L'Illustration, No. 3278, 23 Décembre 1905

Part 3

Chapter 33,460 wordsPublic domain

Chez Ernest Flammarion: _l'Histoire contemporaine par l'image_ (20 fr.), un magnifique volume illustré par les documents du temps, que publie M. Armand Dayot et qui obtiendra tout le succès des précédents ouvrages de cet érudit et ingénieux auteur;--_Champion du tour du monde_ (15 fr.), par M. Paul de Semant, récit d'aventures très attrayant, illustré par l'auteur;--enfin deux ouvrages d'une grande actualité: _le Maroc pittoresque_ (15 fr.), que nous avons déjà apprécié, par M. Jean du Taillis, avec 115 illustrations et cartes, d'après les photographies de l'explorateur, et l'Invasion jaune (7 fr. 50), qui s'ajoute à la série des oeuvres si curieuses du capitaine Danrit.

Chez Juven: _les Briseurs d'épées_ (12 fr.), roman militaire par MM. Paul d'Ivoi et le colonel Royer;--_Mémoires d'un cheval, d'Iéna à Waterloo_ (12 fr.), récit tour à tour gai, sceptique, frondeur, par M. Camille Audigier, d'un raid de cavalerie qui dura dix années;--et, pour les plus jeunes, un spirituel album de R. de la Mézière et Rodolphe Bringer, _les Petits Cake-walk_ (6 fr.), histoire de deux négrillons.

A la Librairie des publications populaires: _les Amusements de la science_ (7 fr.), 300 expériences faciles et à la portée de tous, indiquées par M. de Savigny.

Chez Vuibert et Nony: _Promenade scientifique au pays des frivolités_ (6 fr.), voyage divertissant que M. Henri Coupin offre cette année à ses jeunes lecteurs.

Chez Combet et Cie: _Millionnaire malgré lui_, par Paul d'Ivoi (12 fr.);--_le Fiancé de Catherine_, par R. de Saint-Maur (10 fr.); _Louys XI_, par Georges Montorgueil (15 fr.)

VIENNENT DE PARAITRE:

_Romans._

_Le Peplôs vert_, roman de l'ancienne Égypte, par Maurice de Waleffe (Fasquelle, 3 fr. 50).--_Myrrhina_, roman grec, par Ch. Callet (E. Flammarion, 3 fr. 50).--_Monsieur Bornais voyage_, par Robert Duquesne (Librairie Universelle, 3 fr. 50).--_Le Toit des autres_, par Philippe Chaperon (Fasquelle, 3 fr. 50).--_Amour oblige_, par Léon Barracand (Plon-Nourrit, 3 fr. 50).--_La Bienfaitrice_, par Louise Zeyss (Hachette, 3 fr. 50).--_La Messe de onze heures et demie_, par Fernand Médine (Fontemoing, 3 fr. 50).

_Théâtre_.

_Le Duel_, par Henri Lavedan (Ollendorff, 3 fr. 50).

--_Le Coeur et la Loi_, par Paul et Victor Margueritte (Rueff, 2 fr.).

_Voyages_.

_Mission scientifique du Bourg de Bozas, de la mer Rouge à l'Atlantique_ (De Rudeval, 30 fr.).--_Documents scientifiques de la mission saharienne Foureau-Lamy_ (tomes I et II avec album de cartes, Masson et Cie).

_Divers_.

_L'État et la Liberté_ (1879-1883), par Waldeck-Rousseau (Fasquelle, 3 fr. 50).--_Les Grands Musiciens: Palestrina_, par Michel Brenet (Alcan, 3 fr. 50).

--_Dans l'ombre chaude de l'islam_, par Isabelle Eberhardt (Fasquelle, 3 fr. 50).--_La Bataille de Tsoushima_, par le capitaine Klado (Berger-Levrault, 3 fr. 50).

--_Le Gouvernement de la Défense nationale: procès-verbaux des séances du conseil_, publiés par Henri des Houx (Charles-Lavauzelle, 3 fr. 50).--_Histoire des théâtres de société_, par Léo Claretie (Librairie Molière, 4 fr.).--_François-Joseph intime_, par H. de Weindel (Juven, 3 fr. 50).--_Les Eléments sociologiques de la morale_, par Fouillée (Alcan, 7 fr. 50).--_Mémoires d'un bébé d'un an_, par le docteur Courgey (Jouve, 3 fr. 50).--_Après la séparation_, par le comte d'Haussonville (Perrin, 0 fr. 50).

_Poésie_.

_Verroteries_, par Jacques Redelsperger (Fasquelle, 3 fr. 50).

_Annuaires._

_Almanach Hachette 1906_.--Armées et Flottes militaires en 1905 (Berger-Levrault, 1 fr.).

DOCUMENTS et INFORMATIONS

L'AUDITION CHEZ LES SOURDS-MUETS.

Contrairement aux idées très généralement admises, il existe très peu de sourds-muets qui soient absolument sourds, c'est-à-dire qui n'entendent aucun son.

Au contraire, les sourds-muets, presque tous; entendent certains sons; mais, contrairement à ce qui se passe pour une oreille normale, ce sont les sons très graves qu'ils peuvent percevoir.

M. Marage, notant cette particularité, rappelle que certains animaux inférieurs, par exemple les araignées, absolument dépourvus de tout organe auditif, sont également très sensibles aux sons graves.

C'est qu'on se trouve là en présence d'un phénomène de tact et non d'un phénomène d'audition.

Aussi les sourds-muets sensibles seulement aux sons graves sont-ils toujours incapables de développer leur capacité auditive.

LES ABEILLES, LES INSECTES ET LES FLEURS.

C'est une question fort controversée de savoir si les insectes, en général, et les abeilles, en particulier, sont attirés par l'éclat des fleurs ou par leur parfum. Il y a quelques semaines, M. Félix Plateau signalait à l'Académie royale de Bruxelles le cas suivant: si l'on place un miroir, avec une inclinaison convenable, à 20 ou 40 centimètres de fleurs naturelles, les insectes qui viennent se poser sur ces fleurs semblent ne prêter aucune attention aux images réfléchies. Le savant belge se croyait autorisé à conclure que ce n'est pas la vue des fleurs qui attire les insectes.

M. Gaston Bonnier, qui partage cette opinion, vient de communiquer à l'Académie des sciences le résultat d'observations prouvant surtout combien il est difficile de se prononcer en matière si délicate. Lorsque des abeilles sont occupées, l'après-midi, à recueillir de l'eau sur les feuilles des plantes aquatiques, elles ne touchent pas au miel qu'on leur présente sur ces feuilles ou sur des flotteurs de diverses couleurs Si, au contraire, on tente l'expérience le matin, les gouttes de miel sont rapidement enlevées. Le savant professeur explique la chose par le rigorisme «coutumier» avec lequel les abeilles observent leur consigne. Quand elles sont «commandées» pour aller chercher de l'eau, elles ne se permettraient pas de récolter du miel; le matin, au contraire, il est tout naturel que les abeilles «chercheuses», envoyées en reconnaissance pour trouver un champ de butin, s'empressent de signaler à leurs troupes le miel qu'elles rencontrent. Ce que nous savons des moeurs des abeilles rend assez vraisemblable cette interprétation ingénieuse.

LE PUITS DE NOTRE-DAME DE L'ÉPINE.

Le hameau de l'Epine, à 8 kilomètres de Châlons-sur-Marne, possède une admirable église gothique assez peu connue, bien qu'elle continue à être le but d'un pèlerinage jadis fort célèbre, et qu'elle présente diverses particularités intéressantes dont l'une tout à fait exceptionnelle et peut-être unique en son genre. Au milieu d'une des branches du transept existe un puits surmonté d'une armature en fer forgé portant cette inscription: _Puits de la sainte Vierge_. C'est un devoir pour chaque pèlerin de boire ou d'emporter un peu de son eau.

La construction de l'église actuelle date du commencement du quinzième siècle. Le puits, mentionné pour la première fois en 1629, semble avoir été creusé à l'époque des guerres de religion, en vue des attaques que pourraient avoir à subir les catholiques réfugiés près de l'autel. Les troupes huguenotes, en effet, traversèrent plusieurs fois le pays à la fin du seizième siècle; d'après Baugier, l'amiral de Coligny et son frère «s'en allant en Allemagne» assiégèrent l'église de l'Epine «avec une bonne armée», d'ailleurs sans succès. Cette opinion paraît d'autant plus vraisemblable que le portail du midi est «fortifié» par deux tourelles, et que les traditions relatives à une statue miraculeuse fort ancienne, existant encore aujourd'hui, sont muettes à l'égard de ce puits dont elles n'auraient sans doute point manqué de s'occuper s'il s'y rattachait quelque pieux souvenir.

LE TRAITEMENT DES FIÈVRES ÉRUPTIVES PAR LA LUMIÈRE ROUGE.

On avait déjà préconisé l'emploi de la lumière rouge dans le traitement de la variole. Sous son influence, les pustules suppureraient moins abondamment, les cicatrices seraient moins profondes et moins apparentes.

Voici qu'on recommande cette même méthode contre la scarlatine. Un médecin de Nuremberg a soumis un assez grand nombre de petits scarlatineux à la lumière rouge. Chez tous, il aurait vu la rougeur de la peau diminuer rapidement et la défervescence fébrile se produire plutôt que d'habitude.

D'après cet observateur, il faudrait ne retirer les malades de la chambre rouge que lorsque l'exposition à la lumière du jour ne détermine plus de rubéfaction de la peau.

[Nouvelle locomotive «de force», à seize roues, mise en service par la Compagnie du Nord.]

UNE LOCOMOTIVE À SEIZE ROUES.

La Compagnie du Nord vient de mettre en mouvement un nouveau «monstre» imaginé par M. du Bousquet. C'est une immense locomotive destinée surtout à tramer d'énormes charges sur les dures rampes de certaines parties du réseau, par exemple de Valenciennes à Hirson. Elle est en quelque sorte double, car ses essieux sont répartis en deux groupes formant ce qu'en terme de métier on appelle deux «bogies» moteurs. Les roues sont plus volumineuses (1m,45 de diamètre) que dans les modèles courants et au nombre de douze; en outre, entre les deux bogies, il y a quatre petites roues, qui supportent une couple d'essieux et, supprimant le porte à faux, donnent de la stabilité à l'ensemble. Les cylindres à haute pression sont placés sur la partie arrière de la locomotive, tandis qu'en avant se trouvent les cylindres à basse pression et les deux caisses latérales contenant l'approvisionnement d'eau de la machine. La longueur totale de la locomotive est d'environ 16 mètres; elle donne un effort de traction de 18.607 kilogrammes, pouvant atteindre 24.064 kilogrammes quand on marche en admission directe, ce qui est moins économique et n'est que momentané. Malgré sa grande longueur, grâce à ses larges roues, la locomotive peut cheminer sur des courbes assez étroites, de 90 mètres par exemple, mais, naturellement, à allure assez lente; sur les portions faciles du parcours desservi, elle marche néanmoins à 60 kilomètres à l'heure, une bonne vitesse pour un «poids lourd» de cette dimension imposante.

UN NOUVEAU PROCÉDÉ D'ÉCLAIRAGE SCÉNIQUE.

Un peintre espagnol, M. Marinno Fortuny, propose, pour l'éclairage des scènes de théâtre, un système original. Actuellement, la scène reçoit de la lumière directe projetée, en général, par des lampes à incandescence; quelquefois par des lampes à arc installées dans les coulisses ou dans la salle. Il en résulte des ombres portées d'un effet au moins désagréable à l'oeil, quand elles n'enlèvent as l'illusion de la perspective. A cette lumière directe, M. Fortuny substitue la lumière diffuse. Le plafond de la scène est formé par une voûte en toile blanche, sur laquelle on projette la lumière de l'arc voltaïque réfléchie d'abord par une bande où est imitée la couleur du ciel. Cette bande étant mobile, il suffit d'y peindre des gammes différentes et de la faire glisser sous le faisceau lumineux pour produire une succession de nuances aussi variées et aussi graduées qu'on le désire. En utilisant à la fois deux ou trois bandes placées en des points plus ou moins distants, on réaliserait sur la voûte céleste des effets de coloration inconnus jusqu'à ce jour. Enfin, on pourrait opposer aux rayons de certaines lampes des miroirs où l'on aurait peint des nuages qui se trouveraient eux-mêmes projetés sur le ciel et dont la marche serait obtenue par un simple déplacement du miroir.

La lumière ainsi réfléchie enveloppant toute la scène, les décors et les personnages se trouveraient dans des conditions naturelles d'éclairage et l'illusion scénique y gagnerait beaucoup. En théorie, le procédé semble parfaitement rationnel; l'expérience seule nous fixera sur sa valeur pratique.

UN GAZ RÉFRACTAIRE.

On sait que, par l'application simultanée du froid et de la pression, les physiciens sont arrivés à liquéfier et même à solidifier tous les gaz. Un seul résiste de façon désespérée à tous leurs efforts: c'est l'hélium. D'après ce que l'on sait jusqu'ici, par les expériences que vient de faire M. Olszewski, l'hélium est le corps qui exige la température la plus basse pour pouvoir exister sous forme solide. Ce solide deviendrait liquide à des degrés de chaleur extrêmement bas. La glace devient eau à 0° C et l'eau devient vapeur par l'ébullition à 100° C (et avant). L'hélium, lui, entrerait en fusion à une température qui est dans le voisinage de 300 ou 350° _au-dessous de zéro_, et l'hélium liquide se mettrait à bouillir à 275° au-dessous de zéro, environ. On n'a pas encore pu réaliser cette température: M. Olszewski a obtenu celle de--259° C, c'est-à-dire 14° absolus--le zéro absolu est à 273° au-dessous de zéro centigrade--mais l'hélium est resté gazeux; il n'a pas témoigné de la moindre velléité de se liquéfier. On en est à se demander si l'hélium ne serait pas un gaz permanent, le seul de son espèce, probablement.

LE PRIX DE REVIENT DU CHEVAL HYDROÉLECTRIQUE.

Partout où l'on peut utiliser la chute des torrents ou des rivières, l'industrie moderne s'efforce de se procurer la force au plus bas prix. Mais ce «plus bas prix» est très variable.

Une revue d'électricité s'est occupée d'établir ce prix pour un certain nombre d'installations et arrive à des résultats dont la diversité étonne. Ainsi, à l'usine de la Praz, sur le torrent de l'Arc, le cheval revient à 212 francs. A Saint-Michel-de-Maurienne, sur la Valoirette, il ne coûte guère plus: 220 francs. Mais à la chute de Jonage (Société des Forces motrices du Rhône), le prix est très élevé, étant de 1.800 francs.

Les chiffres que nous venons d'indiquer sont les extrêmes. A Hauterive, en Suisse, le cheval revient à 600 francs; à Méran, dans le Tyrol, à 400 francs; à Dalf-Elf, qui alimente Stockholm, à 160 kilomètres de distance, à 760 francs; à Mansboe, en Suède, à 760 francs également; à Chedde, sur l'Arve, à 220 francs; à Saint-Béron, survie Guiers, à 270 francs. On compte encore 214 francs à la chute de Giffre;230 à Gavet-Livet; 235 à la chute du Rhin; 420 à Esparraguerra, en Catalogne; 400 à Grenade, et 800 à la chute de l'Ericht, en Écosse. De 212 à 1.800 francs, la différence est grande; elle s'explique par les variations de hauteur de chute et de débit d'eau et des dépenses d'aménagement.

Le prix de revient du cheval doit donc varier considérablement.

UN GEYSER À HAMMAM-MESKOUTINE.

Le petit village d'Hammam-Meskoutine, situé à 14 kilomètres de Guelma, dans un des sites les plus pittoresques de l'Atlas, est environné de sources thermales célèbres qui, en dehors de leurs sérieuses vertus thérapeutiques, présentent, au point de vue de leur formation et de l'aspect qui en est résulté, un intérêt exceptionnel. Il vient de s'y produire un phénomène assez rare.

Le squelette du terrain est tout entier le produit des eaux thermales qui, au contact de l'air, laissent déposer une certaine quantité de matières minérales en dissolution.

Il y a plusieurs siècles, l'eau jaillissait par des trous isolés, autour desquels les dépôts calcaires formèrent des cônes jusqu'à la hauteur que la pression de l'eau ne pouvait plus vaincre. Ces cônes se sont alors bouchés; ils subsistent près de l'établissement thermal, au nombre d'une centaine, d'une hauteur de 1 à 15 mètres. On en voit un dans le fond d'une de nos gravures.

Aujourd'hui, l'eau sort encore par des griffons isolés qui se déplacent de temps à autre; mais, au lieu de s'élancer en gerbe, elle s'épand en magnifiques cascades dont le débit atteint 200.000 litres par heure, avec une température de 72 à 96° C. C'est l'eau la plus chaude connue après celle des geysers d'Islande (109°) et d'un groupe de sources des Philippines (98°).

Le 13 novembre dernier, à 11 heures du matin, les touristes déjeunant à Hammam-Meskoutine entendirent soudain une forte détonation et aperçurent un jet de vapeur considérable sortant du sol, à une dizaine de mètres d'un ancien cône. On distingua bientôt une colonne d'eau qui, depuis lors, jaillit sans intermittence, avec accompagnement d'un bruit sourd, à une hauteur variant, suivant l'heure, de 3 à 6 mètres. Ce geyser sort du roc; mais, tout autour, à une dizaine de centimètres sous terre, on trouve du soufre en cristaux et en poudre. Le débit est de 450 litres par minute. L'eau, très sulfureuse, d'une limpidité de cristal, a une température de 97 degrés, supérieure d'un degré à celle des sources les plus chaudes du groupe.

LES SOURCES THERMALES D'HAMMAM-MESKOUTINE (ALGÉRIE)

LE GÉNÉRAL SAUSSIER

Le général Saussier, ancien généralissime de l'armée française, est mort, le 19 décembre, dans sa soixante-dix-huitième année.

Né à Troyes, le 16 janvier 1828, il était sorti de Saint-Cyr en 1850. Après avoir pris part aux campagnes d'Afrique, de Crimée, d'Italie, du Mexique, colonel à quarante-deux ans, il commandait, au moment de la guerre de 1870, le 41e régiment d'infanterie, qui combattit à Borny, à Gravelotte, à Saint-Privat. Lors de la capitulation de Metz, il signa avec ses officiers une énergique protestation, fut emmené prisonnier en Allemagne, mais réussit à s'évader et à rejoindre l'armée de la Loire, où il reçut le commandement d'une brigade. En 1871, il allait en Algérie contribuer à la répression de l'insurrection arabe.

En 1873, le département de l'Aube l'ayant élu député à l'Assemblée nationale, il y siégea au centre gauche et intervint utilement dans la discussion des projets de loi relatifs à notre réorganisation militaire.

En 1876, à l'expiration de son mandat législatif, il reprenait dans l'armée la position d'activité, pour se consacrer exclusivement désormais à sa carrière de soldat. Promu divisionnaire en 1878, il était placé à la tête de la 11e division d'infanterie, dite la «division de fer», à Nancy, puis, au bout de quelques mois, appelé au commandement du 19e corps, à Alger; il le quittait en 1880 pour celui du 6e corps; mais, l'année suivante, il était renvoyé en Afrique, où les événements de Tunisie nécessitaient la présence d'un chef éprouvé.

Il fut, en 1884, nommé gouverneur militaire de Paris, poste qu'il occupa pendant plus de treize ans. En outre, comme président du conseil supérieur de la guerre, il devint le généralissime désigné, en cas de mobilisation.

A la fin de 1887, lorsque M. Grévy donna sa démission de président de la République et fut remplacé par M. Sadi-Carnot, le général Saussier obtint, au Congrès, sans avoir posé sa candidature, 188 voix.

Lorsqu'il fut, le 15 janvier 1893, atteint par la limite d'âge des divisionnaires, le gouvernement le maintint en activité comme ayant commandé en chef devant l'ennemi. Toutefois, à soixante-dix ans, en 1898, il dut résigner son haut commandement, pour rester seulement membre hors cadre du conseil supérieur de la guerre. Enfin, le 15 janvier 1903, âgé de soixante-quinze ans, il demanda à être relevé aussi de ces dernières fonctions et vécut depuis dans la retraite, à Luzarches (Seine-et-Oise), où il vient de s'éteindre.

Le général Saussier était grand-croix de la Légion d'honneur et décoré de la médaille militaire; il comptait 54 ans de service effectif, 24 campagnes, 3 blessures et 5 citations à l'ordre de l'armée.

LA GRÈVE DES POSTES ET TÉLÉGRAPHES EN RUSSIE

La grève qui a éclaté parmi les employés des postes et télégraphes de plusieurs des grandes villes de la Russie, à commencer par Saint-Pétersbourg et Moscou, a donné lieu à certains épisodes assez pittoresques. Nulle autre ne pouvait avoir d'inconvénients aussi graves. Il fallut en toute hâte s'efforcer de les atténuer dans la mesure du possible. Des télégraphistes militaires assurèrent, tant bien que mal, le service des appareils télégraphiques. Pour les besognes plus aisées, la distribution des lettres, la confection des plis, on eut recours aux _garodovoïs_, ou gardiens de la paix, aux _dvorniks_, ou portiers, qui sont aussi sous la dépendance de la police. Le service, comme on pense, laissa quelque peu à désirer, ainsi confié à des gens privés de toute expérience professionnelle. Mais le plus curieux, ce fut de voir des personnalités appartenant à la meilleure société, au monde de la cour, venir, avec une jolie crânerie, mettre à la disposition de l'administration leur bon vouloir et tout leur temps libre.

Et c'est ainsi que Mlle Zinovief, fille de l'ancien adjoint au ministère de l'Intérieur, précisément chargé de la direction de l'administration postale, le prince Obolensky, le prince Kotchoubey, le comte Mordvinof, bien d'autres encore, des officiers, de hauts fonctionnaires, vinrent prendre, dans les bureaux ou aux guichets, la place des employés défaillants.

MA CANDIDATURE A L'OPÉRA, par Henriot.

_NOUVELLES INVENTIONS_

_(Tous les articles compris sous cette rubrique sont entièrement gratuits.)_

LE SUDROPHONE

Voici un nouveau type d'instruments de cuivre qui marque un progrès incontestable, presque une révolution, dans l'art musical.

Ce type comprend toute la série des instruments de cuivre, c'est-à-dire les saxhorns, du bugle à la contrebasse, ainsi que les cornets, cors, trompettes et trombones. Semblables à tous les instruments à pistons connus, ils se jouent de la même façon, avec les mêmes embouchures et le même doigté; la forme en est un peu différente, mais elle paraît plus gracieuse. L'instrument, d'ailleurs très doux à jouer, est plus portatif; de plus, il se démonte avec une extrême facilité, pour se placer dans des sacs ou étuis petits et maniables.

Mais ce qui fait du Sudrophone un instrument nouveau et qui lui vaut d'être signalé à l'attention de tous les musiciens, de tous les chefs d'orchestre, c'est l'adaptation d'une membrane vibrante fixée dans un petit tube appliqué sur le pavillon et que l'exécutant peut mettre, sans quitter l'embouchure des lèvres, en contact avec la colonne d'air sonore. Les vibrations propres de la membrane vibrant à l'unisson de la colonne d'air modifient le timbre de l'instrument. Selon que la membrane, au moyen d'une clef, est plus ou moins tendue, le timbre change instantanément, en restant toujours d'une pureté de sons remarquable. De sorte que l'on peut donner avec ce seul instrument la sensation d'instruments de cuivre, de bois ou à cordes (violoncelle); et émettre, dans le cuivre ou dans le bois, des timbres différents.

Ce qui revient à dire que l'on peut, avec cet instrument à embouchure, jouer les parties d'instruments à cordes et à anches, et les suppléer d'une façon parfaite. C'est la possibilité de corser par les sons du violoncelle, les fanfares, orphéons jouant en marchant.

Cette nouvelle invention permet, par conséquent, aux fanfares et harmonies de s'enrichir, sans aucune dépense, de sonorités correspondantes à celles des grands orchestres. Les chefs de musique disposent ainsi d'éléments nouveaux, leur permettant, par leur richesse instrumentale, d'aborder des compositions qui leur étaient jusqu'à présent inaccessibles.

Ajoutons que la membrane des Sudrophones est d'une parfaite solidité et susceptible d'un très long usage: elle peut du reste se changer aussi facilement qu'une anche de clarinette.

S'adresser à _MM. F. Sudre et Cie, 13, boulevard Rochechouart, Paris._

Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés en titre ne nous ont pas été fournis.