entre 3 heures et 5 heures de l'après-midi, ou le jour même entre 7 heures et 11 heures du soir.

Des services de correspondance rapides, créés par les Compagnies du Nord et de l'Est et par les chemins de fer allemands permettent aux fruits et légumes expédiés d'Avignon d'arriver à Londres en 37 heures, à Cologne en 40 heures, à Berlin en 68 ou 72 heures.

Pour éviter les effets de la chaleur et de la fermentation en cours de route, le P.-L.-M. a fait construire des wagons spéciaux, largement aérés, avec caisse et toiture à doubles parois, admis à franchir la frontière sans transbordement; 2.900 voitures de ce type sont actuellement en service.

En même temps qu'elle doublait presque la rapidité du transport, la Compagnie réduisait les tarifs dans des proportions dépassant souvent 60% et dont le tableau ci-dessous fait ressortir l'importance.

Dans ces conditions, le trafic intérieur, le trafic international et le trafic franco-algérien devaient suivre une marche ascensionnelle constante que résument les graphiques ci-dessus. (Les périodes de baisse correspondent, en général, à des années de mauvaise récolte.)

Enfin, l'administration du P.-L.-M. ne s'est point seulement préoccupée de diminuer le temps et le prix du transport; elle a encore envisagé la question de l'emballage qui joue un grand rôle dans le commerce des fruits et des primeurs. Elle a établi des concours d'emballage dans toutes les régions desservies par son réseau: à Marseille à Digne, à Bastia, à Avignon, à Lyon, à Auxerre, à Beaune, à Nice, à Antibes, à Tunis, à Bizerte, etc. Cette initiative a produit d'excellents résultats, car les fruits du Midi nous arrivent plus frais et plus beaux qu'il y a dix ans.

Ils nous arrivent également meilleurs, car la Compagnie a distribué gratuitement dans nos départements méridionaux et en Corse une quantité considérable de boutures de vignes, des milliers de plants de fraises, des semences de tomates et de pommes de terre très appréciées sur certains marchés: elle a encouragé la production de la prune «reine-Claude verte» et de la mirabelle, en donnant un grand nombre de beaux plants de ces deux variétés dans les régions convenant le mieux à la culture du fruit.

Notons enfin que la Compagnie a institué en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, en Suisse, des représentants et des agents commerciaux destinés à servir de trait d'union entre la clientèle étrangère et les producteurs de Provence. Ces agents font connaître à nos cultivateurs les goûts des acheteurs, et, d'autre part, ils indiquent aux marchands de Londres ou de Berlin, par exemple, les sources d'approvisionnement.

Il y a là un ensemble d'efforts admirablement raisonné et un esprit d'initiative qui font le plus grand honneur à la Compagnie P.-L.-M. et dont profitent également le producteur et le consommateur.

F. HONORÉ.

LE STAND DU P.-L.-M. AU CONCOURS GÉNÉRAL AGRICOLE DE PARIS

NOTRE ARMÉE NOIRE

_(Voir la gravure de première page.)_

Au moment où se pose, de façon impérieuse, la question de l'augmentation de nos effectifs militaires, on va fatalement être amenés à se préoccuper de l'utilisation, meilleure et plus complète, des troupes africaines, de ces tirailleurs sénégalais, qui rendent déjà, au Maroc, de signalés services.

La souplesse merveilleuse avec laquelle ces soldats excellents s'adaptent aux nécessités de leur métier les rend précieux, en campagne. Nuls autres ne sont plus «débrouillards»; et ceux qui, dans les camps marocains les plus inhospitaliers les ont vus entre deux de ces combats où ils montrèrent toujours une si belle crânerie, s'organiser, bâtir leurs cases, toujours les premiers et les plus confortablement installés, ingénieux à découvrir partout d'inattendues ressources, ceux-là conservent d'eux un amusant et bien sympathique souvenir.

Le cliché qui nous a fourni l'illustration de notre première page montre un épisode très particulier de leur existence aventureuse: c'est un débarquement en rade, dans des conditions qui mettent à une rude épreuve leur agilité et leur entrain, et surtout la bonne humeur résignée de leurs inséparables compagnes.

Dans un filet, on a entassé les bagages les plus baroques, hardes, ustensiles de cuisine où le bidon à pétrole, détrônant la classique calebasse, tient une place si importante. Et les tirailleurs se sont hissés sur le tout, s'agrippant aux câbles du palan. Leurs femmes, tout à l'heure, devront se livrer à la même gymnastique, leurs petits au dos. Puis le treuil est mis en marche et descend, plus ou moins doucement, cette grappe humaine dans les embarcations roulant et tanguant le long du bord. Mais plus d'une fois, une houle un peu forte s'élevant brutalement au mauvais moment, bagages et gens sont projetés sans ménagement au fond de la chaloupe,--à moins qu'ils ne prennent une intempestive douche. Et ce sont alors de grands cris, auxquels répondent, sur le pont, les éclats de rire des camarades attendant leur tour de descendre par la même voie.

LA FINLANDE SOUS LA NEIGE

_(Voir la gravure de double page, pages 186, 187.)_

_M. Jean Bouchot, qui est un ami passionné de la Finlande, nous adresse, avec la merveilleuse photographie que nous donnons en double page dans ce numéro, ces jolies notes sur l'hiver finlandais. Et, comme M. Jean Bouchot est également un fervent de la conquête de Vair, il nous dit les conditions favorables que les plaines de neige et les lacs glacés offrent aux expériences de l'aviation:_

La douce Finlande, le «Pays des mille lacs», occupe une situation très septentrionale puisqu'elle est comprise tout entière entre le 60° et le 70° de latitude nord. Si nous faisons le tour du monde sur la carte, nous voyons que ce 60° est celui de la Sibérie, de l'Alaska, du Labrador et du Groenland, déserts de glaces et de neige d'où la vie s'est enfuie en partie. Et cependant la Finlande n'est ni le Labrador ni le Groenland, et si la nuit d'hiver, longue de six mois presque, est enfouie sous la neige, le jour étincelant de l'été fait du pays le rival de nos plus riants climats: ce sont les effets du coup de baguette magique du Gulf-Stream.

Si «la Noël sans neige n'est pas une rareté», c'est en ces jours de la fin de février et du début de mars que la couche blanche atteint sa plus grande épaisseur: 70 centimètres, 80 et parfois même un mètre. En ce moment, par exemple, le moelleux tapis revêt toute la terre jusqu'à quelque distance des côtes. C'est encore la nuit d'hiver, la longue nuit qui arrête tout: venue en novembre elle ne cédera sa place qu'aux premiers jours du mois d'avril et pendant tout ce temps les ténèbres dureront dix-huit heures sur vingt-quatre.

Sur la terre, c'est toute une symphonie en noir et blanc. Ici, nous avons le manteau épais, fourré; là, c'est la mantille aux dentelles délicates. Voici des branches qui ploient sous le faix et réalisent l'architecture puissante du climat. Puis voilà des rameaux qui ne sont plus enfouis, mais seulement soulignés: la Nature poudrée à frimas pour les fêtes du grand hiver, la fine verrière gothique près de la conception massive, la toilette de soirée dépouillée de la «sortie de bal».

LES CHEFS DES MAISONS CIVILE ET MILITAIRE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

Cette neige pourtant ne terrasse pas ce qu'elle couvre; elle protège le sol contre le froid dévastateur, et quand, au printemps, le soleil fait fondre la couche blanche, la vie qui s'éveille est intense. Le paysan finlandais, qui est très souvent un poète, dit fort exactement qu'on «entend» croître les pousses nouvelles.

Et voici que cette neige, qu'on redoute depuis les temps primitifs parce qu'elle est un peu l'image d'un linceul, va devenir sans doute la providence d'une nouvelle science, l'auxiliaire des derniers perfectionnements de l'aviation.

Des pilotes militaires suédois, le lieutenant Junger entre autres, ont imaginé un appareil d'aviation muni dé ski et de patins, qui peut se poser sur la neige et sur la glace. On l'expérimente en ces jours à Askrike, en Suède. Que ce soit la rivière d'Uleo, le patinoir d'Helsingfors ou les plateaux de Maanselka le point de contact est si nivelé qu'il paraît idéal et ce sont toujours de merveilleux ports aériens pendant six mois de l'année. L'hiver est la saison rêvée pour le vol «parce que, dit le lieutenant Junger, les surfaces propices à l'atterrissage doublent leur superficie; la neige comble les trous, nivelle les bosses, égalise ce sol, en un mot, tandis que les lacs et les rivières présentent, à perte de vue, une glace libre d'obstacles.»

JEAN BOUCHOT.

LA MAISON

DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

L'un des premiers soins de M. Raymond Poincaré, en s'installant à l'Elysée, a été de constituer ses maisons civile et militaire.

Tout d'abord, le nouveau président a eu l'excellente idée de rétablir le poste de secrétaire général, chef de la maison militaire, supprimé par son prédécesseur, et de confier à un général ces délicates fonctions: le général Antoine Beaudemoulin, sur la désignation du ministère de la Guerre, recueille, après un long interrègne, la succession des généraux Brugère, Hagron, Bailloud, Tournier, etc., qui avaient laissé aux vieux familiers du palais présidentiel de si parfaits souvenirs.

Le général Beaudemoulin, Limousin d'origine, appartient à la cavalerie. Général de brigade du 23 mars 1911, il commandait, avant d'être appelé auprès du chef de l'État, la 7e brigade de dragons, à Epernay. Il a, dans l'arme, la réputation d'un cavalier des plus brillants.

Le secrétaire général civil de la présidence est M. A. Pichon, maître des requêtes au Conseil d'État, qui était déjà, depuis un an, chef du cabinet de M. Raymond Poincaré au quai d'Orsay. M. Pichon a déjà une longue expérience des devoirs qui lui incombent, ayant été précédemment chef adjoint, puis chef de cabinet des ministres du Commerce, des Travaux publics, et de la Justice, avant de passer aux Affaires étrangères, où sa bonne grâce, sa parfaite urbanité lui avaient conquis l'universelle sympathie.

Enfin, M. Marcel Gras, qui remplissait auprès de M. Raymond Poincaré, au cabinet du quai d'Orsay, les fonctions de haute confiance de chef du secrétariat particulier, les conserve auprès du nouveau président. M. Marcel Gras est docteur en droit et diplômé de l'École des sciences politiques. Il a été, l'an dernier, lauréat de l'Académie des sciences, qui lui décerna le prix Audiffred. Il y a cinq ans déjà qu'il est le collaborateur de M. Raymond Poincaré, comme secrétaire, d'abord, et tous ceux qui ont pu éprouver naguère l'amabilité de son accueil, son tact parfait, se félicitent de le retrouver à l'Elysée.

UNE LETTRE DU TSAR

A M. RAYMOND POINCARÉ