L'Illustration, No. 3651, 15 Février 1913

Part 2

Chapter 23,371 wordsPublic domain

L'hiver s'écoula sans incident et, au début du printemps austral, le 2 novembre 1911, Scott se mit en route vers le Pôle, à la tête d'un important convoi de dix traîneaux tirés par autant de poneys. Entre temps, deux traîneaux automobiles chargés de fourrages et d'approvisionnements avaient pris l'avance, tandis que des attelages de chiens suivaient avec des vivres de réserve. Par suite de réchauffement des moteurs dû au mauvais fonctionnement de l'appareil de refroidissement par l'air, les tracteurs durent être abandonnés par 80° 30' de latitude. N'empêche qu'ils avaient fourni une traite de pas moins de 300 kilomètres sur le glacier, et singulièrement facilité les transports. Après cela, la marche sur la Grande Barrière continua très lente, sans cesse retardée par d'effroyables _blizzards_ et de très abondantes chutes de neige. Seulement le 10 décembre, trente-huit jours après avoir quitté ses quartiers d'hiver, la caravane arrivait à l'extrémité méridionale de cette immense nappe de glace, au pied de l'énorme massif qui défend l'approche du Pôle. Dès le lendemain, avec sept compagnons, Scott entamait l'ascension des montagnes par le glacier Beardmore, qu'avait suivi Shackleton trois ans auparavant. Les fourrages étant épuisés, les poneys survivants avaient été abattus avant le début de l'ascension. Dès lors, les Anglais devaient s'atteler eux-mêmes à leurs véhicules, tandis qu'au moment de l'attaque des montagnes Amundsen possédait une meute de plus de quarante bêtes vigoureuses. Au début, la marche fut très pénible; toujours la tempête et la neige; par suite, une piste exécrable. Plus haut, le terrain devient meilleur, et les explorateurs avancèrent bon train, couvrant de 24 à 36 kilomètres par étape. Le 3 janvier 1912, Scott arrivait au 87° 32' de latitude, soit à 270 kilomètres du Pôle. Là, pour économiser les vivres, il renvoyait sur l'arrière trois de ses compagnons et continuait avec quatre hommes, le docteur Wilson, deux officiers, le capitaine Oates et le lieutenant Bowers, et un sous-officier, Evans. Quinze jours plus tard, le 18 janvier, juste un mois et un jour après Amundsen, la petite caravane parvenait au Pôle où elle trouvait la tente et le document laissés par les Norvégiens comme preuves de leur passage. Pour ces braves, quelle cruelle déconvenue! Avoir peiné pendant des mois, et, au dernier moment, se voir enlever la victoire par un concurrent plus heureux! Le coup était rude, et qui sait, peut-être sa violence entama-t-elle la force de résistance des explorateurs et prépara-t-elle ainsi, dans une certaine mesure, la catastrophe finale.

Si l'ascension du glacier Beardmore avait été difficile, encore plus pénible fut la descente. Sans répit, la tempête et la neige, et toujours un froid très vif, 30° et 40° sous zéro, à une époque correspondant à la fin de juillet et au commencement d'août sous nos latitudes. Finalement, le 15 février, au prix d'efforts surhumains, on arrive à la fin du glacier Beardmore, au pied des montagnes. Là, le sous-officier Evans succombe aux fatigues et aux privations.

Cependant, les grosses difficultés semblent vaincues. Du pied du glacier aux quartiers d'hiver du _sound_ Mac Murdo, il n'y a plus que 650 kilomètres, et sur toute cette distance, c'est la plaine de là Grande Barrière. Mais l'adversité s'est acharnée sur la malheureuse expédition. La température devient excessive; dans la journée le thermomètre oscille autour de 35° sous zéro et, la nuit, tombe à 43°! Avec cela, constamment un vent debout qui rend le froid encore plus âpre, et, à chaque instant, des _blizzards_ et des chutes de neige. Dans de telles conditions, combien est épuisant le halage des traîneaux!

En même temps, la lenteur des progrès oblige à la diminution des rations; il importe avant tout de garder une quantité de vivres suffisante pour atteindre le dépôt le plus méridional, l'_One Ton Camp_, la cache contenant une tonne de conserves. C'est ainsi que plus la lutte devient pénible, plus la force de résistance des voyageurs diminue. Après un mois de marche, Scott se trouve encore à plus de 250 kilomètres de la station.

Sur ces entrefaites, le capitaine Oates, gravement «mordu» par la gelée aux pieds et aux mains, s'affaiblit de jour en jour; le malheureux se traîne plutôt qu'il ne marche. Malgré ses instantes prières, ses camarades refusent de l'abandonner, et, pour lui permettre de suivre, ralentissent leur allure, alors que chaque heure perdue diminue les chances de salut de la caravane entière.

Le 16 mars, la petite troupe se trouve retenue sous la tente par la tempête, lorsque Oates, à toute extrémité, parvient à se lever dans un suprême effort: «Je sors, et resterai dehors quelque temps», dit-il. Comprenant sa résolution, ses compagnons s'efforcent de le retenir; leurs supplications demeurent inutiles... et ce vaillant disparaît pour toujours dans l'ouragan blanc. «Oates, écrit Scott, avait coupé lui-même le lien d'affection qui conduisait ses amis à la mort.»

Après ce drame, les trois survivants lèvent immédiatement le camp et, en dépit de la tourmente, poursuivent leur marche désespérée. Encore un effort, le dépôt du 79° 30' n'est plus loin. Après cinq jours de fatigues surhumaines, ils vont toucher le but, lorsque, le 21 mars, à 20 kilomètres de la précieuse «cache» de vivres, un nouveau _blizzard_, plus terrible que les autres, fond sur les infortunés voyageurs. Leurs caissons de vivres sont presque vides, et toujours l'ouragan fait rage. C'est ainsi que, lentement, ces héroïques pionniers succombent les uns après les autres, aux tortures de la faim et du froid, gardant, jusque dans l'agonie, la plus admirable sérénité. Scott et ses trois compagnons sont morts en héros de Plutarque.

[Le capitaine Scott, avant son départ.--_Phot. Russell and sons, Southsea._]

Défaillant, le chef de l'expédition trouve encore la force de tenir un journal et d'adresser au peuple anglais un suprême message, admirable de simplicité et de grandeur d'âme:

«Nous sommes faibles, écrit Scott, nous pouvons à peine tenir la plume. Pour ma part, je ne regrette pas d'avoir entrepris cette expédition; elle montre l'endurance dont sont capables les Anglais, leur esprit de solidarité, et prouve qu'aujourd'hui ils savent regarder la mort avec autant de courage que jadis.

» Nous avons couru des risques; nous savions d'avance que nous les courrions.

» Les choses ont tourné contre nous, nous ne devons pas nous plaindre, mais nous incliner devant la décision de la Providence, décidés à faire de notre mieux jusqu'à la fin.

» Si, dans cette entreprise, nous avons volontairement donné nos vies, c'est pour l'honneur de notre pays. J'adresse donc un appel à mes compatriotes, et les prie de veiller à ce que ceux dont nous étions les soutiens dans la vie ne soient pas abandonnés.»

Dès les premiers jours de mars, l'escouade demeurée aux quartiers d'hiver s'était portée en avant au secours du chef de l'expédition. Malheureusement, le mauvais temps paralysa ses mouvements. Ce fut seulement six mois plus tard, en octobre dernier, au début du printemps austral, que les recherches purent être reprises; elles aboutirent à la découverte des cadavres des héroïques explorateurs et des carnets racontant leur effroyable agonie.

La catastrophe est due principalement à des conditions météorologiques adverses et au mauvais état de la neige qui en a été la conséquence. Alors que sur la Grande Barrière, Amundsen n'a point éprouvé de grosses tempêtes et n'a essuyé que deux tourmentes dans les montagnes, Scott a été pour ainsi dire constamment enveloppé par des _blizzards_. Shackleton, lui aussi, fut assailli par de fréquents ouragans et rencontra de vastes espaces recouverts de neige molle. De plus, les nombreuses séries d'observations faites dans le _sound Mac_, Murdo par les trois expéditions anglaises qui y ont hiverné montrent la fréquence des ouragans dans cette région. Il est donc évident que la route anglaise vers le Pôle Sud, c'est-à-dire la partie occidentale de la Grande-Barrière située au pied des hautes montagnes de la terre Victoria, forme une sorte de trou du vent, au fond duquel tombent d'abondantes masses de neige. Au contraire, plus à l'est, au large de cette chaîne, la partie médiane de la Grande Barrière, qui a été parcourue par les Norvégiens, est une zone de calme relatif. De plus, les autorités en matière d'exploration polaire, Nansen, Shackleton, attribuent l'affaiblissement progressif de la caravane au scorbut. La terrible maladie avait visité l'expédition avant le départ pour le Pôle; un des membres de l'escouade du sud avait même été atteint. Il est donc permis de penser que, pendant la marche vers le Pôle, l'alimentation exclusive en conserves, jointe aux fatigues de la route, a déterminé une nouvelle éclosion traîtresse de la redoutable affection, dont les lents progrès ont mis les vaillants explorateurs hors d'état de résister aux intempéries et aux privations.

D'autre part, une des causes du désastre doit être cherchée dans l'absence d'animaux de trait au moment de l'assaut final. Tandis que des meutes bien entraînées enlevaient rapidement les traîneaux d'Amundsen, les Anglais durent haler à bras les leurs dans la pénible escalade des montagnes. Enfin, Scott et ses compagnons n'avaient point cette maîtrise du ski que possèdent les Norvégiens habitués dès l'enfance à l'emploi de ce patin. De là, la lenteur des étapes, qui a conduit à la mort ces héroïques explorateurs.

CHARLES RABOT.

LA GUERRE CIVILE AU MEXIQUE

M. Madero, qui, il y a bientôt deux ans, contraignait par la force M. Porfirio Diaz à abandonner le pouvoir, et que la révolution victorieuse portait alors à la présidence des États-Unis du Mexique, vient à son tour d'éprouver les hasards d'une sédition militaire, dirigée, cette fois, contre lui. Dimanche dernier, les partisans du général Félix Diaz, neveu de l'ancien président, entraînaient presque toutes les troupes de la garnison et, avec ce concours, délivraient leur chef, emprisonné depuis l'insuccès de sa précédente tentative insurrectionnelle. Après un violent combat entre les troupes fédérales et les rebelles, ceux-ci s'emparaient de l'arsenal, et le général Félix Diaz se proclamait lui-même président de la République.

En un pays où les questions de personnes sont seules en jeu, ce ne sont point des raisons politiques qu'il faut chercher à un tel mouvement. Depuis longtemps déjà, M. Madero avait à lutter contre les menées de nombreux adversaires. «Dès ses débuts, nous écrit M. N. C. Adossidès, qui est fort averti des origines de la crise actuelle pour avoir récemment séjourné au Mexique, le nouveau président fut l'objet de critiques acerbes; on alla jusqu'à affirmer qu'il s'était fait rembourser les frais occasionnés par la révolution. A vrai dire, les mécontents, ses anciens amis pour la plupart, se plaignaient surtout de n'avoir pas reçu un prix suffisant de leurs services, et si l'on voit aujourd'hui certains généraux, ses partisans d'autrefois, faire cause commune avec Félix Diaz, c'est que Madero dut résister énergiquement à leurs exigences exorbitantes.

» Pasqual Orozco et Zapata devinrent ainsi ses ennemis acharnés. Leur aide lui avait été indispensable pour conquérir le pouvoir, car, véritables chefs de bandes, ils avaient à leur disposition des hordes vite excitées par l'appât de riches butins. Le succès de Madero assuré, ils l'accusèrent de ne point tenir ses promesses, et reprirent les armes contre lui.

» Déconsidérés, sans prestige, ils n'étaient pourtant pas les plus à craindre. Un autre adversaire, beaucoup plus redoutable à cause de l'estime qui s'attachait à son nom, se mit bientôt sur les rangs: le général Félix Diaz, très populaire dans l'armée, réussit, au mois d'octobre dernier, avec quelques centaines d'hommes, à s'emparer de Vera-Cruz. Arrêté peu de jours après, il fut condamné à mort par la cour martiale; mais l'opinion publique intervint en sa faveur, et Madero commua sa peine en celle des travaux forcés.»

Le général Diaz paraît avoir rencontré, à Mexico, de vives résistances. Les troupes fidèles ont livré aux mutins de nombreux engagements, et l'on annonce que M. Madero, demeuré maître du palais national, organise la lutte, tandis que, d'après certaines informations, Mme Madero résiderait toujours au château de Chapultepec, à quelques kilomètres de la capitale.

PRUSSE ET HANOVRE

Le 10 février, à Carlsruhe, au cours d'un bal au château grand-ducal de Bade, l'empereur Guillaume a officiellement annoncé les fiançailles de la princesse Victoria-Louise de Prusse et du prince Ernest-Auguste de Cumberland, petit-fils du roi de Hanovre et héritier présomptif--depuis la mort de son frère aîné le prince Georges--du grand-duché de Brunswick. L'événement est d'importance; les fiançailles scellent en effet la réconciliation des maisons de Prusse et de Hanovre de même que le mariage de l'empereur Guillaume avec une princesse de Schleswig-Holstein mit fin à une autre vieille querelle. On ne croit point que le duc de Cumberland, père du fiancé, puisse renoncer lui-même officiellement à ses droits sur le Hanovre; mais sans doute abdiquera-t-il en faveur de son fils, ce qui permettrait de résoudre la question de la souveraineté du Brunswick, actuellement administré par une régence qui doit cesser lorsque les Cumberland, héritiers du grand-duché, auront renoncé à leurs prétentions sur le Hanovre.

La princesse Victoria-Louise a vingt ans. Elle est blonde, fine, spirituelle, vive, et, par ses saillies espiègles, met beaucoup d'animation jeune à la cour de Potsdam. Le prince Ernest-Auguste, âgé de vingt-cinq ans, est un officier bavarois de belle allure.

LES MARAIS DU GUADALQUIVIR

_Notre correspondant de Madrid nous écrit:_

Une rapide excursion vient de me faire connaître la région des marais du Guadalquivir dont la concession au «Crédit foncier du Sud de l'Espagne» est l'objet d'une enquête judiciaire, prélude, à en croire certaines informations, d'un scandale analogue à l'affaire Rochette, où seraient compromis 5 millions et impliquées de hautes personnalités espagnoles et françaises.

Ces marécages ne sont pas ceux que les touristes qui descendent en bateau le Guadalquivir de Séville à Sanlucar de Barrameda peuvent apercevoir, s'étendant à perte de vue sur leurs deux rives et servant de pacages aux troupeaux de taureaux de course. Les terrains désignés dans le dossier sous le nom de «Marisma Gallega d'Aznalcazar» et de «Lago de Almonte», sont situés à l'ouest du bras droit du Guadalquivir, dit «Brazo de la Torre», non navigable sauf pour de petites embarcations.

Occupant, depuis Coria del Rio jusqu'à l'embouchure, l'emplacement probable de l'ancien estuaire du fleuve, ces terrains d'alluvion, abondants en silice, se présentent tantôt sous l'aspect d'un sol pulvérulent et grisâtre, tantôt couverts d'herbes aquatiques et semblables à des rizières ou aux pampas américaines. Ils sont parsemés de trous appelés «ojos» (yeux), sources insondables, dissimulées sous des couches de mousse, mais que le bétail de ces parages a l'instinct d'éviter, et traversés par tout un réseau de canaux («canos» ou «canadas»), les uns d'eau courante, les autres aveuglés. On y trouve enfin quelques «lueios», sortes de lagunes où séjournent le plus longtemps les eaux. Du côté de la mer, le long du rivage, les marais sont bordés par de vastes dunes de sable, et, du côté de la terre, par d'immenses forêts de pins, d'eucalyptus, de chênes et de palmiers nains, réparties en plusieurs grandes propriétés, notamment celle de la comtesse de Paris à Villamanrique, sa résidence, la chasse royale du «Coto del Rey», et surtout le «Coto de Doña Alla», fameux par l'abondance et la variété de sa faune presque unique en Europe, où l'on chasse encore le sanglier à l'épieu, comme au moyen âge, et où l'on a pu même acclimater des chameaux, amenés des Canaries. Les marais eux-mêmes sont d'ailleurs abondants en gibier d'eau.

Cette vaste étendue se divise en plusieurs parties: la «marisma d'Aznalcazar», qui commence près du bourg de ce nom, à l'est de Villamanrique, et couvre 25.000 hectares; la «marisma Gallega», d'une superficie de 15.000 hectares, comprise entre le «Brazo de la Torre» et le «Caño Travieso», et la «marisma de Hinojos», voisine du «Lago de Almonte», bande de terrain argileux et assez ferme, qui n'est couverte d'eau qu'en hiver.

Pour mettre cette contrée en exploitation agricole, il faudrait, au moyen du drainage des canaux, l'assécher, et en même temps débarrasser la terre du sel dont elle est imprégnée: ces opérations exigeraient évidemment de longs et coûteux travaux. Plusieurs tentatives ont déjà été faites en ce sens; leur histoire, fort intéressante pour l'intelligence de l'affaire Péquignot, vaut d'être brièvement contée.

C'est en 1876 que la première concession pour l'assèchement des marais d'Aznalcazar, qui appartiennent, pour la plus grande part, à M. Hilario del Camino, de Séville, fut faite en faveur de MM. Moréno Benitez et Iscar moyennant une caution de 10.000 pesetas et un délai de dix ans pour achever les travaux et douze ans pour livrer le terrain à la culture. Mais rien de sérieux ne fut exécute, et M. Iscar chercha, en 1897, à revendre, pour 50.000 pesetas seulement, sa concession à M. Hilario del Camino, qui n'en offrit que 2.000 pesetas,--ce qui donne une idée de la valeur de ce titre dont Péquignot a tiré depuis 5 millions! Entre temps, plusieurs ingénieurs étrangers ou espagnols étaient venus opérer des relevés sur le terrain, et l'affaire avait été successivement étudiée par une «Compagnie péninsulaire» domiciliée à Madrid, par M. Sundheim, propriétaire de mines à Huelva, et plusieurs autres, sans qu'aucun y donnât suite. La concession primitive Benitez-Iscar semblait donc légalement périmée, lorsqu'un décret royal du ministère des Travaux publics, en date du 12 juillet 1910, la renouvela en faveur d'un M. Fernando Cazana; puis un autre décret du 19 juin 1911 transféra cette concession (en même temps que celle du lac d'Almonte, adjugé en 1910 aussi à un M. Zapata) à MM. Caraux et Louis Renaut, le premier la cédant au second. Enfin, un troisième décret, en date du 10 mars 1912, attribuait cette même concession à M. Paul Péquignot (qui apparaît alors pour la première fois et ne s'est jamais rendu personnellement aux «marismas»), comme conseiller-délégué du «Crédit foncier du Sud de l'Espagne».

Depuis, on n'avait rien su de l'affaire à Séville, jusqu'à l'arrivée, en vertu d'un mandat judiciaire, de M. Henri Lagatu, professeur de chimie à l'École nationale d'Agriculture de Montpellier, commissionné comme expert agronome pour l'analyse des terrains. Il y séjourna, il y a un mois, plus de vingt jours, en compagnie de M. Louis Bertrand, agent du consulat français.

Les résultats des investigations de M. Lagatu appartiennent encore au secret de l'instruction; mais nous croyons savoir que, d'accord avec les autres personnalités compétentes, il admet la possibilité de l'assèchement et de l'exploitation agricole des «marismas» à force de temps et d'argent. Seulement, quelles qu'en soient les difficultés matérielles, l'entreprise ne serait possible que si les concessionnaires étaient ou devenaient vraiment les possesseurs du terrain. Tel n'était point précisément le cas.

Il semble en outre singulier que, tandis que les décrets de concessions se succédaient, la Direction des Travaux publics de la province de Séville déclare ne posséder aucun dossier à ce sujet. Mais c'est à l'instruction qu'il appartient d'élucider toutes ces anomalies et le rôle des diverses personnalités impliquées dans cette affaire, qui vient de motiver la démission de l'ambassadeur d'Espagne à Paris, M. Pérez Caballero.

J. C.

UN MOIS A PÉKIN

IV.--EN EXCURSION: LA «PAGODE DU NUAGE DE JADE VERT»

Les buts d'excursions aux environs de Pékin sont nombreux et intéressants. Je ne vous parlerai pas de celle au tombeau des Ming et à la grande muraille, qui est classique; je n'ai pas pu la faire, empêché que j'étais par tous mes rendez-vous. Mais nous en avons fait une, délicieuse, au temple de Pi Yunn Sseu (Pagode du Nuage de Jade vert) près du Parc de Chasse, en compagnie de l'aimable M. Bouillard, qui s'était chargé de l'organisation et du ravitaillement.

Partis de Pékin en auto vers 2 heures, nous sommes arrivés trois quarts d'heure après devant le Palais d'Été où nous avons trouvé des ânes et des chevaux qui nous ont amenés, vers 5 h. 1/2, au Temple, situé au pied des premières collines de l'Est.

Là, dans un décor saisissant, se dresse le plus admirable monument qu'on puisse imaginer. C'est, dans un amphithéâtre naturel d'une grande allure, une succession de portiques, de ponts, de cours, de terrasses, d'escaliers, de pagodes, de pavillons qui escaladent la pente, assez forte, de la colline et conduisent au sommet d'une tour bouddhique, sorte d'autel grandiose, érigeant ses pylônes à multiples étages et ses bas-reliefs de pur art hindou dans un ciel resplendissant. Des polychromies peintes aux portiques en bois, on passe aux arcs de triomphe en céramique, puis on arrive peu à peu aux marbres hâlés et imprégnés de soleil, patines à plaisir et ciselés comme des orfèvreries... C'est une merveille.

Ces morceaux d'architecture bouddhique ne sont pas rares à Pékin et dans ses alentours. C'est, m'a dit M. Bouillard, à l'empereur Tien Long, souverain lettré, artiste et très éclectique, qu'on doit l'introduction, en Chine, d'une certaine quantité de dogmes de la religion hindoue et, par suite, de monuments inspirés des traditions bouddhiques. Ce souverain fit même venir à Pi Yunn Sseu des architectes et des artistes de l'Inde pour exécuter cette partie de la construction, qui se trouve enchâssée dans le temple chinois comme un diamant dans du jade.