L'Illustration, No. 3276, 9 Décembre 1905
Part 2
On ne peut d'autre part se dispenser de signaler le fait que le ministre de la Guerre allemand, général von Einem, ait jugé bon de porter à la connaissance de toute l'armée des renseignements très étendus concernant la nouvelle balle. Il a voulu, sans aucun doute, par cette divulgation si en dehors des usages habituels de l'armée allemande, rassurer les esprits en montrant toute l'étendue du progrès qui vient d'être accompli.
On se souvient qu'en 1901 déjà, lors de l'incident franco-turc auquel avait donné lieu le règlement des créances Tubini-Lorando, c'est également sur Mitylène que s'était dirigée la flotte de l'amiral Caillard. C'est l'une des îles les plus riches de l'Archipel, l'ancienne Lesbos, la patrie de la poétesse Sapho. Elle fut fortifiée au moyen âge. Mais de ses remparts il ne demeure que des débris. Sa capitale, Mitylène ou Mételin, qu'occupent les marins de l'escadre, est pittoresquement bâtie en amphithéâtre, au-dessus d'un port peu sûr, à cause de son manque de profondeur. Mais l'île a deux autres ports, Kalloni et les Oliviers, véritables mers intérieures, qui sont d'admirables abris pour les navires.
Cette action contre Mitylène n'a d'ailleurs pas suffi et, ultérieurement, l'escadre a dû occuper une autre île, Lemnos.
LA DYNAMITE A CONSTANTINOPLE
L'attentat dirigé, le 21 juillet, contre le sultan Abdul-Hamid, a été, en quelque sorte, le signal d'une recrudescence de l'agitation arménienne, et la commission d'enquête constituée, aussitôt, sous la présidence de Nedjib Pacha Melhamé, pour instruire l'affaire et rechercher les coupables, s'est trouvée en présence d'une besogne aussi compliquée que difficile.
DEUX DES ARMÉNIENS CONDAMNÉS A MORT
Elle manquait de tout indice susceptible de la mettre sur la trace des coupables. On avait pourtant ramassé, sur le lieu de l'explosion, un morceau de fer provenant d'une voiture et portant, estampé, le numéro 1507. Ce fut suffisant pour permettre de retrouver la ville d'origine de la voiture qui avait apporté l'engin, puis le propriétaire du véhicule.
Ce fut enfin la clef de l'enquête. Mais à peine la commission avait-elle commencé ses travaux, peu de jours après l'attentat d'Yildiz Kiosk, qu'un Arménien récemment arrivé d'Amérique, Vartanian, tuait à coups de revolver, comme on se le rappelle, le banquier Apik Effendi Oundjian, qui avait refusé des subsides aux révolutionnaires. Vartanian fut arrêté. Son revolver était semblable à celui d'un de ses compatriotes, venant également d'Amérique et inculpé dans l'affaire de la bombe Arfarian. On eut la preuve qu'ils avaient été armés tous deux par le même Comité, la preuve du complot.
Le champ des investigations se précisa.
Des perquisitions faites à Constantinople firent découvrir de nombreuses bombes, surtout dans le quartier européen. L'une, saisie au cercle d'Orient, rendez-vous du monde diplomatique, et qui, hérissée de pointes, présentait l'aspect d'un énorme marron, pesait 50 kilogrammes. Dans une seule maison, l'hôtel allemand Kroecker, on recueillit douze engins.
Après Vartanian et Arfarian, d'autres Arméniens furent arrêtés. Tous ont été condamnés à mort. On mit également la main sur un Belge, Jauris, considéré comme complice de l'attentat contre le sultan. La légation de Belgique refusait de le laisser juger par les tribunaux turcs. Son procès vient pourtant de commencer. Mais on n'a pu se saisir de l'auteur principal de l'attentat, un Arménien russe connu sous le pseudonyme de Ripps.
VERTIGE MODERNE Dessin de Georges Scott.
LES FÊTES DE L'ALLIANCE ANGLO-JAPONAISE A TOKIO
Au mois d'octobre dernier, l'escadre anglaise de Hong-Kong venait mouiller dans les eaux du Japon; il s'agissait d'une démonstration pacifique, confirmative de l'alliance anglo-japonaise et concertée d'avance. Donc, suivant le programme convenu, les équipages débarquèrent à Yokohama, d'où des trains spéciaux les conduisirent par groupes successifs à Tokio. Leur visite fut l'occasion de réjouissances varices; ce n'étaient partout que pavoisements aux couleurs accouplées des deux nations, guirlandes de lampions, banderoles portant la formule de bienvenue: _Welcome_; on avait organise notamment, au parc de Hibya--à peu près l'équivalent de notre jardin des Tuileries--une sorte de grande kermesse: théâtres en plein vent, vastes tentes à l'abri desquelles les _blue-jackets_ fraternisaient, le verre en main, avec leurs camarades japonais, la bière, peut-être aussi quelques autres breuvages, coulant à discrétion et gratis. En outre, pour ajouter un charme à la fête, la municipalité n'avait pas craint de réquisitionner extraordinairement tout un bataillon de _geishas_, personnes plutôt légères, n'ayant point coutume de se montrer en public.
C'est ainsi que l'on put voir des matelots, même des officiers, agitant de petits drapeaux de papier, «se balader» à travers les rues de la capitale nippone en aimable compagnie. Un certain nombre, ayant célébré l'alliance par de trop copieuses libations, «bourlinguaient» fortement et allèrent échouer à l'ambulance que la délicate et prévoyante sollicitude de leurs hôtes avait aménagée pour un cas qui, d'ailleurs, n'était pas pendable, quoi qu'en aient dit les rigoristes, témoins de cette mémorable bordée.
Les gagnants: M. et Mme François Gelper, M. Georges Messing.
LE SECOND MILLION DE LA LOTERIE DE LA PRESSE
Les heureux gagnants du deuxième million de la loterie de la Presse, M. Georges Messing, ouvrier fondeur en cuivre, Mme Gelper, sa soeur, blanchisseuse, et M. Gelper, son beau-frère, ouvrier peintre, habitaient, en un faubourg de Lille et dans la plus étroite des ruelles, la plus petite des maisons. C'étaient de pauvres gens, mais de vraiment braves gens, très travailleurs et très économes, dont le premier souci, à la nouvelle de leur fortune inespérée, fut d'en affecter une large partie à leurs parents moins favorisés du sort, si bien que ce second million, loin de ne profiter qu'à un seul, va faire le bonheur d'une famille nombreuse: il ne pouvait mieux tomber!
M. Georges Messing, M. et Mme Gelper, sont d'ailleurs du plus aimable accueil, et c'est très gracieusement qu'ils ont reçu l'envoyé spécial de _L'Illustration_ que les banquiers de Lille, MM. Pajot et Lefebvre (chez qui ils avaient acheté le billet gagnant), avaient bien voulu conduire auprès d'eux, le soir même de ce 1er décembre qui faisait de ces modestes ouvriers les célébrités du jour. Ils étaient alors en pleine joie: tous les voisins, tous les camarades d'atelier des gagnants s'étaient réunis pour fêter la bonne aubaine et buvaient à la santé des millionnaires; et, aux sons d'un orchestre local, c'était, dans un estaminet voisin, un bal qui, pour avoir été improvisé en quelques instants, n'en était que plus cordial et plus joyeux. Avec beaucoup de bonne grâce, M. Messing, s'arrachant aux poignées de main amies, nous conduisit visiter son théâtre de marionnettes, créé et construit par lui, où, chaque samedi et chaque dimanche, il donnait aux enfants du quartier des représentations très réputées parmi cette jeunesse.
C'est M. Georges Messing et sa soeur Mme Gelper qui avaient pris, en prélevant peu à peu, chacun dix francs, sur leurs maigres gains journaliers, ce billet n° 9606 de la 36e série, qui devait leur rapporter une si considérable fortune. Ils comptent vivre très tranquillement à Lille, dans leur même quartier; leur plus grand bonheur est de ne plus être assujettis aux aléas de métiers pénibles, et leur plus grand plaisir de faire le bien autour d'eux.
LA MAISON DE M. THIERS
Mlle Dosne, devenue héritière des biens de M. Thiers, il y a une vingtaine d'années, après la mort de sa soeur, veuve de l'illustre homme d'État, vient de faire don à l'Institut de France de l'hôtel qu'habitait à Paris, lorsqu'il eut quitté le pouvoir, l'ancien président de la République.
Cette maison, portant le numéro 27 de la place Saint-Georges, s'élève, entre cour et jardin, sur remplacement même de celle où résida longtemps l'auteur de _l'Histoire du Consulat et de l'Empire_ avant l'époque de la Commune, et qui disparut, on sait dans quelles mémorables circonstances. A la date du 10 mai 1871, le comité de Salut public du gouvernement insurrectionnel, protestant contre les mesures de répression ordonnées de Versailles par le chef du pouvoir exécutif de la République française, prenait un arrêté ainsi conçu:
«Article premier: Les biens meubles des propriétés de Thiers seront saisis par les soins de l'administration des Domaines.--Art. 2: La maison de Thiers, située place Saint-Georges, sera rasée.--Art. 3: Les citoyens Fontaine, délégué aux Domaines, et J. Andrieu, délégué aux Services publics, sont charges de l'exécution immédiate du présent arrêté.»
Et l'acte de vandalisme s'accomplit, en effet, sans délai. Mais, dès le 27 mai, la Commune vaincue, l'Assemblée nationale, sur un rapport de M. Wallon, votait à l'unanimité la réédification, aux frais de la nation, de la maison démolie.
LA VENTE DE LA COLLECTION CRONIER
Les tableaux, objets d'art, meubles, tapisseries, que M. Cronier avait réunis dans son hôtel de la rue de Lisbonne, ont été dispersés cette semaine au vont des enchères, en deux vacations, dirigées par M. Lair-Dubreuil, commissaire-priseur.
Nous avons reproduit, le 11 novembre, quelques-unes des pièces marquantes de la collection: les prix qu'elles ont obtenus vont montrer que nos choix avaient été judicieux.
_Le Billet doux_, par Fragonard, que M. Cronier avait acheté 110.000 francs et dont on demandait 200.000 francs, est resté à deux marchands pour 420.000 francs; _le Volant_, par Chardin, a été acquis moyennant 140.000 francs par le baron Henri de Rothschild; _le Lorgneur_, acheté par M. Marne, est monté seulement à 6.500 francs, les experts n'ayant plus osé affirmer qu'il était de Watteau.
Du _Portrait de la comtesse de Coventry_, pastel de La Tour, on donne 72.000 francs. Le spirituel et souriant _Portrait du graveur Schmidt_, autre pastel du même maître, que le prince Demidof paya 4.150 francs en 1879, est adjugé à M. Veil-Picard pour 77.000 francs. _La Liseuse_, de Fragonard, qui fut vendue 301 francs en 1845, monte à 182.000 francs.
_Le Printemps_, de Diaz, est adjugé à 50.000 francs; le Troyon, _Vache à la lisière d'un bois_, à 40.100 francs; _le Pâtre_, de Corot, à 47.000 francs; _la Mare_, de Jules Dupré, à 60.100 francs. Avec l'école anglaise, on a eu quelques déceptions. Le _Portrait présumé de sir John Campbell_, de Gainsborough, est bien monté à 65.000 francs; le _Portrait de miss Day_, par Lawrence, à 43.000 francs; _la Jeune Laitière_, bien qu'on ne garantît plus qu'il fût bien de Romney, à 30.000 francs. Mais le Reynolds du catalogue, _Esquisse du portrait de lady Stanhope_, «attribué» au peintre, était payé seulement 10.000 francs. La gouache intitulée _Méditation_, vendue comme oeuvre de «l'école anglaise» et non plus de Gainsborough, était pourtant poussée jusqu'à 65.000 francs. Qu'eût-ce été d'un Gainsborough?
Quant aux deux tapisseries, le panneau de _l'Histoire de Don Quichotte_, exécuté aux Gobelins d'après les cartons de Coypel, a été payé 200.000 francs, et le panneau de Beauvais, d'après Boucher, _Psyché montrant ses joyaux à ses soeurs_, 300.000 francs.
En tout, les deux vacations ont produit 5.198.031 francs!
LIVRES NOUVEAUX
_Romans._
Par son titre: _Pom-Prune_, le livre de M. Paul Guiraud (Albin Michel, 3 fr. 50) semble tout d'abord appartenir au domaine de la fantaisie. En réalité, ce livre est un roman de moeurs et de caractères, très sérieux, très étudié, et «Pom-Prune» n'est que le sobriquet du principal personnage. La puérilité même de ce surnom familier, datant de son enfance, contraste d'une façon singulièrement ironique avec la condition sociale du banquier Georges Prunier, les hautes fonctions publiques auxquelles il doit s'élever, la débâcle tragique où il est destiné à sombrer. Autour de lui, dans une grande ville du Midi, se succèdent, comédie ou drame, des scènes mouvementées de la vie de province, mettant en jeu passions politiques, luttes électorales, intrigues locales,--le tout peint d'une main experte et, vraisemblablement, d'après nature. Des personnages qui n'existèrent jamais autrement que dans l'imagination d'ingénieux escrocs et l'esprit crédule de peu sympathiques créanciers, mais auxquels, grâce à la procédure d'un procès fictif, la paperasserie de justice donne une apparence de vie, tels sont les _Bonshommes en papier_ (Fasquelle, 3 fr. 50), autour desquels évolue le roman de M. Jules Perrin. En outre d'une intrigue assez dramatique, ce livre contient une curieuse étude des scribes de ministères et autres _papyrocéphales_. A signaler aussi le récit bien vivant d'une soirée de contrat dans certain fameux hôtel de... la rue de la Pompe où sont réunis, autour de la grande Irène, les principaux acteurs de la plus grande duperie du siècle.
Jusqu'ici, dans les romans, on nous a présenté des mécontents de l'ordre social sous un aspect plutôt maussade. Trop souvent, on leur a donné un visage hargneux et un geste brutal. En homme d'esprit, M. Charles Géniaux s'est avisé de rompre avec la convention. Son _Homme de peine_ (Fasquelle, 3 fr. 50), Goulot, est un révolté joyeux! Parce qu'il est disgracié, affamé et même battu, Goulot ne se croit pas obligé de perdre sa bonne humeur native et c'est avec une gaieté cynique--peu communicative, d'ailleurs, et qui donne le frisson--qu'il promène son existence tourmentée à travers une Bretagne misérable et poignante.
Une jolie créature, au coeur ardent et droit, dont l'esprit cravache vaillamment les préjugés d'une société de hobereaux de province, telle est _Mademoiselle Nouveau-Jeu_ (Juven, 3 fr. 50), l'héroïne du roman de M. Paul Junka. Il y a des pages charmantes dans ce livre, celles, surtout, consacrées aux trois pauvres «petites soeurs bleues», des enfants étonnées, confiantes, sans défense contre la vie, vouées au bleu jusqu'au mariage par une mère attendrissante et puérile.
Une amourette, qui se déroule avec un gracieux héroïsme parmi les phases d'un complot, telle est _l'Idylle dans un drame_ (Mame, 3 fr.), que publie M. Ernest Daudet. Les amoureux, ce sont un garçonnet, fils d'un ex-colonel de la garde impériale, et une fillette dont les parents, anciens émigrés, ont les faveurs de Louis XVIII. Quant au complot, il est fomenté, naturellement, par ces demi-solde, toujours sympathiques, puisque persécutés, malheureux et frondeurs.
De l'aveu et par la volonté de l'auteur, M. Gabriel Faure, _l'Amour sous les lauriers-roses_--le joli titre!--est un roman qui n'est qu'un roman (Fasquelle, 3 fr. 50). Dans ce livre, aucune étude philosophique, psychologique, historique ou sociale. Mais, seulement, une intrigue fine, délicate, sensuelle, dont les rives du lac de Côme et les jardins de Bellagio constituent les voluptueux décors.
M. Paul Bertnay--l'auteur de _Jusqu'aux étoiles_--dont nos lecteurs ont pu récemment encore apprécier le fin talent, vient de publier en librairie _la Buissonnière_ (Tallandier, 3 fr. 50), un autre roman dont _L'Illustration_ eut la primeur, et dans lequel l'auteur a donné tant de charme vaillant à un personnage de jeune fille et tant de grâce spirituelle à un personnage de jeune femme.
_Auteurs gais_.
Vingt nouvelles très courtes, dont la première, _Détails sur mon suicide_, prête son titre au volume (Flammarion, 3 fr. 50), composent le récent apport de MM. Max et Alex Fischer à la collection des «auteurs gais». Il s'agit, bien entendu, d'un suicide pour rire, et le reste non plus n'engendre pas la mélancolie. La verve humoristique de ces fantaisistes jumeaux, déjà justement réputés en leur genre, a ceci de particulier qu'elle sait atteindre aux limites extrêmes de la bouffonnerie sans rien perdre de sa finesse ni de sa légèreté. Un style concis, rapide, incisif, de qualité vraiment littéraire, ajoute encore à l'attrait de ces petits contes pleins d'observation et de philosophie, sous leur forme paradoxale.
_Histoire._
Le comte de Gobineau--dont le nom fut mêlé à de récentes polémiques--avait, aux deux pôles de sa brillante carrière de diplomate, de penseur et d'écrivain, consacré deux études aux destinées de la Grèce. Ce sont ces _Deux Études sur la Grèce moderne_ (Plon, 3 fr. 50), l'une mettant en relief la haute figure de Capo d'Istria, l'autre plaidant la cause des Hellènes dans le remaniement de la carte d'Orient, qu'un éditeur avisé vient de réunir en un seul volume.
Le livre du comte de Gobineau prendra une bonne place parmi les ouvrages qui, cette année, ont traité du problème oriental et parmi lesquels nous citerons: _la Question d'Orient dans l'histoire contemporaine, 1821-1905_ (Dujarric. 4 fr.), l'ouvrage d'ensemble net et complet de M. Albéric Cahuet sur la matière.
La France et l'Italie sont maintenant les meilleures amies du monde. C'est bien entendu. Cependant, on n'a pas encore oublié au prix de quels efforts diplomatiques la froideur prolongée de jadis entre les deux nations s'est transformée en la vive sympathie d'aujourd'hui. C'est l'histoire des «années troubles», des années de froissements politiques, sous l'influence de Crispi et d'antagonisme économique, que, dans son remarquable ouvrage, _la France et l'Italie, 1881-1899_ (Plon, 2 vol., 15 fr), M. A. Billot nous présente. M. A. Billot était ambassadeur à Rome pendant les années troubles. C'est donc avec la plus autorisée des compétences que son livre est écrit.
Dans un livre fort agréable à lire, _les Derniers Républicains_ (Victor Havard, 3 fr. 50), M. Guillaumin nous rappelle les gestes et analyse les convictions des généraux Pichegru, Simon, Delmas, Monnier et Humbert, qui--Pichegru excepté--furent, en quelque sorte, les demi-solde républicains du Consulat et de l'Empire.
Dans son nouvel ouvrage sur les origines du Paris moderne, _Paris sous Napoléon: administration et grands travaux_ (Plon, 5 fr.), M. L. Lanzac de Laborie ne se contente pas de tracer un fidèle tableau des transformations de la capitale sous le premier Empire. Il s'attache également à nous donner la physionomie exacte des rues, quartiers, théâtres, cafés, lieux de public et lieux de plaisir où se mouvait la société d'alors.
_Littérature_.
En écrivant son _Histoire de la littérature française, 900-1900_ (Ollendorff, 2 vol., 15 fr), M. Léo Claretie n'a pas eu l'intention de nous donner un ouvrage scolaire ou didactique. Dans nos lycées, l'histoire de la littérature, de Malherbe à Hugo, doit--disent les programmes--être achevée en seize heures. Il en résulte que, d'après le plan uniforme sur lequel, jusqu'ici, les histoires littéraires ont été conçues, beaucoup d'écrivains de second ordre, mais dignes, néanmoins, de souvenir, ont été traditionnellement négligés. M. Léo Claretie s'est efforcé de réparer cette ingratitude et, dans son ouvrage--aimablement illustré de traits et d'anecdotes--il a voulu joindre aux noms très célèbres ceux «dont le seul démérite est de n'avoir pas figuré sur les programmes des classes, qui sont les dispensateurs de la gloire».
Qu'il s'agisse de littérature, de journalisme, de travaux divers, ou simplement de correspondance épistolaire, quiconque écrit--professionnel ou non--connaît la difficulté du _qualificatif_. Bien souvent, celui qui conviendrait pour la propriété, la précision, la nuance, ne se présente pas du premier coup; on le cherche, il se dérobe sous la plume et, parfois, on ne le trouve qu'au prix d'un effort mental prolongé. C'est à réduire cet effort au minimum que M. Pierre Schefer s'est ingénié en composant un _Dictionnaire des qualificatifs classés par analogie_ (Delagrave, 2 fr.). Aide-mémoire précieux, indicateur suggestif, son petit livre est de ceux que leur utilité constante doit placer à portée de la main.
_Questions d'actualité._
Si, dans notre pays, pour des raisons anciennes et récentes, l'empereur Guillaume n'est pas le plus populaire des souverains, il est du moins celui dont, à l'heure actuelle, on parle le plus souvent. Divers ouvrages, récemment éclos, nous ont initiés aux singularités authentiques ou imaginaires de la vie intime du monarque. M. John Grand-Carteret n'a pas eu l'intention d'ajouter un volume de plus à la liste de ces livres révélateurs. _Lui_ (Par Laimm. 3 fr. 50), c'est Guillaume II devant l'objectif caricatural de toutes les nations; c'est un nouveau et très heureux numéro de la série humoristique que M. J. Grand-Carteret a entrepris de publier sur l'Allemagne et les Allemands. Dans une curieuse lettre au kaiser, l'auteur plaide la cause de la caricature que, seule, la maladresse des gouvernements rend séditieuse. Et peut-être, après tout, n'est-ce point là un paradoxe!