L'Illustration, No. 3273, 18 Novembre 1905
Part 2
Universitaire des plus distingués, au sortir de l'École normale, après un court passage dans l'enseignement secondaire, il avait professé aux facultés des lettres de Caen et de Nancy, puis à l'école de Sèvres, et, lors de la création, à la Sorbonne, d'une chaire d'histoire contemporaine, il en était devenu titulaire. Il représentait le département du Doubs au Sénat quand il fut chargé, de 1896 à 1898, du portefeuille de l'Instruction publique, dans le cabinet Méline. En 1897, il remplaçait le duc d'Aumale à l'Académie des sciences morales et politiques. Comme historien, M. Alfred Rambaud laisse un grand nombre d'ouvrages très estimés, notamment sur la Russie, dont, au cours de plusieurs missions, il avait étudié de près la politique, les moeurs et la littérature. Ses autres travaux les plus importants sont: _la France coloniale, la Civilisation française_ et sa collaboration, avec M. Lavisse, à une _Histoire générale de l'Europe_. Son dernier ouvrage publié est une remarquable biographie de Jules Ferry, dont il fut le chef de cabinet à l'Instruction publique. Il avait dirigé la Revue Bleue pendant quelques aimées.
VIENNENT DE PARAÎTRE:
Romans.
Les lecteurs de _L'Illustration_, qui accueillirent avec une faveur si marquée, d'abord _les Archives de Guibray_, puis _Dans la paix des campagnes_, ont eu l'occasion de constater que M. Maurice Montégut est non seulement un des représentants les plus justement réputés du roman «romanesque», mais encore un de nos conteurs les mieux doués et les plus séduisants. Dès le début, son récit éveille notre intérêt, excite notre curiosité: quand il nous a saisis, il nous tient étroitement captifs, il nous entraîne jusqu'au bout, charmés, émus, intrigués. Et cet empire, il l'exerce par des moyens de bon aloi, en écrivain aussi soucieux de la dignité des lettres qu'expert en la pratique de son art: un sujet non banal, se prêtant dans une juste limite aux combinaisons de l'imagination créatrice, quoique tiré des réalités de la vie; des développements où les péripéties dramatiques, savamment graduées sont les conséquences vraisemblables et logiques de la donnée initiale; une construction d'ensemble à la fois élégante et solide; du mouvement et de la couleur; des morceaux descriptifs révélant à propos chez l'observateur la survivance du poète, ainsi, se résume, si l'on peut dire, la technique du maître romancier. Appréciée d'un public d'élite, la valeur de ses ouvrages, est-il besoin de l'ajouter, se rehausse d'une parfaite tenue littéraire.
Toutes ces fortes qualités d'un talent en pleine maturité se retrouvent dans le nouveau volume, _Papiers brûlés_, dont vient de s'augmenter l'oeuvre déjà considérable de M. Maurice Montégut. Rien de plus attachant, de plus poignant, de plus douloureusement humain que l'histoire de Prosper Thibault, ce pauvre petit employé de ministère qui, par un méchant caprice du hasard, détenteur ignoré d'un trésor auquel la probité élémentaire lui interdit de toucher, lutte pendant des années contre les tentations où l'induisent non la cupidité, mais des sentiments honnêtes en soi et des circonstances vraiment atténuantes. Autour du héros, caractère faible, volonté indécise, physionomie plutôt sympathique, évoluent, non moins bien observées et dessinées, chacune à son plan, diverses figures typiques nécessaires à l'action. En somme, c'est, sous la forme attrayante du roman, l'étude très serrée d'un cas de conscience singulièrement émouvant.
Au premier volume de son roman, _Jean Christophe: l'aube_, M. Romain Rolland vient de donner une suite en deux parties, _Jean Christophe: le matin, l'adolescent_ (Ollendorff, 2 vol., 7 fr.) Au matin, dès les années de l'enfance, l'âme sauvage, isolée et douloureusement fière du petit musicien Jean Christophe s'éveille à l'amitié d'abord (Otto), puis à l'amour (Mina), l'amour vierge que nulle matérialité ne ternit. Ce sont là les premières émotions vives de la vie. Jean Christophe les subit avec une violence, une intensité d'enthousiasme et de souffrance, qui mûrissent son esprit en deux étés. Les crises de l'enfance préparent les crises des années de transition. Adolescent, Jean Christophe raisonne les conceptions toutes faites qui vaguent dans son esprit. Bientôt, il ne croit plus en Dieu. Après une infidélité de sa première maîtresse (Ada), après la félonie d'un frère aimé, l'artiste cesse de croire à l'amour, à l'affection familiale, à l'amitié. Il n'a plus foi en lui-même. Alors, puisque le coeur meurt, puisque les ambitions sont irréalisables, pourquoi vit-on? «Pour vivre», répond un pauvre homme qui passe. Et, de fait, il suffit d'une embellie de soleil après la brume pour rendre à Jean Christophe le courage, le goût, la volupté de vivre.
Le livre de M. Romain Rolland est fortement pensé. Il renferme un monde d'idées qu'exprime, dans d'heureuses pages, un style exact et concis. C'est vraiment une oeuvre de grande allure qui, peut-être, eût encore gagné en puissance à se condenser en un seul volume, mais qui n'en est pas moins harmonieuse, compacte et bien vivante.
Sous ce titre suffisamment suggestif, _le Marchepied_ (Flammarion. 3 fr. 50) M. Daniel Riche nous raconte un de ces mariages d'argent par où l'homme peu fortuné cherche à se faciliter l'ascension vers le but de ses ambitions. Tel est le cas de Georges Frémiet, un clerc d'avoué besogneux, qui, convoitant une étude, épouse, pour la grosse dot, Emmeline Rodrannes, en jouant devant la jeune fille la comédie de la passion désintéressée. Quelques remords--car il n'est point malhonnête au fond--et surtout le chantage d'un financier véreux, doublé d'un agent matrimonial, lequel lui tendit l'appât tentateur, sont d'abord sa punition; même, son bonheur doré est à la veille de s'écrouler, lorsque tout s'arrange, grâce à la puissance irrésistible de l'amour. Cet heureux dénouement n'a, en somme, rien d'invraisemblable, et il n'est pas pour déplaire aux nombreux lecteurs que laissent toujours sous une impression plutôt optimiste les romans de M. Daniel Riche, écrits d'une main preste, bien vivants, fertiles en émotions.
Une bluette au refuge du Lautaret, un petit roman d'amour, sans grande émotion, entre deux touristes, tel est le sujet de la nouvelle qui donne son nom: _le Chalet dans la montagne_ (Fasquelle, 3 fr. 50), au livre de M. Eugène Montfort. Suivent des notes de voyage prises à Barcelone la nuit, à Florence, à Oxford et en Écosse.
_Variétés historiques et pittoresques._
Il y a des pages coloriées et d'étincelantes descriptions dans _la Cité de la mort_, de M. Louis Bertrand (Ollendorff, 3 fr. 50). L'auteur nous donne une vision neuve de l'Afrique du Nord considérée comme pays latin. Mais n'y aurait-il pas quelque souvenir de Loti dans la manière dont M. Louis Bertrand a brossé ses paysages?
M. Emmanuel Rodocanachi, l'auteur de tant de remarquables études relatives à l'histoire de Rome, a consacré une substantielle monographie au _Capitole romain antique et moderne_ (Hachette, 5 fr.) Cette nouvelle contribution vaut à plusieurs titres: importance du sujet, abondance et qualité des documents (y compris de nombreuses gravures). Le Capitole--ce vocable fameux désigne à la fois, on le sait, la colline elle-même et ses édifices--a eu, selon les propres expressions du savant écrivain, ce rare privilège de demeurer, à travers les âges, le centre et comme le symbole de la vie politique de Rome; il en a été bien réellement la tête, ainsi que son nom l'y prédestinait. Aussi ses transformations successives offrent-elles le plus haut intérêt. C'est à nous les retracer, depuis les origines jusqu'à l'époque moderne, que M. Rodocanachi s'est appliqué, avant de nous guider pas à pas parmi les curieuses et instructives collections archéologiques du musée capitolin. Il l'a fait avec la précision et la variété d'une érudition où le souci de l'art sous ses diverses formes, monuments, statues, etc., s'allie étroitement à la science historique la plus sûre.
_Questions sociales._
L'application, à la Russie réformée, des théories de Henry Georges sur la nationalisation du sol, voilà, d'après Tolstoï, le seul moyen de rendre la vie possible au paysan russe qui meurt de faim. La terre est accaparée par ceux qui ne travaillent pas. Ceux qui remuent le sol--ils sont cent millions!--ne peuvent, par leurs propres efforts, subvenir à leur existence. Et c'est là le _Grand Crime_ (Fasquelle, 3 fr. 50) que dénonce le célèbre penseur. En tête de ce plaidoyer pour les misérables, Tolstoï adresse un éloquent appel au tsar. Ajoutons que l'oeuvre est accompagnée d'une remarquable préface de M. Halpérine-Kaminski, l'éminent traducteur.
DOCUMENTS et INFORMATIONS
LES USINES DE NIAGARA.
L'énergie électrique fournie par les chutes du Niagara et distribuée par la _Niagara Falls Power Company_ est utilisée actuellement par trois services: le service de Niagara même, absorbant 45.000 chevaux qui assurent l'éclairage de la ville, la marche du tramway et le fonctionnement de trente usines, presque toutes consacrées à l'électrolyse; le service de la rive canadienne, où le courant est amené par des conducteurs suivant le pont métallique, encore à ses débuts et consommant 2.000 chevaux; le service à longue distance vers Buffalo (32 kilomètres). Tonawanda, Lockport et Olcott, qui distribue 30.000 chevaux, dont 24.000 à la seule ville de Buffalo.
Pour cet envoi à distance, le courant, en sortant des dynamos génératrices, est amené à la tension de 22.000 volts par des transformateurs qui en absorbent une partie et qui représentent eux-mêmes une dépense appréciable. Les droits de parcours, l'entretien des conducteurs, la déperdition d'énergie, la retransformation du courant à son arrivée à Buffalo et sa distribution, augmentent beaucoup les frais. Et, s'il est exact que la perte par transmission entre Niagara et Buffalo n'excède pas 10%, le prix de l'énergie transmise se trouve majoré dans une proportion beaucoup plus considérable: il reste, cependant, intérieur au prix que pourrait offrir une production locale. Mais c'est là un cas d'espèce, et M. H.-W. Buck, dans un rapport aux membres des Sociétés d'ingénieurs américains, se prononce formellement, au point de vue économique, contre le système du transport de la force. Il estime que les industries ont un intérêt indiscutable à se grouper près des chutes.
La puissance de la cataracte est évaluée à 900.000 chevaux et l'on a commencé récemment des travaux qui permettront, à bref délai, d'en utiliser 500.000. On peut juger de l'essor industriel auquel est appelée la région de Niagara.
LA LAMPE UVIOL.
La nouvelle lampe électrique imaginée par M. O. Schott, et baptisée par lui «Uviol». est une lampe qui ne vise ni à éclairer, ni à chauffer. C'est une lampe qui, des trois catégories de rayons composant la lumière solaire: les calorifiques, les lumineux et les chimiques, émet surtout les derniers, les rayons actiniques, les rayons ultra-violets. Ce caractère spécial de la lampe explique son nom. La lampe «Uviol» est une modification de la lampe à vapeur de mercure Cooper-Hewitt, et n'a été rendue possible que par la fabrication récente, à Iéna, d'un verre qui laisse passer en notable abondance les rayons ultra-violets. Les usages de cette lampe pourront être nombreux. Il est entendu que personne n'en fera usage pour s'éclairer ou se chauffer; mais elle servira de beaucoup d'autres manières. Elle servira à éprouver les couleurs de teinture des étoffes. Au lieu d'exposer les étoffes teintes au soleil pour voir quelle est la résistance des coloris aux rayons (chimiques) du soleil, on les exposera aux rayons de lampes Uviol, leur fonctionnement étant régulier et constant, ce qu'on ne saurait dire de celui du soleil. La lampe Uviol servira aussi en photographie: ce sera une excellente lumière artificielle, en raison de sa richesse en rayons actiniques. Enfin, elle paraît devoir prendre une place importante en thérapeutique. Les rayons chimiques ont, on le sait, une puissante action sur l'organisme: ce sont eux qui, entre autres méfaits, occasionnent le coup de chaleur et aussi les brûlures du visage chez les alpinistes. Les rayons actiniques tuent les bactéries et agissent fortement sur la peau. La lampe Uviol tue les insectes: une mouche tenue à proximité meurt en une minute: et si on laisse dehors, en été, une lampe Uviol allumée pendant la nuit, on trouve, au matin, autour d'elle, une foule de cadavres de petits insectes. Elle servira encore et surtout en photothérapie selon la méthode de Finsen, et, avec une source aussi puissante, on peut s'attendre à agir vigoureusement sur la peau. Si on laisse agir sur celle-ci, à petite distance (de 1 à 3 centimètres), les rayons pendant un temps variant de 5 à 15 minutes, on n'aperçoit rien d'abord, comme avec le radium. Mais, quelques heures après, la peau rougit,--elle est le siège d'une sensation de brûlure, et elle pèle. On a certainement dans la lampe Uviol un agent thérapeutique pouvant fournir des résultats fort intéressants.
LE CENTENAIRE DE MOREUIL.
Nous avons donné récemment le portrait de M. Bourgogne, de Brignoles, qui venait de fêter son centième anniversaire. Nous donnons aujourd'hui celui de M. Baudry, de Moreuil (Somme), qui entre dans sa cent deuxième année le 18 novembre courant. Ce beau vieillard jouit encore de toutes ses facultés et continue à gérer lui-même ses affaires. La vue seule est un peu faible.
LE PROGRÈS DÉCENNAL DES CHEMINS DE FER.
Le produit des chemins de fer français était de 1 milliard 191 millions en 1895. Après avoir atteint 1 milliard 350 millions en 1899, puis 1 milliard 440 millions en 1900, année de l'Exposition, il retombait, en 1901, à 1 milliard 384 millions. Depuis, il s'est lentement relevé pour arriver à 1 milliard 437 millions en 1904. La plus-value constatée en 1904, par rapport à 1895, est donc de 246 millions. Au cours de cette période décennale, 2.432 kilomètres de voie ferrée ont été construits, portant à 34.953 kilomètres le total des réseaux exploités.
En Angleterre, la longueur des réseaux exploités est peu supérieure à celle des réseaux français: 35.800 kilomètres. Le produit, qui se chiffrait par 2 milliards 168 millions en 1895, s'est élevé, en 1903, à 2 milliards 800 millions: soit une augmentation de 632 millions.
L'Allemagne possédait 45.261 kilomètres de rails en 1895 et 51.740 kilomètres en 1902. Le produit, qui était de 1 milliard 869 millions pour l'exercice 1895-1896, a atteint, pour l'exercice 1903-1904, la somme de 2 milliards 697 millions: soit une plus-value de 828 millions.
En Amérique, 338.000 kilomètres ont produit, pendant l'exercice 1903-1904, plus de 10 milliards.
LA FIN DU «SULLY».
Nous avons publié précédemment divers documents se rapportant à l'accident du croiseur cuirassé _Sully_, échoué le 7 février dernier sur un écueil de la baie d'Along, et dont, après de laborieux efforts, on a dû abandonner le sauvetage. Un typhon, survenu le 30 août, avait commencé à l'ébranler; le 28 septembre, un second typhon, d'une extrême violence, achevait de le briser. Comme le montre notre gravure, qui reproduit une photographie prise quelques heures après la rupture, celle-ci s'est produite à hauteur des tourelles avant, au point où le panneau séparant ces deux tourelles des portemanteaux arrière offrait une zone de moindre résistance. Le _Sully_ forme maintenant deux morceaux distincts séparés par une brèche large d'une trentaine de mètres. Il touche à l'avant et à l'arrière, le rocher «le Canot». où il s'est échoué, se trouvant entre les deux tronçons. Le bateau est complètement perdu; mais, comme il avait été évacué la veille du typhon, on n'eut aucun accident de personne à déplorer. Il semble douteux qu'on puisse sauver la partie mobile des tourelles.
LA FORCE DU LAC DE TITICACA.
Il est question de demander au lac de Titicaca l'énergie électrique nécessaire pour mettre en marche les chemins de fer du sud du Pérou.
Ce lac, situé à 3.800 mètres d'altitude, est la plus haute masse d'eau navigable de l'univers. Il mesure environ 200 kilomètres de longueur sur une largeur moyenne de 70 kilomètres; sa plus grande profondeur dépasse 200 mètres et sa superficie, qui approche de 8.000 kilomètres carrés, représente quatorze à quinze fois celle du Léman (578 kil. 9). Son bassin, isolé dans une dépression des Andes, est en quelque sorte suspendu au-dessus des routes fluviales du continent, dans une contrée aride et inhabitée. Son émissaire ou déversoir, large seulement d'une quarantaine de mètres, marque la frontière entre le Pérou et la Bolivie Tout récemment encore, on le franchissait au moyen d'un pont formé de couches de roseaux Bottant sur l'eau et soutenues par des chaînes de fibres végétales accrochées à des piliers dont l'intervalle était occupé par des portes à deux battants. Le soir, à 6 heures, chaque république s'enfermait chez elle à double tour; elle rouvrait sa porte à 8 heures du matin.
Les chemins de fer du Sud-Péruvien, qui passent à 4.000 mètres d'altitude, consomment journellement pour 7.000 francs de houille. Après avoir utilisé pour leur exploitation l'eau descendue du lac de Titicaca, il resterait encore une force disponible de 6.000 chevaux.
NOUVELLE MÉTHODE DE CONSERVATION DES FRUITS.
On sait que la difficulté de conserver les fruits réside dans la rapidité avec laquelle les fruits charnus s'altèrent sous l'action des organismes, champignons et bactéries, vivant à leur surface.
Partant de ce point de vue, des savants anglais en ont déduit que, si ces micro organismes pouvaient être détruits, la période durant laquelle le fruit peut se maintenir en excellente condition serait considérablement prolongée.
La méthode qui a fourni les meilleurs résultats à ces auteurs repose sur l'immersion des fruits dans de l'eau froide contenant 3% de la solution commerciale de formol.
S'il s'agit de fruits à pulpe molle, comme les cerises, les fraises et les raisins, on les plonge seulement durant dix minutes dans la dite solution, puis on les trempe pendant cinq autres minutes dans de l'eau froide et, finalement, on les étend sur une toile métallique ou tout autre dispositif convenable pour y égoutter et sécher.
Mais, lorsque les fruits ont une pelure ou peau qu'on ne mange pas, il y a tout avantage à ne les soumettre qu'à la solution formolée.
L'expérience a montré que les fruits ayant subi ce traitement sont restés absolument sains, après qu'une même quantité de fruits de chaque sorte, pris comme témoins, étaient devenus moisis et décomposés, pendant une durée de sept jours pour les cerises, quatre jours pour les fraises et raisins, et dix jours pour les poires.
M. Truelle, en faisant connaître ces faits à la Société d'agriculture, a remarqué que ce traitement pourrait être appliqué aux fruits de pressoir, dont le grand ennemi est la pourriture.
APRÈS L'EXPLOSION DU «CHATHAM».
On se rappelle que le navire anglais _Chatham_, en partie chargé de dynamite, ayant pris feu au cours de son passage dans le canal de Suez, fut aussitôt coulé, par mesure de prudence. Trois semaines plus tard, le 28 septembre, on détruisait l'épave par une explosion minutieusement préparée. Dans notre numéro du 14 octobre dernier, à côté de photographies instantanées faisant voir la gerbe de l'explosion et les phénomènes de remous des eaux et d'obscurcissement du ciel qui l'accompagnèrent, une de nos gravures présentait les «bigues» occupées à débarrasser le canal des débris du _Chatham_. Nous montrons aujourd'hui les plus gros de ces débris que les puissantes machines ont réussi à amener sur la berge.
LA NAISSANCE ET LA MORT DES MONNAIES.
On est assez bien fixé sur la façon dont naissent les monnaies, mais on connaît moins bien comment elles meurent.
Depuis l'origine des coupures en usage actuellement (1803 pour l'or, an IV pour les écus, 1865 pour l'argent divisionnaire, 1852 pour le bronze, 1903 pour le nickel), 15 milliards et demi de monnaies ont pris naissance.
Or, d'après un tableau emprunté à une récente étude de M. Dolléans, plus de la moitié de ces monnaies auraient déjà disparu, dans les proportions suivantes (en millions de francs):
Frap. av. 1904 Exist. en Franc.
Or 9.808 4.200
Ecus 5.061 1.935
Argent divisionnaire 585 240
15.454 6.375
Il est certain que nombre de pièces vont s'ensevelir en Extrême-Orient; mais beaucoup périssent par le feu, l'eau, la terre, ou la fonte industrielle.
Ainsi, dans le cours du siècle dernier, des millions de pièces de 5 francs en argent ont été démonétisées par l'industrie privée, non seulement pour ses besoins, mais parce que le métal blanc faisait prime, et qu'il s'y cachait un peu d'or.
L'ARGILE DANS LE TRAITEMENT DU CHOLÉRA.
Un médecin allemand, M. J. Stumpf, de Wurzbourg, emploie, depuis cinq ans, l'argile dans les cas de diarrhée cholériforme, et déclare avoir obtenu de ce singulier remède les meilleurs effets. L'argile qu'il utilise est la blanche, qu'il pulvérise et qu'il donne, dans de l'eau, en uns dose unique mais massive: 70 ou 100 grammes pour l'adulte, 30 grammes pour les enfants et 10 ou 15 grammes pour les nourrissons. L'adulte avale sa dose en vingt ou trente minutes, délayée dans un demi-litre d'eau; on agite souvent le mélange, pour que l'argile ne reste pas au fond du verre. L'effet de l'argile est presque instantané: les symptômes s'apaisent et le malade ressent un grand bien-être. Ce traitement a été employé par M. Stumpf dans un cas de choléra asiatique bien caractérisé, le mois dernier, avec plein succès. Point important: pour administrer utilement l'argile, il faut que le tube digestif soit vide et que le malade ne prenne aucune nourriture ni aucune boisson alcoolique pendant vingt-quatre heures après avoir avalé l'argile. Celle-ci agirait en étouffant, pour ainsi dire, les bactéries de l'intestin et en les empêchant de se multiplier et de multiplier aussi leurs toxines. Cette explication ne suffit peut-être pas à rendre compte de la rapidité avec laquelle les symptômes de la diarrhée cholériforme et du choléra asiatique s'évanouissent après l'ingestion du remède. Mais l'essentiel est que le remède agisse. Et il agit.
UN INTÉRESSANT CROISEMENT.
M. L. Dechambre vient de réussir un assez curieux croisement de moutons.
La mère est de la race «à grosse queue», qui habite l'Égypte, la côte des Somalis, Madagascar, et qui présente les caractères suivants: tête fine, avec une dépression au niveau de la racine du nez, oreilles tombantes, encolure grêle, poitrine étroite, ventre peu développé, membres hauts et fins, queue très volumineuse remplie de graisse. La peau est couverte de poils; le pelage, blanc sur le corps, est noir sur la tête et l'encolure. Le père appartient à notre vieille race berrichonne, qui donne d'excellente viande. Cette race a la tête fine, les oreilles dressées, le tronc développé, les membres fins, la queue longue et mince. La toison, de finesse moyenne, est entièrement blanche.
Du mariage des deux types sont nés deux agneaux de sexe différent, qui ont la tête fine de la mère, les oreilles dressées du père, le dos droit, la croupe longue, les membres hauts et fins. La grosse queue du mouton exotique a disparu et se trouve remplacée par un appendice de forme cylindrique qui tombe au niveau de la pointe du jarret. Le corps est couvert d'un poil brillant rappelant un peu la laine. Quant au pelage, il diffère totalement de celui des parents: l'un des agneaux est tout noir; l'autre est pie, avec prédominance très marquée de noir. Il y a donc, chez les agneaux, plutôt juxtaposition que fusion des caractères des deux parents.
LE NOUVEL HOPITAL D'AUBERVILLIERS