L'Illustration, No. 3645, 4 Janvier 1913

Part 1

Chapter 13,476 wordsPublic domain

Produced by Jeroen Hellingman and Rénald Lévesque

L'Illustration, No. 3645, 4 Janvier 1913

AVEC CE NUMÉRO L'ILLUSTRATION THÉÂTRALE CONTENANT: _LE DOUBLE MADRIGAL_

Ce numéro Comprend deux suppléments: 1° _L'Illustration Théâtrale_ avec le texte complet de la pièce de M. Jean Auzanet: LE DOUBLE MADRIGAL: 2° Le 6e fascicule d'UN DOUBLE AMOUR, par Claude Ferval.

L'Illustration _contiendra le 18 janvier un supplément théâtral d'un exceptionnel intérêt: le texte complet, illustré, de l'adaptation en 18 tableaux, par_ M. EMILE VEDEL, _du FAUST, de_ GOETHE, _actuellement représentée avec tant de succès à l'Odéon. La presse a été unanime à louer l'intelligence scrupuleuse avec laquelle les deux parties de ce chef-d'oeuvre formidable, inégal et touffu, presque injouable et d'une lecture difficile, ont été là et pour la première fois en France clairement et scéniquement présentées_.

Nous publierons auparavant (le 11 janvier) les Phares Soubiyou, l'amusante comédie de M. TRISTAN BERNARD, _et dans les numéros suivants: Bagatelle, la belle oeuvre de_ M. PAUL HERVIEU; _Kismet, de_ M. E. KNOBLAUCH, _dans le texte français de_ M. JULES LEMAITRE, _etc., etc._

COURRIER DE PARIS

DETAILLE, PORTE-DRAPEAU.

Sur le monument qui sera élevé à l'auteur du _Rêve_ je proposerais, si l'on me faisait l'honneur de me consulter, que l'on inscrivît ces simples mots: DETAILLE, PORTE-DRAPEAU. Pendant près de cinquante ans il fut cela, en effet, avec ferveur, noblesse et discipline. C'est à la mise en valeur constante et à la glorification régulière des trois couleurs qu'il employa et rehaussa les autres.

Quand surgit et passe le régiment, musique en tête, ce régiment qui de sa cadence unique et puissante aplatit et traverse tout, là où il entre et s'enfonce avec une tranquillité martiale et gaie à travers les tranchées des maisons, ramassant et draguant après lui les pensées, faisant prisonniers tous les cours,... avez-vous regardé le porte-drapeau?

C'est généralement un homme jeune, impassible et de belle stature. Comme il se redresse et marche bien! La façon dont il tient l'emblème fragile et sacré est admirable de correction, de calme énergie et de respect. Il le tient droit, tout droit, comme un grand flambeau, comme une pique, le plus droit qu'il peut. On dirait qu'il évite de le secouer, de le remuer, de lui imprimer le moindre mouvement. Il y consacre une application religieuse. Il sait qu'il a dans les mains l'ostensoir de la patrie. Il sait que l'étendard doit s'avancer ferme et haut, immobile, comme s'il allait tout seul et sans le secours de personne, que sa soie doit retomber recueillie, expressive comme une idée, repliée connue une aile. Il sait--en même temps qu'il se grandit--qu'il ne le fait que pour qu'on voie mieux l'emblème de partout et du plus loin, et que sa fierté personnelle et nécessaire à lui chétif ne lui vient que de son redoutable fardeau, et qu'il n'est rien qu'une hampe humaine, mais orgueilleuse et pâle de l'être... Et c'est pourquoi, grave, digne, il s'avance, acceptant que son visage durant le trajet soit, à chaque minute, caché par l'étoffe pourvu qu'elle vienne lui frôler les lèvres et recevoir son incessant baiser.

Ainsi Detaille, depuis sa vingtième année, jusqu'à la fin de celle-ci, jeune, svelte, élégant et soigné comme à la parade, tête haute et regard fixe vers l'horizon qui a toujours, quel qu'il soit, l'air mystérieux d'une frontière,... ainsi le beau peintre d'armées, duquel sont en deuil les soldats autant au moins que les artistes, fut lui aussi, dans sa manière, un porte-drapeau. Il aima le montrer partout, sur le rempart et au sommet de l'édifice, au champ de bataille et sur la barricade, à la, charge et au repos, flottant et apaisé, neuf et mutilé, baptisé par le feu et dormant sur les faisceaux, roulé dans sa sombre gaine de cuir, au-dessus des soldats étendus à terre dans la posture des morts et délirant au fond d'un sommeil tourmenté de gloire.

Ce rôle qu'il avait assumé explique et justifie la rare distinction de l'homme, distinction de sentiments, tous élevés et supérieurs, et aussi l'impeccabilité de sa tenue physique et morale. Rien pour lui n'était négligeable. A peine engagé volontaire du patriotisme et de l'art, il s'était tout de suite habitué à passer chaque jour l'inspection de détail de ses pensées et de ses convictions, tout comme celle de son vêtement, car il n'ignorait pas que les premières sont l'uniforme de l'âme au même degré que le second est celui du corps. Detaille portait l'habit comme s'il avait l'épaulette. On a reproché quelquefois à ses soldats leur excessive et méticuleuse netteté, leur persistante coquetterie, leur élégance voulue... Jamais on n'eut moins raison en exprimant à ce sujet, même avec déférence, de timides réserves. Ce soin touchant et prémédité n'était à ses yeux, et dans sa ferme résolution, que l'expression d'un hommage et la forme d'un culte. Il s'était rapidement rendu compte que, pour un vrai soldat d'esprit et de pratique, tout se tient, qu'il n'y a plus de petites choses, que le bouton acquiert aussitôt une importance de vertu et que le coeur n'est pas loin d'être bien placé quand la cravate est à l'ordonnance. Il prétendait que, dans son oeuvre, du simple troupier à l'officier et au général, chacun fût représentatif, honorable d'aspect, satisfît le regard difficile et soutînt l'examen, devînt, par la manière dont il était rehaussé, paré et accommodé, un exemple, un modèle, un petit morceau d'armée, un fragment vivant d'honneur, de beauté militaire, et voilà pourquoi son pinceau minutieux les caressait en les vénérant. Jamais, à aucune minute, il ne perdit le sentiment de la tenue que devait, selon lui, conserver, jusque dans la pire bousculade de la guerre, le soldat soucieux de ce nom. Toujours, nous voyons les troupes de Detaille revenir en bon ordre et avec une parfaite décence de la plus chaude affaire. La défaite elle-même ne saurait les débrailler ni les avachir. Ils font toilette pour aller à l'assaut comme une femme s'habille et se met en frais pour le bal. Ils sont pareils à ces raffinés de l'agonie qui n'oublient pas de recommander à leur dernière heure qu'on les lave bien après la mort pour paraître avec propreté là où il faut. Aussi, à nous avoir montré au repos, à l'exercice et dans l'action, des soldats ragoûtants, bien brossés et bien ficelés, bien plantés et satisfaits d'eux-mêmes, et qui ne changeraient pas avec le voisin, Detaille a conquis de bon aloi son bâton de maréchal populaire. Pour la foule de Paris et de France il restera l'auteur du _Régiment qui passe_. Oui, c'est bien cela. Depuis 1870 il a fait passer le régiment, partout, dans toutes les villes, dans toits les quartiers, dans toutes les rues, dans tous les villages, à toutes les étapes. Il ne nous a jamais laissé perdre le contact avec le soldat. Il a maintenu entre lui et nous, en la renouvelant sans cesse, la sainte communication. Et il a rempli ce grand devoir avec le goût le plus fin, le plus serré, la plus juste mesure, sans que cependant il se soit jamais condamné à retenir la franchise de ses desseins, ni à déguiser la direction de son élan.

Il avait un caractère aussi charmant que beau. Il eut l'esprit droit, noble et gai, le jugement sûr, le coeur chaud, la bonté discrète et tendre. Son oeuvre considérable, vaste et limpide, si étonnamment variée, porte la signature, bien lisible et jolie, de toutes ces qualités rares qui s'étaient enrôlées chez lui pour composer l'ensemble national que nous avons admiré, que nous regrettons. Mais son souvenir demeure et continue de monter la garde. Notre ami a laissé, pour le remplacer, «son soldat», le petit soldat, «le Detaille» épingle au mur que sait toute la France, clair comme son sabre, vif, astiqué, dégourdi, l'oeil pur et malin, le sang aux joues et à fleur de peau, prêt à sortir des veines et à se répandre pour le pays. Ses tableaux ont débordé les collections et les musées pour aller se suspendre d'eux-mêmes dans la maison, l'auberge et la chaumière, s'accrocher dans le regard de l'enfant, du petit paysan, du conscrit et du retraité, se placer à la cimaise de leur contemplation quotidienne. _En reconnaissance, l'Alerte, le Salut aux blessés, la Sortie d'Euningue..._ et combien d'autres pages!... sont venues dans les chambres françaises, aux environs du lit, jusque sous la tente de l'alcôve, voisiner près des images des vieux parents morts, non loin du buis desséché qui est le plumet des crucifix.

Ainsi la carrière de Detaille, glorieuse par l'honneur auquel il subordonna toujours sa conduite et par les honneurs qu'il eut l'orgueil d'obtenir rien que pour les avoir mérités, ainsi cette carrière, quoique trop tôt brisée, finit-elle néanmoins brillamment, dans l'énergie et la clarté, sans nous apporter la moindre déception, en nous léguant au contraire l'exaltante leçon d'une belle chose, poussée et achevée, d'un ensemble complet et harmonieux. Et le peintre lyrique de _la Chevauchée_ disparaît dans les nuages et sur la piste de la mort à une heure privilégiée, ayant assez vécu pour se réjouir avec amour du relèvement des idées de patrie et de devoir militaire qui étaient ses idées continuelles, ses idées d'activité et de loisir, de chevalet et de chevet, et sur le laurier desquelles il repose aujourd'hui, comme un bon hussard qui, le soir du combat, dort tout botté sur de la paille.

HENRI LAVEDAN.

(Reproduction et traduction réservées.)

LA VOCATION D'ÉDOUARD DETAILLE

Un de nos lecteurs nous communique le dessin reproduit ci-contre, qui prouve à quel point Édouard Detaille était prédestiné à devenir le grand peintre militaire qu'il a été, comme la brève note qui accompagnait l'envoi, et qui raconte dans quelles circonstances le maître, célèbre, universellement admiré, apposa sur ce croquis ancien sa signature, atteste la délicieuse urbanité du parfait galant homme qui vient de disparaître.

Ce croquis, précieux pour quiconque voudrait chercher à discerner les dons de précision, de virtuosité déjà en germe dans le lycéen de douze ans, date de 1861. Édouard Detaille en fit don à l'un de ses condisciples, Paul Thumeloup, plus tard avocat, puis négociant. Des mains de celui-ci il passa, par héritage, en celles d'un sien cousin, M. A. Géraud, à l'obligeance duquel nous en devons la communication.

Or, M. Géraud, s'armant de courage, osa demander un jour au grand peintre la permission de le lui montrer. Il reçut à l'atelier du boulevard Malesherbes l'accueil exquis qu'y rencontrèrent toujours tous les visiteurs. C'était en juin dernier.

Édouard Detaille fut content de revoir ce croquis enfantin, déjà si alerte. Il le jugea avec la sévérité qu'il montrait invariablement envers lui-même: «C'est amusant, dit-il... J'avais déjà du goût pour les soldats!... Mais ce n'est pas fameux.» Et il évoquait, souriant, les pensums innombrables que lui avait valus, en ces temps lointains, sa passion pour le dessin,--pour «les soldats»! Puis il prit sa plume, et dans l'angle du papier, en haut à gauche, il signa, reconnaissant galamment cet enfant oublié de sa prime jeunesse.

LA CAMPAGNE PRÉSIDENTIELLE

MM. RAYMOND POINCARÉ ET ALEXANDRE RIBOT

Le 17 janvier prochain, le Congrès réuni à Versailles désignera le successeur de M. Armand Fallières, dont le septennat arrive à son terme. Les circonstances que nous traversons, la situation extérieure toujours difficile, les graves problèmes qui se posent maintenant devant l'Europe donnent à cette élection une importance plus grande que jamais. La France entière sent profondément la nécessité d'avoir à sa tête un homme d'une expérience éprouvée, qu'une haute autorité morale, une valeur indiscutable dressent au-dessus des partis et de leurs querelles. Le Parlement partage, cette fois, les préoccupations du pays. Et consciencieusement il cherche, pour l'élever à une si haute charge, le meilleur et le plus digne.

Même, rompant avec une tradition néfaste qui faisait de la préparation d'une élection présidentielle une affaire de conciliabules secrets, d'intrigues, les groupes agissants du Sénat et de la Chambre ont voulu présenter d'avance aux votes du Congrès le ou les candidats qu'à leurs yeux il serait désirable de voir élire: c'est un geste dont la presse a été à peu près unanime à les féliciter. On avait tout d'abord songé à offrir la candidature à M. Léon Bourgeois, qui a rendu au pays d'éminents services et dont le prestige hors de nos frontières est certain: des raisons impérieuses, une santé délicate et qui exige de grands ménagements, ont contraint le ministre du Travail à ne point accepter la tâche qu'on voulait lui confier.

Alors, un grand nombre de sénateurs et de députés se retournèrent vers M. Raymond Poincaré. Il n'est pas besoin de rappeler ici les titres qui imposaient à leur attention le président du Conseil, et le rôle de très haute tenue qu'il a joué au cours des événements dont nous venons d'être les spectateurs passionnés. M. Raymond Poincaré, avec cette belle loyauté, cette netteté d'allures qu'il a montrées au cours de toute sa carrière politique--deux des qualités justement qui l'imposaient au choix de ses amis--fit immédiatement connaître qu'il acceptait de laisser poser sa candidature.

Cependant on savait que M. Alexandre Ribot, lui aussi ancien président du Conseil et ancien ministre des Affaires étrangères, avait également l'intention de briguer la suprême magistrature. M. Raymond Poincaré lui-même, d'ailleurs, l'y avait encouragé. Et, de fait, à peine celui-ci avait-il fait connaître sa décision que M. Ribot, à son tour, annonçait officiellement, par la voie de l'Agence Havas, qu'il maintenait sa candidature, même en face de celle de l'éminent chef du cabinet.

Mais quelle compétition élégante et courtoise, entre ces deux hommes d'État et comme les façons raffinées qu'ils ont tout de suite adoptées contrastent avec celles dont nous vîmes user dans telles campagnes électorales!

Le premier soin de M. Raymond Poincaré, une fois qu'il connut quel adversaire il aurait en face de lui, fut de lui demander une entrevue. Et dimanche, amicalement, tous deux échangeaient leurs vues sur la situation tant intérieure qu'extérieure, et constataient leur accord sur la ligne de conduite à adopter au milieu de toutes les complications politiques du moment. Le lendemain, M. Ribot rendait à son concurrent, au quai d'Orsay, sa visite de courtoisie.

M. Ribot et M. Poincaré ne seront pas les seuls, d'ailleurs, à se présenter aux suffrages des sénateurs et des députés. D'autres candidatures se préparent, plus ou moins ouvertement. M. Antonin Dubost, président du Sénat, et M. Paul Deschanel, président de la Chambre, soumis à la réélection à l'une et à l'autre assemblées, seront certainement sur les rangs. Mais déjà nous pouvons attendre avec confiance le scrutin de Versailles: le Congrès n'eût-il à choisir qu'entre les deux candidats déclarés, la France aurait, devant le monde, un représentant digne d'elle.

LES PRÉPARATIFS DU CONGRÈS.

Pendant que l'on discute avec animation, à Paris et dans la France entière, les candidatures officielles ou probables à la présidence de la République, on s'occupe spécialement, à Versailles, de tout préparer pour recevoir dignement les 900 parlementaires qui, le 17 janvier, éliront le successeur de M. Fallières. Commencés il y a bientôt deux mois, les travaux sont à peu près terminés aujourd'hui. Ce délai peut paraître long à ceux qui savent qu'il y a en permanence, au château, tout un personnel chargé d'entretenir le palais pour le cas où s'ouvrirait, par démission ou autrement, une vacance présidentielle. Mais, cette fois, des mesures spéciales ont dû être prises.

Il y a sept ans, en effet, la lutte, circonscrite entre M. Fallières et M. Doumer, ne nécessita qu'un seul tour de scrutin, alors que, cette année, on en prévoit pour le moins trois. Or, chaque tour, qui amène 300 sénateurs et 600 députés à défiler un à un à la tribune, avec, le pointage et le dépouillement des bulletins, la: proclamation du résultat, la préparation du vote suivant, demande trois heures environ. Commencée à 2 heures de l'après-midi, la séance menace donc de durer jusqu'à minuit, sinon davantage. Il a fallu, par suite, renforcer la buvette. Des commandes fermes ont été adressées aux fournisseurs ordinaires du Luxembourg et du Palais-Bourbon, et, le jour venu, 250 kilos de veau, de jambon et de pain viendront s'emmagasiner dans le garde-manger du palais, à côté d'un millier de bouteilles d'eaux minérales. En outre, deux marmites monumentales ont été installées, où mijotera un bouillon parfumé.

On a dû se préoccuper aussi de l'éclairage, très incomplet jusqu'ici, puisqu'il n'était assuré que par une centaine de becs de gaz «papillon», quantité suffisante d'ailleurs, tous les précédents congrès ayant pris fin avant la nuit ou ayant eu lieu dans les mois aux longs jours. On avait songé, tout d'abord, à l'électricité, mais Versailles, paraît-il, ne peut fournir le courant nécessaire, et l'on dut adopter le bec Auer: il y aura 600 lampes de ce modèle. Quant au chauffage, il est réalisé par un calorifère très puissant.

Les appartements intérieurs ont été tendus à neuf. Le nouvel élu n'a point, à Versailles, ainsi qu'on l'a dit parfois, de chambre personnelle où il puisse, s'il lui plaît, passer la nuit. Seuls, les deux présidents de la Chambre et du Sénat ont droit au logement: ils n'usent d'ailleurs que de la salle à manger mise à leur disposition, pour y convier à déjeuner les bureaux de leurs assemblées respectives.

Dans la salle, les sièges ont été recouverts de cuir jaune foncé. Les membres des deux Chambres s'assoient, sans places marquées, au hasard, ou plutôt, si l'on peut dire, suivant leurs affinités électives.

Les frais assez élevés que nécessite cette mise en état indispensable sont supportés pour un tiers par le Sénat et pour deux tiers par la Chambre. C'est la questure du Palais-Bourbon qui règle et ordonnance les dépenses. En revanche, c'est le personnel du Luxembourg qui assure, le jour de l'élection, le fonctionnement des différents services; au cas où le congrès se prolongerait le lendemain, le personnel de la Chambre remplacerait celui du Sénat. Enfin, douze lignes télégraphiques ont été équipées entre Versailles et Paris; et quatre trains spéciaux ont été commandés aux chemins de fer de l'État: un pour le gouvernement, qui partira de Montparnasse, et les trois autres, qui partiront respectivement de cette dernière gare, des Invalides et de Saint-Lazare, pour les membres des deux Assemblées.

MORT DE M. DE KIDERLEN-WAECHTER

La mort soudaine, au lendemain des fêtes de Noël, de M. de Kiderlen-Waechter, le secrétaire d'Etat à l'office impérial des Affaires étrangères d'Allemagne, a provoqué en Europe des impressions diverses, mais non point cette émotion générale qui s'attache à la disparition des hommes de tout premier plan, difficilement remplaçables. M. de Kiderlen-Waechter dut aux circonstances d'occuper le poste de ministre des Affaires étrangères dans une période d'âpre controverse franco-allemande, et son rôle, au regard de la France, fut, un moment, des plus ingrats. Nous ne saurions évidemment lui en vouloir de s'être efforcé de servir son pays, le mieux possible, et à sa manière, qui était teutonne. Il avait pourtant pris une part active et sincère à l'accord franco-allemand de 1909. Par la suite, obsédé par le souvenir des attitudes et des procédés de Bismarck, son maître, il tenta les chances périlleuses d'Agadir pour réaliser, lui aussi, une oeuvre. Son but, qui était de faire payer au plus haut prix, par de précieuses compensations coloniales, le désistement de l'Allemagne au Maroc, fut poursuivi dans les conditions retentissantes et périlleuses que l'on sait et qui sont à peine d'hier. Mais, bien que, finalement, cette politique de M. de Kiderlen-Waechter nous ait coûté une partie de notre Congo, nous lui devons néanmoins une gratitude pour avoir provoqué dans notre pays un admirable réveil national. M. Maximilien Harden n'écrivait-il pas, il y a un an, dans le _Zukunft_: «Les Français, loin d'en vouloir à de Kiderlen-Waechter, devraient lui élever un monument. La France, qui allait à l'antimilitarisme et à l'anarchie, s'est, après le coup d'Agadir, ressaisie dans un élan magnifique; elle sort vivifiée de cette épreuve.»

LA SANTÉ DU TSARÉVITCH

On se rappelle quelle inquiétude a donnée, à la fin du moi d'octobre dernier, à la famille impériale de Russie, la santé du grand-duc héritier Alexis Nicolaiévitch Nous avons dit ici (numéro du 2 novembre) que, s'étant blessé assez grièvement au côté gauche, en jouant, le tsarévitch eut à souffrir de complications qui causèrent de graves alarmes. Or, une grande agence photographique anglaise, _Central News_, nous communique une photographie récemment faite, nous assure-t-elle à Tsarskoié-Selo, qui serait pour rassurer pleinement sur l'état de santé actuel du jeune prince: elle le montre, jouant dans le parc, par un temps de neige. L'image est jolie, en tout cas. Si elle a réellement été obtenue dans les conditions qu'on nous dit, récemment, elle atteste qu'il ne reste chez le tsarévitch aucune trace de l'accident qui avait si fort affecté sa santé.

_Les Serbes, pendant la trêve des négociations, demeurent en Albanie, sur ces positions que leur disputent actuellement non plus les Turcs, mais les diplomates. C'est l'hiver! C'est la neige qui, peu à peu, ensevelit les cantonnements et les équipages, cependant que çà et là, vigilantes sentinelles, les auxiliaires macédoniens, qui connaissent si bien toutes les ruses de la guerre de surprises, protègent les postes serbes contre un coup de main toujours possible, malgré l'armistice, des bandes albanaises._

LA CAMPAGNE GRECQUE EN ÉPIRE

_A LA CONQUÊTE DE JANINA_

Depuis que Bulgarie, Serbie, Monténégro ont conclu avec la Turquie un armistice et suspendu les hostilités, la Grèce est seule à continuer la guerre. Toute l'attention devrait donc se concentrer sur les opérations que poursuit en Épire l'armée des Hellènes. Mais, nous l'avons indiqué en présentant, il y a quinze jours, à nos lecteurs l'intéressante correspondance de M. Jean Leune, l'état-major, respectueux des volontés du diadoque, a tout fait pour décourager les correspondants de guerre d'accomplir la mission pour laquelle ils étaient partis.