L'Illustration, No. 3652, 22 Février 1913

Part 5

Chapter 53,355 wordsPublic domain

Pour la première fois, M. Raphaël Duflos vient d'interpréter le rôle d'Alceste à la Comédie-Française. Son élégance, sa distinction, mais mieux encore la compréhension parfaite de ce caractère d'amoureux, ont donné comme une jeunesse nouvelle, ou plus justement neuve, à ce personnage classique. Une telle création fait le plus grand honneur au brillant artiste et le public charmé le lui a témoigné par ses enthousiastes applaudissements.

_Le Champion de l'air_, qui vole au Châtelet, est une pièce amusante. L'aviation n'y tient pas la première place, mais elle fournit le prétexte d'une intrigue fertile en péripéties décoratives. Il s'agit d'essayer un nouvel appareil stabilisateur; sa vertu ne sera prouvée que par un capotage d'aéroplane... qu'il empêchera de se produire. Mais qui courra le risque de l'expérience? Un pauvre diable qui, préalablement, désire connaître un peu la vie. Nanti de la récompense promise, il veut voir du pays. Et ce sont des aventures qui commencent à Cadix, s'enchevêtrent aux Indes, au cours de vingt tableaux luxueux, et s'achèvent magnifiquement par la descente triomphale de l'aéroplane victorieux. Le texte de M. Émile Codey est vivant; la jolie musique qui l'accompagne est de M. Marins Baggers.

HOMMAGE A CHARLES TELLIER

Un hommage tardif et relativement modeste, mais qu'envierait plus d'un inventeur méconnu, vient d'être rendu à l'ingénieur français Charles Tellier, le véritable promoteur de l'industrie frigorifique.

C'est en 1876 que Tellier démontra, pour la première fois, la possibilité de transporter au loin des denrées alimentaires frigorifiées; il avait employé toutes ses ressources pour aménager un navire, le _Frigorifique_, qui, parti de Rouen, rapporta de Buenos Ayres une cargaison de viande. Les résultats de ce premier voyage furent très satisfaisants, mais l'opinion publique les accueillit avec une curiosité un peu dédaigneuse; les Français ne paraissaient pas mûrs pour consommer des produits ainsi conservés, et Tellier dut renoncer à exploiter son procédé.

Aujourd'hui l'industrie mondiale du froid artificiel représente un mouvement d'affaires de plusieurs milliards par an, et Charles Tellier, né à Amiens en 1828, par conséquent âgé de quatre-vingt-cinq ans, vit modestement, sans fortune.

Sur l'initiative de quelques savants et industriels, le gouvernement a décerné récemment à ce précurseur méconnu la croix de la Légion d'honneur. En même temps on ouvrait une souscription internationale pour lui assurer un peu d'aisance.

Un banquet réunissait ces jours derniers tous ceux qui avaient coopéré à cet acte de justice. Le menu était exclusivement composé de produits frigorifiés apportés de pays lointains: saumon de l'Alaska, omelette aux oeufs de Chine, gelinottes de Sibérie, etc.

Après avoir épinglé la croix sur la poitrine de Tellier, M. d'Arsonval, membre de l'Institut, lui annonçait que la souscription, à laquelle ont contribué largement l'Argentine et l'Uruguay, avait produit 80.000 francs.

UN DEUIL AU VATICAN

L'aînée des soeurs du pape, Mme Rosa Sarto, vient de mourir, âgée de soixante-douze ans, dans le modeste appartement qu'elle occupait, avec deux autres soeurs et une nièce, non loin du Vatican. Depuis qu'une attaque de paralysie la tenait immobilisée chez elle, Pie X n'avait pu la revoir: en apprenant la douloureuse nouvelle, il a éprouvé un chagrin profond.

Une grande et mutuelle affection unissait, en effet, le frère et la soeur. Ils avaient vécu ensemble depuis 1858 jusqu'en 1873, tandis qu'il remplissait les premières dignités ecclésiastiques. Après un long séjour dans son village natal, à Riese, elle était revenue près de lui, en 1894, quand il fut fait cardinal et patriarche de Venise. Enfin, après l'élévation de son frère au pontificat, elle s'était transportée à Rome, et, depuis presque dix ans, elle continuait à le voir plusieurs fois par semaine.

Mme Rosa Sarto était une femme d'une bonté exemplaire, d'une haute vertu. Suivant le désir exprimé par Pie X, ses obsèques ont été célébrées dans une stricte simplicité.

LE DRAME

DE L'EXPÉDITION SCOTT

De nouvelles dépêches de Nouvelle-Zélande permettent de compléter sur plusieurs points la relation du drame final de l'expédition polaire de Scott, que nous avons publiée dans le numéro précédent.

Bien avant de parvenir au but, les explorateurs anglais surent qu'Amundsen les avait devancés et qu'ils n'avaient plus à lutter que pour soutenir l'honneur du pavillon. Dès le 88° de latitude, soit à 220 kilomètres du Pôle, ils rencontrèrent, en effet, les traces de la caravane norvégienne, et, à partir de là, les suivirent jusqu'à la tente qu'elle avait laissée au Pôle même comme témoignage de sa victoire, et à laquelle elle avait donné le nom caractéristique de Polheim (maison du Pôle).

Arrivé au terme de sa longue randonnée le 17 janvier, et non le 18 janvier, comme les premiers télégrammes l'annonçaient, Scott y séjourna quarante-huit heures. Le premier jour, des circonstances atmosphériques défavorables l'empêchèrent de procéder à des déterminations astronomiques. En raison de la présence de masses de petits cristaux de glace en suspension dans l'air, le disque du soleil se trouvait brouillé et déformé; de là l'impossibilité d'obtenir de bons contacts dans les instruments, et, par suite, des résultats exacts. Le lendemain, le ciel s'étant éclairci, des observations purent être prises. Elles ont été exécutées avec un théodolite, instrument beaucoup plus précis que le sextant employé par les Norvégiens. Les observations de Scott placent Polheim par 89° 59' 30" de latitude, soit à 925 mètres du point mathématique par lequel passe l'extrémité australe de l'axe terrestre. Pour cette même station, les Norvégiens ont obtenu 89° 58' 30", et 2.775 mètres pour la distance séparant leur tente du Pôle. Étant donné les circonstances et les instruments dont s'est servi Amundsen, cette différence de 1.850 mètres entre les valeurs calculées par les deux expéditions est absolument négligeable, et les résultats de leurs opérations doivent être considérés comme remarquablement concordants.

Après cela, Scott et ses compagnons avancèrent de 925 mètres dans la direction indiquée par les observations et plantèrent le glorieux pavillon de l'_Union Jack_ au point indiqué par leurs calculs comme le gisement du Pôle Sud.

Le même jour, la caravane battit en retraite. Dès le départ, Evans donna des signes évidents de faiblesse. Quoi qu'il en fût, au début, sur le plateau du Roi Édouard, on avança bon train, couvrant parfois jusqu'à 29 kilomètres par étape. Plus bas, sur le glacier Beardmore qui descend du plateau à la Grande Barrière, au pied des montagnes, cela changea; dans ces parages, la glace était toute hérissée de monticules hauts de 3 mètres à 3 m. 50, qu'il fallait monter, puis descendre; dans ces conditions, la marche devint épuisante et les chutes se répétèrent. Au passage d'une de ces aspérités, Evans tomba sur la tête. Les télégrammes font présumer qu'à la suite de cet accident le malheureux perdit la raison. Grâce au dévouement de ses compagnons, il parvint cependant à la Grande Barrière. Pendant la plus grande partie de la descente, le pauvre dément dut être soutenu par ses camarades, et même charroyé sur un traîneau auquel ils s'attelaient. Ce surcroît de travail, en ralentissant l'allure, a été la cause déterminante de la catastrophe. Si la mort de Scott et de ses trois derniers compagnons est digne de celle des héros de l'antiquité, leur conduite avant le dénouement fatal est non moins admirable. Délibérément, ces nobles cours firent le sacrifice de leur vie pour prolonger l'existence d'un camarade moribond. Tous pour un! Jamais dans les temps actuels la belle devise des confédérés helvétiques n'a été appliquée avec plus d'héroïsme.

Sur la Grande Barrière ensuite, les explorateurs furent retardés par la maladie d'Oates. Sous les atroces _blizzards_ qui constamment s'abattaient sur eux, combien lents devinrent alors leurs progrès: 15 kilomètres par jour au maximum, souvent même 5 seulement!

L'agonie des trois survivants n'a pas duré moins de neuf jours. Le 21 mars, au moment où il fut définitivement arrêté par la tempête et l'épuisement, Scott ne possédait plus de vivres que pour quarante-huit heures, et seulement le 29 la mort acheva son oeuvre! Ses deux compagnons, le docteur Wilson et le lieutenant Bowers, succombèrent les premiers; leurs corps ont été trouvés dans les sacs de couchage soigneusement fermés. Ainsi, quoique moribond, le chef de l'expédition avait puisé dans son énergie la force de rendre les derniers devoirs à ses camarades. Quel sang-froid surhumain cet héroïque marin a montré devant la mort, les précautions qu'il a prises pour assurer la conservation de son journal en sont une nouvelle preuve. Lorsqu'il sentit la faiblesse l'envahir, il s'assit contre le piquet central de la tente, puis plaça bien en évidence son carnet entre le bois et sa tête; c'est dans cette position que, huit mois plus tard, son corps fut retrouvé.

Tous les documents de la malheureuse expédition ont été sauvés, non seulement ses carnets de route, mais encore ses pellicules photographiques et 15 kilos d'échantillons géologiques. Epuisés et défaillants au cours de leur désastreuse retraite, ces admirables explorateurs se refusèrent à jeter cette charge de pierres qui représentaient en partie les résultats de leurs efforts. D'après les dépêches, leur collection comprendrait des fossiles et des spécimens de charbon recueillis dans les grès surmontant les granites et les schistes cristallins qui constituent le soubassement du relief antarctique dans cette région. Ces échantillons de charbon, probablement des fragments de matière charbonneuse sans valeur industrielle, présentent un haut intérêt scientifique. Formés de débris de plantes, ces dépôts indiquent, en effet, qu'à une époque antérieure de l'histoire du globe, les terres antarctiques aujourd'hui ensevelies sous la glace ont été couvertes de végétation.

Le médecin de l'escouade qui a découvert le camp de l'agonie assure que les corps des infortunés voyageurs ne portaient aucune trace de scorbut. Or, d'après l'expérience des deux expéditions Charcot, nous savons que la terrible maladie peut exister sans qu'aucune indication extérieure permette de la diagnostiquer.

La fatalité s'est acharnée contre Scott. Avant le départ, il avait indiqué le 10 mars 1912 comme date probable de son retour aux quartiers d'hiver. Aussi bien, afin de faciliter sa retraite, à la fin de février, deux hommes et deux traîneaux attelés de chiens furent envoyés au-devant des explorateurs. Le 3 mars ils atteignaient le dépôt le plus extrême sur la Grande Barrière, l'Orne _Ton Camp_, à 220 kilomètres environ au sud de la station, et y demeurèrent dix jours (voir la carte jointe au dernier numéro). Malheureusement le mauvais temps et la faiblesse de leurs attelages les obligèrent à ne pas prolonger leur attente et le 10, dix jours avant le retour de Scott à quelques kilomètres de là, ils rebroussaient chemin. Six jours plus tard, les deux éclaireurs ralliaient le bord de la Grande Barrière, à bout de forces. Là, une nouvelle malchance paralysa leurs efforts. Pendant leur voyage, la banquise reliant l'extrémité du glacier aux quartiers d'hiver s'était rompue, et il devenait, par suite, impossible d'avertir le gros de l'expédition qu'à la date du 10 mars, jour fixé pour le retour, Scott n'avait pas encore paru au dépôt le plus méridional et qu'il devait se trouver en péril. Lorsque les communications furent enfin rétablies, les ouragans entravèrent toute nouvelle recherche, et il fallut attendre le printemps austral suivant pour se remettre en campagne. Hélas! depuis plus de sept mois le drame était terminé et les héros dormaient leur dernier sommeil dans leur linceul immaculé.

CHARLES RABOT.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

LES NOUVEAUX RADIOPHARES AU LARGE DE BREST.

L'administration s'est enfin décidée à mettre à l'essai deux radiophares étudiés par M. Blondel, ingénieur en chef des ponts et chaussées, attaché au service central des phares, qui, depuis longtemps, préconisait, pour guider les navires en temps de brume, la production de signaux hertziens à étincelles musicales convenablement rythmées.

Ces appareils, installés respectivement à l'île d'Ouessant et à l'île de Sein pour indiquer l'entrée de la rade de Brest, sont d'une remarquable simplicité.

Le radiophare, muni d'une petite antenne dont la portée ne dépasse pas 30 milles marins, peut fonctionner automatiquement durant trente heures sans aucune intervention du gardien. Il lance à des intervalles de 30 secondes des signaux formés par une note de musique: _ut_ pour un poste, _sol_ pour l'autre. Ces signaux sont reçus à bord par un homme quelconque de l'équipage, au moyen d'un petit récepteur convenablement réglé, dont l'installation revient à 350 ou 400 francs. L'appareil peut également recevoir les signaux horaires et les radiogrammes météorologiques de la tour Eiffel; il permet encore à un marin connaissant le code Morse de recevoir tous les radiotélégrammes émanant de postes côtiers ou de navires.

Le poste ne portant qu'à 30 milles, tout navire entendant les signaux par temps de brume sait qu'il se trouve dans le voisinage de la côte. On ne saurait apprécier exactement par l'intensité des signaux reçus la distance entre le navire et le radiophare; les appareils proposés jusqu'ici pour mesurer cette distance ne donnent point d'indications certaines. Néanmoins, quand un navire se trouve entre deux postes semblables, il reçoit toujours plus intenses les signaux du poste le plus rapproché; l'expérience tend à prouver qu'en général il peut évaluer avec une approximation de 10 à 15% sa position par rapport à la médiane coupant la ligne des deux stations.

D'ailleurs, le navire qui ajouterait à son installation un cadre d'orientation de Blondel pourrait déterminer la direction des deux émissions et connaître ainsi sa position exacte. La pratique de cet appareil est un peu plus compliquée, et elle oblige à faire pivoter le navire.

En tout cas, les renseignements fournis par le récepteur simplifié sont suffisants pour éviter aux marins les erreurs graves qui donnent lieu aux accidents. Le Congrès international de sauvetage, réuni à Paris, il y a quelques semaines, a émis le voeu que des petites--stations radiotélégraphiques de ce genre soient installées sur toutes les côtes.

UNE FALSIFICATION INATTENDUE.

L'imagination des fraudeurs nous réserve de singulières surprises, M. Loucheux, chimiste au laboratoire central du ministère des Finances, nous apprend, dans les _Annales des fraudes_, que l'industrie allemande commence à exporter de «faux excréments d'animaux».

«Ce nouveau produit est façonné en petits cylindres irréguliers, de couleur brune et de longueurs différentes, mesurant environ 10 centimètres de circonférence et rappelant assez exactement la forme d'une matière moulée par un tube digestif de petit diamètre. Une odeur très nette de poisson indique déjà qu'il ne s'agit point d'excréments d'animaux. A l'analyse, on trouve des cendres et des matières organiques, dont une notable proportion d'amidon et d'éléments azotés.»

Les chimistes teutons songeraient à concurrencer la véritable crotte de chien, fort employée en mégisserie et dont le prix est relativement élevé.

POUR LUTTER CONTRE LES MOUCHES.

On sait qu'aux États-Unis en particulier, la défense des cultures contre certains insectes déprédateurs se fait par la multiplication artificielle, ou bien d'insectes qui détruisent ces déprédateurs, ou bien de germes pathogènes déterminant chez ces derniers des maladies mortelles. La méthode, qui est qualifiée de biologique, donne de très bons résultats.

Il se pourrait qu'elle fût destinée à combattre un insecte qui, sans être nuisible à l'agriculture, est nuisible à l'homme, et insupportable aussi: la mouche, véhicule possible de quantité de microbes, et la plus ennuyeuse des bêtes. On connaît depuis longtemps un champignon parasitaire de la mouche domestique, du nom d'_Empusa muscæ_. Seulement on ne savait pas cultiver ce champignon. Un Anglais, M. G. Hesse, aurait trouvé le moyen, et, avec sa culture, il aurait infecté et tué des mou ches (mouches de maison et stomoxes des étables et écuries). Pour infecter les mou ches, il suffirait de leur faire avaler des aliments infectés, car l'infection se ferait par le tube digestif, ce qui simplifierait certainement les opérations. Le gouvernement anglais est actuellement occupé à contrôler et vérifier les résultats annoncés par M. Hesse, et, sans doute, il organisera une campagne pour la destruction des mouches, si elle paraît possible.

DIMINUTION CONSIDÉRABLE DE LA MORTALITÉ INFANTILE EN FRANCE.

Les documents publiés par le directeur de l'Assistance et de l'hygiène publiques montrent une diminution constante de la mortalité infantile.

Sur 1.000 enfants de 0 à 1 an, le nombre des décès s'est élevé, pour l'ensemble de la France, au cours de la dernière période quinquennale, aux chiffres suivants:

1906...... 135,5

1907...... 118,7

1908...... 116,3

1909...... 105,3

1910...... 100,1

C'est une diminution de 25% en cinq ans.

Ces résultats sont certainement dus à l'effort des oeuvres publiques et privées qui, dans les crèches, les dispensaires, les consultations de nourrissons, les gouttes de lait, etc., travaillent à défendre la vie de l'enfant.

LES MAISONS DE LA ZONE A NEUILLY.

Dans notre récent article sur la zone et ses habitants, nous signalions l'hôtel d'un conseiller municipal parmi les constructions fort variées élevées sur la zone à la Porte Maillot. Dans cette simple énumération, nous n'avions nullement entendu assimiler ce cas à celui des spéculateurs visés dans une autre partie de l'article.

Cependant, en l'absence d'une précision spéciale, une confusion a pu s'établir dans l'esprit de quelques lecteurs. Nous tenons donc à compléter notre information en disant que l'hôtel en question, occupé par un des membres les plus honorables du Conseil municipal de Neuilly, existait avant 1841, époque à laquelle fut décidée la fortification de Paris. Il en est de même, du reste, pour un grand nombre d'immeubles de cette partie de Neuilly. Le restaurant Gillet, notamment, existait en 1825.

M. POINCARÉ MILITAIRE

C'est par erreur que, dans notre précédent numéro, nous avions arrêté, la carrière militaire de M. Raymond Poincaré, en 1897, au grade de lieutenant; l'année suivante, toujours dans les chasseurs alpins, M. Poincaré était capitaine, ainsi qu'en témoigne la photographie ci-dessus, qu'un de nos lecteurs, «un capitaine du 3e bataillon alpin», nous communique.

Elle fut prise, en effet, en 1898. Un nouveau galon s'enroulait au parement de la manche de M. Raymond Poincaré. Mais son entrain ni son zèle ne s'étaient atténués au cours de l'année qu'il venait de passer dans la vie civile. Son énergie ne s'était point rouillée et le capitaine Poincaré manoeuvrait aux environs de Vienne (Isère) d'une ardeur égale à celle qu'il montrait, à sa précédente période, autour d'Annecy.

UN PROCÈS-VERBAL HISTORIQUE

Le Livre d'or de la Ville de Paris s'est enrichi, cette semaine, d'un document précieux.

Nous contons d'autre part comment, après la présentation des personnages officiels dans la cour intérieure de l'Hôtel de Ville transformée en jardin d'hiver, les trois présidents, M. Poincaré, M. Fallières et M. Loubet, furent conviés à signer le procès-verbal de la cérémonie. Sur une table était posée la page qu'avait écrite, avec un soin patient, le dessinateur calligraphe de la Ville, M. Jules Commin, et qui doit figurer dans le Livre d'or. Nous reproduisons ici ce parchemin: il porte en marge l'écusson orné de la République, et, en tête, le monogramme du nouveau chef de l'État.

Un porte-plume en or terminé par un coq gaulois, qui, pièce historique, sera conservé au musée Carnavalet, servit successivement pour les signatures et passa de main en main. M. Fallières, en achevant son paraphe, égratigna le papier, qui conserve des traces de cet accident; et pareil malheur advint à M. Paul Deschanel. Ces détails, et ceux que révélera l'étude comparée des écritures, ne manqueront pas de provoquer les savantes dissertations des graphologues.

LA PREMIÈRE AVIATRICE DÉCORÉE

La première croix de la Légion d'honneur donnée à une aviatrice vient d'être décernée par le ministère des Affaires étrangères à Mlle Hélène Dutrieu.

La nouvelle légionnaire est de nationalité belge, mais c'est en France qu'elle commença à se faire connaître comme une sportswomen d'une rare audace.

A l'époque, déjà lointaine, où l'art périlleux de «boucler la boucle» était en vogue, Mlle Dutrieu imagina «la flèche humaine», exercice qui consistait à se lancer dans le vide à bicyclette et à retomber gracieusement sur ses roues après un parcours en l'air d'une dizaine de mètres.

La courageuse jeune femme devait bientôt se laisser tenter et accaparer par l'aviation. Elle fit sa première envolée sur une «demoiselle» Santos-Dumont, monoplan extra léger, exigeant un véritable instinct d'acrobate et sur lequel bien peu d'aviateurs ont osé se risquer. On l'aperçoit ensuite sur un biplan, dans les Ardennes, au camp de Châlons, à Odessa, où elle fait une chute sérieuse.

En 1910, elle s'adjuge la coupe _Femina_ en couvrant 167 kilomètres en 2 h. 55 minutes. Quelques mois plus tard, elle conquiert en Italie la coupe de vitesse offerte par le roi; elle part alors pour l'Amérique où elle gagne le grand prix de durée et s'adjuge le record féminin de la hauteur.

Le 31 décembre 1912, elle détient pour la seconde fois la coupe _Femina_, ayant couvert 254 kil. 800 en 2 h. 58. En ces derniers temps elle pratique l'hydroaéroplane et exécute des vols audacieux sur le Léman et à Trouville.

La haute distinction conférée à Mlle Dutrieu sera accueillie avec sympathie dans le monde sportif, où l'on apprécie autant la grâce que la bravoure; elle sera un puissant motif d'émulation et d'espérance pour les aviatrices françaises.