L'Illustration, No. 3652, 22 Février 1913

Part 2

Chapter 23,447 wordsPublic domain

En quittant l'Hôtel de Ville, M. Poincaré et M. Fallières se sont rendus rue François-Ier, au nouveau domicile de l'ancien président de la République, où les deux chefs d'État se sont séparés en se donnant, sur le trottoir, une cordiale accolade, aux applaudissements de la foule. Puis M. Poincaré est rentré à l'Elysée, chez lui. Il y a tenu, à 6 heures, son premier conseil des ministres, séance de pure forme, au cours de laquelle le ministère, après avoir démissionné, selon la tradition constitutionnelle, a été maintenu dans ses fonctions par le président de la République. Cette journée, si bien remplie, n'était cependant point achevée pour M. Poincaré, qui a voulu se rendre, à 7 heures du soir, au chevet des douze pompiers parisiens grièvement blessés la veille dans l'explosion d'une fonderie d'aluminium à la Roquette, et soignés à l'hôpital militaire Saint-Martin. Ce geste spontané et touchant a plu infiniment aux Parisiens, dont les acclamations, encore plus chaleureuses, si possible, accueillirent M. Poincaré lorsqu'il arriva, dans ce quartier populeux, en automobile et sans escorte. Le chef de l'État s'inclina au chevet des blessés et leur dit des paroles réconfortantes. Pourquoi fallut-il qu'à ce moment un photographe, trop exclusivement soucieux d'augmenter sa collection de clichés de cette journée historique, jetât brutalement son étincelle de magnésium, sans songer que cette déflagration soudaine était de nature à provoquer une impression douloureuse sur les blessés? M. Poincaré protesta lui-même avec quelque vivacité: «Soyez indiscret avec le président, soit. Mais respectez au moins ceux qui souffrent ici...» Le retour s'effectua au milieu du même grand mouvement populaire, et toute la joie de Paris continua de s'exprimer longtemps dans la soirée par l'activité exceptionnelle des rues, l'animation des groupes et le succès des ténors populaires qui, en l'honneur du nouveau chef de l'État, chantaient leurs couplets ingénus.

Ajoutons que, le lendemain, M. Poincaré, qui s'était promis d'inaugurer sa haute magistrature par des visites aux hôpitaux, a visité l'hôpital Saint-Antoine où a été pris--mais sans magnésium et sans effrayer les malades--le cliché que nous publions ci-contre.--A. C.

_Ici viennent s'intercaler quatre pages (149 à 152) sur LA TRANSMISSION DES POUVOIRS PRESIDENTIELS._

Les Parisiens, qui, pendant la durée du septennat, auront tout loisir de voir, aux occasions officielles, Mme Raymond Poincaré, n'ont guère pu, cette semaine, lui manifester cette déférente sympathie dont l'entouré, déjà, le sentiment populaire: elle n'a pris qu'une part discrète aux cérémonies qui ont marqué la transmission des pouvoirs. Quelques instants avant l'arrivée du cortège présidentiel, une automobile la déposa, mardi dernier, devant l'Hôtel de Ville, Délicieusement habillée d'une robe souple, aux plis harmonieux, que faisait valoir encore la blancheur de l'étole et du manchon, elle apparut un moment, souriante, un peu émue sans doute. Et ce fut une rapide vision de grâce et d'élégance, pas assez brève cependant pour qu'elle ne fût point fixée par l'objectif.

Conduite directement à la salle des fêtes, en compagnie de Mme Fallières et de Mme Loubet, Mme Poincaré y fut reçue par M. Galli, président du Conseil municipal, qui lui offrit une gerbe de roses.

CONSTANTINOPLE ET LA REPRISE DE LA GUERRE

_La seconde campagne qui s'est ouverte après la dénonciation de l'armistice se poursuit dans des conditions particulièrement défavorables pour les correspondants de guerre, non autorisés, du côté bulgare comme du côté turc, à suivre les opérations. Notre envoyé spécial Georges Rémond n'a cependant point abandonné le projet de se rendre sur le front, «sachant par conviction et par expérience qu'il n'y a jamais rien d'impossible ni d'absolu en Turquie». Il nous adresse, en attendant, des lettres fort intéressantes sur l'état d'esprit à Constantinople, les difficultés et les incertitudes du nouveau gouvernement pendant la première semaine qui a suivi la reprise des hostilités. En voici des extraits:_

... On peut nettement démentir aujourd'hui les bruits, qui ont couru ici, après la révolution, de rixes, de batailles même entre officiers et soldats vieux et jeunes Turcs à Tchataldja: ils sont contredits de partout. Les divers articles parus à ce sujet dans plusieurs journaux sont puisés aux sources les plus douteuses. D'après les officiers du parti de Nazim, que je connais personnellement, et qui me l'ont assuré, toute l'agitation s'est bornée à des discussions de café. Et quant à la marche qu'on avait annoncée d'Ahmed Abouk sur Constantinople, c'était une pure légende forgée de toutes pièces.

Il faut le constater une fois de plus: l'âme musulmane n'a pas de réactions; la victoire de l'adversaire lui paraît une sorte de fatalité divine devant laquelle il convient de s'incliner. Un Turc est infiniment lent à se ressaisir. Ou plutôt, il ne se ressaisit point, mais dit simplement: «Allons! voilà que je me suis cassé le cou, voyons un peu si celui-ci réussira mieux. Il ne tardera guère, lui non plus, de se rompre les os à si dur jeu; je reprendrai alors ma place.»

... J'ai rendu visite à Noradounghian effendi, le ministre d'hier, très étonnante tête au nez démesuré, aux yeux brillants de vieil oiseau qui se serait coiffé d'un fez; il parle des événements avec une tranquillité, une objectivité étonnantes, sans amertume. Il nous reçoit familièrement entre sa femme, sa fille, qui, lorsqu'il était ministre et se trouvait absent, répondait à sa place aux journalistes. Il est tout petit, disparaît dans un grand fauteuil au milieu de son vaste salon meublé à la façon de celui d'un dentiste de première classe, et s'exprime avec une voix douce aux inflexions subtiles. «Oh! nous dit-il, ce n'est pas un si grand changement! Mon successeur sera tout d'abord obligé d'étudier le dossier des diverses communications faites aux alliés et aux puissances par la voie de nos représentants à Londres, et notre correspondance avec ceux-ci; après quoi ses conclusions ne différeront pas très sensiblement de celles auxquelles nous étions arrivés.» Et cela est vrai, ou du moins possible, et en tout cas assez mélancolique. Les révolutions ne servent de rien ou presque: on supprime des individus, on ne change pas le cours des événements.

... De la guerre, peu ou point de nouvelles. Les comptes rendus des opérations de ces derniers jours sont nuls, ou absurdes, ou contradictoires. Tandis que les Bulgares, eux, ont un plan de campagne fort simple: s'emparer d'Andrinople et s'établir de façon inexpugnable sur la ligne de l'Ergène, embouteiller les troupes de Gallipoli et attendre une offensive possible du côté de Rodosto,--les forces turques se trouvent bien dispersées et incertaines de ce qu'elles doivent faire. Elles comprennent aujourd'hui un corps d'armée de débarquement, le 10e, commandé par Kourchid pacha et Enver bey; un corps d'armée de 50.000 hommes, à Gallipoli, commandé par Fakri pacha et Pethi bey; et enfin six corps d'armée, dont trois de réserve, soit environ 150.000 hommes, à Tchataldja. Il y aurait là 300 canons venus d'Allemagne par la voie roumaine, en plus de ceux qui s'y trouvaient déjà.

C'est Enver bey qui pousse à la guerre à outrance, voulant, dit-il, sauver l'honneur de la patrie. Et, m'assure-t-on de très bonne source, Mahmoud Chefket, anxieux de l'insuccès, inquiet de ce que deviendront le gouvernement, la ville de Constantinople, après une défaite, des désordres terribles qui peuvent éclater, répond à Enver: «Mais vous prenez la responsabilité de tout!» Et Enver: «Je la prends, je la prends tout entière et sur moi seul; il n'y a pour le moment nulle raison de désespérer.»

Tel est l'état d'âme des uns et des autres. Mais la foi populaire manque; l'indifférence est complète à Stamboul presque autant qu'à Péra. Sur le passage des soldats, pas un cri d'enthousiasme, pas un mot; à peine tourne-t-on la tête. D'où tire-t-on encore tous ces hommes qu'on embarque pour les ports de la Marmara ou qu'on dirige vers Tchataldja? Ils ont assez bonne mine; ce sont de beaux hommes, seulement un peu lourds (ils fondront d'ici peu), bien armés, bien vêtus, bien chaussés; mais avec quoi seront-ils nourris, avec quoi paiera-t-on les vivres? Il n'y a plus un sou dans les caisses. Les tentatives d'emprunt aux banques étrangères ont échoué; on va faire une émission de papier monnaie, pressurer encore les provinces d'Anatolie. Cela durera quinze jours, un mois. Mais après? Ce sera la famine, car les terres n'ont pas été ensemencées. Et qu'arrivera-t-il quand ce grand-nombre de soldats volontaires, kurdes, arabes, tcherkesses, venus avec leurs chevaux dans l'espoir d'un gain, d'un pillage quelconque, se verront battus, frustrés de tout profit et ayant sous les yeux la tentation d'un grande ville regorgeant de tous les biens du monde?

Pour le présent, il n'est pas douteux que le nouveau gouvernement ait fait de grands efforts afin de secouer et de réveiller ce peuple. On a trouvé des chevaux, de l'argent même, réorganisé l'intendance, levé des contributions, cherché de toute façon à exciter l'enthousiasme de la foule. Les femmes turques se réunissent, font des meetings, offrent leurs bijoux, adressent des lettres aux souveraines d'Europe. Enfin on travaille, on s'efforce de toutes façons, en tous sens... Trop tard?--Sans doute, mais, quoi qu'on en ait dit et sans le moindre parti pris, je crois que les Jeunes-Turcs sont tout de même moins incapables et moins apathiques que les vieux, et que, s'ils avaient eu, au début de la guerre, les affaires en mains, la défaite n'eût peut-être pas été si rapide, ni si complète.

... Je ne sais si nous assistons aux derniers jours de Constantinople, mais jamais ce paysage de pierre, d'eau, de maisons de bois, de vaisseaux, de collines, de cimetières et de jardins à l'abandon n'a été plus beau. L'autre soir, au crépuscule, le spectacle semblait tenir de quelque magie, et à l'entrée du pont de Galata on s'arrêtait presque de respirer pour ne pas briser d'un souffle une vision si rare et trop précieuse pour demeurer. Pas une brise, pas un petit nuage, pas un pli d'eau, pas une brume; la silhouette des minarets, des dômes, des petites maisons, des bois de cyprès, était intaillée dans l'immense pierre verte du ciel, dont l'émeraude se transformait en saphir vers le zénith. C'était le plus merveilleux camée qu'on pût voir. Et je pensais que, malgré tout, Loti avait raison: que c'est là une oeuvre d'art turque; que ces barbares ont marqué ce pays au point que, sans eux, on ne le reconnaîtra plus.

GEORGES RÉMOND.

STATUES D'ARGILE PRÉHISTORIQUES

Les documents préhistoriques mis au jour en ces dernières années nous ont appris bien des choses inattendues sur la vie de nos premiers ancêtres. Le crâne de la Chapelle-aux-Saints et le squelette du Moutier nous ont révélé un homme des cavernes beaucoup moins éloigné de certaines races actuelles qu'on se le figurait jusqu'alors; les dessins gravés sur des os de rennes ou sur les parois des grottes aux Eyzies et en divers points de la France nous ont fait connaître un art préhistorique souvent rudimentaire, mais parfois assez avancé, et qui se manifeste avec une perfection déconcertante dans les dessins en noir et à l'ocre que, grâce à la générosité éclairée du prince de Monaco, M. l'abbé Breuil a pu relever minutieusement dans les cavernes espagnoles; il y a quelques mois, enfin, nous présentions à nos lecteurs les premiers bas-reliefs connus de l'âge de pierre, découverts aux environs de Bordeaux par le docteur Lalanne.

Aujourd'hui M. le comte Begouen nous montre dans une grotte de l'Ariège des statues, non plus taillées dans la pierre, mais modelées dans l'argile. Ces sculptures, les premières du genre que l'on trouve, sont dans un état de conservation remarquable.

C'est dans la caverne du Tue d'Audoubert, sise sur la commune de Montesquieu Avantès (Ariège), que le comte Begouen et ses fils ont trouvé les bisons d'argile, tels que les représente la photographie présentée à l'Académie des inscriptions et belles-lettres par M. Salomon Reinach, et qui nous a été communiquée par M. Boule, professeur au Muséum, directeur de l'_Anthropologie_.

M. le comte Begouen, un des plus actifs et des plus érudits de nos archéologues, a déjà fait nombre de découvertes intéressantes dans le domaine préhistorique. Il nous conte lui-même, dans l'_Anthropologie_, l'histoire de sa dernière trouvaille.

C'est tout à fait au fond d'un des couloirs élevés de la caverne, à 700 mètres au moins de l'entrée, que reposent les statues. L'entrée même est défendue par un bief que forme la résurgence du Volp. Il faut pénétrer en barque sous terre sur une longueur d'environ 60 mètres avant de trouver des galeries parsemées de flaques d'eau, où l'on peut à la rigueur, au temps des basses eaux, passer à pied sec.

La grotte comprend trois étages. Le premier est au niveau de l'eau; on accède au second en escaladant une falaise de 2 mètres de haut; pour atteindre le troisième, il faut s'engager dans une cheminée et escalader un à-pic de 12 m. 50.

Au bout d'un couloir accidenté, aux parois ornées de quelques gravures, on rencontre une salle basse dont le fond est obstrué par des piliers de stalactite. Après avoir brisé trois colonnes, de façon à pratiquer une ouverture mesurant 28 centimètres de hauteur sur 65 de largeur, M. Begouen et ses fils purent pénétrer en rampant dans un second couloir où l'argile du sol a conservé des empreintes de talons humains, de griffes et de poils d'ours, et qui mène à la salle des bisons.

«Les deux statues sont appuyées contre un bloc de rocher tombé de la voûte au milieu de la salle. L'animal qui se trouve en avant est une femelle, il mesure 61 centimètres de longueur et 29 centimètres du ventre au sommet de la bosse; le mâle donne 63 et 31 centimètres. Le côté droit seul est achevé; le côté appuyé au rocher n'a pas été travaillé. Quoique la salle soit assez humide pour que la terre ait conservé toute sa plasticité, l'argile en se desséchant un peu a provoqué de profondes fissures, traversant parfois tout le corps des animaux, mais sans causer de dégât, parce que les statues sont appuyées contre la roche. Comme pour le second bison le rocher n'était pas assez long, l'arrière-train a été calé par des pierres rapportées. La surface du corps est lisse, on y distingue fort bien les traces du lissage fait par la main de l'artiste... L'oeil est marqué chez la femelle par une sorte de bille de terre avec un renfoncement au milieu. Ce procédé simulant la prunelle et le regard donne de la vie et de la physionomie à cette tête, tandis que le mâle a l'air atone et sans vie avec son gros oeil tout rond. La barbe qui arrive jusque sous le ventre a été indiquée par des stries faites avec une spatule mince en bois ou en os, tandis que, pour représenter la crinière plus laineuse, l'artiste s'est contenté de son pouce dont l'empreinte est bien nette.»

[Illustrations: Boudins d'argile trouvés dans la grotte et, sans doute, préparés par l'artiste pour achever son modelage.]

Sur le sol, on aperçoit deux ébauches et une esquisse de bison très sommairement tracée sur l'argile, mais où le modelage de la tête est commencé.

«Cette esquisse, ajoute le comte Begouen, permettrait de supposer que les artistes de l'époque, après avoir dessiné sur le sol la silhouette de l'animal, enlevaient de la terre tout autour, puis soulevaient le gâteau ainsi préparé avant de le finir sur place (en utilisant, sans doute, des boudins d'argile comme ceux que l'on a retrouvés non loin des bisons). Le côté non terminé des statues, d'épaisseur variable, présente bien l'aspect d'une plaque d'argile arrachée du sol. De plus, nous avons remarqué plusieurs cuvettes arrondies, dont les bords portent encore des empreintes de doigts et qui pourraient bien avoir été formées de la sorte.»

Ces statues, qui constituent un document unique, n'ont pas été déplacées, et le comte Begouen hésite à risquer un transport qui présente de grandes difficultés.

F. HONORÉ.

LES FUTURS SUPERDREADNOUGHTS DE LA MÉDITERRANÉE: AUTRICHIENS ET ITALIENS

LES FUTURS SUPERDREADNOUGHTS DE LA MÉDITERRANÉE

Les flots bleus de la Méditerranée, portent ou porteront dans un avenir peu éloigné des spécimens nouveaux de ces formidables machines de guerre auxquelles le nom générique de dreadnoughts ne suffit déjà plus et qui seront des superdreadnoughts.

Ces cuirassés arboreront les pavillons de la France, de l'Italie, de l'Autriche-Hongrie.

_Italie_.--Nous trouvons en achèvement à flot 3 cuirassés de 22.500 tonnes: _Conte di Cavour, Giulio Cæsare, Leonardo da Vinci_. Les deux derniers seront prêts vraisemblablement en juillet 1913, le premier en janvier 1914. Ils sont identiques et portent comme armement principal 13 canons de 30 centimètres répartis en 5 tourelles axiales. Les tourelles de l'avant et de l'arrière renferment chacune 3 canons, les autres 2. La défense contre les torpilleurs est assurée par 18 pièces de 12 centimètres. On trouve encore à leur bord 3 tubes lance-torpilles sous-marins. La vitesse prévue est de 22,5 noeuds.

L'_Andréa Doria_ et le _Duilio_, qui constitueront la série suivante, sont encore sur les chantiers. Ils seront armés en grosse artillerie comme les précédents, mais posséderont une artillerie moyenne de 16 pièces de 15 centimètres. Ceci et un léger accroissement de la protection porteront leur déplacement à 25.000 tonnes.

Enfin, le Conseil des Amiraux qui s'est réuni à Rome le 11 février a dû se prononcer sur les caractéristiques de 4 nouveaux superdreadnoughts à mettre en construction. Le Conseil avait à choisir entre deux types: le premier de 28.000 tonnes, armé de 9 pièces de 38 centimètres, en 3 tourelles triples; le second de 35.000 tonnes, portant 12 pièces de 38 centimètres, en 4 tourelles triples. On ne connaît pas la décision intervenue; mais, quel que soit le modèle adopté, la vitesse sera de 24 noeuds.

_Autriche_.--Le type dreadnought sera représenté dans la marine autrichienne par 4 unités; le _Viribus unitis_ prêt à entrer en ligne, le _Kaiser Franz Josef_ et le _Tegethof_, qui paraîtront en 1914 ou 1915, et un quatrième non encore baptisé. Ces bâtiments déplaceront 22.000 tonnes; ils seront armés de 12 pièces de 30 centimètres en 4 tourelles triples et de 12 pièces de 15 centimètres. Leur vitesse sera de 21 noeuds. Les projets du gouvernement austro-hongrois relativement à un accroissement ultérieur de sa flotte ne sont pas connus.

_France_.--_Le Jean-Bart_ et le _Courbet_ entreront en Méditerranée, prêts à combattre, à la fin de l'été 1913. En 1914, ce sera le tour du _Paris_ et de la _France_. Ces quatre navires sont, on le sait, identiques avec 23.500 tonnes, 21 noeuds de vitesse, 12 pièces de 30 centimètres en 6 tourelles, 22 pièces de 14 centimètres, 4 tubes lance-torpilles sous-marins. Puis viendront, en 1915, les trois _Provence, Lorraine_ et _Bretagne_, qui, ne déplaçant pas davantage, seront armés de 10 pièces de 34 centimètres en 5 tourelles axiales, 22 pièces de 14 centimètres et 4 tubes lance-torpilles sous-marins; vitesse: 21 noeuds. Enfin, au mois de mai 1913, on mettra en chantier quatre nouvelles unités de 25.300 tonnes nommées _Flandre, Gascogne, Normandie, Languedoc_, à bord desquelles sera innovée la fameuse tourelle quadruple que montre plus loin le dessin de Sébille. Dans chacun de ces énormes forts blindés et tournants, 4 canons de 34 centimètres seront placés parallèlement. Une forte cloison cuirassée coupera la tourelle en deux compartiments égaux renfermant chacun 2 pièces, ainsi mises à l'abri des avaries par éclats de projectiles qui pourraient pénétrer dans le compartiment voisin.

D'intéressantes discussions se sont produites autour de ce système nouveau auquel la marine est allée avec une décision qui n'est pas toujours dans ses habitudes. Elle estime, en effet, que la tourelle à 4 canons donne un maximum de puissance offensive pour un minimum de poids de cuirasse protectrice, et c'est là un argument des plus sérieux.

Il est bon de noter que, grâce à l'adoption de la tourelle quadruple, les _Normandie_, avec un déplacement supérieur seulement de 2.000 tonnes à celui des _Provence_, porteront 2 pièces de 34 centimètres de plus. En outre, leur flottaison, leur tourelle et le blockhaus seront protégés par une tranche d'acier de 32 centimètres, maximum employé sur les bâtiments étrangers. Ces cuirassés seront mus par quatre hélices, dont deux actionnées par des turbines, les deux autres par des machines alternatives du type ordinaire; ils fileront 22 noeuds.

En résumé, les quatre _Normandie_ seront des bâtiments extrêmement puissants, rapides et très bien défendus. Ces qualités maîtresses les rendront plus redoutables qu'aucun des navires étrangers conçus à la même époque.

S. P.

_En arrière et au-dessus de la tourelle, devant le projecteur et les cheminées, le blockhaus avec ses deux étages; l'étage inférieur pour le commandement; l'étage supérieur, surmonté des supports de télémètres d'exercices, pour le directeur de l'artillerie. Entre les deux paires de canons de 34, dans l'axe de la tourelle, le capot à deux ouvertures, qui protège le poste de télémétrie spécialement aménagé pour le combat. A gauche, à l'arrière-plan, la gueule, des quatre canons de la tourelle centrale (la troisième tourelle quadruple est à l'arrière). La petite artillerie, à un niveau inférieur, est, elle aussi, entièrement protégée. On parait avoir ainsi donné à ces «superdreadnoughts» le maximum, de puissance et de simplicité, et par conséquent de rendement militaire._

LES OPÉRATIONS NAVALES DANS LA GUERRE DES BALKANS

Je n'ai point la prétention d'écrire ici l'histoire maritime de la guerre balkanique. N'est pas historien qui veut, tout d'abord, puis le recul manque encore vraiment trop pour porter, sur ces événements, des jugements définitifs.