L'Illustration, No. 3651, 15 Février 1913

Part 5

Chapter 53,407 wordsPublic domain

Devant la mer bleue, dans le parfum des orangers, à la lueur de lanternes balancées dans les branches comme d'énormes fruits vermeils, aux sons alanguis, énervants d'une musique apportée par bouffées des salons de la villa toute proche: c'est une fête nocturne sur la Côte d'Azur, c'est une nuit qui s'écoule dans une atmosphère de luxe et de joie... Telle est, en effet, l'impression que donnent le cadre et les premières scènes de cette pièce. Et puis voici, dans les mêmes parages, l'aspect sinistre d'un lieu de travail, âpre et dur, où semble avoir passé quelque cyclone; c'est un atelier de métallurgie éventré, dévasté par l'explosion d'une mine, avec ses poulies déchiquetées, ses arbres de transmission brisés, tordus, ses énormes machines-outils démembrées; et par la brèche ouverte sur un horizon de collines douces et de mer paisible, ourlée d'écume, on voit l'aurore apparaître et le soleil lentement monter dans le ciel qui s'embrase. Car la nature impassible accomplit sans interruption son oeuvre et il n'est pas jusqu'aux ruines accumulées par la main de l'homme qui ne rayonnent de sa lumière. Le contraste est saisissant entre ce premier et ce dernier décor, entre ce premier et ce dernier acte; mais de l'un à l'autre se déroulent les ingénieuses et pathétiques péripéties d'une action nombreuse, tumultueuse, abondante en force et en sensibilité. On peut prédire à cette belle oeuvre un long succès. L'interprétation en est tout à fait supérieure avec Mme Berthe Cerny et M. de Féraudy, avec un des plus jeunes comédiens de la Maison, M. Georges Le Roy, avec Mlles Bovy et Robinne.

Au petit Théâtre-Impérial, curieux spectacle composé d'une série de pièces: _Ernestine est enragée_, de MM. André de Lorde et Georges Montignac;_ la Lettre_, pantomime du peintre Willette, avec musique d'Ed. Artaud; _la Maladresse_, de MM. Georges Docquois et Henri Duvernois; _Soyons Parisiens_, de MM. Maurice Desvallières et Gaston Derys.

Enfin, à l'Olympia, opérette-revue de M. André Barde, musique de M. Cuvillier, _la Reine s'amuse_, dont l'attraction principale est une reconstitution du Bal des Quat'z-arts.

UN MAITRE DU VAUDEVILLE

Un auteur dramatique qui connut de grands succès, M. Grenet-Dancourt, vient de mourir, à l'âge de cinquante-quatre ans, subitement emporté par une attaque d'angine de poitrine.

Pour beaucoup, son nom restera attaché à un vaudeville célèbre, dont la fortune fut éclatante, _Trois femmes pour un mari_, écrit avec M. Valabrègue. Sa franche gaieté, la verve savoureuse, abondante, qui y était répandue, l'ingéniosité des situations, valurent à cette pièce une renommée à laquelle atteignent bien rarement les ouvrages de ce genre. Et ce sont ces mêmes qualités qui assurèrent constamment à Grenet-Dancourt la sympathie du public.

Il avait commencé par être acteur; après s'être fait applaudir à l'Odéon, il présenta, en 1881, sur la scène qui avait vu ses débuts de comédien, un petit acte, _Rival pour rire_. Sa réussite le mit en goût, et dès lors, renonçant à interpréter les pièces des autres, il en produisit à son tour, seul ou en collaboration, dans tous les théâtres où l'on jouait ce qu'on appelait alors, d'un nom bien déprécié aujourd'hui, le vaudeville.

Grenet-Dancourt s'était également fait connaître par des monologues et des saynètes que Coquelin cadet avait rendus populaires. Il était, depuis 1904, chevalier de la Légion d'honneur.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

UN CONCOURS DE TRAÎNEAUX AUTOMOBILES.

Le concours de traîneaux automobiles à hélice qui vient d'avoir lieu à Saint-Pétersbourg, devant une commission instituée par le ministre de la Guerre, a été l'occasion d'une nouvelle victoire pour l'industrie française.

La première place, est, en effet, revenue au traîneau de M. Bertrand de Lesseps. Ce véhicule, propulsé par une hélice aérienne qu'actionne un moteur de 30 chevaux, a réalisé une vitesse de 60 kilomètres à l'heure, en évoluant avec une grande facilité.

Le résultat est d'autant plus honorable qu'un des concurrents pilotait un traîneau muni d'une énorme hélice à quatre pôles et d'un moteur de 50 chevaux. Cet appareil, sur lequel on comptait beaucoup, a paru peu pratique. Il a, d'ailleurs, dès le début de l'épreuve, causé un accident assez grave: son hélice s'est brisée en tranchant le bras d'un spectateur.

LA FOUDRE ET LES EAUX SOUTERRAINES.

Dans une relation d'un cas de foudre globulaire présentée à l'Académie des sciences par M. Violle au nom de M. G. de La Villemontée, il est noté très expressément que cette foudre globulaire se manifesta au-dessus d'un bassin alimenté par une nappe d'eau souterraine. Ce fait vient à l'appui d'une opinion d'après laquelle la foudre éclate le plus souvent au-dessus des cours ou nappes d'eau souterraine. Comme il est dit dans les instructions sur les paratonnerres de l'Académie des sciences, la foudre évite plutôt les sols arides reposant sur des rochers ou sables secs, sauf s'il a plu récemment. Mais si, sous ces rochers et sables, il y a des gisements métalliques ou des gisements d'eau, c'est tout autre chose. La foudre y tombe volontiers.

Ainsi, on sait 'qu'à Bagnères-de-Bigorre la foudre est attirée par les gisements de magnétite: les arbres qui surmontent ceux-ci, et qui pourtant ne sont pas sur une crête, sont constamment foudroyés.

D'autre part, non loin du col de Somport, le docteur Pedro Farreras a relevé trois points qui sont particulièrement frappés par la foudre. Or, à chacun de ces trois points, il y a ou bien une source, ou bien un cours d'eau souterrain. En réalité, la foudre est une bonne indication de points d'eau, et si on la voit souvent frapper une même localité, un même groupe d'arbres, c'est que sous le sol il y a de l'eau qui le rend particulièrement conducteur.

NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LES ICEBERGS.

A la suite de la catastrophe du _Titanic_, le professeur Barnes fut chargé par le gouvernement canadien d'observer les icebergs qui dérivent devant les côtes du Labrador. On vient de publier les résultats de cette campagne au cours de laquelle ont été faites des constatations curieuses. La fusion de l'iceberg, due à l'élévation de température de la mer, augmente encore légèrement la température des eaux de surface, par suite des deux courants qu'elle détermine: au-dessous de l'iceberg, un courant vertical descendant d'eau refroidie; autour de la montagne de glace, un courant centripète amenant l'eau de mer voisine pour remplacer l'eau du courant précédent.

Dans le voisinage de l'iceberg, l'eau de ce deuxième courant est plus chaude que la mer environnante; l'iceberg provoque donc sa propre destruction, et sa fusion s'opère presque exclusivement par les faces immergées.

Quant à l'action refroidissante propre de l'iceberg, elle est toujours extrêmement faible, et elle cesse de se faire sentir à quelques mètres.

M. Barnes ajoute que la glace des icebergs emprisonne toujours de grandes quantités d'air dissous et d'air libre à l'état de très fines bulles, donnant lien à une effervescence quand on fait fondre cette glace dans l'eau tiède. Cet air libre est quelquefois à une pression suffisante pour expliquer les explosions d'icebergs que l'on observe fréquemment.

UN TRAIN ACTIONNÉ PAR DES ACCUMULATEURS.

On vient de mettre à l'essai aux États-Unis le premier train de chemin de fer actionné par des batteries d'accumulateurs. Ce train, qui se compose de trois voitures portant chacune quatre moteurs et une batterie d'accumulateurs, est destiné au réseau des chemins de fer de Cuba. Il a circulé entre New-York et Long-Beach, soit sur une distance de 40 kilomètres; le trajet a été accompli en 57 minutes à l'aller et en 53 minutes au retour.

On a consommé environ 2,5 kilowatts par kilomètre. En supposant que le courant revienne à 5 centimes le kilowatt, le transport de 150 voyageurs sur un parcours (aller et retour) de 80 kilomètres revient à une dizaine de francs.

LE POIDS DU CERVEAU, LA TAILLE ET L'INTELLIGENCE

_Dans sa nouvelle pièce_, les Éclaireuses, qui obtient le plus éclatant succès au Théâtre Marigny, M. Maurice Donnay effleure avec son esprit coutumier une question de haute biologie. La scène finale du premier acte rende tout entière sur la valeur respective du cerveau dans les deux sexes. Le mari, très averti, oppose à sa femme l'opinion du docteur Dubois, savant hollandais surtout connu pour avoir découvert le_ Pithecanthropus._

_M. Dagnan-Bouveret, fils du grand peintre, nous adresse sur cette question une note amusante, en dépit de sa précision technique.--note particulièrement agréable à lire pour le beau sexe qui ne pourra, désormais, s'offusquer de se voir, comme il arrive parfois, attribuer «une cervelle d'oiseau»:_

Bien souvent la fantaisie des poètes s'est plu à faire abstraction des cadres rigides qu'imposent à la réalité l'espace et le temps. Nul peut-être plus que Swift, dans ses voyages de Gulliver, n'a tiré un heureux parti de ces fictions qui ne changent les dimensions des êtres et des choses que pour peindre avec plus d'ironie les moeurs et les ridicules des hommes. Parfois la nature même semble justifier ces fantaisies en nous présentant des géants si grands et surtout des nains si petits qu'il semble, que l'imagination ne soit guère allée au delà du réel et n'ait pas dépassé les limites du possible. Mais la biologie nous a montré que l'évolution des espèces est limitée dans le sens de la grandeur aussi bien que, dans celui de la petitesse do la taille.

L'accroissement de la taille a une limite relativement simple et d'ordre; purement mécanique. Tandis que le poids s'accroît comme le cube de la taille, la force des muscles s'accroît comme leur section transversale, ce qui correspond au carré de la taille.

Beaucoup plus complexe est la limite de la diminution de la taille.

Cuvier avait admis la proportionnalité pure et simple entre le poids du corps et celui du cerveau. Il estimait que _le poids relatif_ de ce dernier correspond au degré d'intelligence. Cette loi se vérifie quand on compare entre elles de larges divisions du règne animal, telles que les classes des vertébrés; le poids du cerveau représente pour l'homme 1/45 de celui du corps; 1/98 pour le, chevreuil; 1/392 pour le cygne; 1/4300 pour le requin, etc. Mais on aboutit aux résultats les plus paradoxaux si on compare les animaux d'une même classe ou d'une même espèce. Ainsi, la souris a une proportion d'encéphale égale, à celle de l'homme; le ouistiti a une proportion beaucoup plus élevée (1/25), dépassée encore par certains petits oiseaux tels que la mésange et le roitelet (1/20).

En présence de ces faits, la loi de Cuvier a dû être abandonnée et on a cherché une autre relation entre le poids du corps, le poids de l'encéphale et la mesure de l'intelligence. Les travaux de Brandt et de Sneil avaient établi que l'activité générale de l'organisme, mesurée par les combustions vitales, est proportionnelle à la surface et non au poids du corps. Dubois, le savant hollandais qui découvrit à Java le _Pithecanthropus_, s'est alors demandé si l'on n'obtiendrait pas une formule satisfaisante en comparant le poids de l'encéphale non pas à la masse du corps, mais à sa surface. Or, la surface du corps d'un animal est proportionnelle au carré (ou puissance 2) de sa longueur, et son poids au cube de cette longueur; par conséquent, la surface est proportionnelle à la puissance 2/3 ou 0,66 du poids et la longueur à la puissance 1/3 de ce poids.

Partant de cette hypothèse, et considérant des espèces appartenant à une même; famille (mais appartenant toutes à la classe des mammifères), Dubois s'est efforcé de la vérifier empiriquement. Pour des familles très différentes, il a obtenu des valeurs très voisines, dont la moyenne, _l'exposant_ de relation est 0,56, c'est-à-dire un peu plus faible que celle donnée par la théorie (0,66). Dès lors, on peut dire que le poids de l'encéphale est, chez les mammifères, égal au poids multiplié par 0,56 et par une constante, variable suivant les familles considérées, que Dubois appelle le coefficient de céphalisation.

L'influence de la taille de l'animal sur le poids de son encéphale se trouve ainsi éliminée, et le coefficient de céphalisation représente bien, comme l'a exprimé M. Lapicque, «la valeur cherchée, laquelle doit diminuer ou grandir avec la complexité de la vie de relation, la souplesse surtout de cette vie de relation, et la possibilité de son ajustement à des conditions de plus en plus délicates; c'est-à-dire avec l'intelligence des animaux appréciée objectivement.»

Avec ce coefficient de céphalisation, on obtient un classement satisfaisant. L'homme vient nettement en tête avec un coefficient égal à 2,8, d'après Dubois; 2,73 pour l'homme et 2,72 pour la femme, d'après les calculs de M. Lapicque. Bien au-dessous viennent les singes supérieurs, les anthropoïdes, orangs ou gibbons, 0,76 à 0,70; puis les singes inférieurs, tels que les ouistitis, 0,48; enfin, les autres mammifères, 0,45 à 0,30.

Toujours, fait capital, les grandes et les petites espèces d'une même famille, quelle que soit la différence de leur poids, sont rapprochées par leur coefficient de céphalisation.

Il résulte de cette loi qu'entre des espèces animales qui diffèrent seulement par la taille, le poids de l'encéphale varie beaucoup moins vite que le poids du corps. Si, par exemple, dans une même famille, nous considérons deux représentants d'espèces de taille différente, l'un ayant un poids triple de celui de l'autre, le poids de l'encéphale du plus gros sera non pas triple, mais double; de celui du poids du plus petit. Par conséquent, les petits animaux ont une bien plus forte proportion d'encéphale que les grands.

Cette proportion à laquelle nous avons vu qu'on ne pouvait attacher la signification que lui attribuait Cuvier paraît avoir un sens très net: elle marquerait une limite à l'évolution des espèces dans le sens de la diminution de la taille. La tête, en effet, ne saurait être démesurément lourde par rapport au corps: il semble qu'elle ne puisse dépasser un dixième ou un huitième du poids total du corps. Or, la tête comprend non seulement l'encéphale, mais encore la boîte crânienne, le massif facial, les mâchoires, les appareils des sens. Un oiseau peut donc se permettre au maximum un quinzième de son poids total comme encéphale; un mammifère au maximum un vingt-cinquième.

En ce qui concerne l'espèce humaine, M. Lapicque a calculé que, la plus petite race possible «ayant un cerveau fonctionnellement égal au nôtre, aurait un pouls d'environ 15 kilogrammes». Nous voilà bien loin encore des Lilliputiens de Swift qui, avec leur taille de 6 pouces pèseraient moins de 100 grammes!

UN CHATEAU DE MANSARD

«Mlle Rachel Boyer, de la Comédie-Française, vient de se rendre acquéreur du château de Brécy, dans le Calvados, à 22 kilomètres de Caen.» Rencontrée en quelque coin de journal, au détour d'une colonne, la brève nouvelle se glisse dans l'esprit tout discrètement, sans tapage; et l'on a, tout d'abord, un sourire pour féliciter, intérieurement, l'heureuse artiste, en songeant _in petto_ qu'il s'agit sans doute d'une jolie gentilhommière normande environnée de grasses prairies... Et l'on ne s'arrêterait qu'un instant, si l'information n'ajoutait: «Le château de Brécy est un ancien édifice du dix-septième siècle, bâti par Mansard.» Voilà de quoi éveiller la curiosité de tous ceux qui s'intéressent au sort de nos vieilles demeures de France.

Celle-ci était, avec les ans, tombée en un fâcheux état d'abandon. Quelles vicissitudes avait-elle subies, depuis que l'illustre Mansard, celui de Choisy et de Maisons-Laffitte, l'avait fait construire pour un de ses parents, lequel devait trouver fort agréable d'avoir pareil architecte dans sa famille. Les archives locales établiraient cette histoire, qui est celle de tant d'autres monuments, mal préservés de la double injure des hommes et du temps. Les pierres ont leur grandeur et leur décadence: Brécy, livré à un propriétaire qui en ignorait la valeur artistique, connaissait la mauvaise fortune. Une métairie s'était installée dans le charmant domaine. Et, tout à côté du portail d'entrée, chef-d'oeuvre de grâce et de noblesse, des bâtiments de ferme montraient leurs toits de chaume.

Un jour, comme une voiture fourragère, traînée par quatre robustes chevaux de trait, franchissait, au risque de l'abîmer, le précieux portail, réservé jadis à de plus légers équipages, le hasard voulut qu'une automobile passât par là. Le plaisir de la vitesse n'empêche point les touristes avisés de regarder autour d'eux: au spectacle imprévu de cette charrette devant laquelle s'ouvraient des vantaux sculptés, une voyageuse s'étonna: comment une résidence dont la façade avait si imposant aspect s'était-elle transformée en habitation rustique? D'autres surprises l'attendaient à la visite du domaine. Le château, de sages proportions, était du style le plus pur, et un beau jardin à la française l'entourait, coupé de terrasses aux escaliers de pierre moussue, aux élégantes balustrades. Partout on retrouvait la marque d'un génie harmonieux et souple, savant à plaire, ami de la mesure et de l'ordre: entre des travaux plus importants, Mansard avait dû s'amuser à créer cette délicieuse «folie»...

C'est ainsi que, pendant une halte d'automobile, Mlle Rachel Boyer «découvrit», si l'on peut dire, le château de Brécy; elle parvint, non sans des efforts obstinés, à déterminer son propriétaire, qui en négligeait l'entretien, à le lui céder. Et il faut se réjouir de voir désormais sauvée cette petite terre où le goût français a fleuri, il y a plus de deux siècles. La «brocante», dont si souvent on signale les méfaits, n'a pu s'emparer du portail de Brécy, comme elle avait tenté de ravir celui de l'ancien évêché d'Alan. Le château sera restauré avec piété: n'est-il pas de bon exemple que l'initiative privée supplée parfois, quand il s'agit de la conservation d'une oeuvre d'art, à l'État, protecteur officiel--mais si occupé--de nos beautés monumentales?

LE GOUVERNEUR DU LIBAN

_Un correspondant de Beyrouth, M. François Houri, nous écrit:_ Grâce à l'intervention de la France, la Porte a enfin décidé, depuis quelques semaines, d'accorder les réformes demandées pour le Liban et de nommer en même temps son nouveau gouverneur, S. Exe. Ohannès pacha Coumoudjian, sous-secrétaire d'État aux Affaires étrangères de l'empire. Ohannès pacha est âgé de cinquante-trois ans. Il est Arménien catholique et appartient à une des plus grandes familles de Constantinople.

Sa nomination, qui a reçu la sanction des ambassadeurs des six grandes puissances protectrices du règlement du Liban (France, Angleterre, Russie, Autriche-Hongrie, Allemagne et Italie), a été surtout interprétée, ici, comme un succès de la politique française.

A peine débarqué à Beyrouth, où il a eu une réception des plus solennelles et des plus enthousiastes--les Libanais étaient venus en nombre et de tous côtés saluer le nouveau gouverneur--il a fait appeler un des plus grands personnages du Liban et le chef le plus puissant après le patriarche maronite, S. Exe. Habib pacha El Saad, pour le consulter et le prier d'accepter la présidence du conseil administratif. Habib pacha est maronite; il appartient à cette grande famille Saad El Houri dont Volney et Lamartine parlent avec enthousiasme et dont un des membres, l'arrière-grand-père de Habib pacha, fut nommé consul de France dans le Levant, de par une charte de Louis XVI. Il s'appelait cheik Grandour El Saad.

Le gouverneur, qui ne connaissait pas du tout Habib pacha, s'est inspiré, dit-on, des recommandations de l'ambassade de France à Constantinople, en l'ayant, sitôt débarqué, fait appeler et nommer à la présidence du Conseil. Cette nomination a réjoui tous les Libanais à quelque rite ou religion qu'ils appartiennent. Aussi le Liban, pour fêter l'avènement d'une nouvelle ère de progrès et de prospérité qu'il espère des nouveaux gouvernants, a-t-il fait des illuminations superbes et a-t-il exprimé sa joie, suivant la tradition, par des fusillades nourries.

_JEUX ET PROBLÈMES_

_Voir les solutions au prochain numéro._

LE DAMIER

N° 3775.--_Problème_, par Ph. L.

Noirs (14 P. 1 D.).

Blancs (12 P. 1 D.).

Les Blancs jouent et gagnent.

LES DOMINOS

N° 3776.--_Dominos._

Compléter le carré ci-dessous avec les 28 dominos, de manière qu'en additionnant les points des 8 colonnes verticales, des 8 rangées horizontales et des 2 grandes diagonales, on obtienne toujours le même total: 21 points.

Nota.--Six vides symétriques se trouvent dans la figure.

JEUX D'ESPRIT

N° 3777.--_Logogriphe_, par Auguste Capdeville (Béziers).

O maîtresse d'Alcibiade, Reine des beautés en pléiade, Montre devant l'obscur devin, Ame céleste, corps divin.

Sauf A, dans le coquet parterre D'un poétique presbytère, Allons cueillir la chaste fleur Ayant la neige pour couleur.

Sauf I, c'est le canapé rose. Là le joufflu Flémard repose, Morgué! Eternellement fatigué.

Sauf A, je deviens soit l'emblème Sacré de la candeur suprême, Soit le calice virginal De l'aube au front matutinal.

Sauf I, sur le divan d'Estelle Où la somnolence s'attelle, Vrai Ganymède, je m'assieds. --Trois pieds.

La déprimante lassitude, La paresseuse quiétude! Sauf I, De l'activité le défi.

Je chante la sieste molle. Or, l'enivrant parfum s'envole Afin d'embaumer Josépha, Sauf A.

Comme bonne philosophie Le moelleux sopha de Sophie, Quand, sauf I, l'on est fatigué, Morgué!

Maintenant, hélas! plus d'oeillade, Car l'amante d'Alcibiade Dort, sans amour et sans rancoeur, Lasse d'esprit... _lasse de coeur!_

N° 3778.--Mots décroissants, par Ernestine B.

Ce qui veut des médicaments Calmants. Un droit pour lequel le beau sexe Se vexe. Pour les semaines de loisir Plaisir. Fureur qui doit rendre ton verbe Acerbe. Son que fit entendre ta voix Cent fois. Et l'extrémité d'une tête De bête.

C. CHAPLOT.