L'Illustration, No. 3279, 30 Décembre 1905

Part 3

Chapter 33,564 wordsPublic domain

Cinq volumes nouveaux viennent de paraître dans la collection des _Grands Artistes_ (H. Laurens, 2 fr. 50 chaque vol., in-8°, avec 24 gravures hors texte): ce sont les monographies de _Gros_, par M. Henry Lemonnier, professeur à la Sorbonne; de _Claude Lorrain_, par Baymond Bouyer; de _Percier et Fontaine_, par Maurice Pouché; de _Ruysdaël_, par Georges Biat; de Gainsborough, par Gabriel Mourey. Ces cinq études sont documentées à souhait et si nous signalons particulièrement celle de M. Maurice Fouché, c'est que Percier et Fontaine, architectes et décorateurs, créateurs et maîtres incontestés du style empire, collaborateurs inséparables, sont pour la première fois présentés au grand public, qui ne les connaissait guère que de nom et de réputation.

Pierre-François-Léonard Fontaine, né à Pontoise en 1762, et Charles Percier-Bassant, né à Paris en 1764, se rencontrèrent d'abord à l'école de Peyre jeune, inspecteur des bâtiments du roi, puis se retrouvèrent à Borne. C'est là qu'en 1788 un événement douloureux, la mort du peintre Drouais, leur permit d'associer pour la première fois leurs talents déjà formés: ils firent ensemble un projet de monument que le sculpteur Michallon exécuta dans l'église de Santa-Maria in via Lata. Trois ans plus tard, revenus à Paris, séparément, mais tous deux à pied, par économie, ils exécutaient pour l'ébéniste Jacob, qui avait la fourniture du mobilier de la Convention, des dessins dans lesquels ils s'étaient hasardés à restaurer le style antique. Cette tentative réussit et leur faveur commença. En 1793, ils étaient appelés à la «direction des décorations» de l'Opéra. C'était la fortune et, tout en continuant à créer des modèles de meubles, de bronzes d'ameublement, d'objets d'orfèvrerie, qu'on ne cessa plus de leur commander de toutes parts, ils purent désormais s'adonner à l'architecture. Ils établirent plus de projets, à vrai dire, qu'ils ne construisirent de monuments: l'arc de triomphe du Carrousel et le monument expiatoire de Louis XVI sont les seules oeuvres complètes qui nous restent d'eux. Mais ils furent surtout d'admirables restaurateurs, à la Malmaison d'abord, puis à Saint-Cloud, enfin aux Tuileries et au Louvre, dont ils devinrent les architectes en 1805, à Compiègne, Fontainebleau et au palais Pitti, à Florence. Toutes les décorations éphémères des fêtes du sacre, puis du deuxième mariage de Napoléon furent leur ouvrage. Elles étaient imposantes et majestueuses, comme nous pouvons en juger par les 54 planches du magnifique volume in-folio publié en 1807: _Sacre et Couronnement de Napoléon, empereur des Français et roi d'Italie_, et par les 13 planches du: _Mariage de S. M. l'empereur Napoléon avec S. A. R. l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche_. Louis XVIII et surtout Louis-Philippe continuèrent à Fontaine (Percier préférait se consacrer désormais à l'école qu'il avait fondée) la confiance que lui avait témoignée Napoléon: c'est dans cette seconde période qu'il restaura Versailles et le Palais-Royal, et construisit, de 1815 à 1826, le monument expiatoire de la rue d'Anjou, qui, vu de l'extérieur est souvent jugé un peu lourd, mais dont on apprécie le grand caractère et la belle ordonnance lorsqu'on pénètre à l'intérieur.

Tous les volumes de la collection des _Grands Artistes_ sont illustrés de 24 gravures, très convenablement imprimées, qui reproduisent les oeuvres caractéristiques du peintre, du sculpteur ou de l'architecte étudié dans le texte. Il y manque peut-être une vingt-cinquième image: le portrait de l'artiste lui-même. Les traits de Gros, Ruysdaël, Claude Lorrain, Gainsborough, et surtout de Percier et de Fontaine, ne nous sont pas familiers: nous aimerions qu'on nous remette sous les yeux leur physionomie en même temps qu'on nous rappelle les faits de leur existence et les phases de leur talent.

De même, dans la collection parallèle des _Villes d'art célèbres_ (H. Laurens, chaque vol., pet. in-4°, abondamment ill. 3 fr. 50 ou 4 fr., selon l'importance), il est permis de regretter l'absence d'un plan de chacune des cités qui nous sont décrites. Assurément M. Émile Gebhart, de l'Académie française, ne prétend pas nous guider dans _Florence_ de la même façon que le Baedeker ou le Joanne, ni M. P.-J. Bié dans _Nurenberg_, ni M. Pierre Gauthiez dans _Milan_. Mais un plan nous aiderait cependant à nous orienter parmi les monuments au milieu desquels on nous promène, à situer les palais, les églises qu'évoquent pour nous de brillants écrivains dont le texte est semé de reproductions de photographies.

M. Pierre Gauthiez, artiste érudit, a entrepris de réhabiliter Milan, que l'on traverse trop souvent sans l'étudier, pour courir vers d'autres villes d'une beauté plus illustre. Il est un enthousiaste du Dôme trop souvent décrié: «... Je n'ignore pas, dit-il, qu'il est de bon goût, et raffiné, d'affecter, au nom du gothique, un grand mépris pour la cathédrale milanaise. Cette affectation de dédain, et les plaisanteries faciles, empruntées à la pâtisserie le plus souvent ou à la lingerie, sont simplement ineptes. Si la cathédrale de Chartres est la rude fleur d'un pays morne, gris et pâle, quand la moisson ne le fait point roux; si Notre-Dame de Paris, ou Laon, ou Reims, ou Bourges, expriment l'âpre mysticisme de nos terres barbares, pourquoi ce pays doux et gras du Milanais, dont l'allégresse accueille et dont le charme enivre, après la traversée des Alpes, n'aurait-il pas reçu le droit d'exprimer la forme de sa religion dans cette blanche église, immense, à mille clochetons, immaculée comme les glaciers que l'on découvre de son toit, offerte au soleil et aux molles pluies argentées comme les plaines qui lui font un magnifique piédestal? Est-ce que la vigne lombarde est courte et bossue, et revêche, comme nos ceps? Ne s'enlace-t-elle point aux mûriers pour s'épanouir en guirlandes? Et l'air qui joue autour du Dôme a-t-il rien de commun avec notre ciel dur et belliqueux? Ces gens avaient du marbre, et non une pierre austère et rugueuse. Ils ont fait leur cathédrale en marbre...»

A qui l'éditeur pouvait-il demander la monographie de Florence, sinon à M. Émile Gebhart? On devine avec quelle faveur cet érudit académicien, ce lettré exquis, analyse l'âme et la race florentines, répète ce que racontent les vieilles pierres de Florence, inventorie ses trésors d'art.

Trois plaquettes consacrées à _Rossini_ par Lionel Dauriac, à _Gounod_ par P.-L. Hillemacher, à _Liszt_, par M. D. Calvocoressi, inaugurent une nouvelle série: celle des _Musiciens célèbres_ (H. Laurens, 2 fr. 50 chaque vol. petit in-8º). Ces études ne sont pas seulement intéressantes et élégamment écrites; elles sont présentées avec une illustration documentaire et anecdotique, aussi fidèle que variée: portraits, fac-similés de pages autographes, reproductions de costumes, de décors, de ballets, caricatures, etc.,--richesses iconographiques enfouies en des musées, des bibliothèques, des conservatoires, et dont la plupart sont utilisées pour la première fois.

M. Romain Rolland (célèbre depuis quelques semaines pour avoir obtenu le prix de l'Académie féminine de _la Vie heureuse_, avec son roman _Jean-Christophe_), vient de publier, dans la collection, des _Maîtres de l'art_, une biographie de _Michel-Ange_ (Librairie ancienne et moderne,3 fr. 50). En 160 pages, M. Romain Rolland a su être complet: l'oeuvre gigantesque et la vie enfiévrée de Michel-Ange apparaissent dans ce petit livre avec un relief saisissant. On trouve à la fin du volume une table chronologique, un catalogue des principales peintures et sculptures, enfin une bibliographie comprenant les écrits de Michel-Ange et ceux qui lui ont été consacrés.

_Voyages._

L'Espagne est un pays charmant!... Certes oui, l'Espagne pittoresque, vue, contée et crayonnée par un artiste! M. J. Worms a fait plusieurs voyages au delà des Pyrénées à des époques où il y avait encore des Pyrénées, des costumes nationaux, des traditions originales. Au gré des étapes de sa vie ambulante de peintre, il a recueilli des impressions et croqué des types qui ne sont plus ou presque plus. Du tout, enfin, il a fait un beau livre, _Souvenirs d'Espagne_ (H. Floury, éd.), riche en illustrations ingénieuses et piquantes.

On sait qu'en vingt-sept mois la mission du Bourg de Bozas traversa l'Afrique, de la mer Rouge à l'Atlantique, en passant par la Somalie, l'Éthiopie, les plateaux du haut Nil et le Congo. M. du Bourg de Bozas mourut sur l'Ouellé, près du but. Ainsi se termine sur une page tragique le récit de cette exploration. _De là mer Rouge à l'Atlantique_ (de RUDEVAL, 30 fr.), dont nos lecteurs connaissent déjà au moins l'un des épisodes, une curieuse chasse à l'éléphant qui fut relatée dans _L'Illustration_. L'ouvrage, illustré d'après les photographies de la mission, est présenté par une préface de M. R. de Saint-Arroman.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

LES PLANTES LUMINEUSES.

Vers 1843, Heller signalait la luminescence des bois en putréfaction. Cette lueur est produite par des champignons vivant à la surface de divers végétaux et dont on connaît aujourd'hui une quinzaine de variétés. Ainsi s'explique que, dans les forêts tropicales, on voie souvent briller les feuilles de bambou et d'autres espèces; en Europe, les feuilles mortes du chêne et du hêtre, en décomposition et un peu humides, présentent parfois un phénomène identique. D'autre part, certaines photo-bactéries vivent en grand nombre à la surface des poissons de mer, devenant lumineuses vingt-quatre ou trente-six heures après la mort de ces derniers, pour s'éteindre dès qu'apparaît la putréfaction. Elles se développent également sur la viande de mammifère que le professeur R. Dubois, de l'université de Lyon, utilisa le premier pour les isoler et les cultiver à l'état de pureté. En les ensemençant ensuite dans un ballon de verre garni de gélatine, il obtint la fameuse lampe «à lumière froide».

On savait que cette lumière impressionne la plaque photographique dans un temps assez long, mais on n'avait pas encore songé à constater sa puissance phototropique. Une de nos gravures montre des plantes mises en germination près d'un tube renfermant des bactéries photogènes: leurs tiges poussent presque droit vers la source lumineuse.

LA NITRIFICATION INTENSIVE.

«Tenir sa poudre sèche» est chose d'actualité; mais, une bonne façon de l'avoir sèche, c'est de ne pas en faire de trop grandes provisions d'avance. D'ailleurs, étant donnée la quantité de munitions nécessaires dans les guerres modernes, les approvisionnements ne sauraient durer longtemps.

D'autre part, on ne pourrait assurément, pour faire de la poudre, se contenter, comme dans les guerres de la Révolution, de gratter les vieilles murailles des caves et des écuries pour se procurer du salpêtre.

Mais on sait, depuis les travaux de Schlosing et Müntz, que la nitrification n'est qu'une fermentation. Le ferment trouvé, il devenait donc possible de produire des salpêtrières artificielles sur une vaste échelle.

C'est ce qu'ont fait MM. Laine et Müntz, qui ont obtenu ce résultat en faisant couler une solution de sel ammoniac sur un lit de noir animal ensemencé d'organismes nitrificateurs.

Une salpêtrière ainsi formée, ayant un hectare de superficie, pourrait donner 16.000 kilos de salpêtre par jour, soit plus de 6 millions de kilos par an.

Voici des résultats rassurants: la poudre ne manquera pas.

LA HOUILLE BLANCHE SUR LA CÔTE D'IVOIRE.

Le fleuve Tano, qui arrose la Côte d'Ivoire anglaise, présente, aux environs de Chitri, sur une longueur de 1.500 mètres, une différence d'altitude de 23 mètres. Il pourrait fournir une force évaluée de 20.000 à 45.000 chevaux suffisant à l'exploitation de toutes les mines d'or de la région. On se préoccupe, actuellement, d'utiliser cette houille blanche pour les mines de Prestea et de Tarkwa, situées à 60 et 90 kilomètres des chutes, et dont le service n'absorberait que 5.000 chevaux.

Le temps n'est peut-être pas éloigné où l'électricité sera plus répandue et moins chère à Tombouctou qu'à Paris.

COMMENT ENRAYER UN «RHUME DE CERVEAU» QUI COMMENCE.

Eviter un rhume n'est pas toujours chose facile: si l'on n'a pas une constitution naturellement réfractaire à ce mal déplaisant, on est souvent la victime de celui-ci, tant les occasions de s'enrhumer se présentent souvent et naturellement. Mais si l'on ne peut guère éviter le mal, on peut au moins essayer de le juguler, de l'empêcher de prendre pied et de durer. De quelle façon s'y prendre? demandera-t-on. Voici le conseil que donne la _Presse médicale_. Dès qu'on se sent pris--c'est-à-dire dès que l'on se met à éternuer, à moucher et à sentir lourde la région du front, il faut user d'inhalations. Trois ou quatre fois par jour, il faut inhaler de la vapeur d'eau oxygénée chirurgicale, suffisamment acide. C'est d'une inhalation de vapeur qu'il s'agit, non d'une pulvérisation: on inhale par le nez la vapeur de l'eau oxygénée bouillante. C'est très simple. Généralement, si l'on s'y met à temps, ce traitement guérit du jour au lendemain. Au cas où la muqueuse nasale serait déjà sensiblement engorgée, on ferait, dix minutes avant chaque inhalation, un petit badigeonnage interne avec de l'adrénaline à 1 p. 1000. On le voit, la méthode est simple: elle serait aussi très efficace.

LA NOUVELLE TENUE DE CAMPAGNE DES OFFICIERS JAPONAIS.

La tenue de campagne de l'armée japonaise vient d'être complètement modifiée. Pour les officiers, le dolman, à brandebourgs et à galons, et le pantalon à bande sont remplacés par un veston très simple et une culotte en drap kaki avec bottes en cuir jaune. La casquette est du même drap; la couleur de son bandeau et celle de l'écusson du col sont les seuls signes distinctifs de chaque arme. Le grade est indiqué par des étoiles ornant les pattes d'épaules. Le nouvel uniforme commence à être porté par les officiers; les soldats n'en seront pourvus que dans quatre mois.

POUR PRÉSERVER DE L'INCENDIE LA FORÊT DE L'ESTÉREL.

La forêt domaniale de l'Estérel, ancienne propriété des évêques de Préjus, a été portée, par deux échanges réalisés en 1889 et 1890, à une contenance de 5.754 hectares, dont 5.562 d'un seul tenant. Elle formait naguère un maquis souvent impénétrable où le pin maritime et le chêne-liège prospéraient au milieu de bruyères, d'arbousiers et autres espèces buissonnantes. Aussi, les incendies étaient fréquents; il y en eut quatre formidables au cours du dernier siècle, et les quelques lambeaux de vieille futaie épargnés ne renferment point d'arbres âgés de plus d'une centaine d'années. L'administration forestière a réussi à transformer en forêt de rapport et de tourisme un maquis jadis presque désert; elle vient de faire connaître l'ensemble des travaux effectués et des résultats obtenus.

On compte aujourd'hui dans la forêt de l'Estérel: 56 kilomètres de routes de 3m,50 de largeur; 141 kilomètres de chemins; 207 kilomètres de sentiers muletiers dits sentiers garde-feu; 155 kilomètres de tranchées de 10 à 30 mètres de largeur; 1.300 hectares ont été entièrement débroussaillés. Dix maisons forestières, dont huit pourvues du téléphone, un poste permanent de guetteurs au sommet du mont Vinaigre, de nombreux postes volants occupés seulement les jours de mistral complètent ces mesures de protection contre l'incendie qui représentent une dépense annuelle de 19.000 francs et ont réduit l'importance des sinistres dans les proportions suivantes:

Périodes. Surfaces brûlées. Moyenne annuelle.

1838-1857 7.003 hectares 350 hectares 1858-1877 1.727 86 1878-1904 86 3

D'autre part, le produit des écorces de liège exploitées en régie, qui était d'environ 16.000 kilos pour la période 1865-1876, a atteint, depuis 1901, 64.000 kilos. Mais, par suite de la substitution des grandes usines à l'exploitation familiale et de la concurrence algérienne, le prix des 100 kilos d'écorce est tombé de 65 francs, en 1886, à 38 francs. Or, c'est là le maximum, rarement atteint, du rendement à l'hectare. Le bois du pin sylvestre, au contraire, qui doit au climat et à la nature du sol des propriétés exceptionnelles, s'est maintenu à 11 francs le mètre cube. Il suffit donc de 3 mètres cubes de bois à l'hectare pour donner un revenu supérieur à celui du liège. Aussi, tout en laissant une certaine place à la culture du chêne-liège, l'administration forestière a renoncé à en faire la base principale de son exploitation du domaine de l'Estérel.

MODES SPORTIVES

MODES SPORTIVES.

Il y avait au Salon de l'automobile, une section réservée aux costumes Là on pouvait faire son choix entre les dernières nouveautés mises au jour par les grands couturiers, les modistes en vogue pour l'usage des chauffeurs et des chauffeuses. Et voici ce qu'a imaginé un tailleur: la coiffure automobile, reproduction, au choix de la belle cliente, de la voiture qu'elle a coutume de monter; pour celle-ci, une «Richard-Brasier», pour celle-là, une «Renault», en miniature, avec leurs roues, leurs phares, dardés comme deux yeux. Cela sur la tête, un bon masque ou une paire de besicles sur le nez, une bonne voiture sous les pieds, et l'on peut aller loin si l'on ne craint pas trop le ridicule!...

TRAVAIL DEBOUT ET TRAVAIL ASSIS.

Le travail manuel se fait-il mieux dans la station debout que dans la position assise? Question aussi intéressante au point de vue individuel qu'au point de vue social.

On sait que ceux qui pratiquent assis les métiers et les arts les plus délicats se lèvent souvent pour considérer avec plus de précision leur travail ou pour en parfaire les détails; et les physiologistes admettent, d'autre part, que la station debout est l'attitude qui assure le mieux la fixité contre les forces extérieures, et qui procure aussi le meilleur point d'appui dans les activités diverses.

Toutefois, il n'était pas inutile de confirmer ces considérations un peu théoriques par l'expérience. C'est ce qu'a fait M. Ch. Eéré, au moyen de l'ergographe, instrument qui permet d'enregistrer le nombre de soulèvements d'un poids donné par le doigt médius, et l'amplitude de chaque mouvement de ce doigt.

Or il resulte de ces expériences que le travail debout est supérieur d'environ un dixième au travail assis. Mais, si l'on compare ces travaux à leur début et à leur terminaison, on remarque que le travail assis est moins considérable au début et s'abaisse graduellement, tout en restant assez intense à la fin; tandis que le travail dans la station debout est plus intense au début, persiste longtemps très élevé, puis tombe rapidement.

La station debout favorise donc le travail et l'attention pendant une longue période: mais il est certain que cette exaltation est suivie d'une fatigue plus rapide.

M. Eéré, par des expériences du même ordre, a constaté en outre qu'une longue immobilité, précédant le travail, diminue la valeur de celui-ci; tandis qu'une courte immobilité de cinq à quinze minutes est suivie d'une exaltation du travail. Après une heure d'immobilité, le travail est réduit à son minimum. Il semble que le sujet soit engourdi ou endormi.

Conséquence pratique: les pauses de travail, dans la marche, comme entre deux classes, ne devraient jamais dépasser quinze minutes.

LA PHOTOTÉGIE.

Par dérivation du mot grec qui signifie «teindre», on désigne sous le nom de phototégie un nouveau procédé fort curieux de développement photographique. On avait déjà essayé de dépouiller les clichés avec l'eau oxygénée, mais les résultats obtenus étaient aussi lents qu'irréguliers. La formule suivante active et régularise l'action particulière à ce liquide, qui est d'enlever au négatif des épaisseurs de gélatine proportionnelles à l'opacité des parties réduites, c'est-à-dire attaquées par la lumière:

Eau. 100 cc. Acide chlorhydrique. 10 cc. Bioxyde de baryum. 4 gr.

On doit exclure les développateurs trop astringents et employer de préférence l'oxalate ferreux ou le diamidophénol. Après développement et lavage, la glace est mise dans la solution d'eau oxygénée, au grand jour si l'on veut. Les noirs se dépouillent en quelques minutes, et l'on obtient directement un dispositif formé par des reliefs. L'image absorbe naturellement des quantités de liquide colorant proportionnelles aux épaisseurs de la gélatine. On peut donc, par un bain subséquent, donner au cliché la teinte que l'on désire; on pourra encore en obtenir des épreuves sur papier par simple contact. Enfin, en coloriant le cliché au pinceau avec des teintes plates, le modelé dans les nuances s'obtiendra de façon automatique.

LE PRIX D'ÉTABLISSEMENT DES CHEMINS DE FER DU MONDE ENTIER.

D'après le _Bulletin du Congrès des chemins de fer_ publié ces jours derniers, voici, en milliers de francs, le prix d'établissement du kilomètre de rails pour les chemins de fer du monde entier:

Angleterre et Irlande, 841; Belgique, 508; France, 396; Italie, 353; Autriche, 350; Suisse, 332; Allemagne, 326; Espagne, 307; Roumanie, 281; Pays-Bas, 269; Russie, 245; Serbie, 226; Hongrie, 205; Suède, 143; Danemark, 134; Bulgarie, 130; Norvège, 123; Finlande, 102. Natal, 231; États-Unis, 206; Canada, 196; Algérie et Tunisie, 188; Chili, 175; Uruguay, 172; Java, 169; République Argentine, 163; Le Cap, 162; Inde anglaise, 134; Japon, 129; Lagos, 110; Siam, 87.

ENFANCE ET SOMMEIL.

Etant donné que beaucoup d'écoles pour l'enfance sont, par leur constitution même, des endroits où celle-ci n'acquiert pas seulement un certain savoir, mais accomplit une notable partie de sa croissance, on ne peut être étonné si les médecins demandent à donner leur avis sur l'organisation de la vie scolaire. C'est ce qu'ils viennent de faire de l'autre côté de la Manche, et les propos qu'ils tiennent sur l'organisation régnante ne sont pas précisément flatteurs. Un gros vice de celle-ci consiste en ce que l'enfant ne se voit pas allouer un nombre d'heures de sommeil suffisant. Sa nuit est trop courte. Tous ceux qui se sont occupés de la question arrivent à la même conclusion, que la durée du repos nocturne est insuffisante. Il faut le prolonger et arriver à une nuit de neuf ou dix heures pour les enfants ayant moins de seize ans. Ce chiffre est une moyenne: il ne serait pas sage de s'y tenir en toute saison. En hiver, il faut laisser dormir l'enfant plus longtemps qu'en été. Il a besoin de plus de sommeil à la saison froide. Beaucoup d'enfants, chez nous aussi, sont certainement soumis à un régime qui les fatigue et les rend impropres au travail. Il conviendrait, après le travail, qu'on leur demande de jour, de leur faire une nuit plus longue, pour leur permettre de reprendre des forces et de se reposer véritablement.

LE DIRIGEABLE «ZEPPELIN»

Le général de cavalerie allemande comte Zeppelin vient de renouveler, au-dessus du lac de Constance, les expériences de navigation aérienne qu'il avait tentées en 1900 (voir _L'Illustration_ du 21 juillet 1900). Son aérostat, qui se compose d'une enveloppe cylindrique en fils d'aluminium abritant seize ballonnets d'hydrogène et à laquelle sont suspendues deux nacelles, a été légèrement modifié dans ses détails. La longueur est de 126 mètres, le diamètre de 11 mètres; les ballonnets renferment 10.400 mètres cubes de gaz.