L'Illustration, No. 3646, 11 Janvier 1913

Part 3

Chapter 33,550 wordsPublic domain

Nous rentrons à Hademkeui. Mme Romano nous a préparé des boulettes de pomme de terre et une salade de haricots à l'ail, puissante, parfumée, que je, mange avec délices. Après le repas, les associés, trois Grecs et la dame, se réunissent pour faire leurs comptes du samedi soir. C'est un beau spectacle, les trois hommes, l'un d'une maigreur squelettique, à la peau verte, aux traits saturniens, les deux autres diversement gras, aux faces lumineuses, et la Française, celle-ci présidant du haut de son binocle, et les quatre paires d'yeux fixées sur le tas d'or et d'argent, les quatre nez qui le flairent, les huit mains qui le tâtent, et les quatre cerveaux qui supputent le gain, comptent les paris, cherchent le para, le centime, la piastre qui manque. A cette vue, mon domestique est enivré et s'écrie: «Je m'associe avec vous, je mets quarante livres dans le commerce.»--«C'est le bénéfice fait sur les correspondants de guerre, et l'argent chapardé sur mes comptes, animal!»--«Ah! me répond-il, médiocre métier, on mettrait cent ans à s'y enrichir; mieux vaut piller en Macédoine.»

Le lendemain, 29, le train parti à midi m'amène à 4 heures 1/2 à Constantinople, ayant vaillamment franchi dans ce temps 50 kilomètres.

GEORGES RÉMOND.

C'est une rencontre piquante, observée un jour dans la rue et prise sur le vif, qui a fourni le sujet de ce plaisant tableautin en deux couleurs, blanc et noir, et à deux personnages, la Parisienne et le charbonnier... Par ce doux hiver, qui n'a de neigeux que l'hermine dont se couvrent les épaules élégantes, la fourrure délicate et fragile entre toutes, celle qu'une goutte de pluie tacherait, mais qu'un rayon de soleil fait briller d'un soyeux éclat, s'offre comme le luxe préféré. Elle est la parure précieuse, aristocratique, l'objet de la plus chère convoitise, dont la possession vaut un titre de noblesse, et qui «classe» une femme... Celle-ci, à défaut du manteau rêvé, porte une étole d'hermine, large et longue à souhait, et si ingénieusement disposée qu'elle semble en être habillée tout entière. De l'hermine, elle en a voulu jusque sur son chapeau; et ses mains disparaissent dans un vaste manchon, qui est d'hermine, lui aussi.

Ainsi vêtue de blancheur épaisse et molle, elle est sortie de chez elle, ce matin-là; et, dans la rue, elle s'est rappelé qu'ayant omis, distraite ménagère, de faire sa commande à son fournisseur habituel, elle avait «un mot à dire» au charbonnier du coin, providence des journées d'hiver. La voici devant son étroite boutique, dont l'enseigne avertit qu'on y vend tout ensemble de quoi se chauffer et de quoi boire: le charbonnier reconnaît sa jolie cliente, et, de la voir si blanche en face de lui, si noir, il a un étonnement familier et joyeux. Elle aussi, surprise d'abord, a remarqué l'imprévu de la rencontre. Tous deux, oubliant, pour un instant, les distances--peut-être moins grandes qu'il ne paraît--qui séparent un brave charbonnier d'une fine Parisienne, tous deux s'amusent de la petite comédie dont ils sont les acteurs. Et, enfin, c'est en riant qu'elle le prie de monter chez elle «un sac de charbon et des margotins pour allumer le feu».

AU JAPON

Lorsque se produisit, au mois d'août dernier, le changement de règne au Japon, nous avions indiqué que le nouvel empereur Yoshi Hito, moins respectueux que son père des traditions et des rites consacrés, entendait se mêler davantage à la vie extérieure de son peuple, et ne point s'entourer du mystère presque impénétrable qui dérobait aux regards la personne de Mutsu Hito. On se souvient peut-être que, pour évoquer ici, le plus fidèlement possible, les traits du défunt mikado, qui jamais ne posa devant l'objectif, nous avons dû, à défaut d'autre document, publier la photographie d'un ancien portrait officiel, corrigé en 1904 «d'après les indications d'un membre du corps diplomatique qui pouvait approcher l'empereur». Le jeune souverain qui préside aux destinées du Japon ne donnera jamais si grand souci à ses historiographes.

Déjà, dans notre numéro du 24 août 1912, nous l'avons montré en tenue de général de division,-image peu familière encore, où il apparaissait hautain et raide, la tunique chargée de décorations, une main sur la garde de son épée. Voici un instantané, pris aux dernières grandes manoeuvres, qui le représente dans un plus simple appareil: vêtu d'un correct et sobre uniforme, le mikado se rend à Tokorozawa, près de Tokio, pour visiter le parc d'aviation militaire. L'héritier de celui que ses sujets nommaient le Fils du Ciel, et qu'ils vénéraient à l'égal d'un dieu, se montre ici sous l'aspect d'un souverain très moderne: le règne de Yoshi Hito marquera une singulière évolution dans les coutumes impériales du Japon.

C'est du Japon également que nous vient la photographie reproduite ci-dessous. Au pays des chrysanthèmes, la fleur nationale est l'objet d'un culte attentif et charmant, qui prend les formes les plus imprévues: dans le parc de Dangosaka. A Tokio, on l'utilise pour figurer, en grandeur naturelle, les héros du vieux théâtre japonais.

A regarder la scène que représente notre gravure, on dirait d'acteurs véritables, tant l'illusion a été habilement obtenue. En réalité, ce ne sont même point des mannequins que de multiples chrysanthèmes, adroitement disposés, habillent de leurs riches couleurs: sans leurs tiges, ces fleurs coupées se faneraient vite. L'art du jardinier se montre ici plus savant: il a réussi à donner aux plantes, taillées par ses soins, et soutenues par d'invisibles armatures, l'apparence humaine. Seules, la tête et les mains des personnages sont sculptées en bois. Tout le reste est chrysanthème. Et, comme les racines plongent dans la terre, la fleur merveilleuse s'épanouit, toujours vivace.

LES LIVRES & LES ÉCRIVAINS

Voyages. Études sociales.

Il existes de par le monde une grandis et riche cité qui est le «Paradis des jeunes filles». Presque toute la vie familiale et sociale y est, en effet, soumise aux exigences de leur plaisir et de leur avenir. «Les mères, effacées de parti pris, les jeunes femmes, tout à leur mari et à leurs enfants, ne comptent pour ainsi dire plus pour le monde. Certains soirs, on n'aperçoit aux premiers rangs des loges des théâtres que de fraîches et ravissantes figures de jeunes filles de seize à vingt ans. Les pièces à succès sont celles qu'elles peuvent entendre, et les impresarii consentent à donner la première place dans leur répertoire aux «oeuvres convenables». Les réunions, les bals, les soirées, les dîners, n'ont pour but que de les amuser, que d'aider le hasard en préparant d'heureuses rencontres qui favoriseront leur mariage. On les voit aux courses, à toutes les fêtes de charité, aux thés des grands hôtels, dans les équipages, promenant dans toutes ces sorties un luxe aussi raffiné que celui de leurs mères, parées déjà comme des femmes, portant bijoux, perles et vraies dentelles. Cette sorte de conspiration unanime qui les entoure de distractions, qui subordonne tout au rayonnement de leurs attraits et les conduit au mariage dans la joie et les plaisirs, semble toute naturelle aux parents, aux aînées déjà mariées et aux amis. Cette royauté incontestée, la certitude où elles sont que, pendant trois ou quatre ans, au moins, elles peuvent être d'adorables despotes, leur donnent une assurance et une aisance qui relèvent encore leur beauté. Et voici, j'en suis sûr, que nombre de nos jeunes lectrices sont impatientes déjà de savoir sous quel ciel se situe cette cité bénie. Le paradis de la jeune fille, mesdemoiselles, c'est Buenos-Ayres, et vous trouverez bien d'autres précieux et charmants détails dans les nouvelles études--qui enchanteront aussi vos parents--de M. Jules Huret sur l'Argentine (_De la Plata à la Cordillère des Andes_, Fasquelle). Selon sa manière, au cours de ce récent itinéraire, le voyageur a tout noté: les moeurs, la société, la femme, la jeune fille, les paysages, les grandes fermes, les usines à viande et les marchés de la laine et des peaux, les immigrants, et, aussi--car il n'est plus aujourd'hui une terre au monde qui ne souffre de ce mal--les bouffonneries politiques.

Romans et fantaisies littéraires. Le nouveau livre de M. Jules Huret est l'une des rares publications de ce début d'année. La trêve des éditeurs succède à celle des confiseurs. On sort peu de livres nouveaux dans la première quinzaine de janvier. Mais, comme la production de décembre est toujours considérable et que les rubriques bibliographiques d'avant Noël sont plus généralement consacrées aux volumes d'étrennes, les oeuvres de l'année qui finit gardent toute leur valeur d'actualité dans les premières revues des livres de l'année nouvelle. Par exemple, il vous suffira de lire l'extraordinaire préface du _Voyage au pays de quatrième dimension_, de M. G. de Pawlowski (Fasquelle), pour vous persuader que telles idées exprimées à la fin de 1912 conserveront encore sans doute, dans cent ans d'ici, toute leur savoureuse nouveauté. M. G. de Pawlowski est un précurseur des philosophies d'après-demain. Sous une forme originale et toujours inattendue, M. de Pawlowski accommode le document à la mesure de son esprit. Il nous fait voyager dans le temps et dans l'espace, tout en nous présentant une critique amusée mais bien nouvelle des idées scientifiques contemporaines, et si d'abord vous écoutez avec un peu de stupeur ses propos imprévus sur «l'Ame silencieuse», «les Abstractions d'espaces», sur «le Voyage instantané», sur «l'Escalier horizontal», sur «la Maison plate», sur «la Vision de l'invisible» et sur «les Gares de l'infini», vous vous accoutumez cependant peu à peu à cet enseignement à nul autre pareil, et ne vous lassez point de ces révélations qui ne sont pas simplement le jeu d'un homme d'esprit, mais qui comportent une morale actuelle avec de saines conclusions.

Quand il donne à l'expression de ses idées' la forme romanesque, M. Léon Daudet abandonne un instant la plume ardente du polémiste fougueux. Il a le souci de solidement édifier avec équilibre et méthode; il traite avec une adroite courtoisie sans fanatisme et même sans hostilité préconçue, semble-t-il, tout ce que, dans le domaine social, il veut combattre et abattre. Dans _le Lit de Procuste_ (Fasquelle), l'auteur des _Primaires_ et de _la Lutte_ met en scène un littérateur formaliste, Ludovic Tavel, un littérateur social, Martial Epervent, leurs disciples, leurs manies et leurs deux écoles. Au dilettantisme infécond des uns s'oppose l'illuminisme dangereux des autres qui créent de l'anarchie, de la révolte et de la douleur. Et de ce choc entre le génie inutile et le génie destructeur naît une étincelle de vérité, une pure et vivifiante flamme captée par deux êtres d'amour qui seront les éloquents défenseurs de la tradition et de la race.

Théâtres.

«Critiques auteurs» est un sujet d'actualité piquante qui devait particulièrement tenter M. Robert de Flers. Nul ne pouvait le traiter avec plus d'esprit et d'autorité que ne l'a fait le brillant écrivain dans la préface du dernier volume des _Annales du Théâtre et de la Musique_,--l'inappréciable publication de notre excellent confrère Edmond Stoullig.

La très originale revue _Mil-neuf-cent-douze_, que firent jouer en avril dernier, au théâtre des Arts, MM. Charles Muller et Régis Gignoux, vient de paraître (Bernard Grasset); on en savoure complètement à la lecture la fantaisie philosophique.

Divers.

On étonnerait beaucoup de personnes en leur parlant de tremblements de terre dans le bassin de Paris. Ces phénomènes sont pourtant assez fréquents. Depuis 1800, Paris a ressenti 14 secousses, Poitiers 6, Saumur 6, Dijon 7, Angers 7, Bourbonne-les-Bains 4, Plombières 5, Caen 5, le Havre 9. D'ailleurs, aucun de ces séismes ne fut grave; aucun n'affecta la cuvette du bassin de Paris dans son entier. Ces oscillations, appelées sans doute à se renouveler, paraissent en relation étroite avec la géologie de la région sur laquelle M. Paul Lemoine (_Géologie du bassin de Paris_, Hermann), nous offre une étude très fouillée qu'il a su rendre attrayante.

LA POLICE INTERNATIONALE A CONSTANTINOPLE

Tandis qu'à Londres les délégués des coalisés balkaniques marchandent à la Turquie les derniers vestiges de son empire en Europe, l'ordre continue de régner à Constantinople. On avait pu redouter un instant qu'une dangereuse effervescence se produisît dans la grande ville cosmopolite. L'histoire nous rappelle, en effet, qu'à diverses époques la population musulmane y manifesta son mécontentement de la tournure des affaires de l'empire par des massacres, surtout de Grecs ou d'Arméniens. Aussi y eut-il une grosse alerte dans les quartiers chrétiens de Constantinople lorsque, le 17 novembre, on perçut les échos des canons de marine qui coopéraient à la défense des lignes de Tchataldja. Mais, déjà, d'accord avec les autorités ottomanes, toutes les dispositions avaient été prises par les commandants des escadres étrangères dans le Levant pour réprimer instantanément, s'il y avait eu lieu, la moindre tentative de désordre et de pillage. En fait, le soin de maintenir l'ordre à Constantinople a été confié à deux officiers généraux français qui disposent à l'heure actuelle des forces internationales de terre et de mer sur le Bosphore, et grâce auxquels se renouent ainsi les anciennes traditions de la France protectrice de la chrétienté dans le Levant.

Son ancienneté de grade a valu à l'amiral Dartige du Fournet la direction des opérations de débarquement et des mouvements de la flotte des puissances. Le général Baumann, qui, avec le titre d'inspecteur général, s'appliquait, avant la guerre, à perfectionner l'organisation de la gendarmerie ottomane et avait pu voir de près en Macédoine les exploits des comitadjis grecs ou bulgares pour lesquels il manifeste assez peu de tendresse, était tout désigné pour prendre la direction du service général de sécurité dans la capitale. Auparavant, lorsque les coalisés se furent emparés de Salonique, il avait réclamé énergiquement et obtenu qu'on lui rendît ses gendarmes non combattants qui, avec leurs officiers européens, se trouvaient alors dans la ville prise et ne pouvaient être traités en prisonniers de guerre. Ces forces de police renvoyées à Constantinople y sont en ce moment fort utiles pour assurer l'ordre à côté des 3.000 marins débarqués depuis le 18 novembre.

UN GRAND PHYSICIEN

M. Cailletet, membre de l'Académie des sciences, président de l'Aéro-Club de France, vient de mourir à l'âge de quatre-vingts ans. Avec lui disparaît un des plus grands physiciens de l'époque, en même temps qu'une des figures les plus originales et les plus sympathiques de la science contemporaine.

Seul, en effet, ou presque seul parmi les membres de l'Institut, M. Cailletet n'avait appartenu à aucun corps officiel; il était maître de forges. Né à Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or) en 1832, il dirigea de bonne heure des usines importantes; faisant marcher de front les recherches scientifiques et l'exploitation commerciale.

En 1877, il s'attaqua à la liquéfaction des gaz jusqu'alors considérés comme permanents: azote, oxygène, hydrogène, oxyde de carbone, méthane. Ces gaz avaient résisté à des pressions de 2.800 atmosphères.

LES DEUX OFFICIERS GÉNÉRAUX FRANÇAIS QUI ASSURENT L'ORDRE À CONSTANTINOPLE ET SUR LE BOSPHORE.

M. Cailletet imagina de les soumettre à une température très basse en même temps qu'il les comprimait. Il constata qu'il existe un _point critique_, c'est-à-dire un degré de température au-dessus duquel la liquéfaction d'un gaz est impossible, quelle que soit la pression. Ce point critique est -242° pour l'hydrogène. Pour obtenir ces températures extrêmement basses, Cailletet utilisa la détente brusque d'un gaz comprimé lentement sous haute pression. Il réussit ainsi à liquéfier les cinq gaz cités plus haut.

Ces expériences curent un retentissement considérable. Elles apportaient la solution d'un problème scientifique qui avait passionné nombre de physiciens, et elles préparaient de nombreuses applications pratiques. Ce fut, notamment, le point de départ de l'industrie du froid.

Du jour au lendemain, M. Cailletet fut célèbre, et, pour rendre hommage à ses travaux, l'Académie des sciences le nomma membre libre en 1884.

Vers cette époque, l'illustre physicien quittait l'industrie pour s'offrir un repos bien gagné. Il continuait à s'intéresser aux progrès de la science, s'occupant spécialement des questions d'aéronautique dans lesquelles il avait acquis une compétence qui lui valut d'être choisi comme président de l'Aéro-Club de France. Très vert, malgré son grand âge, l'esprit ouvert à toutes les idées modernes, jouissant en sage de l'aisance qu'il avait conquise par son travail, ce Bourguignon de pure race, toujours affable et souriant, apparaissait comme un type accompli du savant français.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

LES STATIONS DE TÉLÉGRAPHIE SANS FIL DANS LE MONDE.

D'après le dernier relevé du Bureau international, il existerait actuellement, dans les divers pays du monde, 375 stations côtières de télégraphie sans fil ouvertes au public.

Sur ce nombre, on compte 142 stations aux Etats-Unis, 33 au Canada, 43 en Angleterre, 22 en Allemagne et dans les colonies allemandes, 19 en Italie, 19 en Russie, 17 en France, 10 en Espagne 9 en Danemark, etc.

Dans les colonies on remarque: 5 postes dans l'Afrique française, 3 en Indo-Chine, 2 à Madagascar, 7 au Maroc, 1 à Tunis, 10 dans les Indes Anglaises, 3 à Curaçao, 5 à Fidji, etc.

Pour les postes installés à bord des navires de guerre, les Etats-Unis tiennent encore la tête avec 247 postes. Viennent ensuite l'Angleterre avec 213 postes; la France, 141; l'Allemagne, 112; l'Italie, 77; le Japon, 70; la Russie, 70; l'Autriche, 37, etc.

Sur les navires de commerce, on trouve 455 postes pour l'Angleterre; 253 pour les Etats-Unis; 206 pour l'Allemagne; 68 pour la France; 47 pour l'Italie, etc.

LE RENDEMENT DU VIGNOBLE FRANÇAIS EN 1912.

L'année 1912 aura été exceptionnellement heureuse pour la viticulture. Le rendement et la qualité de la récolte ont dépassé les prévisions les plus optimistes.

Le vignoble français a subi comme tous les ans les atteintes, variables suivant les régions, de la gelée, de la grêle, du mildiou, de l'oïdium; mais les maladies cryptogamiques n'ont pas produit, malgré une humidité parfois persistante, les effets désastreux que l'on observe généralement dans des conditions atmosphériques semblables; le prix élevé du vin a encouragé les viticulteurs à mieux soigner leurs vignobles et à pratiquer, d'une façon régulière et méthodique, les traitements préventifs.

Les vendanges faites parfois trop hâtivement, par suite d'un temps pluvieux au début, ont pu s'exécuter ensuite pendant une très belle période, qui a permis aux raisins restés sur les souches d'arriver à la maturité nécessaire pour donner au vin du bouquet, de la couleur, du degré et lui assurer une bonne conservation.

Finalement, la récolte, qui devait être d'après certains à peine supérieure à la moyenne, a atteint pour la France, selon M. J.-M. Guillon, inspecteur de la viticulture, auquel nous devons ces précieux renseignements, le chiffre de 59.339.035 hectolitres en 1912, contre 44.885.550 hectolitres en 1911. La production de 1912 est donc de 15 millions d'hectolitres supérieure à celle de 1911 et de 7 millions d'hectolitres au-dessus de la moyenne des dix dernières années, estimée à 52 millions environ.

Les régions les plus favorisées sont celles de la Méditerranée; le Bordelais et la vallée de la Loire comptent aussi parmi les mieux partagés. Quelques départements de l'Est sont à peu près les seuls à présenter un rendement inférieur à 1911. Quant à la récolte de l'Algérie, elle accuse également un notable déficit: elle a été en 1912 de 6.671.181 hectolitres, au lieu de 8.883.667 hectolitres en 1911.

A PROPOS DU RAYONNEMENT VITAL.

En 1908, quelques expérimentateurs eurent l'idée d'appliquer contre leur front ou leur épigastre une feuille de papier manuscrit ou imprimé posée elle-même sur la face émulsionnée d'une plaque photographique; ils obtinrent une reproduction plus ou moins complète, en positif ou en négatif, des caractères que portait la feuille de papier. Ils attribuèrent cette transcription au rayonnement d'un certain fluide vital émanant de l'organisme.

L'hypothèse rencontra d'autant plus de créance dans certains milieux que des expériences «amusantes» tendaient à la confirmer. Si l'on confiait des sachets renfermant une plaque et une feuille de papier convenablement disposées à diverses personnes qui les actionnaient dans des conditions différentes, on constatait au développement des résultats eux-mêmes très variés.

Dès cette époque, M. Guillaume de Fontenay montra qu'on obtenait des transcriptions semblables de caractères manuscrits en utilisant, comme source de chaleur, un bain-marie à 35° ou 40°, ce qui ruinait l'hypothèse d'un rayonnement vital nécessaire pour produire le phénomène.

Toutefois, M. de Fontenay n'avait pu obtenir la transcription de caractères imprimés. Ses nouvelles expériences, signalées à l'Académie des sciences par M. d'Arsonval, éclairent singulièrement la question.

Le phénomène paraît subordonné à un assez grand nombre de facteurs physiques et chimiques, parmi lesquels il faut citer d'abord la durée du contact et la température.

D'autre part, les encres à écrire et les encres typographiques agissent sur les plaques sensibles de façons différentes, suivant la composition chimique de ces encres, et aussi suivant l'état de division moléculaire qui leur est communiquée par le papier où on les a déposées. Certaines encres se transcrivent toujours en positif, d'autres se transcrivent toujours en négatif. Nombre d'encres typographiques sont à peu près inactives dans les circonstances ordinaires de l'expérimentation; un trait de plume peut se transcrire partiellement en négatif et partiellement en positif, selon que la plume, ici ou là, a déposé plus ou moins de liquide, ou selon qu'elle a plus ou moins égratigné l'encollage superficiel du papier et incorporé l'encre à la fibre même de la pâte. Si le métal de la plume est attaqué par l'encre, la transcription est modifiée; si l'on emploie des émulsions couchées sur celluloïd, on se heurte souvent à des phénomènes électriques.

Dans un autre ordre d'idées, il faut remarquer que la transpiration varie beaucoup d'un individu à l'autre. En outre, chez la même personne, au même instant, elle est en général acide au visage et au creux de l'aisselle, alcaline au pli de l'aine. Elle diffère énormément suivant la nourriture, l'état de maladie ou de santé. On doit donc se défier à l'extrême de toute observation faite au moyen de sachets actionnés par un organisme vivant: la transpiration joue alors un rôle dont il est difficile de déterminer le sens et l'ampleur.

M. de Fontenay conclut qu'il n'a pu déceler l'intervention d'aucun rayonnement nouveau et qu'il n'a jamais rencontré d'effet qui ne pût être attribué légitimement à une réaction chimique des corps mis en présence.

UTILITÉ DES SERINS POUR ÉVITER L'ASPHYXIE.