L'Illustration, No. 3650, 8 Février 1913

Part 5

Chapter 53,218 wordsPublic domain

Bien souvent, nous avons eu l'occasion le signaler l'oeuvre accomplie aux pays annexés par le «Souvenir Alsacien-Lorrain»; de ce côté de la frontière, on a toujours suivi avec une sympathie émue les touchantes manifestations de ce culte des morts auquel les Alsaciens-Lorrains sont demeurés si fidèles. Depuis longtemps elles étaient dans les journaux allemands, l'objet de violentes et haineuses attaques. Cette campagne de presse vient d'aboutir à ses fins: le gouvernement impérial a prononcé la dissolution du «Souvenir»,--mesure qui ne pouvait manquer de soulever, dans les deux provinces, une indignation générale. Le décret de dissolution invoque les articles du Code pénal qui visent le crime de haute trahison. «C'est tout simplement fou, nous écrit notre correspondant de Strasbourg. Le «Souvenir «Alsacien-Lorrain» ne poursuivait qu'un but infiniment noble: honorer la mémoire des soldats tombés sur les champs de bataille de la guerre.»

Un homme était l'âme et la force du «Souvenir», auquel il avait consacré, malgré les obstacles, toute son activité patiente et tenace: M. Jean. C'est lui que, tout d'abord, on a voulu atteindre: la police a perquisitionné à son domicile, à Vallières, et a saisi plusieurs lettres privées où des amis de France lui annonçaient l'envoi de cotisations ou le félicitaient de son admirable énergie. Parmi elles, il s'en trouvait une dans laquelle le correspondant de M. Jean--d'ailleurs inconnu de lui--parlait des «petits canons français qui ont fait leurs preuves dans les Balkans et qui supprimeront bientôt la frontière maudite». Le gouvernement fait grand état de cette lettre, qui a gagné, dans cette aventure, une publicité dont seuls les Allemands ne sauraient se réjouir.

En attendant que l'affaire soit portée devant la Chambre des députés, l'opinion publique proteste vivement contre la dissolution du «Souvenir», tout en affirmant son attachement à l'oeuvre des tombes: «Ce coup a été plus douloureux, dit le _Journal d'Alsace-Lorraine_, que toutes les autres tracasseries dont nous avons été les victimes, mais il ne peut nous faire oublier nos morts. Pour supprimer ce culte de la mémoire de nos frères, il faudrait supprimer jusqu'au dernier des Alsaciens-Lorrains».

UN JOURNALISTE COMMANDEUR

Dans la promotion de la Légion d'honneur dite «du 1er janvier», qui vient seulement de paraître à _l'Officiel_, figure, au titre du ministère de l'Intérieur, non loin de M. Hennion, directeur de la Sûreté générale, notre confrère L.-L. Pognon, administrateur de l'Agence Havas, promu au grade de commandeur. Si, contrairement à nos habitudes, nous enregistrons cette promotion, c'est que L.-L. Pognon est le premier journaliste qui, à ce seul titre, reçoive du ministère de l'Intérieur, auquel ressortit la presse, la cravate de commandeur.

Il n'est pas une salle de rédaction où le bel avancement de L.-L. Pognon dans l'ordre national n'ait été salué avec joie: c'est un peu la corporation entière qui est honorée en la personne de ce parfait galant homme, de ce charmant camarade, si accueillant, si serviable toujours, de cet excellent journaliste, si parfaitement maître en son métier.

S'il en avait le loisir--et s'il pouvait aussi conter tout ce qu'il a vu--quels mémoires attrayants, mouvementés, pour rait écrire cet homme qui depuis tant d'années promène par le monde, au hasard des événements politiques, son intelligente activité, sa clairvoyance, sa curiosité jamais indiscrète; qui, parti du reportage, en est arrivé à la direction d'une des plus importantes agences d'information du monde; qui accompagna, presque à ses débuts, Gambetta et recueillit de sa bouche quelques-uns des mots historiques gravés dans la pierre de son monument, et, tout dernièrement, était, à bord du _Condé_, le compagnon de voyage de M. Poincaré. Combien d'événements auxquels il fut présent, seul de tous les journalistes, sans qu'aucun de nous songeât à se plaindre de cette faveur, tant nous considérons L.-L. Pognon comme le mandataire qualifié, et en quelque sorte symbolique, de toute la presse, comme le _représentative man_, diraient les Anglais, du vieux journalisme!...

LE COLONEL GUISE

L'un des officiers attachés à la personne du président de la République, M. le colonel Guise, vient de succomber aux suites d'un terrible accident.

Il passait à cheval, samedi dernier, sur le cours la Reine quand, aux approches de la place de l'Alma, sa monture, effrayée par une automobile, s'emballa et, après un brusque écart, fit panache et se tua. Le cavalier, fut projeté la tête en avant sur la bordure du trottoir.

On releva, inanimé, le colonel Guise qu'on transporta dans une pharmacie voisine d'où, par les soins de M. Collignon, secrétaire général de la présidence, il fut conduit au Val-de-Grâce. Là, au premier examen, on constata une fracture du crâne. L'opération du trépan s'imposait: le médecin principal Ferraton et M. Reverchon, médecin-major, y procédèrent. Mais le malheureux colonel ne reprit qu'à peine ses sens, et lundi, après deux jours d'agonie, il succombait.

Le colonel Guise s'était acquis, dans ses fonctions à l'Elysée, beaucoup de cordiales sympathies. 11 était né à Hesdin, dans le Pas-de-Calais, en septembre 1861. C'était un cavalier accompli, que ses qualités de sportsman avaient désigné comme organisateur des chasses présidentielles. Sa mission allait prendre fin avec la retraite de M. Fallières, et il venait d'être promu colonel et affecté au 5e cuirassiers, à Saumur.

LE COMMANDANT HOLBECQ

La prise de la casbah d'Anflous nous a coûté réellement plus que nous ne le croyions la semaine dernière: 13 tués, dont un officier, et 72 blessés, dont 4 officiers.

L'officier supérieur qui a trouvé la mort en cette rencontre est le chef d'escadron Holbecq, commandant le 1er groupe d'artillerie, au Maroc. Il a été frappé au moment où se dessinait la victoire, sur la crête que nos troupes venaient d'occuper, comme il faisait son rapport aux généraux d'Esperey et Brulard.

Le commandant Holbecq était né le 14 décembre 1864. Il sortait de l'École polytechnique et avait passé par l'École de guerre. Il était chef d'escadron depuis le mois de juin 1910.

Parmi les officiers blessés, on donne les noms du lieutenant Brillat-Savarin, de la 3e batterie coloniale, et du lieutenant Umbdenstock, de la 4e batterie, celui-ci légèrement atteint, disent les dépêches.

LE PEINTRE DEBAT-PONSAN

Le peintre Édouard Debat-Ponsan est mort la semaine dernière à l'âge de soixante-cinq ans.

Il était né à Toulouse, où son père était professeur de musique. La guerre de 1870-1871 avait, dès le début, interrompu ses études artistiques. Engagé comme franc-tireur, il avait fait campagne sous Bourbaki, puis, prisonnier, s'était échappé pour venir reprendre un fusil à l'armée de la Loire.

En 1873, il quittait, avec un second prix de Rome, l'École des beaux-arts, où il avait été le disciple attentif de Cabanel.

Il se tournait plus particulièrement vers la peinture d'histoire. Une bourse de voyage qu'il se vit décerner par l'Institut, en 1877, lui permit de parcourir à fond l'Italie, terre des auteurs classiques. De cette première période de sa carrière datent la _Fille de Jephté_, le _Saint Paul devant l'aréopage, le Matin de la Saint-Barthélémy._

Puis des scènes de la vie rustique, se déroulant dans les larges paysages, le tentèrent; des toiles où il se montra excellent peintre de plein air, et digne émule de Bastien Lepage.

Entre temps, plusieurs effigies remarquables, qui séduisirent par leur ressemblance, leur vérité, le classèrent comme portraitiste très couru. C'est ainsi qu'il fixa les traits de _M. et Mme Constans, de MM. Paul de Gassagnac, Georges Leygues, Pouyer-Quertier, Camescasse, Pedro Gaillard,_--du _général Boulanger_, enfin, alors dans toute sa popularité. Ce dernier portrait eut même une histoire, d'ailleurs brève: le peintre souhaitait de le voir figurer à l'Exposition de 1889. Les qualités intrinsèques de l'oeuvre la rendait digne de cet honneur. Mais le gouvernement d'alors s'émut; il redouta des manifestations: M. Debat-Ponsan, parfait honnête homme et qui avait d'ailleurs assez de talent pour dédaigner comme moyen de succès les démonstrations bruyantes, se rendit aux raisons que lui donna le ministre et retira spontanément sa toile.

UN GRAND HOMME D'ÉTAT ESPAGNOL

Le président, de la Chambre et ancien président du Conseil espagnol, M. Moret, qui vient de s'éteindre à Madrid, incarnait réellement un demi-siècle d'histoire de l'Espagne, car peu d'hommes d'État auront joué un rôle si continu dans des régimes aussi divers: élu député indépendant en 1863, sous le règne d'Isabelle II, il fut tour à tour ministre du dictateur maréchal Serrano, d'Amédée de Savoie, de la République de 1873, d'Alphonse XII, de la reine régente Marie-Christine, et enfin, depuis l'avènement d'Alphonse XIII, chef de trois ministères, en 1905. 1906 et 1909. Dans ces hautes fonctions, il brilla surtout aux Cortès par son admirable éloquence, joignant à la faconde andalouse les qualités d'esprit britannique qu'il s'était assimilées durant son ambassade à Londres. Par contre, il échoua dans la réalisation de la plupart de ses projets politiques, quelques-uns aussi importants que l'autonomie coloniale, quand il était ministre d' «Ultramatar», en 1898, ou la révision constitutionnelle. Port ulcéré depuis, M. Moret, après avoir parlé de se retirer et de bouder la monarchie, avait fini par accepter, à la mort de Canalejas, la présidence de la Chambre, où il semblait prendre une retraite honorifique, tout en voyant le chef du cabinet actuel, M. de Romanonès, ressusciter son ancien programme d'attraction des gauches au régime. Ni l'âge, ni les déboires n'avaient altéré sa belle prestance et, malgré ses soixante-quinze ans, rien ne faisait prévoir sa mort, presque subite, d'une attaque de grippe médullaire; il se préparait à partir en villégiature pour le Midi de la France (c'était un sincère ami de notre pays). M. Moret possédait déjà sa statue, érigée de son vivant à Cadix, sa ville natale, par la gratitude et l'admiration de ses concitoyens.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

LA CIRCULATION DANS LES GRANDES VILLES.

Un spécialiste américain, M. Howard, a essayé récemment, sans grand succès, de résoudre le problème de la circulation dans certaines rues de Paris très encombrées. Il ne soupçonnait sans doute point la difficulté d'une telle entreprise. Il publie aujourd'hui un tableau comparatif d'où il résulte que dans plusieurs grandes voies parisiennes l'intensité de la circulation est considérablement plus grande qu'en aucune autre ville du monde.

Voici un extrait de ce tableau indiquant le nombre total de véhicules circulant de 7 heures à 19 heures dans certaines artères de plusieurs grandes cités:

_Paris:_

Rue de Rivoli................. 33.232 Avenue de l'Opéra............. 29.460 Boulevard de la Madeleine..... 17.524 Boulevard des Italiens........ 20.124 Rue Saint-Honoré.............. 16.598

_Berlin:_

Potsdam Platz................. 14.221 Leipzig Strasse............... 9.596 Friederichs Platz............. 13.479

_Londres:_

Strand........................ 16.208 Cheapside..................... 11.019 Gracechurch Street............ 12.148

_New-York:_

5e avenue près de la 58e rue.. 8.665 1re avenue.................... 2.301 Broadway, près Franklin Street. 3.277 Wall Street................... 2.443

_Chicago:_

Wabash Avenue................. 3.794 Sheridan Road................. 5.736

_Philadelphie:_

Broad Street.................. 6.176 Filbert Street................ 5.185

Le nombre de voitures circulant dans la rue de Rivoli est donc plus de deux fois supérieur à celui des voitures qui roulent dans le Strand, le quartier le plus mouvementé de Londres.

Si, au lieu de considérer le nombre absolu de véhicules, on tient compte de la largeur de voie occupée, Paris détient encore le record de l'encombrement.

Le nombre de voitures circulant par yards (0m,90) de voie, dans le temps indiqué plus haut, atteint, en effet: 2.767, rue de Rivoli; 1.789, avenue de l'Opéra; 1.019, boulevard de la Madeleine; 1.093, boulevard des Italiens; 1.976, rue Saint-Honoré. Il s'élève à 1.430 pour le Strand de Londres; à 1.016 pour Potsdam Platz à Berlin; à 673 pour la 5e avenue à New-York.

Enfin, si on compare le poids total des véhicules passant dans le même temps sur une même largeur de chaussée, on retrouve une proportion analogue.

OISEAUX ET AÉROPLANES.

Les oiseaux, on le sait, font de l'aviation de deux manières. Les uns planent, c'est-à-dire se font porter par le vent, et ont une grande surface alaire; les autres battent de l'aile, et ont une surface alaire faible.

Ces deux méthodes comportent de sensibles différences de moteur. Chez l'oiseau, le moteur, ce sont les muscles pectoraux, et le coeur. Car des muscles puissants développant de grands efforts supposent un coeur plus énergique, plus lourd, plus actif.

Or, comment se comportent le coeur et les muscles chez les deux groupes? M. A. Magnan, qui a étudié le problème, a abouti à des conclusions telles que l'on pouvait s'y attendre. C'est-à-dire que chez les planeurs qui ne rament guère les muscles ne sont pas considérables, ni le coeur très développé. Chez les rameurs qui battent de l'aile, au contraire, les muscles et le coeur ont un développement très supérieur.

Ainsi les rapaces nocturnes qui planent ont 105 grammes de muscles pectoraux par kilo de poids, et 7 gr. 3 de coeur par kilo. Par contre, les gallinacés rameurs ont 263 gr. 7 de pectoraux et 13 gr. 4 de coeur par kilo. La différence est très considérable, mais toute naturelle. Il en faut conclure, en aviation, que le moteur doit être d'autant plus puissant que la surface portante est moindre, bien que dans l'aéroplane il n'y ait pas de battement d'aile.

LES RÉSULTATS DE LA VACCINATION ANTITYPHIQUE.

On ne s'accorde guère, dans le monde médical, sur la valeur respective des divers vaccins antityphiques essayés en ces derniers temps. Il semble, d'ailleurs, prudent de ne pas accorder une foi trop absolue à des statistiques autour desquelles peuvent s'agiter des questions d'amour-propre ou de jalousie professionnelle.

Il est intéressant, toutefois, de signaler, les résultats que le docteur Vincent déclare avoir obtenus récemment sur la garnison d'Avignon.

Par suite de la mauvaise qualité des eaux, la fièvre typhoïde règne à l'état endémique dans la capitale de Vaucluse. De 1892 à 1912, il y eut dans la garnison 1.263 cas suivis de 118 décès. Chaque année, on compte de 10 à 30 décès dans la population civile.

Une épidémie terrible s'est déclarée au mois de juin dernier. Sur une population de 49.000 âmes, on compta, en quelques semaines, 2.000 cas et 64 décès.

La garnison s'élevait à 2.053 hommes, dont 525 avaient été immunisés avant l'épidémie; on en vaccina 841 autres. Il restait donc 687 témoins qui avaient négligé de se faire inoculer. Or, sur ces derniers, il y eut 153 cas de fièvre typhoïde, dont 22 suivis de mort. Le groupe des 1.366 hommes vaccinés fut complètement indemne.

D'autre part, M. Roux, directeur de l'Institut Pasteur, a signalé à l'Académie des sciences les résultats obtenus avec le vaccin du docteur Chantemesse.

Ce vaccin, formé de bacilles typhiques stérilisés par chauffage, est assez ancien. Le docteur Chantemesse le fit connaître en 1887, mais il ne l'appliqua lui-même à l'homme, à Paris, qu'en 1899. Dès 1896, pourtant, des expériences avaient été faites à l'étranger.

En 1912, après avis favorable de l'Académie de médecine, on pratiqua l'inoculation dans les troupes des confins algéro-marocains. Au Maroc, aucun homme vacciné ne fut atteint de la fièvre typhoïde.

Presque en même temps, M. Delcassé autorisait la vaccination des équipages de la flotte et des ouvriers des ports français. Cela représente une population d'environ 67.000 hommes, parmi laquelle, du 5 avril à fin décembre 1912, on constata 542 cas de fièvre typhoïde, soit environ 1%.

Aucun cas ne se produisit parmi les 3.107 personnes qui avaient consenti à se faire immuniser avec le vaccin du docteur Chantemesse.

D'ailleurs, au récent congrès de Washington, le major Russel déclarait que, depuis l'emploi du vaccin préparé selon la méthode Chantemesse, la fièvre typhoïde a pratiquement disparu de l'armée navale des États-Unis.

L'IMPORTATION DE LA VIANDE EN ANGLETERRE.

L'importation de la viande en Angleterre subit en ce moment une évolution curieuse: les importations d'animaux vivants diminuent dans une proportion considérable et sont remplacées par des importations de viande abattue, en général congelée.

Les importations de boeufs vivants, en provenance du Canada et des États-Unis, seuls pays dont le bétail soit admis en Grande-Bretagne, sont tombées de 200.000 têtes en 1911 à 48.000 têtes en 1912. Par contre, les arrivages de viande de boeuf sont passés de 7.360.000 quintaux à 8.015.000 quintaux.

D'après les calculs du _Board of Agriculture_, le poids de la viande de boeuf représenté par les animaux vivants importés atteint seulement 4% des quantités introduites sous forme de viandes abattues. La proportion est encore plus faible pour le mouton.

LES AMÉRICAINS A SMYRNE

De toutes les conséquences de la guerre d'Orient, la moins inattendue n'est certes point celle que signale cette photographie de marins américains visitant, en troupe, les ruines d'Éphèse, que nous reproduisons ci-dessus... La nécessité de maintenir l'ordre dans le Levant avait amené l'un des bâtiments de l'escadre internationale envoyée dans les eaux turques, le _Tennessee_, battant pavillon des États-Unis, à stationner devant Smyrne. Le calme de la région donna, fort heureusement, des loisirs à l'équipage du cuirassé: ils furent employés de profitable façon.

Un beau matin de janvier, les matelots du _Tennessee_ se rendirent, sous la conduite de leurs officiers, à Éphèse, à 60 kilomètres de la côte.

Les fouilles de ces dernières années ont mis à jour les magnifiques vestiges de cette ville, l'une des plus florissantes jadis d'Asie Mineure. Les marins purent admirer les témoignages de son antique grandeur, attestée par de nombreux monuments, les Thermes, la Bibliothèque, le Forum, le Théâtre, enfin. Guidés dans cette promenade archéologique par le professeur Lawrence, de l'Institut américain de Smyrne, ils écoutèrent, en élèves attentifs, ses explications; et ce furent, dans les ruines, de petits cours improvisés, auxquels les uniformes donnaient un pittoresque imprévu.

ANNIVERSAIRE PATRIOTIQUE

Un glorieux anniversaire a été célébré, récemment, à Fontenoy-sur-Moselle, près de Toul. Le 22 janvier 1871, quelques jours avant l'armistice qui allait suspendre les hostilités, une poignée de francs-tireurs attaquaient les postes allemands établis dans la petite commune, et, après une lutte acharnée, s'en emparaient de vive force. Ce brillant fait d'armes devait attirer à la population de Fontenoy de cruelles représailles.

L'épisode a été commémoré, le dimanche 26 janvier, en une touchante cérémonie, que présidait M. Langenhagen, sénateur de Meurthe-et-Moselle. Au pied du monument consacré «aux vaillants combattants du 22 janvier 1871» et «aux habitants victimes innocentes de leur patriotisme», des discours furent prononcés, en présence des derniers survivants de l'héroïque escarmouche. Puis le petit groupe des anciens francs-tireurs de Fontenoy se rendit sur le lieu du combat; et c'est là, sur le seuil de la gare où, quarante-deux ans auparavant, ils avaient surpris l'ennemi, que ces vieux soldats, de belle allure encore et portant fièrement leurs décorations, se laissèrent photographier.

UN MONUMENT A ERNEST REYER

Voici un peu plus de quatre ans qu'Ernest Reyer s'est éteint au Lavandou, cette petite station maritime du Var, abritée du mistral dans le golfe d'Hyères, où, sur ses vieux jours, le célèbre compositeur, ami d'une studieuse retraite, avait coutume de prendre ses quartiers d'hiver. L'idée devait tout naturellement venir à ses admirateurs, à ses amis, de lui élever un monument dans ce joli coin de Provence qu'il favorisait d'une prédilection particulière, et qui reste, désormais, attaché, si l'on peut dire, à sa gloire.

Le soin de faire revivre dans le bronze la belle figure d'Ernest Reyer, si fin d'esprit et de coeur sous ses dehors de militaire bourru, à la rude moustache, a été confié au sculpteur Denys Puech, de l'Institut: il a exprimé avec bonheur ce que cette mâle apparence cachait de naturelle bonté. Le buste est placé sur un piédestal carré en pierre grise, qui porte, au-dessus d'une lyre traversée d'une palme, une simple dédicace.

Situé dans un joli cadre de verdure, le monument, qu'on a bien voulu dévoiler un instant pour permettre la photographie que nous en donnons, est tout prêt à être inauguré: la cérémonie officielle a été fixée au 16 février.

Le 4e article illustré de L. Sabattier: «Un mois à Pékin», comprendra quatre pages en couleurs et paraîtra dans le prochain numéro.

[Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés en titre ne nous ont pas été fournis.]