L'Illustration, No. 3278, 23 Décembre 1905

Part 2

Chapter 23,421 wordsPublic domain

Samedi dernier, 16 décembre, le Parlement français terminait sa session extraordinaire de 1905. A la Chambre des députés, la séance finale a été marquée par une déclaration du président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, au sujet de la question marocaine. Vu l'importance de cette déclaration, sorte de réplique aux deux récents discours du chancelier de Bulow, M. Rouvier l'avait écrite, et c'est au milieu d'un silence attentif que, du haut de la tribune, il en donna lecture devant une salle comble, en présence de la plupart des membres du corps diplomatique. Lorsqu'il eut résumé l'historique des négociations engagées entre les cabinets de Paris et de Berlin pour le règlement du différend franco-allemand et précisé le programme que la France se propose d'apporter à la conférence internationale, l'assemblée oubliant, en ces graves conjonctures, les querelles de parti, fut presque unanime à manifester son approbation; puis, par près de 500 voix, elle prononça la clôture, c'est-à-dire l'ajournement de tout débat sur notre politique extérieure.

La Comédie-Française a donné cette semaine une nouvelle pièce en trois actes de M. Paul Hervieu: _le Réveil_. L'impression sur le public a été grande, car l'oeuvre est animée du souffle tragique qui élève toutes les productions théâtrales de l'éminent écrivain à une hauteur qu'atteint rarement l'art dramatique contemporain. Dans les principaux rôles, Mme Bartet. MM. Mounet-Sully et Le Bargy ont été admirables. La comédienne qui fut si souvent qualifiée de «divine» s'est peut-être surpassée cette fois dans le personnage de Thérèse de Mégée, qu'elle a interprété avec toute la puissance d'une grande tragédienne. La photographie que nous reproduisons ici ne peut malheureusement donner qu'une idée imparfaite de la physionomie torturée que montre, pendant le terrible second acte, Mme Bartet, si belle de douleur épouvantée!

Le prince Jean de Sylvanie, qu'elle aime, vient d'être assassiné--du moins on le lui a fait croire--dans la pièce voisine. Siméon Keff, le meurtrier supposé, la menace de la porter lui-même au dehors si elle refuse de s'éloigner... THÉRÈSE.--Oh!... vos mains ne me toucheront pas... Ne me touchez pas!... Je m'en irai... Je m'en vais... _(D'une main, elle se saisit de son manteau tombé sur le canapé; de l'autre main, elle reprend son chapeau sur une table.)_

KEFF, _lui indiquant la voilette qu'elle oublie_.--Ne laissez pas traîner ceci. THÉRÈSE.--Ah! _(Elle s'en saisit et sort par la gauche en chancelant.)_

Voilà tout le dialogue et toutes les indications de jeux de scène du manuscrit. Mais le jeu de Mme Bartet a fait passer à cet instant, dans tous les rangs du public, le grand frisson des sublimes horreurs.

La belle oeuvre de M. Paul Hervieu, illustrée d'autres nombreuses photographies, paraîtra dans _L'Illustration_ du 3 février prochain.

LES POSTES EN RUSSIE--Avant la grève: les postiers de Saint-Pétersbourg. _Voir l'article, page 432_.

LES POSTES EN RUSSIE.--Avant la grève: les postiers de Saint-Pétersbourg. _Voir l'article, page 432._

L'ENVERS D'UNE FÉERIE

«Les 400 coups du Diable» au théâtre du Châtelet: les coulisses pendant une répétition du tableau de «l'Enfer».

Le théâtre du Châtelet vient de nous donner une féerie en trente-huit tableaux qui feront, pendant longtemps sans doute, l'étonnement et l'éblouissement de tous, petits et grands. Il est difficile d'analyser une féerie, il n'est pas plus facile de rendre, par la gravure, l'effet produit par une scène inondée de lumières diverses, toute chatoyante de décors multicolores et changeants, animée, par instants, d'une cinquantaine d'artistes, de deux cents figurants, enfants et adultes, de douze clowns, de quatre-vingts danseuses. Mais l'envers de la scène n'est pas moins intéressant que ce que l'on voit de la salle. Au milieu du va-et-vient des artistes, des costumiers et des remmailleuses, cent cinquante machinistes, quarante électriciens, ayant à leur disposition toutes les applications de la science moderne: vapeur, électricité, air comprimé, appareils à projections, cinématographe, y remplacent les fées et les génies invisibles et provoquent les changements à vue, les apparitions et les disparitions, les inondations, les incendies, les apothéoses. C'est le spectacle mouvementé et pittoresque qu'a reproduit notre dessinateur.

UNE ANCIENNE DEMEURE DE L'IMPÉRATRICE

Seuls, peut-être, quelques rares fidèles du régime impérial se souviennent encore qu'aux temps heureux où elle était la souveraine radieuse et adulée, l'impératrice Eugénie s'était ménagé, dans le coin le plus calme et le plus ombreux des Champs-Elysées, une retraite paisible, toute capitonnée et charmante, où, loin des pompes officielles, loin du faste des Tuileries, elle pouvait, quand les exigences de son rôle représentatif lui en laissaient le répit, venir se délasser du fardeau de la couronne. Un avis brutal de mise en vente prochaine a rappelé l'attention sur cette demeure.

Après qu'on eut percé, à travers les anciens jardins du palais de l'Elysée, la rue qui relie le faubourg Saint-Honoré à l'avenue Gabriel, l'impératrice Eugénie acquit, en 1861, de M. Émile Pereire, qui, lui-même, avait acheté, en bloc, tous les terrains libres de cet îlot, un emplacement admirable à l'angle de la nouvelle me de l'Elysée et de l'avenue Gabriel. Elle y fit édifier cet asile qu'elle désirait pour ses heures de repos.

On l'orna pour elle avec sollicitude.

La salle à manger fut revêtue d'une merveilleuse boiserie de chêne qui provenait du château de Bercy, construit par Levot sur les plans du grand Mansard pour le président Le Malon, et que le passage du chemin de fer de Vincennes venait justement de faire tomber.

Dans une pièce d'où la vue s'étend sur les arbres, à présent défeuillés, des Champs-Elysées, l'impératrice s'était arrangé un boudoir blanc et bleu, garni de meubles de vieil Aubusson, dont elle avait fait sa retraite favorite. Les murailles en étaient décorées de clairs panneaux d'A. Jourdan, pastiches de ce dix-huitième siècle affiné, exquis, que la souveraine affectionnait particulièrement. Sur l'une de ces peintures, ses yeux clairs durent aimer à se reposer. Elle représente des jeux d'enfants, une ronde, bien sage, de babys retenus, déjà! par des respects d'étiquette appris dès le berceau, tournoyant, sans folie, autour d'une mère ou d'une gouvernante aux petits soins et qui retient dans ses bras l'un d'eux; or, à celui-ci, le peintre a donné la ressemblance frappante du prince impérial, alors âgé de cinq ans, bambin frêle et blond, auquel les autres font comme une petite cour déférente...

Des années passèrent... En 1873, M. Rouher, agissant comme représentant de S. M. Eugénie de Guzman, comtesse de Téba, veuve de Charles-Louis-Napoléon, ex-empereur des Français, et de S. A. Mgr Napoléon-Eugène-Louis-Jean-Joseph, prince impérial, cédait au baron de Hirsch, moyennant 2.700.000 francs, l'hôtel de la rue de l'Elysée.

Le baron de Hirsch voyait grand. L'impérial _buen retiro_ ne fut plus qu'une aile de l'hôtel follement luxueux qu'il bâtit et qui lui coûta la bagatelle de 6 millions. Ce fut «l'hôtel Hirsch», tel qu'il existe encore aujourd'hui, après avoir servi de cadre à des fêtes qui comptèrent parmi les plus somptueuses qu'ait vues Paris.

L'escalier d'honneur--que le prince de Galles, roi actuel de Grande-Bretagne et d'Irlande, déclarait le plus merveilleux qu'il eût vu--l'escalier de marbre et de bronze ciselé, engloutit lui seul un million et le jardin d'hiver du premier étage était fameux parmi les collectionneurs pour les quatre tapisseries superbes, aux armes de France, exécutées d'après les cartons de Bérain, qui le décorent. Le baron n'avait point coutume de lésiner pour ses fantaisies.

On accourut un jour lui proposer une cheminée datant de la Renaissance, un sobre et beau morceau, qui provenait du château de Montai, et au front de laquelle un cerf à la ramure d'or semblait son blason parlant (_hirsch_, en allemand, signifie cerf). Elle vint prendre place dans le hall.

L'impératrice, un jour, voulut revoir ces lieux où elle avait goûté les joies de l'existence libre, où elle avait été heureuse Elle visita tout ce qui demeurait de son ancienne résidence, la salle à manger de chêne, sa chambre et son petit boudoir bleu. Devant le panneau de Jourdan où sourit son fils, elle pleura.

--Merci! disait-elle à la baronne de Hirsch, merci d'avoir conservé ainsi tout cela. Ce boudoir!... On croirait que je viens d'en sortir hier... Quelles figures vieillies ou évanouies avaient pu se lever, dans les souvenirs de l'auguste visiteuse, autour de l'effigie de l'enfant blond... les belles amies d'autrefois... les souriantes femmes des décamérons fixés par Winterhalter: Mme de Pourtalès, Mme de Galliffet, Mme de Metternich... tout le passé!...

LA CÉRÉMONIE DES VOEUX DE NOËL AU VAL DES ROSES, EN LOMBARDIE

_Ce coin exquis de la terre lombarde, le Val des Roses, a dû à sa situation à l'écart des grands chemins battus par les touristes de conserver jusqu'à présent un certain nombre de coutumes pittoresques. La cérémonie des Voeux qui s'y célèbre chaque année à Noël, est parmi les plus curieuses. Pour cette fête, on dresse au milieu de la place publique l'autel, où le Bambino, sous les yeux de la Vierge extasiée de joie, en somptueux atours, est exposé à l'adoration des fidèles. Le matin de ce jour est salué par des sonneries de cannuli, instrument qui rappelle la syrinx antique. Et, processionnellement, des rangs pressés de pénitents, ayant l'habit traditionnel du pèlerin, le bourdon à la main, se dirigent vert la crèche, silencieux comme des moines. Devant les saintes images, prosternés et offrant des présents, ils font, pour l'année qui va commencer, des voeux de bonne conduite.--la plupart jurant communément de renoncer au culte immodéré de Bacchus. «Serments d'ivrogne», dit la sagesse des nations,--et plus d'un, avant le soir, aura oublié ce bon propos solennellement proféré devant l'autel illuminé, et trahi, en cachette, le serment prêté devant toute une foule, qui sait d'ailleurs à quoi s'en tenir._

ALGESIRAS

_Ce petit port d'Algésiras, dont on n'avait plus guère entendu parler depuis la victoire fameuse qu'y remporta, le 6 juillet 1801, l'amiral Linois sur l'amiral anglais Saumurez, est tout à coup redevenu, à l'annonce que la conférence internationale chargée de régler les affaires du Maroc allait s'y assembler, l'un des points célèbres du monde. Que de gens, alors seulement, l'ont découvert sur la carte d'Espagne, au bord du détroit de Gibraltar, à l'embouchure du minuscule rio de la Miel! Bien entendu, L'Illustration, fidèle à ses habitudes, avait, sans tarder, envoyé à Algésiras, pour y suivre les préparatifs de la réception des plénipotentiaires, l'un de ses collaborateurs. Il nous revenait juste avec ses clichés quand on apprit qu'Algésiras, dépossédée avant l'heure de la gloire qu'elle avait pu escompter, risquait fort de ne plus être le siège de la conférence marocaine, et que celle-ci allait se réunir probablement à Madrid. Pourquoi? Comment? Quelles sont les raisons et quelles seront les suites de ce changement? Le secret de cette décision est peut-être fort simple. Mais, l'imagination des informateurs qualifiés travaillant, on se mit à discuter sur un tas de points. Et Algésiras en devint plus célèbre que jamais. Nous donnons donc ici, tels que nous les eussions publiés à la veille de la conférence, les documents qu'on nous rapporte de là-bas, texte et photographies. D'ailleurs, qui sait? Un revirement peut se produire encore, car les pourparlers demeurent ouverts entre les divers gouvernements consultés sur l'opportunité d'aller ici ou là._

Algésiras est étendue, tout en longueur, sur la côte ouest de sa baie, si bleue, si calme sous un ciel si limpide, en ce jour où j'y aborde, que volontiers on l'imaginerait immuablement ainsi, paisible et lumineuse Pourtant les nuages devaient apparaître dès le lendemain, comme on le verra sur certaines de nos photographies.

La ville est un amas de maisons basses, pour la plupart, aux murailles badigeonnées de chaux, aux fenêtres grillagées d'épais barreaux verts, coiffées de tuiles rosées, et que domine, là-haut, la tour carrée de l'église, et, plus près du rivage, la fusée grêle d'une cheminée d'usine. Comme fond de toile, la silhouette dentelée, tantôt d'outremer sombre, tantôt de pourpre claire, de la sierra de los Gazules. Et la première impression qu'on éprouve est un étonnement mêlé de quelque inquiétude. Une si solennelle assemblée, ici? Et comment, en cette minuscule bourgade, pourra-t-on loger jamais tant de si grands personnages?

L'HÔTEL DE VILLE (CASA DE AYUNTAMIENTO), QUI DEVAIT ÊTRE AMÉNAGÉ POUR LES TRAVAUX DE LA CONFÉRENCE.

Les gens d'Algésiras, pour eux, ne semblent ni surpris, ni fiers à l'excès d'une pareille fortune. Par les rues montueuses, ils vont, d'une marche tranquille, à leurs affaires, par ce joli matin tiède où semble flotter un peu du souffle embrasé qui caresse la terre d'Afrique, toute prochaine.

Au coin de la rue Sagasta, un agent de police a provoqué un rassemblement où se mêlent des gamins, des femmes, quelques oisifs, des passants peu pressés. Le gardien de l'ordre remplit, pour l'heure, l'office de crieur public et, d'une voix bien placide, récitant une leçon apprise, fait connaître au populaire je ne sais quelle oiseuse nouvelle, annonce quelque objet perdu ou promulgue un acte de l'autorité; puis, sans hâte, s'en va vers le carrefour voisin recommencer sa brève histoire.

Tout à l'heure, quand le bateau de Gibraltar viendra accoster au port, d'où l'on aperçoit, face à face, la masse trapue du rocher anglais, menaçante, ses canons sans cesse braqués, et, à droite, indécise dans la buée chaude, la côte de cet empire marocain, objet de la querelle... que vous savez, nous aurons chance de retrouver sur le môle quelques-uns de ses auditeurs, désoeuvrés, en quête d'une besogne peu lucrative, mais pas trop fatigante, surtout, ou plutôt d'une distraction à leur _farniente_. Pour ceux-là, quelle bonne fortune n'eût pas été la venue des diplomates, avec le remue-ménage qu'elle aurait produit dans la petite cité, le piaffement de leurs équipages, le ronflement de leurs autos, et les allées et venues des fringants attachés, empressés et mystérieux!

Tout, cependant, était prêt pour recevoir ces hôtes éminents.

On avait retenu pour les y loger l'hôtel _Reina Maria-Cristina_, fort avenant, pignons blancs, toits de tuiles, vaste cour ensoleillée. Et l'hôtel de ville (casa de ayuntamiento), sobre édifice de brique et de pierre, allait être aménagé en vue de leurs délibérations. Ils auraient siégé dans la salle où se réunit d'habitude le conseil municipal et que le ministère d'État s'occupait de faire meubler. Cette salle est spacieuse, bien claire, prenant jour d'une part sur la _calle del Convento_, et ouverte d'autre part sur le patio encadré d'arcades de la maison municipale.

On y eût discuté en paix, dans l'atmosphère la plus tranquille que puissent rêver des parlementaires chargés de régler le sort des empires.

On avait même fait d'autres préparatifs plus extraordinaires: sur le rio de la Miel, on s'occupait de jeter en grande hâte un viaduc de fer, craignant que le vieux pont de pierre actuel ne fût trop peu décoratif ou ne pût suffire à la circulation soudainement accrue.

Mais les diplomates, dit-on, ne viendront pas, ni leurs autos, ni leurs équipages piaffants, ni leurs aimables secrétaires, affairés et déjà graves! C'est la capitale, c'est Madrid qui les devra recevoir, ou qui du moins l'espère en ce moment.

B. S.

LES LIVRES ET LES ÉCRIVAINS

VOLUMES D'ÉTRENNES POUR LA JEUNESSE

Serait-ce le déclin d'un genre? Le nombre des livres d'étrennes--des publications nouvelles, j'entends--diminue chaque année. Plusieurs libraires ont même complètement cessé d'éditer, pour la jeunesse, ces aimables ouvrages dont les étincelantes reliures enrichissent les étalages de la Noël. Seules, d'anciennes maisons: Hetzel, Hachette, Marne, Delagrave, Flammarion et quelques autres, sont demeurées fidèles à une tradition qui contribua fortement à établir leur renommée.

La plupart des nouveaux livres d'étrennes qu'offre, ce mois-ci, la librairie Hetzel, ont été d'abord publiés dans le _Magasin d'éducation et de récréation_, le doyen des _magazines_ de la famille, dont l'année 1905, reliée (20 fr.), forme un très beau volume à offrir.--Parmi les oeuvres éditées distinctement et richement illustrées et reliées, citons: l'_Invasion de la mer_ et _le Phare du bout du monde_ (chaque vol. 6 fr.), du regretté Jules Verne, deux romans aussi palpitants d'intérêt que les plus célèbres des _Voyages extraordinaires; le Maître de l'abîme_ (11 fr.), où M. André Laurie mêle heureusement aux choses scientifiques la fantaisie la plus littéraire; _Fière Devise_ (11 fr.), une nouvelle oeuvre délicate de M. P. Perrault.--Pour de plus jeunes lecteurs, nous signalerons: _Pixie et sa Famille_ (6 fr.), que M. G. Pitrois a adapté d'une remarquable oeuvre anglaise de Mme de Horne-Vaizey, et _Une affaire difficile à arranger_ (2 fr. 25), qui comporte une aimable morale pour les jeunes turbulents. Quant au _Royaume des gourmands_ (4 fr.), l'humoristique album de Stahl, dessiné par Froelich, il s'adresse aux tout petits et même à quelques-uns des grands.

Pour les jeunes gens sérieux et curieux, la maison Hachette publie: _A Lhassa_ (25 fr.), ouvrage illustré de 24 planches en héliogravure, tirées hors texte, et dans lequel M. Perceval Landon, correspondant spécial du _Times_, nous fait le récit, très captivant, de l'entrée et du séjour de la mission anglaise dans la ville du Dalaï-Lama, la cité interdite et mystérieuse. _Napoléon, roi de l'île d'Elbe_ (20 fr.), par M. Gruyer, est une étude alerte et très documentée de l'épisode le moins connu de l'épopée impériale. Des ouvrages nouveaux sont, en outre, venus, comme les années précédentes, prendre place à la suite des nombreuses collections Hachette. Citons dans la _Nouvelle Collection illustrée à l'usage de la jeunesse: le Chevalier de Puyjalou_, par M. H. de Charlieu; _le Secret du gouffre_, par M. Pierre Maël; _Au vieux pays de France_, par M. Louis Rousselet (chaque vol. relié, 10 fr.); dans la _Bibliothèque de la famille: les Quatre Fils Hémon_, par Albert Cim; _l'Orgueilleuse Beauté_, par Mme Albérich Chabrol; le _Roman d'un loyaliste_, par miss Jewett (chaque vol., 5 fr.); dans la _Petite Bibliothèque rose illustrée: Blancs et Jaunes_, par Mme Chéron de la Bruyère; _Nobles Coeurs_, par Mme Cazin; _Miss Linotte_, par Mlle du Planty (chaque vol., 3 fr. 50). N'oublions pas les superbes volumes que forment les collections reliées de 1905 des _Lectures pour tous_ (9 fr.); du _Journal de la jeunesse_ (10 fr.), et de _Mon Journal_ (8 fr.), le célèbre _magazine_ destiné aux enfants de huit à treize ans. Quant aux albums, ils sont légion. Aussi ne mentionnerons-nous spécialement que la collection, inaugurée cette année, des _Albums indéchirables_, qui, imprimés sur toile, peuvent se laver et se repasser comme de simples mouchoirs.

Parmi les ouvrages illustrés que la maison Marne publie sous une élégante reliure, signalons: de M. René Bazin, un livre d'histoire contemporaine du plus vif intérêt, _le Duc de Nemours_ (20 fr.) et un roman, _Madame Corentine_ (12 fr.), qui a pour cadres Jersey, Lannion et Perros-Guireo;--de M. Ernest Daudet, _Une idylle dans un drame_ (5 fr.), dont nous avons déjà entretenu nos lecteurs;--de M. Georges Pradel, _l'Oeil de tigre_ (9 fr.), livre très attachant dont l'action se déroule alternativement à Paris et à New-York;--de M. Charles Foley, _la Demoiselle blanche_ (7 fr.);--de M. Charles Géniaux, _les Témoins du passé_ (7 fr.), dont tous les chapitres, illustrés par les photographies des châteaux forts, des calvaires bretons, des fontaines sacrées, des ruines féodales, des clochers, plaident éloquemment en faveur des auteurs de ces monuments inimitables, les hommes d'autrefois.

La librairie Delagrave nous offre également un heureux choix de volumes nouveaux. Ce sont: _Histoire de la guerre russo-japonaise_, par Gaston Donnet (13 fr. 50); _Chasses en Abyssinie_ (7 fr.), de M. H. Docaux, livre écrit par un chasseur passionné, doublé d'un conteur sobre--ce qui est rare--et d'un observateur subtil;--_le Ko-hi-noor ou le Diamant du Rajah_ (7 fr.), par M. E. Salgari, où sont révélées les heures tragiques que connut ce roi des diamants avant d'étinceler sur la couronne d'Angleterre;--_la Petite Colonelle_ (6 fr. 50), par M. G. Trémisot, récit joyeux en pleine fantaisie, avec des situations cocasses et beaucoup d'esprit;--_le Petit Fauconnier de Louis XIII_ (5 fr.), par M. J. Chancel, roman de cape et d'épée composé pour l'enfance par un habile écrivain;--_Contes du soleil et de la brune_, par A. Le Braz, avec illustrations de Dudoret (5 fr.);--_l'Ivraie_ (5 fr.), gracieux roman limousin par M. Jean Nesmy;--_Raton_ (5 fr.), par Mlle Henriette Besançon, histoire, non point d'un petit chat, mais d'une enfant naïve et sensible;--enfin, pour les babies, le _Roman d'un petit Pierrot_ (1 fr. 90), également de Mlle Besançon; les _Chants du jeune âge_ (2 fr.), paroles et musique de M. Rougnon, professeur au Conservatoire.

La librairie Renouard (H. Laurens, éditeur), qui publie avec tant d'activité diverses collections d'ouvrages sur l'art et les artistes _(les Grands Artistes, les Villes d'art célèbres, les Musiciens célèbres, les Maîtres contemporains_), a inauguré, il y a peu d'années, deux autres séries, non moins artistiques, mais à l'usage de la jeunesse. L'une devra contenir tous les chefs-d'oeuvre que l'on peut mettre à la portée des enfants de quinze ans. Elle comprenait déjà: _les Fables de La Fontaine_ et _Don Quichotte de la Manche_, illustrés l'un et l'autre par Henri Morin; _les Mille et une Nuits; les Contes de Perrault; l'Ami des enfants_, de Berquin; _les Fables de Florian_, illustrées par Vimar; _les Voyages de Gulliver_, illustrés par Robida. Le volume de cette année n'est autre que _Robinson Crusoé_, une très élégante édition (9 fr. comme les volumes précédents), remplie d'originales illustrations en noir et en couleurs de G. Fraipont. L'autre série, créée par le même éditeur, s'intitule _Plume et Crayon_ et comprend des oeuvres écrites et illustrées par le même auteur-dessinateur. Après _la Poule à poils_, par A. Vimar, et Yves le Marin, par G. Fraipont, nous avons cette année _Grand' mère avait des défauts_, par Louis Morin, et _les Assiégés de Compiègne_ (1430), par A. Robida, deux volumes pleins d'intérêt et de verve (3 fr. 50).

Signalons encore: