L'Illustration, No. 3272, 11 Novembre 1905

Part 3

Chapter 31,805 wordsPublic domain

C'est le contraire qui existe. Les joailliers parisiens considèrent, à juste raison, le rubis reconstitué, non comme une pierre naturelle, mais comme un simple produit artificiel, dépourvu de toute grande valeur.

Veuillez agréer... etc. _Le président de la Chambre syndicale de la bijouterie, joaillerie, orfèvrerie de Paris,_ LÉON AUCOC.

NOTRE SUPPLÉMENT MUSICAL

Le supplément musical de l'_Illustration_ est consacré aujourd'hui à _Miarka_, le beau drame lyrique de M. Jean Richepin, musique de M. Alexandre Georges, qui a été acclamé cette semaine à l'Opéra-Comique.

Les fervents de musique classique ont salué avec plaisir dans cette _Miarka_ les deux hymnes que nous publions précisément dans ce numéro. Ces belles pages étaient pour eux des connaissances qui datent de novembre 1896. C'est en effet à une des séances du Concert Lamoureux, au Cirque d'Été, que Mme Jenny Passama créa, au milieu d'applaudissements unanimes et pour l'auteur et pour l'interprète, _l'Hymne à la Rivière_ et _l'Hymne au Soleil_, qui, depuis, ont été intercalés dans le drame lyrique de M. Alexandre Georges et en sont les plus purs joyaux.

Ces deux airs se chantent l'un à la suite de l'autre, à la fin du premier tableau, qui est le prologue de _Miarka_. Ils sont le baptême de la petite Miarka que sa grand'mère, la Vougne, une bohémienne qui détient les secrets et les rythmes de la tribu, présente d'abord à l'eau, où elle la trempe, puis au soleil pour la sécher.

_L'Hymne à la Rivière_ est comme une incantation solennelle, hiératique; l'orchestration en semble enveloppée de mystère et d'émotion pénétrante.

_L'Hymne au Soleil_ est, au contraire, vibrant, éclatant. C'est de la musique qui se grise pour ainsi dire de lumière. C'est une invocation d'un lyrisme enfiévré. Mme Héglon a fait ressortir en grande artiste le contraste voulu par l'auteur entre ces deux pages de coloration si variée. L. S.

[Illustrations: Mme Marguerite Carré. Mme Héglon. LES DEUX PRINCIPALES INTERPRÈTES DE «MIARKA» À L'OPÉRA-COMIQUE.--_Phot. Paul Berger_.]

LES THÉÂTRES

Nous parlons d'autre part de _Miarka_, le drame extrait par M. Jean Richepin d'un de ses romans et si heureusement mis en musique par M. A. Georges. La mise en scène est de toute beauté; on ne saurait trop en louer la direction de l'Opéra-Comique et M. Jusseaume, son très artiste décorateur. Mme Carré, gracieuse et piquante dans le rôle de Miarka, et Mme Héglon, qui a composé avec une puissance réelle le rôle d'une vieille bohémienne, chantent avec un art accompli cette musique dont la grande qualité est d'être mélodique et pittoresque.

Le théâtre de la Renaissance joue actuellement une pièce en quatre actes de M. Jules Lemaître: _Bertrade_, écrite en un style fin et savoureux dont nos lecteurs pourront juger, puisque _L'Illustration_ publiera cette oeuvre _in extenso_ dans un de ses prochains numéros. Mlle Brandès, Mme Judic, Darcourt, MM. Guitry, Guy, Arquillière, se sont fait, dans leurs rôles respectifs, chaleureusement applaudir.

LE RETOUR DE M. DÉROULÈDE

M. Déroulède, venant de Vienne, où, après avoir refusé le bénéfice de la grâce, il attendait le vote de l'amnistie, a fait son entrée à Paris, dimanche 5 novembre. Des manifestations chaleureuses ont marqué le retour de l'exilé: une foule énorme avait envahi la cour de la gare de Lyon, vers 2 heures de l'après-midi, lorsque, accompagné de M. Marcel Habert, le président de la Ligue des Patriotes monta dans un landau découvert, attelé de deux chevaux. A partir de ce moment, il devait cheminer lentement, jusqu'à l'avenue Victor-Hugo, constamment debout et la tête découverte, au milieu d'incessantes ovations.

LA FÊTE DE LA MUTUALITÉ

La Fédération nationale de la Mutualité avait organisé, dimanche dernier, à Paris, une grande solennité en l'honneur du président de la République, le «premier mutualiste de France», ainsi qu'il se plaît à se qualifier lui-même. La cérémonie officielle du Trocadéro a été suivie d'un banquet monstre de 50.000 couverts, donné dans la galerie des Machines, dont l'aspect d'ensemble différait peu de celui qu'a reproduit _L'Illustration_, lors du banquet de 1904, comptant 26.000 convives. Entre ces deux principaux numéros du programme s'est intercalée une petite scène historique assez originale: M. Loubet a procédé à la plantation, près de la tour Eiffel, côté de l'avenue de Suffren, du «premier arbre de la Mutualité », un jeune orme d'une belle venue. Le président lui a souhaité longue vie, en exprimant d'ailleurs la ferme conviction que, durât-il mille ans, l'institution qu'il symbolise lui survivra encore.

Le président de la République plantant, au Champ de Mars, l'arbre de la Mutualité. (On remarque à la gauche de M. Loubet: M. Mabilleau, et derrière lui, à droite MM. Doumer, Rouvier, Bienvenu-Martin, Etienne, Ruau, Lourties, Lépine.)

LA COLLECTION CRONIER

FRAGONARD.--Le Billet doux.

_Au lendemain de la mort tragique de M. Ernest Cronier, on apprit que ce «roi des sucres», qui avait possédé cent millions et qui, non seulement venait de les perdre en quelques mois, mais laissait cent millions de passif, avait trouvé, au milieu de sa vie fiévreuse de spéculateur, le temps de collectionner passionnément des chefs-d'oeuvre: tableaux de maîtres anciens et modernes, meubles du dix-huitième siècle, porcelaines de Chine, tapisseries admirables. Un détail montre bien qu'en s'entourant de ces merveilles il satisfaisait ses goûts autant que son orgueil de nouveau multimillionnaire: il possédait déjà sa belle série de tapisseries île Beauvais d'après les cartons de Boucher, l'Histoire de Psyché, quand il changea de demeure. Hésitant entre deux hôtels, il choisit, celui de la rue de Lisbonne, moins vaste que Vautre, parce qu'il y trouvait des panneaux qui semblaient avoir été faits exactement pour recevoir ces pièces uniques._

_La rafale qui a passé sur cette existence fastueuse a tout balayé. La collection Cronier va être, dans un mois, dispersée aux enchères. Nous sommes heureux de pouvoir reproduire ici, pendant qu'elles n'appartiennent qu'à une liquidation judiciaire, quelques-unes des oeuvres capitales qui, après quelques journées d'exposition et de vente publique, trouveront de nouveaux possesseurs pour les soustraire jalousement à tous les yeux._

_Nous publierons, après la vente, dans nos «Documents et Informations», les prix obtenus et les noms des acquéreurs._

PETITES DÉFINITIONS, par Henriot.

_NOUVELLES INVENTIONS

(Tous les articles compris sous cette rubrique entièrement gratuits.)_

NOUVELLE CARABINE A AIR

Les amateurs de tir de salon s'intéresseront à la nouvelle carabine que nous décrivons à nos lecteurs. Cette arme offre la particularité de contenir plusieurs centaines de plombs et, par suite, de permettre de tirer autant de fois sans recharge. N'oublions pas toutefois qu'il faut réarmer à chaque coup puisque la puissance de projection est empruntée, comme dans les instruments analogues, à la tension d'un ressort détendu à chaque tir. La description, bien qu'un peu aride, présente un certain intérêt en raison de l'originalité du mécanisme. La carabine, représentée en coupe longitudinale par la vignette ci-dessous (fig. 1), se compose d'un piston introduit dans le canon et formé d'une rondelle de cuir A, d'un cylindre lisse B et d'un chariot C, portant antérieurement des perforations permettant le libre accès de l'air; à l'intérieur du chariot se trouve un fort ressort à boudin D qui, en armant, se comprime contre le guidon E, dont la tige se prolonge inférieurement; à la partie postérieure de ce chariot est adapté un galet F sur lequel agit un doigt dont est munie la sous-garde-levier G, pour amener l'extrémité du chariot sur la gâchette H, où il est armé. Sur le devant, le piston est muni d'un petit tube I portant à sa base deux petites ouvertures J, dans le but de faire pénétrer dans ce tube l'air qui, comprimé par le jeu du piston, doit chasser le grain de plomb qui s'est introduit automatiquement à l'extrémité dudit tube, ainsi qu'on le verra plus loin. D'autre part, un appendice tubulaire (fig. 2) est adapté dans le canon de fusil et son extrémité intérieure se visse dans une rondelle K fixée dans le canon. Les plombs de chasse sont introduits et emmagasinés dans celui-ci par un trou pratiqué vers son extrémité et que l'on ferme ensuite au moyen d'une lentille que porte la languette L, en tournant à la main le bouton extérieur M qui ferme le canon. Ce bouton porte un trou au centre pour le passage du projectile. Les plombs emmagasinés sont conduits, ainsi qu'on le voit, par une hélice N dans un petit canal à l'extrémité duquel se trouve un trou O où ils disparaissent successivement chaque fois qu'on arme.

C'est dans cet appendice, formé principalement d'un tube, que fonctionne, concentriquement, le petit tube lance-projectiles I dont l'extrémité, quand le fusil est armé, vient démasquer le trou 0 et permet l'introduction d'un nouveau plomb.

On comprend aisément le fonctionnement de cet ingénieux fusil, après qu'il a reçu sa charge de petits plombs de chasse; premier mouvement, on arme en tenant le fusil verticalement; deuxième mouvement, on referme la sous-garde; troisième mouvement, on vise, on presse la détente et le plomb part sous la poussée de l'air comprimé par le piston et le ressort.

Cette arme, très juste, permet de faire mouche six à sept fois sur dix à près d'une dizaine de mètres et sa portée est de 25 mètres; elle se charge avec du plomb numéro 0, aussi facile à se procurer en ville qu'à la campagne; elle ne pèse guère que 1 kil. 250 et sa longueur est d'environ 0m,80. Son maniement est enfin très facile.

Cette carabine peut être, placée sans inconvénient entre les mains des jeunes filles et des enfants.

Nous devons ajouter qu'elle peut projeter également des flèches; il suffit pour cela de dévisser la pièce représentée par la figure 2, d'introduire la flèche dans le tube, de revisser, armer et tirer. Toutefois, cette opération n'étant pas très rapide, il est préférable de se servir uniquement des plombs. On trouve cette carabine au prix de 15 francs franco, avec un sac de munitions, chez _M. Murrison, représentant, 76, rue de Bondy, Paris._

NOUVEAU FLOTTEUR EN CELLULOÏD POUR LA PÊCHE A LA LIGNE

Ce flotteur nouveau intéresse les pêcheurs à la ligne par sa nouveauté et sa commodité; il permet de prendre le poisson avec une ligne flottante non tenue à la main bien plus sûrement que les flotteurs ordinaires. Il est creux et peut se garnir d'eau en partie.

Lancé au large il se met automatiquement à l'eau dans la position verticale et y reste jusqu'à la bichée du poisson. Sur celle-ci il plonge et s'équilibre par l'eau qu'il prend: il est comme s'il n'était pas, pourrait-on dire. Le poisson, dont l'instinct de conservation n'est pas averti par la traction de bas en liant qu'exercent habituellement sur ses lèvres les flotteurs ordinaires, ne rejette pas l'esche: il l'avale et se prend de lui-même.

Son système d'attache à la ligne est aussi rapide qu'ingénieux; il évite le démontage de la ligne et le passage, toujours ennuyeux, du fil dans un tube quelconque:

Il suffit pour cela d'enlever le coulant, de faire pivoter la moitié de la partie inférieure et de glisser le fil dans l'entaille en queue d'aronde et refermer; puis remettre le coulant. Le flotteur est pris et ne peut ni glisser ni se perdre. Ce flotteur, appelé le «Corneville», se vide automatiquement dès qu'on le tire hors de l'eau.

Pour tous renseignements, s'adresser à _M. Verdeyen, 44, rue du Faubourg-du-Temple, Paris._