L'Illustration, No. 3272, 11 Novembre 1905

Part 2

Chapter 23,595 wordsPublic domain

C'est par la poésie encore que se distingue _Avant l'amour_, oeuvre perdue que nous sommes si heureux de retrouver. Dans les morceaux les plus étudiés, là où l'auteur semble s'attacher à détailler l'âme de son héroïne, erre encore comme un parfum de bois et de prés, on entend de jolis et doux bruits de sources. Et cependant, cela n'a pas empêché Mme Tinayre de mettre là une âpreté singulière, quelque chose de plus serré peut-être et de plus réaliste que dans ses autres romans. Ce qu'elle a représenté, c'est la jeune fille, fort bien élevée, d'une instruction et d'une éducation supérieures, mais sans fortune. Au désavantage de la pauvreté s'unit celui d'une naissance irrégulière. Sa mère morte, Marianne a été recueillie dans la famille de son parrain, et, des landes bretonnes, transplantée dans un milieu parisien de petits bourgeois.

Dans une pareille situation, qu'est-ce que Marianne fera de son coeur? Autour d'elle, ses jeunes amies se marient; pourra-t-elle jamais comme elles avoir une famille et un foyer? Et cependant, elle est d'autant plus dévorée par le besoin d'être aimée qu'elle se sent plus abandonnée dans la maison même qu'elle habite. La femme de son parrain, Mme Gannerault, a un fils qu'elle entoure de soins, dont elle caresse jusqu'aux vices et qui absorbe toute sa tendresse. Qui donc s'apercevra que Marianne est là, que ses dix-sept ans fleurissent dans ses yeux et sur ses joues et qu'elle a toute la grâce d'avril? La lecture des poètes et des romanciers s'est jointe à l'instinct pour lui révéler l'amour et lui faire désirer l'apparition réelle de l'inconnu dont elle a entrevu le fantôme dans ses songes. Comme Mme Tinayre a bien décrit ces premiers pressentiments et ces premiers rêves de la jeune fille qui prend conscience d'elle-même!

Marianne souffre étrangement parce qu'elle sait, à cette heure singulière, et que sa marraine lui répète qu'elle n'est pas dans les conditions sociales requises pour inspirer le sentiment qui conduit au mariage.

Pourtant, au milieu de ces jeunes filles qui vont à l'autel en robe blanche, dans ces printemps parisiens pleins de joie, où les couleurs claires jettent du plaisir dans toutes les rues, où les gros bourgeons des marronniers éclatent dans les avenues en feuilles et en fleurs, elle veut vivre et s'épanouir, comme tous les êtres. Un soir, ses yeux rencontrent ceux d'un jeune musicien qui semble s'émouvoir en sa présence et qui éprouve réellement pour elle je ne sais quoi de particulièrement tendre. C'est le premier qui la trouve jolie, qui le lui dit et qui lui murmure les mots attendus. Elle en conclut, l'innocente! qu'il va l'épouser. Mais, au moment de s'expliquer, il disparaît. Eternellement elle gardera au coeur le souvenir du jeune maestro et la blessure qu'il lui a faite. Un homme, usé par les ans et par les vices, d'une fortune considérable, d'un beau nom, la poursuit de ses assiduités. Après l'avoir éconduit, peut-être finira-t-elle par se résigner et par consentir à l'union légale. Mais ce n'est pas cela précisément que désire M. de Montauzat. Orpheline, sans état civil normal, sans fortune, elle a beau être ravissante, d'une intelligence et d'une délicatesse morale fort exquises, personne ne veut lui donner le bonheur dans le mariage.

Cette hypocrisie de la société et des hommes, ces lâchetés, ces calculs, l'irritent profondément et l'incitent à la révolte. N'aimera-t-elle pas en dehors des lois conventionnelles? Tiendra-t-elle éternellement une lourde pierre sur son coeur pour en comprimer les battements? Maxime, le fils de M. et Mme Gannerault, revient d'un long voyage. Quelle surprise! Celle qu'il a laissée enfant s'est développée en une belle jeune fille. A travers les bois et les prés, dans ce paysage ondulé de Galluis, ils se promènent, lui passionnément épris de Marianne. Mais elle ne l'aime pas, bien que souvent, amollie par les conversations, par la solitude à deux, par le charme de la campagne, elle ne se refuse pas complètement à certaines privautés. Si Mme Tinayre l'eût faite plus sévère, elle l'eût faite moins réelle. Pour qu'elle se décide à aimer Maxime, dur, arriviste forcené, il faut qu'elle y soit entraînée par la compassion. Combien souvent, en effet, la passion de la femme est allumée par sa pitié! Malheureux, rejeté du monde, accablé sous ses fautes, Maxime trouve le refuge suprême et l'espoir dans le coeur de Marianne.

Nulle part, en aucun livre, la jeune fille n'avait été ainsi analysée dans ses désirs, dans ses faiblesses, dans toute sa sensible et subtile psychologie. Ce n'est pas précisément une sainte, inaccessible à la passion, que Marianne. C'est une jeune fille fragile et noble en même temps, c'est une femme qui peut avoir ses passagères défaillances et qui nous fournit un beau type d'humanité.

Au risque de rencontrer des contradicteurs, j'avouerai ma prédilection, parmi les livres de Mme Tinayre, pour _Avant l'amour_. Il est d'une trame ferme; il a cette qualité si rare à rencontrer dans les romans modernes: l'unité. Ordinairement, on accumule les personnages; on supplée à la profondeur par l'étendue. Ici, il n'y a guère qu'une personne, mais qui nous est montrée dans les moindres replis de son âme. Comment ne pas s'émerveiller pareillement de ce style, poétique avec goût, éloquent même sans déclamation, paré sans afféterie! Mme Tinayre ressemble à ces paysages dans lesquels elle se complaît, aux paysages de l'Ile-de-France; elle vous laisse des impressions de doux soleils, de forêts qui reçoivent à travers leurs arbres une lumière tamisée, mesurée et fine.

E. LEDRAIN.

VIENNENT DE PARAÎTRE _Variétés littéraires et scientifiques._ Après l'_Art poétique_, de Boileau; _le Petit Traité de poésie française_, de Théodore de Banville; _les Réflexions sur l'art des vers_, de Sully-Prudhomme, l'excellent poète Auguste Dorehain ne craint pas de publier, à son tour, un livre intitulé _l'Art des vers_ (Bibliothèque des Annales politiques et littéraires, 3 fr. 50). Est-ce témérité de sa part? Nullement. En pareille matière, comme en bien d'autres, il est toujours permis, il est parfois bon, de reviser, coordonner ou mettre au point pour ses contemporains les règles et les préceptes formulés par les devanciers; il peut être utile d'apporter au fonds acquis des contributions nouvelles. L'auteur de la _Jeunesse pensive_ et de _Conte d'avril_ a donc eu raison de le faire, d'autant plus qu'il l'a fait avec autant d'originalité que de conscience et de science.

Un code complet des lois qui «régissent le Parnasse». un traité de versification, une grammaire à l'usage des «disciples d'Apollon», un recueil d'exemples judicieusement choisis, précieux à consulter, son livre est tout cela, et pourtant, malgré son caractère didactique, son apparence de rudiment classique, coupé méthodiquement en divisions et subdivisions, il n'est point d'un pédagogue; il suffit de se pencher dessus un peu attentivement pour y reconnaître l'oeuvre d'un lettré, d'un écrivain, d'un poète de la bonne école, ardemment épris de l'art qu'il se plaît à enseigner sous une forme claire sans sécheresse et précise sans rigidité. «Le chemin que nous aurons à suivre sera quelquefois aride; mais vous savez, à présent, à quels jardins enchantés il peut nous conduire: partons.» C'est en ces termes qu'Auguste Dorehain encourage le lecteur, à la fin d'un de ses chapitres introductifs. On part, on continue, et c'est à peine si l'on s'aperçoit çà et là de l'aridité du chemin, tant le guide sait distraire et charmer le voyageur par sa suite de causeries où abondent les pensées élevées et délicates, les aperçus ingénieux, les jugements critiques d'un sens droit et d'un goût sûr, souvent assaisonnés d'une fine pointe d'esprit. Aussi, quiconque aime simplement les vers, même n'eût-il aucun dessein de s'y exercer et ne fût-il pas marqué au front du signe des élus, trouvera-t-il plaisir et profit à la lecture de ces agréables et substantielles leçons.

Dans un livre de souvenirs, _les Derniers Jours de la bohème_ (Calmann-Lévy, 3 fr. 50). M. Philibert Audebrand nous convie à une promenade d'art dans les endroits oubliés où les amis de Murger fumaient des pipes en attendant la gloire. C'est une flânerie dans ce passé, tumultueux et séduisant, qui fut comme l'adolescence littéraire du dernier siècle. L'itinéraire est curieux. Le cicerone a de l'esprit; il sait et nous dit sur tous des anecdotes précieuses, attendries ou picaresques, toujours aimables. Son livre est charmant.

Les animaux pensent. Ils observent, ils jugent, ils parlent quelquefois. _Dans le monde des animaux_ (Paulin, 5 fr.). M. Labadie-Lagrave nous conte, avec humour, diverses scènes de la vie intellectuelle et morale des bêtes. Les aventures que nous révèle l'auteur sont, paraît-il, authentiques. Et ce fait n'est pas pour diminuer l'intérêt du roman «d'un cerf qui n'avait qu'une corne», du «duel entre deux lièvres», des «espiègleries d'un hérisson» et des «colères d'un crocodile ennuyé par des singes».

On ne doit plus ignorer l'origine, la valeur, les applications principales de certaines découvertes récentes (radium, télégraphie sans fil, etc.). qui ont fait un si grand bruit dans le monde. _Les Actualités scientifiques_ (Schleicher. 3 fr. 50) sont une réunion de chroniques vulgarisatrices, publiées en 1905 par M. Max de Nansouty et dont la lecture facile permettra aux profanes--le grand nombre--de parler, sans dire de sottises, de choses qu'ils ne connaissent pas.

_Théâtre._

La fine comédie d'Alfred Capus, _Monsieur Piégois_, que représenta le théâtre de la Renaissance et que publia _L'Illustration_, vient de paraître en librairie (Fasquelle, 3 fr 50) sous une élégante forme.

DOCUMENTS et INFORMATIONS

LE NOUVEAU LORD-MAIRE DE LONDRES.

Sir Walter Vaughan Morgan, le nouveau lord-maire élu récemment par la corporation de la Cité de Londres, est un notable négociant, âgé de soixante-quatorze ans. Né en 1831, au pays de Galles, il fut, en 1855, un des fondateurs de la grande maison de banque et de commerce à laquelle ses frères et lui ont attaché leur nom; il appartient au parti libéral unioniste, possède un grade élevé dans la franc-maçonnerie et dirige une importante société de publications éditant plusieurs journaux spéciaux, entre autres _le Chimiste et Droguiste, le Quincaillier_. Étant célibataire, sir Walter Vaughan Morgan a confié à sa nièce, miss Hornby Steer, le soin de faire les honneurs de Mansion house comme lady-mayoress.

Il a été procédé à l'élection le 29 septembre, jour de la Saint-Michel; mais c'est seulement à la date initiale de l'année civique, le 9 novembre, que, suivant la coutume, a eu lieu l'installation solennelle du nouveau magistrat, qui a parcouru la Cité, revêtu de son costume d'apparat et accompagné d'un nombreux cortège. On a maintes fois décrit (voir notamment _L'Illustration_, n° du 19 novembre 1904) cette procession traditionnelle, sa pompe un peu carnavalesque, mais fort goûtée du public londonien. Outre les carrosses de gala, les musiques, le défilé des corporations, la cavalcade plus ou moins historique, elle comporte, on le sait, une série de chars allégoriques. L'an dernier, on y remarquait une imposante _Britannia_, trônant sur le char de l'Empire, armée d'un trident; cette année, le «numéro» sensationnel était une monumentale effigie de la République française, coiffée du bonnet phrygien et tenant le drapeau tricolore. Certes, l'aspect de cette puissante personne éveillait de prime abord la souvenir du vers fameux d'Auguste Barbier:

C'est une forte femme...

Sans doute on pouvait critiquer l'esthétique peu idéale du Phidias de circonstance et reprocher quelque vulgarité à la statue de staff sortie de ses mains; mais, comme il s'agissait évidemment d'un tribut courtois payé à l'«entente cordiale», il faut avant tout savoir gré de leur excellente intention aux organisateurs de la manifestation britannique et à l'artiste qui s'est chargé d'interpréter leur pensée.

L'EXPOSITION DES CHRYSANTHÈMES.

L'exposition des chrysanthèmes, qui a eu lieu ces jours derniers dans les serres du Cours-la-Reine, fut, comme toujours, fort brillante. Elle se distinguait peut-être des précédentes par une luminosité et un éclat plus grands, résultant d'une tendance marquée à abandonner un peu les teintes violacées en faveur des pourpres et des cramoisis intenses, des mauves plus francs et, surtout, des jaunes et des ors, qui présentaient des gammes de tons merveilleuses.

Nous avons noté, parmi les plus belles nouveautés exhibées pour la première fois:

_Opale_, mauve très légèrement bleu, d'une fraîcheur remarquable; _Incandescence_ et _Camille Desmoulins_, vieil or rougeâtre extrêmement chaud; _Fusée_, grand soleil plat, jaune de chrome clair très pur; _Ripart Amort_, panaché or et chaudron clair; _Vallée d'Aspe_, mauve très clair, très lumineux. A côté de ces variétés, toutes du type dit japonais, il convient de noter: _Bébé_, japonais rayonnant, vieux rose; _Venusson_, type incurvé, de forme encore très imparfaite, mais d'une teinte jaune vert bien nette, fort différente des verts jaune clair jusqu'alors obtenus, curieuse sinon jolie.

Le succès de bizarrerie a été pour _Tokio_, type japonais mauve clair, formé de deux ombelles superposées, l'ombelle supérieure à pétales érigés, l'inférieure à pétales infléchis, comme le montre notre gravure: l'aspect général rappelle assez celui de certains abat-jour en papier.

Trois charmantes variétés pompon à petite fleur, issues de _Baronne de Vinels_, violacé demi-clair: _Madame Georges Barré_, rose cuivré intense; _Docteur Georges Barré_, rouge violacé foncé; _Madame André Boeuf_, rose et blanc.

Dans les cramoisis, déjà aperçus, mais très perfectionnés, nous citerons: _Humphreys_, rayonnant; _Amateur Conseil_, japonais rayonnant; _Charles Schwarz_, rayonnant; _Papa Voraz_, japonais pompon.

Aux amateurs d'oeillets, nous indiquerons, parmi les variétés nouvelles:

_Petit Charles Pierlot_, très beau blanc; Miss Irène Catlin, fleur en forme de camélia, carminé très clair; _Madame Louis Lévêque_, marbré rose carminé très pur de jaune; _Louis Lévêque_, même fleur moins pure de jaune. Fait curieux, cette dernière variété a été obtenue simultanément par deux horticulteurs; elle porte provisoirement deux noms: _Louis Lévêque_ et _Madame Goldschmit_. Notons encore la perfection croissante du type ardoisé _Madame Biffard._

Très joli le cyclamen _Papilio_, amélioré par hybridation avec le cyclamen à grande fleur de Perse. Ses pétales frangés, particulièrement étalés, se présentent avec toutes les nuances de l'espèce, notamment avec des teintes saumon jusqu'ici trop délaissées et des richesses de mauve qui donnent à certaines variétés l'aspect de petits catleyas.

Le _Clianthis Dampieri_, légumineuse de serre, ancienne mais peu connue, amuse par ses fleurs écarlates tachées d'une grande macule noire, donnant par leur forme et leur coloris la sensation d'un hanneton endormi sur une pince de homard.

Enfin, nous ne saurions trop vanter le bégonia _Lotte_, type ligneux issu de variétés anciennes et peu cultivées, mais amené à une puissance de végétation extraordinaire. Chaque pied atteignait une hauteur de 90 centimètres, toute la ramure disparaissant sous l'abondance de feuilles lancéolées sur lesquelles tombaient d'énormes grappes de fleurs rosées. Cette variété, qui supporterait, dit-on, la pleine terre pendant les étés de Touraine et du midi de la France, semble devoir se prêter à d'admirables effets décoratifs dans les parcs et les grands jardins.

D'OU VIENT LA FOURRURE DE LA LOUTRE DE MER.

Parmi les fourrures diverses que l'on achète volontiers à la saison où nous sommes, demandant à la peau des bêtes une protection contre le froid que notre peau humaine ne peut nous fournir, celle de la loutre de mer occupe une place importante. C'est une belle fourrure, fort appréciée et admirée. Au dix-huitième siècle, elle venait du Kamtchatka, où la loutre de mer était abondante; mais, en peu d'années, tous les individus de la région avaient disparu, exterminés par l'homme. La fourrure se fit rare, par conséquent. Vers le milieu du dix-huitième siècle, elle redevint abondante. On avait trouvé la loutre de mer aux îles Aléoutiennes et dans leurs parages. Aussitôt des expéditions de s'organiser; mais l'effet de celles-ci ne se fit pas attendre: bientôt, vers 1774, on ne put se procurer que quelques centaines de peaux par an. Mais, peu après, l'Alaska révélait ses trésors de pelleterie et, à la fin du dix-huitième siècle, on pouvait se procurer jusqu'à 120.000 peaux de loutre de mer par an. Mais tout a une fin, même une espèce animale que l'on massacre avec férocité et, en 1804, on était content quand on avait obtenu 15.000 peaux. Quelques années plus tard, quand la Russie céda l'Alaska aux États-Unis, cette région n'en fournissait que 700 par an. Les Américains essayèrent un peu d'arrêter l'extermination et, de 1867 à 1880, l'Alaska exporta près de 53.000 peaux de loutre; mais, en 1901, la production tombait à 406. Il n'y a pas à s'en étonner. La chasse à la loutre de mer est ouverte toute l'année, sauf un seul jour. Il est évident que l'espèce va disparaître prochainement. Le meilleur terrain de chasse au Kamtchatka ne fournit que 12 ou 14 peaux par an, et l'on se demande comment la peau de loutre de mer peut être encore relativement abondante dans le commerce des fourrures. Sur quelles bêtes ont pris naissance tant de pelleteries inexactement baptisées «loutre de mer»?

LE MOUVEMENT SYNDICAL

Au 1er janvier 1905, il existait en France, en Algérie, à la Guadeloupe et à la Martinique, 10.987 syndicats professionnels, comptant 1.719.196 membres, dont 1 million 627.374 hommes et 92.722 femmes. Notons que la population active masculine ne compte guère que 10 à 11 millions d'individus.

Dans ce total, les divers syndicats sont représentés comme suit:

Membres

Syndicats patronaux 3.102 252.036 ouvriers 4.625 781.344 Mixtes 144 025.863 Agricoles 3.116 659.953

A remarquer le nombre restreint des syndicats mixtes (patrons et ouvriers).

Ce sont les syndicats patronaux qui ont le plus augmenté depuis la loi de 1884.

Fait inattendu, c'est le groupe des professions libérales, médecins, pharmaciens, etc., qui compte, proportionnellement, le plus grand nombre de patrons syndiqués: 391 syndicats, avec 28.323 membres, y représentent 78,6%, plus des trois quarts de la population classée dans cette catégorie. Viennent ensuite l'industrie des mines, les papiers et industries polygraphiques, les produits chimiques, etc.

La classe la plus nombreuse, l'alimentation, compte 1.042 syndicats avec 103.495 membres, plus du tiers des syndicats patronaux et plus de 40% de leurs adhérents. Ce n'est pourtant que 24% du nombre total des patrons de la profession.

L'ensemble des adhérents des syndicats ouvriers ne forme pas la moitié de l'ensemble des syndiqués de France.

Dans les mines, 71 syndicats ouvriers ont 79.277 adhérents, soit 51 pour 100 mineurs. Dans les produits chimiques, où le mouvement syndical est le plus puissant après les mines, il n'y a que 25% des travailleurs qui font partie des syndicats. Le travail des métaux possède 558 syndicats avec 15,5% des ouvriers de cette catégorie.

Viennent ensuite les transports, les industries textiles, les industries du bois et de l'ameublement, etc., et, tout au dernier rang, les travailleurs du groupe soins personnels et domestiques, qui n'ont que 1,34% de syndiqués, et ceux de l'agriculture, 1,32%.

Les syndicats ont créé nombre d'institutions utiles: 961 ont des offices de placement, 1.059 des bibliothèques, 816 des caisses de secours mutuels, 690 des caisses de chômage, 652 des caisses de secours de route, 348 des cours et écoles professionnels.

LES TREMBLEMENTS DE TERRE DANS LES PYRÉNÉES.

Les petits tremblements de terre sont extrêmement fréquents, presque autant, voire davantage, en certaines contrées, que les jours d'orage ou les jours de pluie. Dans un fascicule des _Annales du Bureau central météorologique de France_, communiqué récemment par M. Mascart à l'Académie des sciences, M. Marchand, directeur des observatoires de Bagnères-de-Bigorre et du pic du Midi, a dressé le catalogue de tous les mouvements du sol qui se sont produits dans cette région de 1896 à 1902.

En 1896, 75 jours; en 1897, 98 jours; en 1898, 19 jours; en 1900, 9 jours; en 1901, 30 jours; en 1902, 81 jours; on a constaté des mouvements qui se sont répétés parfois le même jour à plusieurs heures d'intervalle. Secousses et trépidations, parfois accompagnées de rumeurs souterraines, ont été, en général, très faibles. Un certain nombre, d'amplitude supérieure à l/10e de millimètre, ont été enregistrées par le sismographe; celles d'une amplitude inférieure, ne pouvant impressionner les instruments imparfaits dont disposait alors l'observatoire, ont été observées directement.

D'après des expériences précises de M. Marchand, l'amplitude minima des vibrations verticales que tout le monde perçoit, sans être--préalablement averti par un bruit, et à condition d'être au repos, est comprise entre 15/10e et 20/10e de millimètre. Quand il y a bruit, la population de la contrée agitée peut percevoir des trépidations inférieures à l/20e de millimètre, c'est-à-dire moindres que le frémissement produit par le passage d'une voiture.

La concordance, dans cette région, entre la fréquence des tremblements et la quantité d'eau qui s'infiltre dans le sol fait supposer qu'ils dépendent de l'affaissement souterrain des masses de roche plus que de toute autre cause. Aussi se produisent-ils de préférence en juillet.

LA LUNE ET LA VÉGÉTATION.

C'est une opinion très répandue que les phases de la lune ont une influence sur la végétation, et beaucoup de personnes étendent même cette influence jusqu'à la végétation animale--s'il est permis de réunir ces deux mots--soutenant que la croissance des cheveux et des ongles est plus ou moins active selon le moment de la lune auquel ils ont été coupés.

En réalité, de telles croyances, qui n'ont rien en soi d'absurde, relèvent de la méthode expérimentale et déjà plusieurs expériences, croyons-nous, ont été faites sur ce sujet.

En voici de récentes, dues à M. C. Flammarion. A sa station de climatologie agricole de Juvisy, M. Camille Flammarion a fait des semis de pois, de betteraves, de carottes, d'oignons, de pommes de terre, de romaines, de choux, de laitues et de radis, à des dates correspondant aux diverses phases de la lune, et il a constaté et dûment enregistré... qu'il était absolument impossible de rien conclure sur l'influence de ces phases.

Ce qui n'empêchera pas sans doute bien des personnes de continuer à y croire.

A PROPOS DU RUBIS RECONSTITUÉ.

Nous avons reçu la lettre suivante:

Monsieur le directeur,

Dans votre numéro du 28 octobre 1905, à la page 287, je lis l'entrefilet suivant: «Rappelons, à ce propos, que le rubis artificiel, ou rubis reconstitué, «aussi beau que «le vrai», si abondant aujourd'hui chez les joailliers parisiens, est obtenu simplement en fondant de la poussière de rubis naturel. Il n'y a donc aucune comparaison à établir entre cette industrie et le problème de la transformation d'un pain de sucre en rivière de diamant.»

Je ne puis laisser passer, sans protester, la phrase dans laquelle vous dites: «... Le rubis reconstitué... si abondant aujourd'hui chez les joailliers parisiens...»

En effet, le public serait tenté de croire que, contrairement à la réalité des faits, les joailliers parisiens ont dans leur stock une quantité de rubis reconstitués.