L'Illustration, No. 3276, 9 Décembre 1905

Part 3

Chapter 33,512 wordsPublic domain

Dans un volume in-8° de près de six cents pages, _le Président Émile Loubet et ses prédécesseurs, trente-cinq années de république_ (Jurai, 15 fr.), M. Henri Avenel a résumé non seulement l'histoire du septennat qui touche à son terme, mais encore celle des précédentes magistratures présidentielles. Nourri de faits et de documents, cet ouvrage forme un précis très complet de nos annales politiques depuis l'avènement de la troisième République jusqu'à l'heure actuelle. Des tables fort bien faites le rendent aisé à consulter et le texte en est abondamment illustré de portraits et de gravures fixant le souvenir des événements notoires.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

LES EFFETS D'UNE TROMBE.

Le 4 juillet dernier, une trombe a ravagé les environs de Cravant, près de Beaugency. M. Maillard vient de signaler quelques-uns des curieux effets de ce phénomène atmosphérique, qui s'est accompagné d'une dépression barométrique très forte au centre du tourbillon. Dans une cuisine, le carrelage s'est soulevé en dos d'âne. Ailleurs, dans un grenier, une balance-bascule de 50 kilos de poids a été jetée à un mètre de distance. Une petite pièce, dans le haut d'une habitation, a littéralement éclaté comme le fait une vessie pleine d'air sous la cloche pneumatique: ses cloisons se sont crevées et brisées, la pression à l'intérieur étant plus forte qu'au dehors. Ailleurs, en vertu du même principe, des vitres de chambres closes se sont brisées de dedans en dehors. On a remarqué un fait qui, à première vue, semble étonnant, mais qui, si l'on y réfléchit, est très naturel: c'est que les toitures les plus solides ont été les plus éprouvées. Les toitures formées d'ardoises ou de tuiles reposant sur des lattes n'ont pas souffert appréciablement: en effet, les ardoises ou tuiles, en se soulevant légèrement, aspirées par la dépression extérieure, ou plutôt soulevées par la pression intérieure, ont permis à la pression intérieure de se mettre en équilibre avec l'extérieure; les toitures neuves, solides, totalement appuyées et n'ayant pas de jeu, ont été enlevées tout d'une pièce, au contraire. C'est qu'elles manquaient de jeu, c'est qu'elles mettaient obstacle à l'établissement de l'équilibre: elles ont éclaté comme les murs ou les vitres cités plus haut, et ont été enlevées. Dans les champs on a observé aussi de singuliers effets. Un champ d'avoine a été totalement privé de son grain. Les tiges sont restées en place, amarrées par les racines; mais les grains, moins solidement attachés aux tiges, ont été enlevés, comme si un peigne y avait passé. Cet effet de happage est dû à un violent courant d'air ascendant.

LE SOUFRE DE LA LOUISIANE.

Il y a une vingtaine d'années, des sondages effectués en Louisiane, près du lac Charles, dans l'espoir de découvrir du pétrole, révélèrent un gisement de soufre d'environ 35 mètres d'épaisseur à 140 mètres de la surface du sol. Pour l'atteindre, il fallait traverser une nappe aquifère et des sables boulants; quatre compagnies essayèrent successivement de vaincre ces difficultés et se ruinèrent.

En 1891, M. Frasch imagina un procédé aussi bizarre qu'audacieux. On fore jusqu'à la partie inférieure du gisement un trou qu'on munit d'un tubage de 254 millimètres de diamètre s'arrêtant à la partie supérieure du gisement. Dans ce premier tube on en place trois autres qui descendent presque au fond du trou de sonde et présentent des diamètres respectifs de 152, 76 et 25 millimètres. Les intervalles entre ces quatre tubes forment donc trois «couronnes».

Par la couronne extérieure on lance de l'eau sous pression suffisante pour atteindre la température de 330° centigrades: le soufre, fusible à 110°, monte dans la couronne intermédiaire par suite de la pression de l'eau. On envoie de l'air comprimé par le petit tube central, et le soufre liquide, se mélangeant de bulles d'air, est refoulé dans la couronne centrale, formant une colonne de densité inférieure à celle du soufre liquide et de l'eau, ce qui lui permet d'arriver à l'air libre. Le soufre sort ainsi du sol, tout raffiné, avec un degré de pureté de 99,6%.

La richesse du gisement actuellement reconnu est évaluée à 40 millions de tonnes.

La production de la mine, qui était de 100 tonnes par jour en 1902, atteint aujourd'hui environ 1.000 tonnes, soit 350.000 tonnes par an. M. Frasch vient de perfectionner une installation qui lui permettrait, affirme-t-il, de produire 3.000 tonnes par jour. La consommation mondiale du soufre se chiffre par 500.000 tonnes, dont la presque totalité était jusqu'ici produite par la Sicile (467.000 tonnes en 1902). Les États-Unis en absorbent 150.000 tonnes. Par suite d'une entente récente entre les compagnies intéressées, le soufre de la Louisiane ne sera exporté que dans quelques régions déterminées d'Europe.

UN PRÉSENT DE M. LOUBET À LA REINE DE PORTUGAL.

Le président de la République a prié le roi de Portugal de vouloir bien offrir en son nom, à la reine Amélie, une gerbe de roses de France, exécutée par Falize. Les fleurs, en bijouterie d'or et d'argent, plongent leurs tiges dans un très beau vase en cristal de Galle, monté sur pied d'orfèvrerie, portant, d'un côté, l'écusson royal au chiffre de la reine; de l'autre, les armes de la République avec une banderole d'or où est inscrite la dédicace: _Émile Loubet, président de la République française, à S. M. la reine Amélie de Portugal._

TRAINS DE BOIS SUR LE PACIFIQUE.

On se rappelle peut-être que des spéculateurs américains avaient imaginé de recourir au flottage pour le transport des bois à travers les océans. Ils avaient calculé qu'en formant des radeaux représentant la charge de vingt grands navires, il suffirait qu'un seul sur trois arrivât à destination pour rendre le procédé économique. Le premier essai réussit exactement dans cette proportion; mais, contrairement aux prévisions, les bois des radeaux disloqués, au lieu d'être portés par le Gulf-Stream vers les rivages antarctiques, arrivèrent dans les parages des Açores. Durant plusieurs mois, les navigateurs y furent exposés à se heurter à d'innombrables troncs mesurant de 75 centimètres à 2 mètres de diamètre, et de 9 mètres à 27 mètres de longueur. Ce mode de transport, à peu près abandonné sur la côte orientale des États-Unis, est devenu assez usité entre le Canada et San-Francisco, la proximité continuelle l'assèchement et la pêche du lac d'Enghien de la côte en atténuant les risques pour les exploiteurs... et pour les autres.

Un industriel, plus audacieux que tous ses devanciers, fait construire en ce moment un radeau monstre que quatorze remorqueurs traîneront sur le Pacifique, des rives canadiennes aux côtes chinoises. Si ce «fagot» se disloque en route, les accidents que ces épaves pourront causer seront compensés dans une certaine mesure par les nouvelles données qu'elles fourniront sur la direction des courants. Elles pourront, en outre, apporter la richesse à de nombreuses familles de pêcheurs.

L'ÉPAISSEUR DE LA GLACE EN SIBÉRIE.

On savait, d'après les observations de Middendorf, que l'épaisseur de la nappe de glace des lacs sibériens varie ordinairement entre lm,50 et lm,80, sans dépasser jamais 2m,40. Le professeur Velikov vient de communiquer le résultat d'études faites, au même point de vue, sur les eaux courantes de la Russie d'Asie. Sur l'Ienisseï, l'épaisseur de glace oscille entre 70 et 90 centimètres; à l'extrémité septentrionale de la Sibérie, vers Bouloum et Rourskoyé-Oustié, elle atteint 2 mètres et 2m,35. On cote seulement lm,80 sur la Yassa, à Verkhoyansk; ce point, situé sous 67° 30' de latitude, est pourtant voisin du pôle froid de l'ancien monde, et la température moyenne des trois mois d'hiver y varie de -44° à -48°, s'abaissant parfois à -67°.

Enfin, en Transbaïkalie, aux latitudes de Londres et de Hambourg (51°30' et 53°35') on trouve d'un mètre à 2m,35 de glace; l'épaisseur croît très vite dans le haut bassin de l'Amour quand la neige fait défaut. Pour empêcher la congélation complète des rivières peu profondes et sauver la vie des poissons, les habitants du pays couvrent alors la glace de branches de pin qui déterminent la formation de monceaux de neige mettant la couche de glace à l'abri de la température extérieure.

LA PÊCHE DU LAC D'ENGHIEN.

Tous les cinq ans environ, on assèche le lac d'Enghien pour procéder au curage du fond.

C'est l'occasion d'une grande pêche, toujours fructueuse, car cette eau, dont s'accommoderaient mal les truites, est très favorable à la multiplication des carpes, perches, anguilles et gardons. Il y a quelques jours, le lac a été mis presque complètement à sec et il n'a pas fallu moins de près de trois semaines pour mener à bout cette opération; en deux coups de filet, dans le chenal qui avait été laissé plein d'eau, on a retiré 3.400 kilos de poisson dont le frétillement était guetté par de nombreux curieux.

L'HÔPITAL CLAUDE-BERNARD.

Le nouvel hôpital élevé à la porte d'Aubervilliers, et dont nous donnions récemment une vue d'ensemble, vient d'être inauguré en présence de M. le président de la République. Il portera le nom d' «hôpital Claude-Bernard»!

Au cours de la visite des divers pavillons, on a fait remarquer à M. Émile Loubet à quel point l'installation en était parfaite et quel soin on avait pris de se conformer, dans les moindres détails aux prescriptions des hygiénistes. C'est ainsi que l'air et la lumière pénètrent à flots par de larges baies dans toutes les salles chauffées à la vapeur, et dont les murs, soigneusement laqués, ce qui permet de fréquents lessivages, partout sont arrondis dans les angles.

L'hôpital Claude-Bernard est, de tout point, un hôpital modèle.

LES BOUÉES LUMINEUSES _Voir la gravure page 390._

Le récent naufrage de l'_Hilda_, en vue de Saint-Malo, semble résulter surtout de l'impossibilité où se trouva le capitaine d'apercevoir, à travers la brume, les feux de la rade et de reconnaître les récifs qui en gênent l'approche.

Pour parer à cette éventualité dangereuse, la marine entretient, en de nombreux points voisins des côtes, de France, des feux flottants destinés à signaler les écueils par les temps où les projections lumineuses du littoral ne peuvent les atteindre.

Le «plateau des Minquiers», massif de rochers fort dangereux, situé précisément dans le golfe de Saint-Malo, était jadis signalé par un bateau-feu comportant un équipage et devant être ravitaillé tous les dix ou quinze jours. Ce bateau a été remplacé par cinq bouées lumineuses qui peuvent fonctionner, abandonnées à elles-mêmes, durant trois mois. En fait, cependant, on les recharge à peu près aussi souvent qu'on ravitaillait le bateau-feu: on se borne à attendre une mer calme pour aborder à ces rochers, dont l'accès, fort difficile par les gros temps d'hiver, est parfois impossible pendant plusieurs semaines.

En tôle d'acier très résistante, d'une seule pièce, contenant du gaz d'huile à la pression de 11 atmosphères, la bouée pèse 5 tonnes. Elle est munie d'une longue queue chargée d'un poids de 1.500 kilos qui lui assure une grande stabilité, et de gros champignons en fonte, remplaçant une ancre, l'empêchent de dériver. La lampe est entourée de lentilles identiques à celles des phares.

Pour le chargement, le bateau accoste la bouée, l'amarre, et un homme fixe à son extrémité supérieure un tuyau par lequel on envoie le gaz pompé dans les réservoirs du bateau. De temps en temps, les bouées sont remplacées et ramenées au port pour être repeintes et nettoyées.

LES THÉÂTRES

Le théâtre de l'Ambigu, qui semble vouloir renoncer au mélodrame, joue, avec un succès incontestable, une pièce simple et poignante: _la Grande Famille_, de M. Arquillière, le distingué comédien. Le sujet se déroule en province, et trois actes sur six se passent dans une caserne, ce qui a permis à l'auteur de nous présenter une image vivante et pittoresque de la vie au régiment. A ce titre, c'est un document. Il a a été fort goûté--et fort applaudi. _L'Illustration_ publiera _la Grande Famille_ dans son prochain numéro.

Le théâtre de l'Athénée détient aussi un nouveau succès. L'humoristique comédie-vaudeville de MM. Tristan Bernard et Godfernaux, dénommée _Triplepatte_, met en scène un viveur mondain que tous ses proches, parents et créanciers, voudraient enfermer définitivement dans les liens du mariage. Triplepatte, de son vrai nom le vicomte de Houdan, hésite, manque de parole et finalement épouse celle qu'il avait fait «poser» à la mairie. C'est un type bien parisien d'homme usé par l'inaction; la satiété des plaisirs le laisse désemparé et sans volonté pour le bien comme pour le mal. _Triplepatte_ est très bien interprété par l'excellente troupe de l'Athénée et présenté au public dans une mise en scène brillante.

Les Bouffes-Parisiens ont fait leur réouverture avec une pièce de style anglo-américain, c'est-à-dire dépourvue de sens et de raison. Elle est cependant intéressante parce que les chants et les danses, l'éternel balancement des personnages, ne laissent pas au public le temps de s'ennuyer; le musicien _des Filles Jackson et Cie_, M. Clérice, a beaucoup de gaieté et un sens très vif des rythmes entraînants: c'est lui qui sauve le scénario de M. Maurice Ordonneau et stimule la verve des acteurs, dont certains sont d'ailleurs remarquables.

Au Palais-Royal, MM. Pierre Veber et Adrien Vely passent en revue, en dix tableaux de mise en scène luxueuse, les événements de l'année écoulée; c'est un prétexte à exhumer d'aimables vieilleries: le bal de la Chaumière, les héros célébrés par E. Sue et par Gavarni et les vieilles chansons d'antan. Le public prend grand plaisir à cette revue rétrospective, comme aussi à la critique fort spirituellement faite des principales nouveautés du temps présent.

Au Vaudeville, MM. Decourcelle et Granet viennent de donner avec un plein succès une pièce tirée du célèbre roman de Balzac: _la Cousine Bette_. L'adaptation au théâtre est faite avec une habileté consommée. Une interprétation parfaite et l'exactitude historique du décor donnent un intérêt des plus vifs à la reconstitution des moeurs et du costume de 1830, et accentuent la portée des principales situations du drame.

A BARCELONE: UNE IMPRIMERIE CATALANISTE MISE A SAC PAR DES OFFICIERS ESPAGNOLS

LES INCIDENTS DE BARCELONE

L'agitation catalaniste, assoupie depuis quelques années déjà, a repris, ces temps derniers, avec une nouvelle intensité, à la suite des élections municipales. On en sait les causes: les Catalans ne tondent pas à se séparer de l'Espagne, mais revendiquent une certaine autonomie. Leur attitude a exaspéré leurs adversaires, et des officiers, dans un excès de zèle loyaliste regrettable, viennent de se porter à de fâcheuses extrémités.

Réunis au nombre de trois cents, armés de leurs sabres, de haches, de revolvers, d'outils divers, ils se sont rués vers les locaux occupés par le journal catalaniste le Cu-Cut, à l'imprimerie d'abord, où ils ont pénétré de force après avoir brisé la devanture et fracturé la porte. Une fois là, ils détruisirent les machines, firent main basse sur tout le papier, journaux, almanachs, et y mirent le feu, dans la rue, sous l'oeil du gouverneur et de la police, impuissants. La rédaction reçut ensuite la visite de ces furieux et fut pareillement saccagée. Puis la _Veu de Catalogna_, autre journal catalaniste, fut envahie à son tour, dans les mêmes conditions, et traitée de pareille façon.

Et, tandis que brûlaient les _autodafés_, les passants inoffensifs étaient molestés et obligés, sous menace de coups, de crier: «Vive l'Espagne! A bas la Catalogne!»

LA FUTURE REINE D'ESPAGNE Depuis quelque temps, le bruit s'est répandu des prochaines fiançailles du roi d'Espagne avec la princesse Victoria-Eugénie de Battenberg; bien que cette nouvelle n'ait pas encore reçu de confirmation officielle, on a dès maintenant de sérieuses raisons de la tenir pour véridique. C'est lors de son séjour à Londres, au mois de juin dernier, que le jeune souverain aurait fixé son choix sur la fille de la princesse Béatrice, soeur du roi Édouard VII, et veuve du prince Henri de Battenberg, de la branche morganatique de Hesse-Darmstadt, mort en 1896. Par le mariage projeté, Alphonse XIII se trouverait, on le voit, étroitement allié à la maison d'Angleterre. La future reine, qui est la filleule de l'impératrice Eugénie, est née à Balmoral, le 24 octobre 1887; elle vient donc d'accomplir sa dix-huitième année; on s'accorde à louer le charme de sa beauté blonde, la culture de son intelligence, la vivacité de son esprit. Elle a trois frères, dont l'aîné, le prince Alexandre-Albert, âgé de dix-neuf ans, appartient à la marine britannique.

SIR HENRY CAMPBELL BANNERMAN

A la suite de la démission du cabinet conservateur présidé par M. Balfour, le roi d'Angleterre a confié à sir Henry Campbell Bannerman, le leader de l'opposition parlementaire, la mission de former un cabinet libéral.

Né en Écosse en 1836, le nouveau «premier» du gouvernement britannique est âgé de soixante-neuf ans; il siège depuis 1868 à la Chambre des communes, sur les bancs de ce parti libéral dont il est devenu le chef. Au cours de sa longue carrière politique, il fut, de 1871 à 1874, secrétaire des Finances au ministère de la Guerre, fonctions qu'il reprit en 1880; il occupa, en 1882, le poste de secrétaire de l'Amirauté, et, en 1886, il eut le portefeuille de secrétaire d'État à la Guerre, dans le dernier cabinet Gladstone.

L'«OMÉGA»

On vient de mettre à l'eau le submersible _Oméga_, construit à Toulon, dans l'arsenal du Mourillon.

La coque, en forme de cigare aplati à l'avant et évasé vers l'arrière, supporte une passerelle d'environ 20 mètres qui émerge seule pendant la navigation en surface et au centre de laquelle se trouve le kiosque du commandant avec son capot. Cette coque, à peu près semblable à celle des autres submersibles, est d'un tonnage bien supérieur: 301 tonneaux; elle mesure 48 mètres de longueur. La vitesse prévue est de 11 noeuds.

M. PHILIPPE JOURDE

M. Philippe Jourde, président honoraire de l'Association des journalistes parisiens, fondateur du syndicat de la Presse parisienne, qu'il présida également, et de la Caisse des victimes du devoir, vient de mourir à l'âge de quatre-vingt-neuf ans. Ancien négociant, il était entré au conseil d'administration du _Siècle_, puis avait dirigé ce journal pendant une dizaine d'années, jusqu'en 1878. Depuis 1882, il s'était établi au château de Carry-Rouet, dans le canton des Martigues, dont, pendant dix-huit ans, il fut le représentant au conseil général des Bouches-du-Rhône. C'est là qu'il s'est éteint, après avoir consacré l'activité de sa verte vieillesse et une partie de sa fortune non seulement à la constitution d'une importante collection d'objets d'art et d'une bibliothèque de plus de 20.000 volumes, léguée au Puy, sa ville natale, mais encore à la fondation d'oeuvres de bienfaisance, notamment de l'asile des marins, aux Martigues, magnifique établissement que la généreuse donation de M. Jourde a fait la propriété de l'Association de secours des gens de mer de la Méditerranée.

LA RECETTE, par Henriot.

_NOUVELLES INVENTIONS (Tous les articles compris sous cette rubrique sont entièrement gratuits.)_

LE SOUTIRAGE DE l'ACIDE CARBONIQUE

On n'avait pas trouvé jusqu'ici de procédé bien commode pour vider facilement et sûrement les cuves de la masse d'acide carbonique qu'elles contiennent au-dessus du moût ayant l'opération du foulage; le très simple appareil que nous décrivons ici résout ce problème en décantant ce gaz, comme on le ferait d'un liquide que l'on voudrait soutirer d'un récipient, soutirage qui en assure l'évacuation complète et conjure tout danger d'asphyxie. Le principe de cet appareil repose sur la densité de l'acide carbonique qui, comme on le sait, est considérable, environ une fois et demie celle de l'air, propriété qui permet de le transvaser sans qu'il se mêle sensiblement à l'air ambiant, tout au moins pour un temps, et qui donne la faculté de le soutirer comme un liquide.

Le moyen est des plus simples et consiste à munir, dans les conditions indiquées ci-après, une cuve quelconque d'orifices que l'on peut ouvrir ou fermer à volonté. Reportons-nous à la cuve représentée sur notre figure. L'une des douelles montre la place de cinq de ces orifices; ils sont ronds, ont 6 centimètres de diamètre et doivent être espacés de 20 centimètres à partir du haut. On en met quatre pour un vaisseau de 6 mètres cubes (environ 25 pièces); mais ce nombre peut être augmenté ou diminué suivant sa capacité. Il en faut nécessairement plusieurs, la hauteur du raisin pouvant être plus ou moins grande dans la cuve. Pour toute sûreté, le plus bas ne doit guère être à plus d'un mètre du fond.

Au niveau de chacune de ces ouvertures, sont adaptés des ajutages métalliques formés de deux pièces, l'une s'appliquant sur la cuve avec des vis; l'autre, en forme de bouchon, se vissant sur la première. La fermeture est rendue étanche par deux rondelles de caoutchouc: l'une se place entre la cuve et le cercle de la pièce, l'autre entre cette pièce et le bouchon.

Tous ces ajutages doivent être fermés en dehors du foulage, l'acide carbonique qui se produit, et qui résulte du dédoublement du sucre de raisin en alcool et en acide carbonique, étant nécessaire, en formant au-dessus du moût une couche qui l'empêche d'aigrir.

Lorsqu'on veut procéder au foulage, on ouvre tous les ajutages qui sont au-dessus du moût, de façon à soutirer tout l'acide carbonique qui le surmonte. Il s'écoule, en vertu de sa densité, sous forme de jets, comme s'il s'agissait d'un liquide, ce qui ne demande pas plus de dix minutes, un quart d'heure; on s'assure, du reste, qu'il ne reste plus de ce gaz, au moyen d'une lanterne qui doit brûler jusqu'à l'ouverture la plus basse.

Cette précaution étant prise, on peut entrer dans la cuve avec la sécurité la plus absolue, sans être incommodé même par l'acide carbonique emprisonné sous le chapeau formé par les rafles, qui se dégage lorsqu'on foule et qui s'écoule par les orifices, au fur et à mesure qu'il arrive.

Ces ajutages se trouvent au prix de 3 fr. 50 pièce chez _M. Rameau, ingénieur, 110, rue s'Angoulême, Paris._

Note du transcripteur: Les suppléments mentionnés en titre ne nous ont pas été fournis.