L'Illustration, No. 3645, 4 Janvier 1913

Part 2

Chapter 23,436 wordsPublic domain

Voilà pourtant que M. Jean Leune a, par son opiniâtreté, son entrain, sa vaillance, triomphé de ces dispositions d'abord peu bienveillantes, et est admis officiellement, enfin, à suivre, toujours accompagné de la courageuse Mme Jean Leune, l'armée d'Épire. Le _Pylaros_, petit vapeur affrété, emmena, bien pourvus de recommandations, le correspondant de _L'Illustration_ et sa femme vers Preveza, dont, depuis le 21 octobre, les Grecs sont les maîtres.

C'est une prise qui fait honneur, M. Jean Leune y insiste, au général Sapoundsakis, commandant en chef de l'armée d'Epire, qui, chargé seulement, avec 6.000 hommes, au plus, de retenir 15.000, puis 20.000 Turcs et de leur barrer, par une défensive obstinée, la route d'Arta et du territoire grec, n'hésita pas à prendre une offensive audacieuse qui lui réussit admirablement, puisqu'elle lui livra tour à tour les villages de Strivina et de Philippias, puis, après un combat dans les ruines de l'antique Nicopolis, où les Ottomans étaient retranchés, Preveza et Metsovan, au nord-est de Janina.

De Preveza, une automobile destinée au transport des blessés emmenait par une route splendide, qui passe près des vestiges de Nicopolis, et d'où l'on découvre le calme golfe d'Arta, M. et Mme Jean Leune à Philippias, où venait de s'installer le quartier général. Et l'accueil fut charmant... Maintenant, nous allons emprunter à la longue relation de notre excellent correspondant ses passages les plus intéressants. D'abord, la présentation au général:

SYMPATHIES POUR LA FRANCE

Le général Sapoundsakis est un homme grand et fort, superbe dans son uniforme bleu foncé très simple, cheveux blancs, moustache blanche. Un visage ferme et doux à la fois, où brillent des yeux dont le regard doit savoir être, tour à tour, impérieux ou plein d'indulgence et de bonté.

Sa longue capote bleue, ses bottes à l'écuyère dont le devant remonte sur le genou, lui donnent tout à fait l'air d'un maréchal du premier Empire. C'est l'impression qu'il nous produit dès son arrivée, et, comme il parle admirablement le français, l'illusion est complète.

Il nous accueille de la façon la plus aimable, la plus paternelle.

--Soyez les bienvenus, nous dit-il. Votre seule qualité de Français vous donne droit à toute ma sympathie!

Puis il lit un mot que le général Eydoux m'avait chargé de lui remettre.

--Ah! le général Eydoux, «notre général», si vous saviez ce que nous lui devons!... Il a toute mon admiration et toute mon affection... Dites-le-lui bien, et dites-lui toute ma reconnaissance dès que vous lui écrirez, car je n'aurai malheureusement pas le temps de le faire, j'ai tant d'occupations ici...

Le lendemain, on nous présentait au commandant Spiliadis, sous-chef d'état-major du général, le même qui, avec 1.800 hommes, enleva gaillardement Preveza. Nous lui demandons de nous raconter le combat de Nicopolis, puis son entrée dans la ville conquise:

--Quand je suis entré dans Preveza, nous dit-il, je me suis dit: Je venge enfin les Grecs, mais je venge aussi les 3.000 soldats français que le fameux Ali pacha fit, en 1812, lâchement massacrer dans les rues de cette ville...

Que de souvenirs français ici! Que de sympathies pour nous, aussi! Ce général, qui se dit le profond admirateur de nos théories militaires et les applique constamment; presque tous les officiers et beaucoup de soldats qui parlent notre langue; les sonneries de clairon ou de trompette qui sont des airs bien connus de nos troupiers; toute l'artillerie de campagne à tir rapide, enfin, qui sort du Creusot... On se sent vraiment dans une atmosphère de sympathie, dans une atmosphère presque française. Et cela suffirait à nous attacher à cette brave armée d'Epire, au milieu de laquelle nous ne nous sentons nullement dépaysés. Il y a plus: un uniforme français apparaît, au milieu des tenues kaki: c'est le capitaine Barès, chef du centre d'aviation de Bue, attaché militaire. Il suit la campagne, qu'il doit étudier au point de vue aviation. Et c'est un homme charmant avec lequel, bien entendu, nous fraternisons tout de suite, sans peine.

VISITES AUX CANONS ET AUX AÉROPLANES

L'après-midi du 9 décembre, nous partons en automobile pour les avant-postes, en même temps que le général.

A Schéfik-Bey, derrière une colline grisâtre, sont installés les quatre seuls canons de 105 que possède l'armée d'Epire,--d'anciens Krupp. On vient de finir de les monter, et le général Sapoundsakis vérifie lui-même les emplacements des pièces... En quelques mots il nous en explique le mécanisme et la manoeuvre. Après quoi, souriant, il nous annonce qu'il nous attache, ma femme et moi, à son état-major, avec lequel, désormais, nous allons vivre. Cela nous reposera des rigueurs de la vie en Macédoine.

Le lendemain matin, 10 décembre, nous allons, en compagnie du capitaine Barès, nous rendre compte de ce qui se passait au camp d'aviation de Nicopolis. Deux aéroplanes, un Maurice-Farman et un Henri-Farman, sont devant leurs hangars démontables en toile bleue. Deux mécaniciens français, Chauveau et Berni, achèvent de monter et de régler les appareils que doivent piloter le lieutenant d'artillerie Cambéros et le lieutenant de cavalerie Notaras.

Et le spectacle est vraiment frappant de ces appareils ultra-modernes posés sur la prairie toute verdoyante, au milieu des ruines antiques.

De tous les environs, la foule est accourue... Des paysans, des femmes, des enfants. On regarde curieusement les grands oiseaux blancs. On se demande comment de pareilles machines peuvent bien voler.

Chauveau a fait des merveilles. Le Maurice-Farman est prêt, l'Henri-Farman sera prêt pour la fin de l'après-midi. On essaie le moteur. Tout va bien.

Vers 5 heures, le lieutenant Cambéros s'envole. La foule alors éclate en bravos enthousiastes. Hommes et femmes se signent et marmottent des prières, tout à fait impressionnés par le miracle auquel ils assistent. Tous les visages expriment un étonnement indescriptible. A l'église voisine, les cloches sonnent à toute volée, tandis que des soldats tirent en l'air des salves d'honneur!

Avant le vol, le poète Matsoukas, le fameux «mendiant national» dont les triomphales tournées en Amérique ont valu à la Grèce un contre-torpilleur, une batterie de campagne et trois aéroplanes, était arrivé à Nicopolis.

Il a regardé les appareils, puis, comme des troupes passaient non loin sur la route, il est allé les haranguer, leur tenir des discours d'un patriotisme si vibrant, si sincère, que, même sans les comprendre, on se sent irrésistiblement forcé d'applaudir! Les hommes, enthousiasmés, crient cent fois: «Vive notre Matsoukas!» Et, lorsqu'ils partent, leur pas est plus alerte...

IMPRESSIONS DE COMBAT

Le jeudi 12 décembre, nous retournons à l'endroit que nous avions visité le lundi en compagnie du général. Depuis le matin on se bat sur toute la ligne.

Sur la droite, du côté de Pesta, la canonnade est terrible. La fusillade crépite. On a l'impression très nette qu'une grosse partie se joue là-bas. On n'en peut malheureusement rien voir, parce que de hautes montagnes nous masquent complètement la vue de ce côté.

Sur la gauche, la 2e division, très visible encore pour nous dans la vallée du Louros, va opérer un mouvement débordant sur la droite de l'ennemi, en se faufilant par les ravins, à l'abri des vues et du tir.

A midi et demi, une heure, la canonnade cesse du côté de Pesta... A 2 heures, quelques obus turcs éclatent très nettement à gauche sur une crête dans la direction de la 2e division que les Turcs doivent avoir aperçue.

Les grosses pièces de 105 en batterie ici tirent de temps à autre, dès qu'au loin apparaissent des convois ou des troupes sur la vieille route de Janina.

Les Turcs ne répondent pas, n'ayant pas de pièces de gros calibre à opposer à celles-ci. Mais ils ont sur la gauche une batterie de campagne très gênante pour la 2e division et qu'il faudrait bien réduire au silence. On tire de son côté, mais malheureusement des collines empêchent de voir les éclatements.

A 3 heures, un paysan vient indiquer l'emplacement précis des Turcs. Les 105 aussitôt corrigent leur tir. Les résultats doivent être bons, puisque les Turcs se taisent. Ce paysan a fait trois heures de marche à travers les lignes turques pour venir donner ce renseignement.

Le lendemain, nouvelle visite à Schéfik-Bey, d'où nous poussons jusqu'à Imin-Aga, que les Turcs avaient évacué la veille. Et là, nous apprenons que les Grecs ont pris huit canons, huit beaux canons de Krupp, à tir rapide, dont deux sont intacts, avec leurs culasses.

Le 15 décembre est un dimanche. On nous a conseillé de rester «chez nous», aucune opération sérieuse ne devant, vraisemblablement, être engagée ce jour-là. La 2º division avait à prononcer son mouvement en avant sur la gauche de Pisani, tandis qu'à droite, des evsones devaient gagner les flancs des positions turques. Les Grecs avaient encore de l'artillerie à placer... C'étaient au contraire d'excellentes raisons pour qu'une bataille sérieuse s'engageât, les Turcs ayant tout intérêt à empêcher les Grecs de prendre contre eux tous les atouts en mains... Donc, de bonne heure, une auto de l'état-major nous emmenait vers l'avant, au delà de Hani-Imin-Aga.

En arrivant à Schéfik-Bey, nous avons entendu sur notre gauche une fusillade très nourrie. C'est la 2º division qui a pris le contact avec les troupes ennemies envoyées à sa rencontre. Puis, sur la droite, sur les hauteurs, encore de la fusillade. Tout là-haut, ce sont les evsones qui sont aussi accrochés à l'ennemi.

Le canon tonne des deux côtés. Les forts de Saint-Nicolas et de Pisani aident l'infanterie turque à résister au mouvement en avant des Grecs.

Dans le ravin, que deux hautes collines protègent des vues et des feux de Pisani, trois pièces de 105 sont déjà en batterie. C'est cette nuit qu'on les a montées et placées. Les projecteurs turcs ayant tenté de gêner les mouvements de l'ennemi, l'une des grosses pièces, aussitôt en batterie, leur envoya quelques obus très bien placés qui les annihilèrent pour le restant de la nuit.

A midi, les 105 mêlent leur très grosse voix à l'effroyable concert auquel nous assistons. A 1 heure, après qu'une pièce a tiré, du haut de la colline où se trouvent le capitaine et les officiers qui règlent le tir, des bravos et des «zitos» éclatent, transmis par les hommes de liaison. Un enthousiasme fou s'empare de tous, artilleurs ou spectateurs, car le dernier obus grec vient de tomber juste sur un des ouvrages de Pisani, y causant de terribles ravages.

Le commandant Spiliadis, qui nous parlait, se détourne alors, et deux grosses larmes coulent lentement le long de ses joues...

Nous souhaitons de voir de plus près les effets du tir des 105. Le commandant Spiliadis nous donne un laissez-passer, et nous voilà partis, ma femme et moi, à l'assaut de la haute colline rocheuse, du sommet de laquelle nous avons hier reconnu les positions ennemies.

Nous n'étions pas là depuis une minute, qu'une pièce grecque tire. Un coup de tonnerre, grossi par l'écho. Puis le ronflement sourd de l'obus qui se visse dans l'atmosphère.

Le ronflement s'enfle, s'enfle, puis décroît, mais d'une façon toute particulière qui donne l'impression très nette de la montée puis de la descente de l'obus en sa trajectoire. Et alors, sur l'ouvrage qui couronne le sommet le plus haut des collines de Pisani, une longue colonne de fumée noire monte, verticale et brusque. L'obus grec a bien travaillé. C'est une poudrière, ou un dépôt de munitions, qui vient de sauter. Aussi les « zitos » se font-ils très nourris, derrière nous.

A gauche et à droite, crépitements de fusillade, halètements rythmés de mitrailleuses se mêlent au bruit des canons qui tirent et des obus qui éclatent. Malheureusement, de là où nous sommes nous ne pouvons voir que Pisani, et rien de la bataille d'infanterie. Si bien qu'au bout de quelque temps d'une observation prodigieusement intéressante, nous nous décidons à redescendre.

Par moments, le duel s'interrompt. Les Turcs s'appliquent à rectifier leur tir. Puis, quand ils croient y avoir réussi, des coups de tonnerre de nouveau résonnent, enflés démesurément par l'écho. Mais les obus turcs toujours tombent à côté du but, certains à droite des pièces grecques, d'autres, plus nombreux, en arrière de notre batterie, si admirablement dissimulée que l'ennemi ne parviendra pas à la repérer exactement. Les soldats grecs le sentent, pleins de confiance, et quand un obus passe, ils lèvent la tête, lui sourient et le saluent de la main en criant quelque chose comme: «Bon voyage!»

Même, non loin de l'endroit où tombent et éclatent les projectiles, il y a une compagnie d'infanterie. La plupart des hommes sont assis ou allongés à terre; d'autres vont et viennent, se promènent en mangeant ou causant entre eux. Et ceux-là aussi plaisantent, très calmes.

Tandis que ce combat d'artillerie se déroulait ainsi sur notre gauche, tout au haut des collines assez élevées, on pouvait voir les Grecs progresser. Ils débouchaient de derrière un haut sommet pointu, puis descendaient les pentes de la montagne par longues files, au pas ou en courant. Et tout autour d'eux, en avant, en arrière, à droite et à gauche, des nuages blancs, bleutés ou noirs accusaient d'innombrables éclatements d'obus.

C'est une véritable pluie de mitraille que Pisani fit ainsi pleuvoir durant tout l'après-midi sur les evsones, sans pouvoir une seule minute arrêter leur diabolique marche en avant. On les voyait très bien à l'oeil nu, marcher et courir comme des fourmis sur les rochers ou les terres rousses. Les Turcs étaient trop nerveux, cela se sentait très bien, et leur tir s'en ressentait: leurs obus, qui tombaient de tous les côtés comme au hasard, firent parmi les assaillants infiniment peu de ravages...

Au retour, nous apprîmes que l'armée grecque avait, autour de Pisani, gagné du terrain d'une façon étonnante. Elle avait eu beaucoup de pertes, mais rien n'avait pu ralentir son élan admirable. Si la marche en avant continue ainsi, nous serons bientôt à Janina.

Aux dernières nouvelles, le capitaine qui commandait la batterie de 105 avait demandé et obtenu pour le soir des lanternes en quantité. Il avait éteint la nuit précédente tous les projecteurs turcs de Pisani. Il avait juré d'en réduire au silence aussi toutes les batteries...

Et de toute la nuit les assiégés ne durent guère dormir!...

JEAN LEUNE.

COMPARAISON DES EFFECTIFS DE PAIX DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE EN 1911 ET EN 1915.

FRANCE ET ALLEMAGNE

LA RÉORGANISATION DES FORCES MILITAIRES DANS LES DEUX PAYS

Le projet de la loi des cadres réorganisant nos forces militaires a été, ces derniers jours, discuté à la Chambre des députés qui, dans ses séances des 10 et 20 décembre, a voté les articles portant modification des cadres actuels de l'infanterie et de la cavalerie. Aux termes de la loi nouvelle, nos troupes d'infanterie se composeront désormais de 173 régiments au lieu de 163. La récente organisation de la cavalerie, que le Sénat ne tardera certes pas à adopter, porte le nombre de nos régiments de 89 à 91, dont 81 en France, 10 en Afrique. Rappelons aussi que notre artillerie a été réorganisée par la loi du 24 juillet 1909.

Toutes ces transformations, prochainement réalisées, ont été rendues indispensables par la situation générale de l'Europe et la situation particulière de l'Allemagne où la loi militaire votée par le Reichstag, le 14 juin dernier, entraîne pour l'armée allemande les accroissements les plus importants qu'on ait eus à enregistrer depuis 1870.

Si cette réorganisation et ces augmentations d'effectifs ont, à juste titre, ému, chez nous, les milieux techniques et parlementaires, elles ne sauraient non plus laisser indifférent le grand public que touchent de si près toutes les questions intéressant notre défense nationale. Aussi nous a-t-il paru opportun d'examiner ici les principales dispositions de la loi allemande du 14 juin 1912,-et leurs conséquences que résumeront et rendront sensibles les tableaux comparatifs intercalés dans le texte.

* * *

La loi du 14 juin fut, au lendemain de l'accord franco-allemand sur le Maroc, votée par le Reichstag dans une courte séance d'une heure et demie; seuls, les socialistes et les Polonais votèrent contre; les Alsaciens-Lorrains s'abstinrent. Un mois à peine s'était écoulé depuis le dépôt du projet, dont la réalisation comporte, pour l'armée et la flotte, une dépense globale de 1.100 millions, échelonnée en grande partie sur les années 1912-1917, bien que la majorité de ces dispositions dussent être effectuées le 1er octobre 1912. C'était sanctionner l'effort le plus considérable qui ait été consenti depuis la guerre; le gouvernement, poussé par l'opinion, estimait en effet que des nécessités politiques et militaires impérieuses exigeaient au plus tôt un effort aussi inusité.

Suivant la formule bismarkienne, le peuple allemand veut avoir une armée assez forte pour assurer son indépendance, au besoin sans le secours de ses alliés; au moins aussi puissant que ses adversaires éventuels, il s'efforce toujours de se réserver une supériorité marquée sur le théâtre d'opérations principal. Depuis que l'opportunité de créations nouvelles s'est fait si impérieusement sentir, dans quel sens la situation militaire de l'Allemagne s'est-elle donc modifiée, alors que l'ancienne organisation suffisait à faire face sur les Vosges et sur la Vistule?

On sait effectivement qu'au sein de la commission du Reichstag, il fut déclaré que l'empire aurait désormais à lutter simultanément contre la Russie en Pologne, contre la France et l'Angleterre sur la Meuse. Aussi, comme le montrent les deux derniers tableaux de cette page, en 1915, l'armée active mobilisée comptera environ 150.000 hommes de plus qu'en 1911, et, sur la Meuse, les grandes unités stratégiques seront de 3 corps d'armée supérieures à l'armée française. Or, le corps expéditionnaire anglais, appelé à coopérer à une guerre continentale, comporte précisément 6 divisions, soit 3 corps d'armée, à l'effectif de 153.000 hommes!

1° Créations nouvelles.--Les créations nouvelles, dont la plupart devaient, être réalisées le 1er octobre 1912, comportent la formation d'un état-major d'armée à Sarrebruck, de 2 corps d'armée, l'un en Alsace, l'autre en Prusse orientale, de 2 divisions d'infanterie, 4 brigades d'artillerie, de 18 bataillons d'infanterie, 59 batteries, 4 bataillons de pionniers, 2 du train, 1 de troupes de chemin de fer, de 26 sections de projecteurs, de troupes d'aviation et de télégraphie sans fil. Quand la loi nouvelle aura reçu son plein effet, la situation de l'armée allemande sur le pied de paix, comparée à celle de l'armée française sera telle que nous l'indique le tableau ci-contre.

2° _Renforcement des unités_.--L'accroissement incessant de la population a permis de porter à 544.211 le nombre des recrues des contingents sous les drapeaux, soit 0.838% de la population, proportion restant encore au-dessous de la limite de contribution de 1% fixée par la loi du 16 avril 1871. Cette mesure aura pour conséquence immédiate d'augmenter le nombre de réservistes susceptibles d'entrer dans des formations de campagne, ainsi que le montre le tableau ci-contre. Bien qu'en Allemagne on se soit toujours efforcé d'entamer les hostilités avec les troupes actives renforcées d'un minimum de réservistes, on songe cependant à nous imiter et à constituer des divisions de réserve comprenant toutes les armes. Les cadres disponibles pour les formations de deuxième ligne et les dépôts communs aux régiments actifs et de réserve ont été accrus. La situation en 1911 et 1915 pour les deux pays est donnée par le tableau ci-dessous:

ENCADREMENT DES FORMATIONS D'INFANTERIE DE DEUXIÈME LIGNE.

La nouvelle loi militaire allemande qui comporte aussi une amélioration sensible de la mobilisation, une extension des moyens techniques (augmentation du nombre des compagnies de mitrailleuses et de la puissance des nouvelles formations d'artillerie), un perfectionnement de l'organisation générale de l'armée, et une amélioration du réseau ferré de la Prusse rhénane, questions qui mériteraient une plus longue étude, est incontestablement une oeuvre mûrement réfléchie, avec un but précis, un objectif nettement délimité. Elle nous intéresse au premier chef, nous avertissait charitablement la Gazette de l'Allemagne du Nord, le 23 mars; sans aucun doute, mais elle ne saurait nous intimider, car, en résumé, sur le champ de la bataille décisive (tableau ci-contre), la différence sera seulement de 24 bataillons, soit la valeur d'un corps d'armée. Nos forces de couverture peuvent suffire, avec leur entraînement incomparable. La rapidité de notre mobilisation égale celle d'outre-Rhin; la valeur de nos unités mobilisées avec leur complément de réservistes ne le céderait en rien à celle des bataillons allemands. Ce qui ne veut pas dire, d'ailleurs, qu'il n'y aurait pas des améliorations notables h introduire dans notre organisme militaire, telles, notamment, que l'adoption définitive d'une artillerie lourde, et l'utilisation intensive des projecteurs, télégraphes, téléphones, automobiles, poids lourds, dirigeables, aéroplanes, de tous les moyens techniques que les ingénieurs mettent à notre disposition.

C. LE DUALIS.

RÉPARTITION DES FORCES DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE SUR LES THÉÂTRES D'OPÉRATIONS TELLES QU'ELLES ÉTAIENT EN 1911 ET TELLES QU'ELLES SERONT EN 1915.

RESSOURCES MOBILISABLES DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE TELLES QU'ELLES ÉTAIENT EN 1911 ET TELLES QU'ELLES SERONT EN 1915.

UN CYCLONE A MADAGASCAR

La pointe nord de Madagascar vient d'être ravagée par un violent cyclone qui a causé, à Diego Suarez, notamment, de graves dégâts, presque ruiné cette active cité et jeté à la côte un des paquebots des Messageries Maritimes, le _Salazie_.

Un de nos confrères, fixé à Diégo-Suarez, M. Henri Cognié, nous adresse une description émouvante du phénomène, que suit un tableau lamentable des ruines qu'il a, en quelques heures, accumulées.