L'Illustration, No. 3277, 16 Décembre 1905
Part 4
L'ouvrage de M. Pierre Gusman, qui vient d'être magnifiquement réédité, est illustré par l'auteur lui-même de 600 dessins et aquarelles d'un puissant intérêt documentaire. En outre d'une description de Pompéi avant l'éruption et d'un récit du cataclysme, ce livre contient de multiples et précieuses indications. Il nous fait assister aux fouilles anciennes et modernes, nous donne le secret de la vie antique, nous conduit au théâtre, au cirque, aux endroits où l'on votait; il nous initie encore aux langues parlées et à l'écriture en usage au temps de Titus; enfin, il nous fait comprendre, savourer l'art décoratif qu'Alexandrie exporta en Italie, les formes souples de la plastique et le brio des peintures aux charmantes compositions païennes, où la grâce libre et la délicatesse sensuelle des figures offrent un attrait toujours jeune. «La tête humaine, ouvrière dépensées, révèle le caractère de ses oeuvres par l'expression habituelle de ses traits.» Par ces lignes, M. Moreau-Vauthier exprime, sous une forme saisissante, tout l'intérêt du nouvel album, _l'Homme et son Image_ (Hachette, 30 fr.) qu'il présente au public. Et, de fait, en contemplant les 200 gravures et les 12 planches en héliogravure que renferme ce magnifique volume, on voit aisément combien, du _Chancelier Rollin_ de Van Eyck aux aristocratiques figures de Van Dyck et aux somptueux et robustes modèles d'un Titien ou d'un Rubens, des Drapiers de Rembrandt au _Portrait de M. Bertin_, les physionomies diffèrent, les génies se précisent, les procédés se transforment. Par la représentation de la figure humaine, le sculpteur ou le peintre font transparaître à nos yeux, d'une manière plus immédiate que l'écrivain, le monde intérieur des passions et des sentiments. En s'appliquant à faire l'histoire de l'homme par son image, M. Moreau-Vauthier nous a donné l'esquisse de la société même dans ses évolutions successives. Voyez plutôt les titres des chapitres de l'album: l'Athlète, l'Homme d'épée, l'Homme de cour, l'Homme d'affaires. N'est-ce point là une division rationnelle de l'histoire de la civilisation humaine par les différents âges qu'elle a vécus?
Puvis de Chavannes qui, dans l'intimité, était un homme simple et gai, avait une passion innocente: il dessinait des caricatures. Il en dessinait même constamment avec, d'ailleurs, une maîtrise impeccable, mais sans ajouter la moindre importance à ses coups de crayon et sans se douter qu'on aurait jamais l'idée d'exhumer ces improvisations et de les joindre à son oeuvre géniale. Or, voici justement qu'un grand nombre de ces dessins, recueillis par Mme Ph. Gille, viennent d'être réunis en un luxueux album, remarquablement préfacé par Mlle Adam. Tous les artistes voudront connaître _les Caricatures de Puvis de Chavannes_ (Delagrave,7 fr. 50)au nombre desquelles ils trouveront des «instantanés» saisissants à la manière de Daumier et des imaginations d'un irrésistible comique. En de petits poèmes souples et colorés, qui ont tout le charme attendri des récits de l'aïeul, M. Georges Spetz nous conte des _Légendes d'Alsace_ (Edition de la Revue alsacienne, Strasbourg.) Il nous dit, entre autres, la tragique aventure des frères Ribeaupierre, l'origine merveilleuse de la source de Tiérenbach, la lutte des cloches du Donon contre le violon du diable et la légende gracieuse de la demoiselle blanche de la Fecht. De superbes illustrations hors texte et des vignettes de MM. Joseph Sattler, Léon Schnug et Charles Spindler accompagnent ces évocations du moyen âge allemand que précède un maître frontispice du tant regretté J.-J. Henner.
AUX CHAUFFEURS!
Nous signalons avec plaisir à ceux de nos lecteurs qu'intéressent les questions d'automobilisme deux ouvrages importants de notre collaborateur, M. Baudry de Saunier: _l'Allumage_, qui explique d'une façon extrêmement claire les principes électriques appliqués à l'automobile et qui décrit notamment, avec de nombreuses figures, les bobines et les magnétos de tous systèmes;--et les _Recettes du chauffeur_, recueil de tous les tours de main que doit connaître un bon conducteur d'automobile. Le premier ouvrage vaut 15 francs; le second, 12 francs. Tous deux sont en vente aux «Ouvrages Baudry de Saunier», 20, rue Duret, Paris.
DOCUMENTS et INFORMATIONS
NOUVEAU GAZ D'ÉCLAIRAGE ET DE CHAUFFAGE.
On connaît le gaz à l'eau, produit par le passage de l'eau sur du charbon porté au rouge, et l'on sait que ce gaz revient à un très bas prix, à peine un centime et demi par mètre cube. Mais l'emploi de ce gaz est très limité, en raison de la très forte proportion d'oxyde de carbone qu'il contient, proportion qui peut aller jusqu'à 40%.
Un industriel anglais, mettant à profit une méthode due à un professeur de l'Université de Toulouse, M. Sabatier, serait arrivé à débarrasser le gaz à l'eau de son oxyde de carbone, et à produire finalement un gaz dont le prix de revient serait encore très faible et dont le pouvoir calorifique serait cependant d'environ 35% supérieur à celui du gaz ordinaire.
On procède actuellement, à Lyon, à des expériences systématiques sur ce nouveau produit, qui exigerait moitié moins de houille que le gaz d'éclairage actuel, et s'accommoderait de houille de qualité secondaire.
LES HAUTS FOURNEAUX DANS L'INDE.
C'est une conséquence forcée de l'évolution économique et sociale que les pays les plus arriérés, au point de vue industriel, arrivent peu à peu à s'affranchir de certains tributs payés aux nations étrangères, toutes les fois que des circonstances locales n'y apportent pas un obstacle absolu. Il y a quelques années, un grand industriel hindou, nommé Tata, songea à utiliser sur place les charbons et les minerais de fer indigènes. Il est mort avant d'avoir pu réaliser son projet; mais le consul américain à Bombay signale que ses fils sont en train de constituer une société au capital de 6.480.000 livres (162 millions de francs) pour établir des hauts fourneaux, des aciéries, des laminoirs et pour exploiter les mines. Si l'entreprise réussit, la métallurgie européenne et américaine trouvera sur le marché asiatique une concurrence contre laquelle la lutte pourra devenir singulièrement difficile.
LA PRODUCTION DU COTON.
La production annuelle du coton est considérable; elle atteint 3 milliards de kilogrammes, et cependant ne dépasse pas les besoins de l'Industrie.
Les États-Unis tiennent la plus grande place dans cette production: ils fournissent près de 70% du coton utilisé; les Indes en fournissent 15% et l'Égypte 8%.
L'appoint est fourni par les autres pays, Turkestan, Japon, etc.: en tout 500 millions de kilogrammes.
Il n'est pas douteux que nos colonies pourraient jouer un rôle important dans cette production et qu'elles seraient bien placées pour fournir la matière première à l'industrie cotonnière française.
Aussi avait-on tenté d'organiser la culture du coton dans nos colonies africaines. Mais, au Sénégal et au Soudan, cette culture ne paraît devoir être fructueuse, en raison de la climatologie de ces pays, que par l'irrigation.
C'est d'ailleurs ce qui se passe en Égypte, où l'État, qui met en réserve les crues du Nil, est, pour les cultivateurs, une sorte d'entrepreneur de fourniture d'eau.
LA CRISE DU PÉTROLE AU CAUCASE.
On peut apprécier aujourd'hui les conséquences des incendies de Bakou sur l'industrie pétrolifère du Caucase. La production du naphte, égale à 50 millions de quintaux en 1904, accusait, pour le premier semestre de 1905, une diminution de 6 millions de quintaux. Depuis les émeutes du mois de septembre, elle s'est abaissée à un chiffre que l'on n'a pas encore fait connaître. L'augmentation des cours, seule, permet de supputer l'importance du déficit. Le poid de 16 kilos n'avait jamais valu, à Bakou, plus de 17 kopecks; depuis longtemps il était descendu à 7 kopecks. Il est aujourd'hui de 21 kopecks et, à Nijni-Novgorod, il atteint 30 kopecks. Les armateurs et les usiniers du Volga, qui employaient tous le pétrole pour produire la force motrice, songent à utiliser désormais la houille; certaines lignes de chemin de fer ont déjà effectué la substitution. Le manque de wagons rend la solution générale difficile, sinon impossible.
D'autre part, le bureau de statistique des industriels de Bakou, tout en évaluant les pertes à 27 millions de roubles, estime que, grâce aux énormes capitaux dont disposent les propriétaires de puits, le désastre est assez facilement réparable. Sur les 1.512 puits existant naguère dans les quatre districts de Bakou, il en reste 580. Parmi les 932 brûlés, quelques-uns étaient abandonnés. L'établissement d'un puits coûte 75.000 roubles; mais si, comme on le suppose, les trous de forage n'ont pas souffert, le dommage se réduirait aux 10.000 roubles représentant la valeur des machines et des appareils.
LA POPULATION FRANÇAISE EN 1904.
Chaque année, depuis quelque temps, nous avons à enregistrer un nombre de naissances inférieur à celui de l'année précédente. En 1904, l'excédent des naissances sur les décès n'est que de 57.026, nombre inférieur d'un quart à celui de 1903: 73.106.
Non seulement, en effet, il y a eu, en 1904, 8.483 naissances de moins que l'année précédente, mais il y a eu, en outre, une légère augmentation--7.597 unités--du nombre des décès.
De là un taux d'accroissement de 0,15% inférieur à tous les précédents, depuis 1900.
La diminution du nombre des naissances est assez générale: elle s'étend à 56 départements. Mais elle est le plus sensible dans le Nord, le Var, le Rhône, le Morbihan, la Gironde, la Corse et la Loire.
Le Pas-de-Calais, la Meurthe-et-Moselle, les Alpes-Maritimes et la Vienne se font remarquer au premier rang des 31 départements où la natalité a augmenté.
Par contre, la Seine a enregistré, en 1904, 2.051 décès de plus qu'en 1903; le Finistère, 1.233; le Pas-de-Calais, 1.026; la Seine-et-Oise, 865, et le Nord, 833. Les Bouches-du-Rhône, les Alpes-Maritimes, le Var, la Corse, l'Ain, le Gers, se font remarquer par l'amélioration de leurs chiffres obituaires.
Toutefois, si les naissances se font rares, les mariages sont cependant chaque année plus nombreux. Il y en a eu 298.721 en 1904, soit 2.725 de plus qu'en 1903. C'est surtout dans la Seine que l'accroissement a été relevé (834 en plus). D'ailleurs, il en est de même des divorces: 9.860 en 1904 au lieu de 8.919 en 1903.
Le nombre des naissances a été de 818.229, soit 2,20% de la population légale. De ces enfants, 416.812 étaient des garçons et 401.417 des filles, soit environ 1.038 garçons pour 1.000 filles. Cette proportion reste à peu près invariable.
L'UTILISATION DES FRUITS DU SORBIER AMÉLIORÉ.
Le sorbier des oiseleurs est un arbre qui commence à prendre une certaine place dans quelques vergers: on en a trouvé en Moravie des pieds perfectionnés, à fruit très supérieur à celui que donne communément cette espèce; et plusieurs pieds, greffés avec ces sujets d'élite, ont été répandus en Suisse, en Allemagne, et en France même. Les modes d'utilisation possibles du fruit du sorbier amélioré sont divers. On peut le consommer cru, frais ou conservé. Pour le conserver, on le cueille après maturité et on le met sécher en branches, comme les cerises, dans un endroit à température régulière. Il peut, de cette manière, durer jusqu'au printemps suivant. On en fait des confitures aussi, mais il faut cueillir le fruit avant maturité pour avoir des confitures se conservant bien: en septembre, au lieu d'octobre qui est le moment où le fruit, devenu sucré, est le plus agréable pour le consommateur qui l'absorbe cru. Depuis longtemps on fait, avec le fruit du sorbier sauvage, de l'eau-de-vie: une fabrique fonctionne à Izaebnik près Krakau depuis 1884, et de grandes plantations de sorbier doux ont été faites dans la même localité en 1889, pour l'utilisation alcoolique des fruits améliorés. Le sorbier se recommande encore à l'ami des animaux: il donne au gibier et aux oiseaux un aliment très apprécié en hiver.
L'ÉCLAIRAGE DU SALON DE L'AUTOMOBILE
On s'était fort extasié l'année dernière sur l'éclairage du Salon de l'automobile, mais le chiffre de 20.000 lampes formant la vasque centrale du plafond était peut-être encore plus impressionnant que l'effet produit. Cette boule étincelante paraissait un peu isolée au milieu de l'immense carcasse vitrée dont les grands cintres seuls étaient dessinés par un sillon lumineux; la surface éclairée présentait des trous qui en rompaient désagréablement l'unité. Un nouvel effort a été tenté cette année, et les résultats obtenus semblent rendre bien difficile tout progrès ultérieur. Le plafond est parsemé d'étoiles, et des festons très simples courant sur les cintres atténuent par la grâce de leurs courbes successives les profils un peu durs de cette architecture spéciale; tout cela dans une mesure et des proportions si heureuses que le regard embrasse d'un seul coup cette constellation pour en admirer le parfait équilibre. Peu de visiteurs, sans doute, sont capables de supputer, même approximativement, l'importance du travail et de la dépense que représente une telle illumination. Quelques chiffres vont nous fixer à cet égard:
La force motrice s'élève à 5.000 chevaux, dont 250 seulement fournis par les sept dynamos installées à demeure dans les sous-sols du Grand Palais et qui assurent l'éclairage du Concours Hippique et des expositions ordinaires. Le supplément de force est emprunté au secteur des Champs-Elysées, à l'usine des Moulineaux et à la Compagnie du Métropolitain. Cette dernière fournit le plus fort contingent: 1.800 chevaux à la tension de 5.000 volts. Les divers courants sont répartis sous la direction unique de la maison Lacarrière. Cette force de 5.000 chevaux, supérieure de 1.500 chevaux à celle utilisée antérieurement, est presque égale à la puissance dont disposent certains secteurs parisiens (6.000 à 10.000 chevaux). Elle suffirait à l'éclairage public et domestique d'une ville de 100.000 habitants, et elle permettrait de faire circuler simultanément, entre la gare des Invalides et Versailles, dix à douze trains de 150 tonnes.
Les stands des exposants utilisent, à eux seuls, environ 90.000 lampes à incandescence, presque toutes de 5 à 7 bougies.
L'éclairage «administratif» en comprend 75.000: 50.000 au plafond (en 1904: 30.000); 10.000 pour le grand escalier de fer, la coupole de l'avenue d'Antin et diverses dépendances; 15.000 pour l'extérieur. Il y a lieu d'ajouter: 130 lampes à arc intensives; 60 lampes tabulaires à vapeur de mercure; 2.000 becs de gaz de 200 bougies.
C'est la première fois qu'on emploie sur une aussi vaste échelle la lampe à mercure. Sa lumière, totalement privée de rayons rouges, est d'aspect blafard, cadavérique, comme on peut s'en rendre compte dans quelques magasins parisiens qui l'ont adoptée. Mais, grâce à la hauteur où les lampes se trouvent ici placées, à la correction apportée par les rayons d'autres foyers et, aussi, aux tons un peu crus des fresques qui décorent l'extérieur du palais, elles emplissent le péristyle d'une sorte d'atmosphère lunaire d'un effet pittoresque.
La consommation horaire totale représente une dépense approximative de 3.600 francs en électricité et 250 francs en gaz, soit, pour une moyenne quotidienne de quatre heures d'éclairage, 15.400 francs, et pour les quinze jours d'exposition: deux cent trente et un mille francs (231.000).
L'éclairage des serres exige une autre force de 800 chevaux et coûte 800 francs par heure. Nous arrivons donc comme total général à une force d'environ 5.800 chevaux et à une consommation de 279.000 francs pour la durée de l'exposition.
Le Grand Palais n'ayant été livré aux électriciens que le 20 novembre, dix-sept jours ont suffi pour une installation qui a occupé un personnel de 150 personnes et qui a nécessité la pose de plus de 15 kilomètres de câble, non compris la longueur des bandes souples où sont piquées les lampes.
La valeur de cette installation, en location, peut être évaluée à 400.000 francs. C'est la première fois que l'on voit en France, et probablement en Europe, une telle masse de lumière inondant un espace relativement si restreint.
Mme la baronne de Suttner.
LE PRIX NOBEL DE LA PAIX
Dans la répartition des prix Nobel de 1905, dont les titulaires ont été solennellement proclamés à Stockholm dimanche dernier, c'est à une femme, Mme de Suttner, qu'est échu le prix dit «pour la paix».
La baronne Bertha de Suttner, qui fut liée d'amitié avec Nobel, est née à Prague en 1847. Ecrivain de talent, elle a publié plusieurs romans dont un, _Bas les armes_, où elle plaidait éloquemment la cause de la pacification générale, eut un très grand retentissement et fut traduit dans toutes les langues.
Les autres lauréats sont: le professeur Koch, de Berlin (médecine); le professeur Lénard, de Kiel (physique); le professeur von Baeyer, de Munich (chimie), et Henri Sienkiewicz, le célèbre auteur de _Quo vadis_? (littérature).
M. JOHN BURNS
Parmi les collaborateurs que sir Henry Campbell Bannerman s'est adjoints pour former son cabinet libéral, on remarque tout particulièrement M. John Burns, auquel il a confié la présidence du _Local Government Board_, administration annexe du ministère de l'Intérieur, chargée des affaires concernant l'assistance et le travail. Agé de quarante-sept ans, M. John Burns siège depuis 1892 à la Chambre des communes, où il représente une circonscription de Londres. C'est un personnage bien connu comme propagateur d'idées socialistes, voire comme organisateur de grèves mémorables. Aussi l'élévation au pouvoir d'un chef du parti ouvrier, sorti des rangs des travailleurs--fait sans précédent dans les annales de la monarchie anglaise--est-elle un événement curieux, sensationnel, sujet de quelque étonnement et de beaucoup de commentaires.
DE STOCKHOLM A PARIS EN CANOË
Il vient d'arriver à Paris un voyageur de qui l'on peut dire qu'il n'a vraiment pas froid aux yeux. C'est M. Gustavus Nordin, qui a fait tout le voyage, avec ses propres moyens, dans un fragile canoë de sapin, ponté en toile. Il affirmait d'autre part son endurance physique, son beau mépris des intempéries, en n'arborant, dans la majeure partie du trajet, pour tout costume, qu'une simple culotte de flanelle, restant le torse et les jambes nus. C'est dans cet équipage, se nourrissant très frugalement, qu'il a traversé le détroit, suivi les canaux de Danemark, d'Allemagne, de Hollande et de France pour arriver enfin à bon port, à Asnières, où il abordait, la semaine dernière, au garage de la Société de la Basse-Seine. Inutile de dire si les rowingmen français lui ont fait un accueil enthousiaste et l'ont complimenté pour ce bel exploit sportif.
PAUL MEURICE
Un des doyens des lettres françaises, Paul Meurice, s'est éteint subitement, pendant la nuit de dimanche à lundi, dans son petit hôtel de la rue Fortuny. Il était âgé de quatre-vingt-cinq ans.
Auteur dramatique, romancier, journaliste, il a beaucoup écrit, et l'on est loin d'avoir épuisé la liste de ses ouvrages quand on a cité parmi les pièces: _Benvenuto Cellini, Fanfan la Tulipe, Schamyl, les Beaux Messieurs de Bois-Doré, le Songe d'une nuit d'été, Antigone_; parmi les livres: _la Famille Aubry, Césara, les Chevaliers de l'esprit_. Au théâtre surtout, Paul Meurice avait connu des succès éclatants et justifiés; mais il semblait avoir abandonné le soin de sa propre renommée pour se vouer au culte fervent de Victor Hugo, avec lequel, dès sa jeunesse, son ami Auguste Vacquerie l'avait mis en relation. Exécuteur testamentaire du grand poète, il employa, on le sait, le labeur incessant d'une verte vieillesse à la revision de l'oeuvre posthume du maître, et il avait commencé la publication d'une édition définitive en quarante volumes de son oeuvre complète.
M. ZADOC-KAHN
M. Zadoc-Kahn, grand rabbin du consistoire central des israélites de France, a succombé, le 8 décembre, dans sa soixante-septième année, aux suites de la maladie dont il souffrait depuis deux mois.
Il était né à Mommonheim, en Alsace, le 18 février 1839. Après de brillantes études au lycée de Metz, il entrait à l'école rabbinique de cette ville, puis il venait en 1859 achever sa préparation à Paris, où, à peine âgé de vingt-trois ans, il conquérait le grade de grand rabbin avec une remarquable thèse théologique, _l'Esclavage suivant la Bible et le Talmud_, qui fut traduite dans presque toutes les langues européennes. En 1868, lorsqu'il fut appelé à remplacer M. Isidor en qualité de grand rabbin de Paris, il n'avait pas trente ans, l'âge minimum requis, et il fallut différer de quelques mois la signature du décret de nomination. C'est également à M. Isidor qu'il devait succéder, le 25 mars 1890, comme grand rabbin de France.
Dans cette haute fonction, M. Zadoc-Kahn déploya durant quinze ans beaucoup de zèle et d'activité. Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1879, il avait été promu officier en 1901.
Ses obsèques ont eu lieu mardi matin, au milieu d'une assistance considérable réunie dans la synagogue de la rue de la Victoire, dont le grand rabbin habitait les dépendances. Le temple où a été célébré le service religieux était entièrement tendu de draperies noires lamées d'argent; mais c'est derrière un char très simple, dépourvu de fleurs et de couronnes, que le long cortège funèbre s'est dirigé vers le cimetière Montparnasse.
LES THÉÂTRES
L'Odéon vient de donner une pièce en trois actes, de M. André Picard, Jeunesse, qui a charmé le public par l'émotion sincère et saine qui s'en dégage autant que par l'ingéniosité de sa composition. C'est la consécration par l'exemple de la toute-puissance de la jeunesse pour régler les conflits passionnels suivant les lois de la nature. Nous publierons prochainement cette pièce; bornons-nous à dire qu'elle est supérieurement jouée, notamment par Mmes Marthe Régnier, Dux, MM. Tarride et Janvier, qui tiennent les principaux rôles.
LE TRAITEMENT DES NEURASTHÉNIQUES, par Henriot.
Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés en titre, ne nous ont pas été fournis.